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Sur les illustrations et les adaptations :
extraits de la Correspondance de Flaubert

 

ILLUSTRATIONS

Salammbô

« Je ne vois pas pourquoi M. Flaubert ne veut pas permettre des éditions illustrées aujourd'hui, car cela ne fait de tort à aucun ouvrage et cela ne le choquait pas tant il y a 5 ans lorsqu'il m'a vendu Madame Bovary avec pleines franchises et libertés d'exploitation, ce qui me donnait le droit de faire si bon me semblait des éditions illustrées » (Paroles de l'éditeur Michel Lévy rapportées par Ernest Duplan à Flaubert, 11 juin 1862, Correspondance, Bibl. de la Pléiade, t. III, p. 1175-1176).

« Jamais, moi vivant, on ne m'illustrera, parce que la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin. Du moment qu'un type est fixé par le crayon, il perd ce caractère de généralité, cette concordance avec mille objets connus qui font dire au lecteur : « J'ai vu cela » ou « Cela doit être ». Une femme dessinée ressemble à une femme, voilà tout. L'idée est dès lors fermée, complète, et toutes les phrases sont inutiles, tandis qu'une femme écrite fait rêver à mille femmes. Donc, ceci étant une question d'esthétique, je refuse formellement toute espèce d'illustration. / Je n'y avais pas pris garde lorsque j'ai vendu Madame Bovary. Lévy, heureusement, n'y a point songé non plus. Mais j'ai arrogamment refusé cette permission à Préault qui me la demandait pour un de ses amis. [...] / En résumé : Je suis inflexible quant aux illustrations » (à Ernest Duplan, 12 juin 1862, Corr. III, p. 221-222).

« Quant aux illustrations, m'offrirait-on cent mille francs, je te jure qu'il n'en paraîtra pas une. Ainsi il est inutile de revenir là-dessus. Cette idée seule me fait entrer en ph rénésie. Je trouve cela stupide, surtout à propos de Carthage. — Jamais, jamais! Plutôt rengainer le manuscrit indéfiniment au fond de mon tiroir. Donc voilà une question vuidée. / [...] Je sais bien que vous allez me trouver complètement insensé.  Mais la persistance que Lévy met à demander des illustrations me fout dans une fureur impossible à décrire. Ah! qu'on me le montre, le coco qui me fera le portrait d'Hannibal.  Et le dessin d'un fauteuil carthaginois ! Il me rendra grand service. Ce n'était guère la peine d'employer tant d'art à laisser tout dans le vague, pour qu'un pignouf vienne démolir mon rêve par sa précision inepte. Je [ne] me connais plus et je t'embrasse tendrement. Hindigné, faoutre ! » (à Jules Duplan, 5 juillet 1862, Corr. III, p. 226).

Madame Bovary

« La Bovary est illustrée (à part) depuis longtemps. Les dessins concernant le livre à peu près comme la lune » (à sa nièce Caroline, 26 décembre 1879, Corr. V, p. 773). [ Madame Bovary Lemerre, « Petite Bibliothèque littéraire », 1874, 2 vol., avec « 7 eaux-fortes dessinées et gravées par Boilvin, pour illustrer Madame Bovary ».]

La Légende de saint Julien l'Hospitalier

« Je lui [à l'éditeur Georges Charpentier] avais montré, et moi-même apporté le dessin en question, celui du vitrail de la cathédrale de Rouen  auquel la dernière ligne de Saint Julien renvoie le lecteur. Ce n'était pas bien difficile à découvrir » (à Marguerite Charpentier, 21 novembre 1878, Corr. V, p. 464). [Eustache-Hyacinthe Langlois, Essai historique et descriptif sur la peinture sur verre ancienne et moderne et sur les vitraux les plus remarquables, Rouen, Édouard Frère, 1832.]

« Je désirais mettre à la suite de Saint Julien le vitrail de la cathédrale de Rouen. Il s'agissait de colorier la planche qui se trouve dans le livre de Langlois. Rien de plus.  Et cette illustration me plaisait précisément parce que ce n'était pas une illustration. Mais un document historique.  En comparant l'image au texte on se serait dit : « Je n'y comprends rien. Comment a-t-il tiré ceci de cela ? » / Toute illustration en général m'exaspère  à plus forte raison quand il s'agit de mes œuvres :  et de mon vivant, on n'en fera pas  dixi » (à Georges Charpentier, 16 février 1879, Corr. V, p. 542-543).

