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C’est souvent avoir une très fausse opinion de l’esprit
d’autrui que de ne point le nourrir de fadaises.
La Bruyère

 

Rêve d’enfer

Conte fantastique

 

I


La terre dormait d’un someil [sommeil] léthargique point de bruit à sa surface et l’on n’entendait que les eaux de l’Océan qui se brisaient en écumant sur les rochers ; la chouette fesait [faisait] entendre son cri dans les cyprès ; le lézard baveux se traînait sur les tombes et le vautour venait s’abattre sur les ossements pourris du champ de bataille.

Une pluie lourde et abondante obscurcissait la lumière douteuse de la lune sur laquelle roulaient et roulaient et roulaient encore les nuages gris qui passaient sur l’azur.

Le vent de la tempête agitait les vagues et fesait [faisait] trembler les feuilles de la forêt il sifflait dans les airs tantôt fort tantôt faible comme un cri aigu domine les murmures.

Et une voix sortit de la terre et dit :

— Finis le monde ; que ce soit aujourd’hui sa dernière heure heure.

— Non non il faut que toutes les heures sonnent.

— Hâtes les dit la première voix extermine l’homme dans un septième chaos et ne crées point d’autres mondes.

— Il y en aura encore un supérieur à celui-ci.

— Tu veux dire plus misérable répondit la voix de la terre o finis pour le bien de tes créatures puisque tu as manqué jusqu’à présent toutes tes œuvres au moins ne fais rien désormais.

— Si si répondit la voix du ciel les autres hommes se sont plaints de leur faiblesse et de leurs passions celui-là sera fort et sans passions quant à son âme.

Ici la voix de la terre se mit à rire d’une [d’un] rire éclatant qui remplit l’abîme de son immense dédain.

 

II


Le duc Arthur d’Almaroës était alchimiste ou du moins il passait pour tel quoique ses valets soient aperçus que ses fourneaux étaient toujours cendre et jamais brazier quoique ses valets eussent remarqué qu’il travaillait rarement que ses fourneaux étaient toujours cendre et jamais brazier [brasier] que ses livres entrouverts ne changeassent jamais de feuillet. Néanmoins il restait des jours des nuits des mois entiers sans sortir de son laboratoire plongé dans de profondes méditations, comme un homme qui travaille qui médite. On croyait qu’il cherchait l’or, l’élixir de longue vie la pierre philosophale c’était donc un homme bien fin et froid au dehors bien trompeur d’apparence car jamais sur ses lèvres ni un sourire de bonheur ni un mot de dédain d’angoisse, jamais de cris à sa bouche point de nuits fiévreuses et ardentes comme en ont les hommes qui rêvent quelque chose de grand ; on eût dit <à le voir ainsi calme sérieux et froid> un automate qui pensait comme un homme.

Le peuple (car il faut le citer partout maintenant lui qui est devenu le plus fort des pouvoirs et la plus sainte des chose[s] deux choses mots qui semblent incompatibles si ce n’est à Dieu, la sainteté et la puissance), le peuple donc était persuadé que c’était un sorcier un démon Satan incarné. C’était lui qui riait le soir au détour du cimitière [cimetière], qui se traînait lentement sur la falaise en poussant des cris de hibou, c’était lui que l’on voyait danser les champs avec les feux follets c’était aussi lui que l’on enten dont on voyait pendant les nuits que l’on la figure sombre et lugubre planant sur le vieux donjon féodal comme une vieille légende de sang sur les ruines d’une tombe.

Souvent le soir lorsque les paysans assis devant leurs portes se reposaient de leur journée et res en chantant quelque vieux chant du pays dont on les avait  quelque vieil air national que les vieillards avaient appris de leurs grands pères et qu’ils avaient transmis à leurs enfants, qu’on leur avait appris dans leur jeunesse que jeunes ils avaient chanté jeunes sur le haut de la montagne où ils menaient paître leurs chèvres. Souvent alors à cette heure de repos où la lune commence à paraître où les chèvresl’hirondelle la chauve-souris voltige autour du clocher de son vol inégal où le corbeau s’abat sur la grève aux pâles rayons d’un soleil qui se meurt à ce moment dis-je on voyait paraître quelquefois le duc Arthur.

