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L’ Arabe dans l’œuvre de Flaubert

Hassen BKHAIRIA
ISEAH, Gafsa

Résumé

Cet article tente de situer Flaubert par rapport aux écrivains orientalistes du XIXe siècle tels que Chateaubriand, Hugo et Renan. L’étude de l’image de l’Arabe dans les Œuvres de jeunesse, la Correspondance et les projets inédits comme Harel-Bey révèle l’anticonformisme de l’écrivain qui refuse les idéologies ethnocentristes de son époque. Chez  Flaubert, l’Arabe n’est ni l’éternel ennemi qu’il faut vaincre ni, comme le dit Edward Saïd, le barbare qu’il faut civiliser. L’auteur de Salammbô s’interdit de défendre une nation, une culture ou une religion.

 

 

Dès sa jeunesse, Gustave Flaubert éprouve une fascination pour l’Orient : hostile au conformisme de son entourage, il rêve d’échapper à sa Normandie natale. Influence des Arabes d’Espagne sur la France du Moyen Âge, La Tentation de saint Antoine, Salammbô ainsi que les projets non réalisés comme Le Conte oriental et Harel-Bey[1] évoquent le monde oriental et en donnent une image singulière, une image différente des représentations stéréotypées qui caractérisent l’orientalisme du XIXe siècle. En effet, contrairement à ses contemporains, Flaubert rejette les considérations ethnocentristes pour considérer l’Orient essentiellement comme un espace d’évasion lyrique et un lieu de « révélation esthétique »[2]. Selon Edward Saïd, l’orientalisme qui se développe d’une façon remarquable à la fin du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle ne fait que reproduire un « paquet d’idées préconçues »[3], des images et des clichés qui traduisent l’infériorité de l’Orient et sa nécessaire domination par l’Occident. Dans ce sens, il remarque que les artistes orientalistes du XIXe siècle défendent une idéologie colonialiste :

Chacun d’entre eux a conservé intacts le caractère distinct de l’Orient, son originalité, son retard, son indifférence muette, sa pénétrabilité, sa malléabilité indolente ; c’est pourquoi tous ceux qui ont écrit sur l’Orient, de Renan à Marx (pour parler du point de vue idéologique), ou des savants les plus rigoureux (Lane et Silvestre de Sacy) aux imaginations les plus puissantes (Flaubert et Nerval), ont vu dans l’Orient une scène demandant attention, reconstruction et même rédemption de la part de l’Occident. L’Orient existait comme un lieu isolé du grand courant du progrès européen dans les sciences, les arts et l’industrie[4].

L’orientalisme de Flaubert refuse de s’inscrire dans une perspective idéologique qui repose sur l’ethnocentrisme. L’auteur de Salammbô développe une conception qui dément la thèse d’Edward Saïd selon laquelle « comme pour les Sarrasins de Walter Scott, la représentation que l’Europe se fai[t] du musulman, de l’Ottoman ou de l’Arabe [est] toujours une façon de maîtriser le redoutable Orient »[5]. Saïd place Flaubert à côté de Chateaubriand et le rapproche de Lamartine. S’il reconnaît que Flaubert se démarque de l’orientalisme facile, il le classe toutefois parmi les écrivains « colonialistes ». Bien qu’il se réfère à Bouvard et Pécuchet et au Dictionnaire des idées reçues, il tend à généraliser et il ne considère pas l’œuvre de Flaubert comme une « polyphonie critique »[6] ou une « représentation de représentations »[7]. Saïd réduit l’orientalisme de Flaubert à une mythologie personnelle et montre qu’il est imprégné de fantasmes comme l’obsession de la mort et de la sexualité.