Le Château des cœurs

« Bergerat a dû vous communiquer mon peu d'enthousiasme pour la manière dont ma pauvre Féerie est publiée dans La Vie moderne. Le n° d'hier ne change pas mon opinion ! Ces petits bonshommes sont imbéciles. Et leurs physionomies absolument contraires à l'esprit du texte !  Deux pages de texte, en tout ! De sorte : qu'un seul tableau demandera plusieurs numéros !  Et encore si ce n'était pas coupé par d'autres dessins, n'ayant aucun rapport avec l'œuvre ! Mais il paraît qu'il le faut ! Ça dépasse le raisonnement ! C'est mystique ! Je m'incline. / Ô Illustration ! invention moderne faite pour déshonorer toute Littérature !... (à Georges Charpentier, 15 février 1880, Corr. V, p. 832).

« Puisque j'ai eu la bêtise de consentir à des illustrations (chose anti-littéraire) il faut maintenant les recommencer pour le volume, pas une n'ayant de rapport avec le texte » (à Georges Charpentier, 2 mai 1880, Corr. V, p. 895).

ADAPTATIONS

Madame Bovary

« J'accorde [...] toutes les permissions d'arranger la Bovary à n'importe quelle sauce. Mais la permission vient trop tard puisque vous y avez renoncé, et franchement, mon bon, je crois que vous avez bien fait. La chose me semble, à moi, impossible » (à Charles d'Osmoy ?, 22 juillet 1857, Corr. II, p. 745-746). 

« J'avais été dans les premiers temps de mon arrivée à Paris sottement occupé par des affaires de théâtre. On voulait faire une pièce avec la Bovary. La Porte-Saint-Martin m'offrait des conditions extrêmement avantageuses, pécuniairement parlant. Il s'agissait de donner mon titre seulement et je touchais la moitié des droits d'auteur. On eût fait bâcler la chose par un faiseur en renom, Dennery ou quelque autre. Mais ce tripotage d'Art et d'écus m'a semblé peu convenable. J'ai tout refusé net et je suis rentré dans ma tanière. Quand je ferai du théâtre, j'y entrerai par la grande porte, autrement non. Et puis, on a assez parlé de la Bovary, je commence à en être las. D'ailleurs elle est déjà sur deux théâtres. Elle figure dans la Revue des Variétés et dans la Revue du Palais-Royal ;deux turpitudes, c'est bien suffisant ! » (à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie, 23 janvier 1858, Corr., II, p. 794).

« N'a jamais voulu laisser mettre Madame Bovary au théâtre, trouvant qu'une idée est faite pour un seul moule, qu'elle n'est pas à deux fins, et ne voulant pas la livrer à un Dennery » (Goncourt, Journal, 12 janvier 1860, cité dans Corr. III, p. 869).

« Il m'est impossible, Monsieur, de vous accorder la permission que vous demandez, parce que j'ai, plusieurs fois déjà, refusé de laisser mettre Madame Bovary sur la scène. Je crois, d'ailleurs, l'idée malencontreuse. Madame Bovary n'est pas un sujet théâtral » (à un destinataire inconnu, 17 mars 1875, Corr., IV, p. 913).

Salammbô

« Quant aux traductions et aux pièces de théâtre, je serai là-dessus aussi coulant que l'on voudra [...]. / J'ai aussi une espèce d'engagement avec Reyer pour un opéra. Il serait même possible que Salammbô, mise en musique, inaugurât la Nouvelle Salle, car le libretto que l'on a donné audit Reyer lui plaît médiocrement et il est affriandé par l'idée de Carthage. Ainsi, réserve pour Reyer » (à Ernest Duplan, 12 juin 1862, Corr. III, p. 222). [Flaubert a rédigé deux canevas différents de livrets pour l'adaptation de Salammbô en opéra, un pour Gautier, l'autre pour Du Locle.]

« Un de mes compatriotes, M. Valentin, a fait (en suivant un peu mes conseils) quatre dessins de costume tirés de Salammbô, qui doivent paraître la semaine prochaine dans L'Illustrateur des dames, journal de modes » (à Madame de Fly ?, 12 février 1863, Corr. III, p. 301).



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