Et puis on se taisait quand on entendait le bruit de ses pas sur l les enfants se pressaient sur les mères et les hommes le regardaient avec étonnement on était surpris effrayé de ce regard de plomb qui de ce froid sourire de cette pâle figure et si quelqu’un effleurait ses mains il les trouvait glaciales comme la peau d’un serpent reptile.

Il passait vite au milieu des paysans silencieux à son approche disparaissait sans bruit  promptement et se perdait à la vue rapide comme une gazelle, subtil comme un rêve fantastique comme une ombre et peu et à peu le bruit de ses pas diminuait sur la poussière diminuait et seulem aucune trace de son passage ne restait derrière lui si ce n’est la crainte et la terreur, comme la pâleur après l’orage.

Si quelqu’un eût été assez hardi pour le suivre po dans sa course ailée pour regarder où tendait cette course il l’eût vu rentrer dans le vieux donjon féodal autour duquel nul n’osait approcher le soir car on entendait des bruits étranges outre les qui se perdaient dans les meurtrières des tours et les morts la nuit il s’y promenait régulièrement un grand fantôme qui étendait ses larges bras vers les nues et qui de ses mains osseuses fesait [faisait] trembler les pierres du château, avec un bruit de chaînes et le râle d’un mourant.

Eh bien cet homme qui paraissait si infernal et si terrible qui semblait être un enfant de l’enfer, la pensée d’un démon l’œuvre d’un alchimiste damné, lui dont les lèvres gercées semblaient ne se dilater qu’au toucher frais du sang, lui dont les dents blanches exhalaient une odeur de chair humaine, eh bien cet être infernal ce vampire funeste, eh bien n’était qu’un esprit pur et intact froid et parfait, infini et régulier comme une statue de marbre qui penserait qui agirait qui aurait une volonté une puissance mais qui une âme mais po enfin, mais dont le sang battrait point chaleureusement dans les veines veines, qui comprendrait sans sentir, qui ferait le b qui aurait un bras sans une pensée, une lumière des yeux sans passion un cœur sans amour.

Arrière aussi tout besoin de la vie toute réalité matérielle. Tout pour la pensée pour l’extase, mais une extase vague et indéfini qui se baigne dans les nuages qui se mire dans la lune et qui tient de l’instinct et de la constitution, comme le parfum aux à la fleur.

Sa tête était belle, son regard était beau ses cheveux étaient longs et s’ondulaient merveilleusement sur ses épaules en longs plis d’azur flots d’azur et lorsqu’il se penchait la nuit à et se repliait lui-même sur son dos aux formes allongés et dont la peau argentée d’un reflet de neige était douce comme le satin blanche comme la lune.

Les autres créatures avaient eu les nuit avant lui leurs des passions un corps une âme et ils avaient agi tous pêle-mêle dans un tourbillon quelqu’onque [quelconque], se ruant les uns sur les autres se poussant se traînant ; il y en avait eu d’élevés d’autres de foulés aux pieds tous les autres hommes enfin s’étaient pressés entassés et remués comme dans cette immense cohue, dans ce long cri d’angoisse, dans ce prodigieux bourbier qu’on nomme la vie.

Mais lui, lui esprit céleste jeté sur la terre par comme la dernière expression mot de la création, être étrange et singulier qui sembl jeté sur arrivé au milieu des hommes sans être homme comme eux ayant leur corps à volonté, leurs formes leur parole le regard, mais d’une nature supérieure d’un cœur plus élevé et qui ne demandait que des passions pour se nourrir et qui les cherchant sur la terre d’après son instinct n’avait trouvé que des hommes – que venait-il donc faire – il était rétréci, usé, froissé par nos coutumes et par nos instincts.