 

L’orientalisme flaubertien résiste à toute forme de récupération idéologique. Ami de toute l’humanité et de « tout ce qui vit », Flaubert rejette l’idée d’une patrie à laquelle on s’attache fanatiquement :

Je ne suis pas plus moderne qu’ancien, pas plus Français que Chinois, et l’idée de la patrie c’est-à-dire l’obligation où l’on est de vivre sur un coin de terre marqué en rouge ou en bleu sur la carte et de détester les autres coins en vert ou en noir m’a paru toujours étroite, bornée et d’une stupidité féroce. Je suis le frère en Dieu de tout ce qui vit, de la girafe et du crocodile comme de l’homme, et le concitoyen de tout ce qui habite le grand hôtel garni de l’univers[8].

Flaubert s’interdit de défendre une nation, une culture ou une religion. Ce qu’il préconise, c’est une ouverture à l’autre, à toute l’humanité. Sa patrie, c’est l’univers entier avec toutes ses différences ethniques, linguistiques, raciales et cultuelles. Cette conception de l’Autre est perceptible à travers la représentation de l’Arabe et la critique du colonialisme français.

La réhabilitation de l’Arabe

Flaubert voyage en Égypte en 1849 et au Maghreb en 1858, c’est-à-dire à une époque où se renforce l’expansion européenne outre-mer. Néanmoins, sa représentation de l’Arabe refuse de s’inscrire dans une perspective idéologique qui défend la suprématie d’une certaine civilisation, religion ou race. Son voyage n’est ni une mission civilisatrice, ni une nouvelle forme de croisade, ni une exploration d’une terre vierge qui attend l’Occident pour la féconder. Dans l’œuvre de Flaubert, l’Arabe n’est pas le barbare que l’Occident, au nom des principes humanitaires, doit civiliser et éclairer.

Chez l’auteur de Salammbô, qui croit au mouvement perpétuel et au changement dans l’Histoire, la notion de race n’a aucune pertinence épistémologique. Flaubert rejette les considérations ethniques qui entendent témoigner de la supériorité de la race aryenne (indo-européenne) par rapport à la race sémitique dont descendent les peuples arabes. Dans cette perspective, il prend le contrepied de Renan qui fait remarquer dans son Histoire générale que « la race sémitique se reconnaît presque uniquement à des caractères négatifs : elle n’a ni mythologie, ni épopée, ni science, ni philosophie, ni fiction, ni arts plastiques, ni vie civile ; en tout absence de complexité, de nuances, sentiments exclusifs de l’unité »[9]. Le philosophe ajoute : « la race sémitique nous apparaît comme une race incomplète par sa simplicité même. Elle est, si j’ose dire, à la famille indo-européenne ce que la grisaille est à la peinture, ce que le plain-chant est à la musique moderne »[10]. Une telle représentation[11] est rejetée par Flaubert qui, en évoquant les Arabes du Moyen Âge, dénonce les conceptions ethnocentristes.

D’autre part, la représentation flaubertienne de l’Arabe ne se fonde pas sur des considérations religieuses. Ainsi, aux antipodes de Chateaubriand qui conçoit l’Arabe du Moyen Âge comme ennemi de la chrétienté, Flaubert, dans Influence des Arabes d’Espagne sur la civilisation française du Moyen Age, en donne une image positive. Il montre à quel point la civilisation arabe a connu une période de prospérité qui a servi l’humanité entière : « L’Espagne était plus douce et plus nonchalante, ou du moins elle nous apparaît telle maintenant parce que l’Orient en passant sur elle y a laissé quelque chose de sa suave poésie. Un souvenir d’Orient palpite encore dans ses vieilles mosquées »[12]. Flaubert relève l’impact extrêmement positif de la rencontre des cultures et des races, en l’occurrence, les apports de la civilisation arabe à l’Europe :

[les Arabes], arrivés en Espagne, ce ne fut pas une conquête mais ils y fondèrent un empire. Le premier calife qui détache l’Espagne des Abbassides et qui en fait un état indépendant, Abd al-Rahman Ier, favorise les lettres et les arts. La puissance qui nous apparaît a quelque chose de généreux et de grand. Pendant que le roi des Francs chantait au lutrin, apprenait à lire, s’étudiait à signer son nom, ce calife des Arabes d’Espagne avait à sa cour des savants et des artistes[13].