Au Aurait-il compris nos plaisirs charnels lui qui n’avait de la chair que l’apparence nos les chauds embrassements d’une femme sa gorge nue ses bras humides de sueur ses larmes sa gorge nue tout cela l’aurait-il fait palpiter un matin et lui qui trouvait au fond de son cœur une vie science infinie un monde immense.

Nos pauvres voluptés notre mesquine poésie notre encens toute la terre avec ses joies et ses délices que lui fesait [faisait] tout cela ? à lui qui avait quelque chose des anges. Aussi il s’ennuyait sur cette terre. Mais de cet ennui qui ronge comme un cancer qui vous brûle qui vous déchire et qui finit chez l’homme par le suicide mais lui le suicide – Oh que de fois il regarda on le surprit regarder aux monté sur la haute falaise et regardant d’un rire amer la mort qui était là devant lui riant en face et le narguant avec le bruit des flots qui vide de l’espace qui se refusait à l’engloutir.

Que de fois il contempla longtemps la ge gueule d’un pistolet et puis comme il le jetait avec rage ne pouvant s’en ser ne pouvant s’en servir car il était condamné à vivre. Oh que de fois il passa des nuits entières à se promener dans les bois à entendre le bruit des flots sur la plage à sentir l’odeur des varechs qui noircissent les rochers que de nuits il passa appuyé sur un roc et promenant dans l’immensité sa pensée qui volait vers les nues.

Mais toute cette nature la mer les bois le ciel, tout cela était fau petit et misérable ; il n’avait les fleurs ne sentaient rien pour sur ses lèvres ; nue fem la femme était pour lui sans beauté l’oiseau sans mélodie le chant sans mélodie la mer sans terreur.

Il n’avait point assez d’air pour sa poitrine point assez de lumière pour ses yeux et d’amours pour son cœur.

L’ambition un trône de la gloire ? base jamais il n’y pensa. La science les temps passés mais il savait l’avenir et dans cet avenir il n’avait trouvé qu’une chose qui le faisait sourire de temps en temps en passant devant une église cimetière.

Aurait-il aimé craint Dieu lui qui se sentait presque son égal et qui savait qu’un jour viendrait aussi ou le néant emporterait ce Dieu comme ce Dieu l’emportera un jour. L’aurait-il aimé lui qui avait passé tant de siècles à le maudire.

Pauvre cœur comme tu souffrais gêné et rétréci sur un monde déplacé de ta sphère et rétréci dans rétréci dans un monde comme l’âme dans le corps.

Souvent un instinct lui portait une coupe à ses lèvres le vin les effleurait sans qu’un sourire vînt les dilater et puis il s’apercevait qu’il avait fait quelque chose de fade et d’inutile il prenait une rose et la retirait bien vite comme une épine. Un jour il voulut jouer faire être musicien, il avait une idée sublime étrange un fantastique que n’auraient peut-être pas compris les hommes, mais pour laquelle se serait damné Mozart, une idée de génie une idée d’enfer quelque chose qui rend malade qui irrite et qui tue. Il commença c’était sublime la foule éperdue tremblait trépignait et criait d’enthousiasme puis muette et tremblante elle se prosterna sur le pavé des dalles et écouta. Des sons purs et plaintifs s’élevaient dans la nef et se perdaient sous les voûtes, c’était sublime ; ce n’était qu’un prélude ; il voulut continuer, mais il brisa l’orgue entre ses mains.

Rien pour lui désormais tout était vide et creux comme le [illis.] rien qu’un immense ennui que qu’une solitude et puis des siècles encore à vivre à maudire l’existence lui qui n’avait pourtant ni besoins ni passions ni désirs ; mais il avait le désespoir !

 

III


Il se résigna et sa nature supérieure lui en donna les moyens ; il alla vivre seul et isolé dans un village d’Allemagne loin du séjour des hommes qui lui étaient à charge.

Un château en ruines, situé sur une haute colline lui parut un séjour conforme à son désir sa pensée et dès le soir il l’habita.

Il vivait donc ainsi seul sans suite sans équipages sans presque sans valets, et renfermé en lui-même, bornant sa société à lui-même ; son nom n’en acquérait chaque jour qu’une existence de plus en plus problématique ; les gens qui le servaient le connaissaient à peine ils par ignoraient le son de sa voix ils ne connaissaient ils ne connaissaient de son regard qu’un œil terne et à demi fermé qu’il tournait sur eux qu’il aurait qui se tournait lentement froidement sur eux en les faisant frémir.

Avec une expression qui les faisait frémir Du reste ils étaient entièrement libres c’est-à-dire que leur maître ne leur fesait [faisait] aucun reproche à peine s’il leur donnait des ordres.

Ce me Le château qu’habitait le comte avait pris à la longue quelque chose de la tristesse de ses ordres hôtes. Ses murailles noircies ses pierres sans ciment les ronces qui l’entouraient, cet aspect triste silencieux qui planait sur ses tours, tout cela avait quelque chose de féerique et d’étrange.

C’était pire au-dedans, de longs corridors sans obscurs des portes qui tremblaient la claquaient la nuit violemment et qui ne tremblaient dans leur châssis, des fenêtres hautes et étroites des lambris enfumés et puis de place en place dans la galeries quelque ornement antique un  l’armure d’un ancien baron, le portrait en pied d’une princesse, un bois de cerf un couteau de chasse un poignard rouillé et souvent dans quelques recoins sans lumière une des décombres des plâtras qui tombaient du plafond du vieux salon lorsque le vent par quelque soirée d’hiver s’entonnait dans les longues galeries avec plus de fureur que de coutume avec des mugissements plus prolongés.

Le concierge qui (et c’était un vieillard aussi décrépi que le château) faisait sa tournée tous les jours un dans l’après midi ; il commençait par le grand escalier aux larges dalles pavées et de pierre dont la rampe était ôtée depuis que le dernier possesseur l’avait vendue pour une aire un arpent de terre ; il le montait lentement et arrivé dans la galerie principale il ouvrait toutes les chambres qui toutes portaient portant des leurs anciens numéros et qui toutes vides av et délabrés avaient après avoir eu pourtemps pourtant leur destination et leur emploi. Là c’était le vieux salon immense appartement quarré dont on distinguait encore le papier qui quelques lambeaux du velours cramoisi qui sous le dernier siècle avait fait son apparat le somptueux ornement beau neuf et la fraîche beauté. D’abord ce fut la salle du plaid puis la chapelle puis le salon. Alors il était encombré par une centaine de bottes de foin qui y avaient été déposées depuis vingt ans environ et qui se pourrissaient à la pluie qui pénétrait par les carreaux et que chassée le vent du soir. La place que laissait le foin le reste du salon était occupée par des vieux fauteuils des harnais usés quelques selles mangées et par les vers et une grande quantité de fagots et de bois sec. Le concierge ouvrait jamais le salon que pour si ce n’est pour y repousser quelque chose de vieux et de cassé qui allait rejoindre les com qu’il jetait négligemment quelquefois et qui allait tomber sur un vieux tableau sur une statue de jardin ou sur les fauteuils dépaillés. Puis Il reprenait sa course accoutumée dans lente et paisible au milieu du corridor et fesait [faisait] retentir du bruit de ses souliers ferrés les dalles larges dalles de pierre, qui en gardaient l’empreinte et puis il revenait bientôt sur ses pas regardant les nids d’hirondelles qui s’établissant dans le château et qui volaient et repassaient par les vitrails les fenêtres du corridor dont toutes les vitres étaient jetés soit dans étendues par terre broyés et écrasés cassés et pêle-mêle avec leurs encadrements en plomb qui les soutenaient.