Alors qu’Abd al-Rahman Ier œuvre au développement de la civilisation et de la culture au VIIIe siècle, le roi des Francs sombre dans l’ignorance et l’oisiveté. Flaubert donne ainsi une image positive de la civilisation arabe, et, d’une manière qui pourrait choquer le lecteur français du XIXe siècle, il souligne que la conquête arabe de l’Espagne s’accompagne d’un enrichissement culturel ; car les Arabes « [ont] le pas sur le monde, non seulement par le domaine de la poésie mais encore par celui de la science »[14]. Ainsi, ils ont ramené en Europe l’« architecture frêle, audacieuse, sublime, fantastique et maniérée. Les coupes hardies, ces flèches qui s’élancent vers les nues comme un cri d’enthousiasme, ces dentelles de pierre, ces fraîches découpures »[15]. Bien avant les architectes européens, « le génie poétique de l’Orient [pénètre] en Espagne, [crée] l’art gothique »[16]. Les Arabes ont également inventé l’alchimie, « cette science toute nouvelle pour l’Europe »[17] et la botanique : « Nous voyons qu’au Xe siècle un Arabe de Malaga, Aben-al-Beither, parcourut toutes les parties du monde connu, et il revint ensuite dans sa patrie et publia successivement trois livres : l’un de botanique, l’autre de minéralogie, le dernier enfin de zoologie »[18]. Dans le domaine de la médecine aussi, l’Orient devance l’Occident. « Nous trouvons ici, dit le jeune Flaubert, des noms qui sont venus jusqu’à nous et qui sont presque populaires : Mesua, Geber, Rhazès et Avicenne. Il y avait dans Bagdad huit cent-soixante médecins autorisés, riches de l’exercice de leur profession ; et ils fondèrent plus tard les écoles de Salerne et de Montpellier »[19].

De même, le grand progrès scientifique et artistique de l’Europe s’est réalisé à partir du modèle andalou et grâce aux Arabes d’Espagne qui ont été les précurseurs et qui ont fait « des découvertes qui serv[ent] l’humanité et qui durent avec elle »[20]. À l’époque médiévale, ils se sont intéressés à « la poésie »[21] et aux philosophes de l’Antiquité :

Joignez à cela ce perpétuel travail de la pensée, cette fournaise ardente de la connaissance, des voyages et des sciences, et vous concevrez que les Ommayades d’Espagne aient formé une bibliothèque de six cent mille volumes, parmi lesquels on en comptait quarante-quatre pour le catalogue. Il serait facile d’énumérer toutes les nombreuses bibliothèques des Arabes d’Espagne et des Arabes proprement dits. Il suffit de dire qu’ils traduisirent tous les philosophes de l’Antiquité[22].

D’un point de vue social, le jeune Flaubert remarque que la femme arabe du Moyen Âge a été beaucoup plus libre qu’au XIXe siècle. Ce sont les Turcs de l’empire ottoman qui l’ont empêchée de s’épanouir :

Nous jugerions fort mal les Musulmans d’après la brutalité jalouse des Turcs modernes. Les Arabes laissaient la femme plus libre que les Ottomans de nos jours. Elle était leur esclave : en effet ils la retenaient dans son sérail, mais lui ôtaient tous les soins de la vie privée, lui donnaient une vie de poésie, d’extase et d’amour et ne lui laissaient d’autre soin que de se couvrir de fleurs et de se baigner dans les parfums[23].

« Au XIXe siècle, remarque Yves Thomas, de l’Orient on tire de moins en moins de leçons et plus de denrées rares et d’objets précieux »[24]. Flaubert s’en prend à une telle vision et révèle la richesse d’une civilisation que ses contemporains réduisent à un univers de « pacotilles ». De la sorte, il déconstruit la typologie des orientalistes présentée par Edward Saïd dans L’Orient créé par l’Occident et il se démarque des historiens qui passent sous silence l’âge d’or de la civilisation arabe considérée comme « a-historique »[25].

La critique du colonialisme

Les voyages en Égypte, en Tunisie et en Algérie ont permis à Flaubert de côtoyer l’Arabe d’Afrique du nord et de connaître de près son caractère, son mode de vie et sa culture. Quand l’écrivain arrive à Constantine en 1858, ce qui attire son attention, c’est essentiellement la pauvreté et la misère de ces peuples. Il écrit dans ses carnets :

Sous les remparts de Constantine, place grise, en pente, couverte d’Arabes. Les cahutes, en forme de loges à chien, ont un toit (ce qui les différencie de celles des fellahs) ; elles sont en pierres et en boue, hautes de trois et quatre pieds. Le terrain est très en pente, les hommes font de longues masses blanc sale flottant ; ce qu’il y a de plus brun, ce sont les visages, les bras et les jambes, cela est d’une pauvreté et d’une malédiction supérieures : ça sent le paria[26].

Les despotiques beys et deys turcs vivent dans l’opulence et accablent les pauvres indigènes de lourds impôts. Aux yeux de Flaubert, ils sont de véritables fantoches. C’est ce que suggère le portrait du bey de Tunis lors d’une cérémonie dérisoire qu’on appelle le « baisemain » :

Le bey paraît et s’assoit sur sa chaise en os de poisson ; un sabre et des pistolets sont derrière lui, avec sa tabatière et son mouchoir. Figure fatiguée, bête, grisonnant, grosses paupières, œil enivré, il disparaît sous les dorures et les croix. Chacun, à la file l’un de l’autre, vient baiser l’intérieur de sa main, dont il appuie le coude sur un coussin. Presque tous donnent deux baisers : un, puis ils touchent le haut de la main avec leur front, et un second pour finir[27].

Lors de son voyage en Égypte, Flaubert exprime le même sentiment de mépris à l’égard d’Abbas-Pacha :

Abbas-Pacha (je vous le dis dans l’oreille) est un crétin presque aliéné, incapable de rien comprendre ni de rien faire. Il désorganise l’œuvre de Méhémet ; le peu qui en reste ne tient à rien. Le servilisme général qui règne ici (bassesse et lâcheté) vous soulève le cœur de dégoût, et sur ce chapitre bien des Européens sont plus Orientaux que les Orientaux[28].

Selon Flaubert, les Ottomans ont dégradé l’identité du peuple arabe. L’éducation française des beys et des pachas a abouti au métissage culturel car ils n’ont emprunté à la civilisation occidentale que les traits superficiels alors que sur le plan social, politique ou culturel, ils ont gardé les mœurs turques :

La civilisation européo-orientale que l’on a voulu plaquer sur le musulmanisme est une monstruosité. Tous les beys éduqués en France n’en sont pas moins turcs dans le fond, ils portent des bottes vernies et dans l’intérieur du harem tuent leurs femmes à coups de sabre […] Je crois que l’Orient est encore plus malade que l’Occident[29].

Selon Flaubert, la « maladie » de l’Orient provient de la tyrannie et de la corruption des Turcs. Mais cela ne justifie pas le colonialisme. Chez des écrivains comme Victor Hugo ou Alexis de Tocqueville, la décadence et le déclin de l’empire ottoman légitiment la colonisation. Ainsi, au nom du nationalisme, Tocqueville encourage la colonisation en Algérie : « Je ne doute pas, affirme-t-il, que nous ne puissions élever sur la côte d’Afrique un grand monument à la gloire de notre patrie »[30]. Il en est de même pour Victor Hugo. Bien qu’il soit réticent à l’égard de Bugeaud qui massacre sans pitié les indigènes algériens, il ne s’oppose pas à l’œuvre colonialiste qu’il considère comme une mission sociale et civilisatrice. Dans son Discours prononcé le 18 mai 1879, il lance un appel à la colonisation de l’Afrique qu’il justifie par des raisons humanitaires. L’Occident va tirer les Barbares qui occupent l’autre rive de la Méditerranée de leur sauvagerie pour les éclairer. Hugo voit dans la colonisation une entreprise civilisatrice :

La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie.
[…] Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer ; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas : Africa portentosa ! C’est plus et moins que le prodige. C’est ce qui est absolu dans l’horreur. Le flamboiement tropical, en effet, c’est l’Afrique. Il semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit.
[…] L’Europe fera de l’Afrique un monde.
[…] Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra
[31].