Les murs étaient couverts de mousses et ils avaient je ne sais quoi d’humide et de froid qui prenait sur les bras et qui fesait frissonner. On eut dire la trace gluante d’un reptile, limace qui en avait fait d’un crapaud d’un reptile. De grands marronniers peupliers bordaient le château et la nuit ils le vent les faisait courber et ils se courbaient souvent au souffle de la tempête de l’océan qui se melaient dont le bruit des vagues se mêlait à celui de leur feuillage leurs feuilles et dont l’air âpre et dur déchess avait brûlé l’écorce. Une percée pratiquée dans le feuillage laissait voir des plus hautes fenêtres la mer qui s’étendait immense et terrible devant ce château sinistre qui n’en semblait qu’un lugubre appanage [apanage].

Là c’était le pont-levis maintenant on y passe sur une terrasse ; ici les créneaux mais ils tremblent sous la main et au moindre choc les pierres tombent ; ici le do plus haut le donjon ; jamais le concierge n’y alla car il l’avait abandonné depuis ainsi que les étages aux chauves-souris aux hiboux aux hirondelles qui tout autour voltigeaient le soir autour sur les toits avec leurs cris lugubres et leurs longs battements d’ailes.

Les murs du château étaient couverts de mousse et lézardés il y avait à leur contact quelque chose d’humide et de gras qui pressait sur la poitrine et qui faisait horrible frissonner ; on eût dit la trace gluante d’un reptile.

C’était là qu’il vivait. Il aimait cette les longues voûtes prolongés où l’on n’entendait que le siff les oiseaux de nuits et le vent de la mer ; il aimait ces débris soutenus par le lierre ces sombres corridors et toute cette apparence de mort et de ruine.

Lui qui était tombé de si haut pour descendre si bas il aimait quelque chose de tombé aussi lui n’avait que des ruines dans son qui était désillusionné il voulait des ruines il les voulait sur la terre il a trouvé le néant il voulait partout la destruction dans le temps. Il était seul au milieu des hommes il voulut s’en écarter tout à fait et vivre au moins de cette vie qui pouvait ressembler à ce qu’il rêvait, à ce qu’il aurait dû être.

 

IV

 

dans un large fauteuil le coude appuyé sur sa table la tête dans ses mains était assis le duc Arthur. La chambre qu’il habitait était grande et spacieuse son plafond noirci par la fumée du charbon ; quant aux lambris ils étaient cachés par une immense quantité de pots de terre d’alambics de vases d’équerres et d’instruments rangées sur des tablettes.

Derrière Dans un coin était le fourneau avec le creuset pour les magiques opérations ; puis çà et là sur des cendres encore chaudes quelques livres entr’ouvert dont quelques feuillets étaient arrachés à moitié et qui semblaient avoir été touj touchés par une main fiévreuse et brûlante, parcourus avec un regard avide et qui n’y avait rien lu.

Aucune lumière n’éclairait et quelques charbons qui se mouraient dans le fourneau jetaient seuls quelque lueur au plafond en décrivant un cercle lumineux et vacillant.

L’alchimiste restait depuis longtemps dans son immobile position et tourna dans enfin il se leva alla vers son creuset et le considéra quelque temps. La lueur rougeâtre des charbons illumina tout à coup son visage et le en le colorant d’un éclat fantastique. C’était bien là un de ces fronts pâles d’alchimistes les yeux creux et [en marge : deux mots illis.] d’enfer ses yeux creux et rougies sa peau blanche et tirée ses mains maigres et allongées, tout cela indiquait bien les nuits sans sommeil, les rêves brûlants, les pensées du génie !

Et vous croyez que ce sourire d’amertume est un sourire de vanité vous croyez que ces joues creuses se sont amaigris sur les livres que son teint s’est blanchi à la chaleur du chaleur du charbon et que cet homme mo celui-là maintenant qui pleurerait si c’était un homme cherche un nom une immortalité. Vous croyez que ces livres jetés avec colère ces feuillets déchirés et que cette main qui se crispe et qui se déchire, tout cela vous croyez qu’il  ne passe pas une nuit à chercher se désespère ainsi pour trouvér une parcelle d’or, un poison qui fait vivre. Il allait retourner à sa place quand il aperçut sur la muraille noircie des lignes brillantes qui se dessinaient fortement ces lignes grandissant toujours et qui formèrent bientôt un monstre hideux et singulier semblable à ces animaux affamés que nous voyons sur le portique de nos cathédrales avec une tête de chien, des mamelles qui pendent jusqu’à terre un poil rouge des yeux qui flamboient et des ergots de coq.

Il se détacha de la muraille tout à fait coup et vint sauter sur le fourneau ; on entendit le bruit de ses pattes grêles et fines sur les pavés du creuset.

— Que me veux-tu dit-il à Arthur.

— Moi ? rien qui est Mais je suppose te connaitre n’es-tu point l’esprit damné qui perd les hommes, qui torture leur âme ?

— Eh bien oui repartit le monstre avec cri de joie, oui je suis Satan.

— Que me veux-tu, que viens-tu faire ici ?

— T’aider.

— Eh à quoi ?

— A ce que tu trouver ce que tu cherches, l’or, l’élixir.

— Vraiment oui. Tu ne sais donc pas que je peux vivre des mondes, que je qu’une parole tombée sur mes lèvres pensée de ma tête peut faire rouler l’or à mes pieds ? Non Satan, si tu n’as de pouvoir que sur cela quitte-moi, laisse-moi fuis, car tu ne peux me servir.

— Oh Non non je resterai, dit Satan avec un singulier sourire, je resterai. La vanité est ma fille aînée, elle me donne les âmes de ceux tous ceux qui la prennent pensa-t-il en lui-même, j’aurai son âme !

En ce moment les charbons qui s’éteignaient jetèrent encore quelques napes de lumière qui passèrent sur la figure d’Arthur. Elle apparut à Satan plus belle et plus terrible que celle de celles de ses damnés, et même des plus beaux.

— Tiens sortons d’ici lui dit Arthur, le vent agite les arbres, la mer gronde et le rivage est dévasté. Viens nous parlerons mieux de l’éternité au bruit de la tempête en face de devant la colère de l’Océan. Ils sortirent.

Le chemin qui conduisait au rivage était pierreux et ombragé par les grands arbres noirs qui entouraient le château.

Il faisait froid la tête la terre était sèche et dure ; l’écorce des arbres il faisait sombre pas une étoile au ciel, pas un rayon de la lune. Arthur marchait derrière, la tête nue et le visage découvert, il se allait lentement et prenait plaisir à se sentir le visage effleuré par sa chevelure bleue et soyeuse. Il aimait ce fracas du vent et le bruit sinistre des feuill feuilles sinistre arbres qui se penchaient avec violence.

Satan était derrière ; il sautillait légèrement sur les pierres. Sa tête était baissée et il hurlait plaintivement.

Enfin ils arrivèrent à la plage. Le sable en était frais mouillé et laisser couler sur vers la mer des coquilles et des galets que broyait Arthur sous ses pieds couvert de coquilles et de varechs qui roulaient vers la mer avec le flot reflux qui les entrainait et qui fesait les galets qu’il ent  entraînés par le reflux.

lls s’arrêtèrent tous les deux et Satan le premier s’adressait

Arthur riait sauvagement au bruit des flots. Satan se mit à le regarder. — Voici ce que j’aime, dit-il le premier, ou mieux encore plutôt ce que je hais le moins, mais cette colère n’est pas assez brutale, assez divine, pourquoi le flot s’arrête-t-il et cesse<-t-il> de monter. Oh si la mer s’étendait au delà du rivage et des rochers comme elle irait loin, comme elle courerait, comme elle bondirait, ce serait plaisir de la voir, mais cela......

— Tu veux donc la mort, dit Satan, la mort dans tout.

— C’est le néant que j’implore.