Anticonformiste et provocateur, Flaubert adopte une attitude différente. Il considère que « la nationalité est nulle » et que la notion de patrie est insignifiante :

La patrie est pour moi le pays que j’aime, c’est-à-dire celui que je rêve, celui où je me trouve bien. Je suis autant Chinois que Français, et je ne me réjouis nullement de nos victoires sur les Arabes parce que je m’attriste à leurs revers. J’aime ce peuple âpre, persistant, vivace, dernier type des sociétés primitives et qui, aux haltes de midi, couché à l’ombre, sous le ventre de ses chamelles, raille en fumant son chibouk notre brave civilisation qui en frémit de rage[32].

Flaubert subvertit l’idéologie ethnocentriste qui légitime l’œuvre coloniale. Bien plus, il valorise la résistance des Arabes aux conquêtes occidentales et admire l’Émir algérien Abd el-Kader qui mène la lutte contre l’occupation française en Algérie: « S’il se soulevait, tout l’Orient ! si les Bédouins du Hauran allaient venir ! et toute la Perse ! et l’Arabie, l’inconnu ? Il ne faut qu’un homme, non, un prophète, un homme-idée, Abd el-Kader qu’on lâcherait [...]»[33].

 

Révolté contre les représentations collectives et reçues, Flaubert fait l’éloge de l’Arabe et se démarque des orientalistes du XIXe siècle. Il s’inscrit en faux contre l’idéologie « ethnocentriste ». Contrairement à ses contemporains qui considèrent l’Orient comme source « d’une richesse inépuisable, un partenaire commercial »[34], comme un ennemi redoutable, Flaubert donne une image positive de l’Arabe. Celui-ci a « le sens de la protestation morale » et il est une « flamme de la liberté et de l’enthousiasme ! »[35]. L’Arabe qui associe des traits antagonistes — « choses disparates »[36] — : misère et opulence, grotesque et sublime, fascine Flaubert qui trouve en lui un modèle de résistance de l’individu au nivellement et à l’uniformisation. Pour lui, l’Arabe c’est l’anti-bourgeois, l’anti-Homais. Il est la figure qui permet à l’artiste de mettre en déroute la pensée occidentale éprise de systématicité et de stéréotypie.

 

Notice bio-bibliographique

Hassen BKHAÏRIA est enseignant-chercheur (maître-assistant) à l’Institut Supérieur des Études Appliquées en Humanités de Gafsa (Tunisie). Ses recherches portent sur le traitement de l’Histoire et de l’idéologie dans l’œuvre de Gustave Flaubert. Il est titulaire d’un doctorat (L’Inscription de l’Histoire chez Flaubert des Œuvres de Jeunesse à Salammbô) de l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 (sous la direction de Kamel Gaha et Francis Lacoste). Il a publié « Bouvard et Pécuchet, une poétique de l’impuissance » (Impuissance(s) de la littérature ?, Presses Universitaires de Bordeaux, collection « Entrelacs », 2011, p. 139-152) et « Flaubert et la haine de "la littérature industrielle" » (L’écrivain face à la création : préface, traduction et critique, (ouvrage collectif sous la dir. d’Alain Sebbah et Francis Lacoste, Publications de l’Université de Gafsa, Imprimerie Guétif Chawki, Gafsa, 2014, p. 128-135).