— Et pourquoi ? tu crois donc que rien ne subsiste après le corps. Que l’œil fermé ne voit plus et que la tête froide et insensible pâle n’a point de pensée ?

— Oui je crois cela, pour moi du moins.

— Et que veux-tu enfin que désires-tu ?

— Le bonheur.

— Le bonheur y penses-tu le bonheur ?..... tu l’auras dans la science, tu l’auras dans la gloire, tu l’auras dans l'amour.

— Oh nulle part. Je l’ai cherché longtemps je ne l’ai jamais trouvé ; tout était t cette science était trop bornée cette gloire trop étroite, cet amour trop mesquin.

— Tu te crois donc supérieur aux autres hommes tu crois ne ton âme...

— Oh mon âme, mon âme et il se mordit les lèvres de regret et de désir.

— Tu n’en as donc pas ?... tu ne crois à rien... pas même à Dieu ? Oh tu succomberas homme faible et vaniteux tu succomberas car tu as refusé tes offres mes offres ; tu succomberas comme le premier homme. Oh Que son regard était fier, comme il était insolent et fort de son bonheur lorsque se promenant dans les l’Éden, il contemplait d’un œil béant et surpris ma défaite et mes larmes et lui aussi je le vis succomber je le vis ramper à mes pieds, je le vis pleurer comme moi, maudire et blasphémer comme moi ; nos cris de désespoir se mêlèrent ensemble et nous fûmes dès lors des compagnons de torture et de supplice.

Oh oui tu tomberas comme lui tu aimeras quelque chose.

— Et tu prends donc pour un homme, Satan pour un de ces êtres communs et vulgaires qui croupissent sur ce monde où un vent de malheur m’a jeté dans sa démence et où je me meurs faute d’air à respirer, faute de choses à sentir, à comprendre et à aimer. Tu crois que cette bouche mangent que ces dents broient que moi je suis asservi à la vie, comme un visage dans un masque. Si je découvrais cette peau qui me recouvre, tu verras que moi aussi Satan je suis un de ces êtres jetés damnés comme toi que je suis ton égal et peut-être ton maître. Satan, peux-tu arrêter une vague, peux-tu pétrir une pierre entre tes mains ?

— Oui.

— Satan peux-tu si je voulais je te broi[e]rais aussi entre mes mains. Satan, qu’as-tu qui te rende supérieur à tout ? Qu’as-tu est-ce ton corps mets ta tête au niveau de mon genou et de mon pied je l’écraserai sur le sol. Qu’as-tu qui fasse ta gloire et ton orgueil (l’orgueil cette essence des esprits supérieurs ? Qu’enten Qu’as-tu réponds.

— Mon âme.

— Et combien de minutes dans l’éternité peux-tu compter où cet âme t’ait donné le bonheur ?

— Aucune et toi qu’as-tu pourquoi es-tu supérieur à mon corps. Moi

— Pourquoi je n’en ai pas

Cependant, quand je regarde vois les âmes des hommes souffrir comme la mienne, c’est alors une consolation pour mes douleurs, un bonheur pour mon désespoir ; mais toi, qu’as-tu donc de si divin dans l ? est-ce ton âme ?

— Non c’est parce que je n’ai pas.

— Pas d’âme eh quoi c’est donc un automate vivifié par un éclair de génie ?

— Le génie oh le génie non Satan tu me juges bien mal dérision et pitié à moi le génie. Ah !

— Pas d’âme et qui te l’a dit ?