 

 

NOTES

[1] Comme le dit Marie-Jeanne Durry, Harel-Bey est le projet d’un roman qui porte sur l’Orient moderne : « Sur un carnet commencé en 1859, Flaubert note : le grand roman social à écrire (maintenant que les rangs et les castes sont perdus) doit représenter la lutte ou plutôt la Fusion de la Barbarie et de la Civilisation. La scène doit se passer au désert et à Paris, en Orient et en Occident, opposition de mœurs, de paysages & de caractère, tout y serait. — & le héros principal devrait être un Barbare qui se civilise près d’un civilisé qui se barbarise », Flaubert et ses projets inédits, Nizet, 1950, p. 106.
[2] Francis Lacoste, « L’Orient de Flaubert », Romantisme, n° 129, 2003, p. 73-84.
[3] L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980, p. 205.
[4] Ibid., p. 236-237.
[5] Ibid., p. 76.
[6] Gisèle Séginger, Flaubert, une éthique de l’art pur, SEDES, 2000, p. 189.
[7] Ibid., p. 191.
[8] Lettre à Louise Colet, 26 août 1846, Correspondance, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973, t. I, p. 314. La critique du patriotisme imprègne la Correspondance. Dans une lettre adressée à Louise Colet, Flaubert dit : « La Patrie c’est la terre, c’est l’univers, ce sont les étoiles, c’est l’air. C’est la pensée elle-même, c’est-à-dire l’infini dans notre poitrine. Mais les querelles de peuple à peuple, de canton à arrondissement, d’homme à homme, m’intéressent peu et ne m’amusent que lorsque ça fait de grands tableaux avec des fonds rouges », lettre du 11 décembre 1846, ibid., p. 416.
[9] Ernest Renan, Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, Œuvres complètes, (10 vol.) Calmann-Lévy, 1947-1961, p. 155.
[10] Ibid., p. 156.
[11] Salammbô, comme le fait remarquer Gisèle Séginger, déconstruit les théories « racialistes » de Renan. Voir « Salammbô et la question des races », Le Miroir et le Chemin. L’univers romanesque de Pierre-Louis Rey, textes réunis et présentés par Vincent Laisney, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 201-212.
[12] Œuvres de jeunesse, Influence des Arabes du Moyen Âge sur la civilisation française du Moyen Âge, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2001, p. 1131.
[13] Ibid., p. 1131-1132.
[14] Ibid., p. 1135.
[15] Ibid., p. 1132.
[16] Ibid., p. 1134.
[17] Ibid.
[18] Ibid., p. 1134-1135.
[19] Ibid.
[20] Ibid.
[21] Ibid.
[22] Ibid.
[23] Ibid., p.1133.
[24] « La Valeur de l’Orient : l’épisode de la reine de Saba dans La Tentation de saint Antoine », Études françaises, vol. 26, n° 1, 1990, p. 33.
[25] Edward Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, op. cit., p. 116.
[26] Gustave Flaubert, Voyages, Arléa, 1998, p. 672-673.
[27] Ibid., p. 690.
[28] Correspondance, t. I, op. cit., p. 565.
[29] Ibid, p. 654.
[30] « Lettre sur l’Algérie », Œuvres complètes, Gallimard, 1951, t. III, p. 151.
[32] Lettre à Louise Colet, 13 août 1846, Correspondance, t I, op. cit., p. 300-301.
[33] Lettre à Louise Colet, 26 septembre 1853, Correspondance, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, t. II, p. 442.
[34] Yves Thomas affirme : « L’Orient source, presque encore inexploitée à l’époque par les marchés occidentaux en pleine expansion, se constitue en périphérie d’une métropole, en l’occurrence Paris, dont le pouvoir réel s’exerce par une force et un élan d’appropriation sans précédent. Le commerçant va récolter ailleurs pour mieux toucher chez lui les bénéfices tirés d’une rareté qu’il aura cultivée au préalable », « La Valeur de l’Orient : l’épisode de la reine de Saba dans La Tentation de saint Antoine », op. cit., p. 37.
[35] Correspondance, t. II, op. cit., p. 442.
[36] Ibid., p. 283.


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