— Qui me l’a dit je l’ai deviné... Ecoute et tu verras... Lorsque je vins sur cette terre, il fesait [faisait] nuit une nuit comme celle-ci a froide et terrible ; je me souviens d’avoir senti été apporté par les vagues sur le rivage... Je me suis levé et j’ai marché. Tout m’était connu, je je me sentais heureux la poitrine libre ; j’avais au fond de moi quelque chose de pur et d’intact qui me faisait aimer tout rêver et songer à des idées confuses vagues indéterminées, j’avais comme un res[s]ouvenir lointain d’une autre position d’un état plus tranquille et plus doux ; il me semblait lorsque je fermais les yeux et que j’écoutais les mer, retourner vers ces régions supérieures où tout était poésie silence et amour. J’approfondis cette idée, et je crus avoir continuellement dormi. Ce sommeil était lourd et stupide mais qu’il était doux et profond ! En effet, je me souviens que lorsque je me réveil trouvai sur la plage qu’il fut un instant où tout passait derrière moi et s’évaporait comme un songe. Je revins d’un état d’ivresse et de bonheur pour vivre la vie et pour l’ennui ; peu à peu ces illusions rêves que je croyais retrouver sur la terre disparurent comme ce songe ; ce cœur se rétrécit et la nature me parut mesq avortée, usée vieillie, comme un enfant contrefait et bossu qui porte les rides du vieillard. Je tâchai d’imiter les hommes, d’avoir leurs passions, leur intérêts d’agir comme eux.

Ce fut en vain, c’est comme l’aigle qui veut se blottir dans le nid de la [illis.] du pivert. Alors tout s’assombrit à ma vue tout ne fut plus qu’un long voile noir, l’existence une longue agonie, et la terre un sépulcre ou l’on enterrait tout vif, et puis quand après bien des siècles, bien des âges, Quand, après avoir vu passer devant moi des races d’hommes et des empires, je ne sentis palpiter en moi quand tout fut mort et paralysé à quand à mes sens à ma vue mon esprit je me dis : « insensé, qui veux le bonheur et n’as point d’âme, insensé qui veux as l’esprit trop haut, le cœur trop bas élevé qui comprends ton néant qui comprends tout qui n’aime rien qui crois que le corps rend heureux alors que et que la matière donne le bonheur. Cet esprit, il est vrai était élevé, et son cœur était ce corps était beau, cette matière était sublime, mais d’âme pas de croyance, pas d’espoir.

— Et tu te plains lui dit Satan en trainant ses mamelles sur le sable et s’étendant de toute sa longueur, tu te plains. Heureux, bénis le ciel au contraire, tu mourras. L’âme y songes-tu Tu ne désires rien Arthur, tu n’aimes rien, tu vis heureux car tu ressembles à la pierre, tu ressembles au néant. Oh de quoi te plains-tu, tu t’en qui te chagrine qui t’accable ?

— Je m’ennuie.

— Ton corps pourtant ne peut-il point te procurer les plaisirs des hommes ?

— Les plaisirs des Les voluptés humaines, n’est-ce pas ? Leurs grands baisers leurs tièdes étreintes oh je n’en ai jamais goûté, je les dédaigne et les méprise.

— Mais une femme ?

— Une femme, mais eh je l’étoufferais dans mes bras, je la broierais de mes baisers, je la tuerais de mon haleine. Oh j’en je n’ai rien, tu as raison je ne veux rien je n’aime rien je ne désire rien...................... et toi, Satan, tu voudrais mon corps, n’est-ce pas ?

— Un corps oh oui une forme, quelque chose de palpable qui sente qui se voie car je n’ai qu’une forme, un souffle une apparence, oh si j’étais un homme, si j’avais sa large poitrine et ses fortes cuisses...... aussi je l’envie je le hais, j’en suis jaloux... Oh mais je n’ai que l’âme, l’âme, souffle brûlant et stérile qui se dévore et se déchire lui-même ; l’âme mais je ne peux rien, je ne fais qu’effleurer les baisers, sentir voir et je ne peux pas toucher je ne peux pas prendre ; je n’ai rien rien je n’ai [que] l’âme. Oh que de fois je me [suis] traîné sur les cadavres de jeunes filles encore tièdes et chauds que de fois je m’en suis retourné désespéré et blasphémant ! Que ne suis-je la brute l’animal le reptile au moins il a ses joies son bonheur sa famille ses désirs sont accomplis ses passions sont calmés. Tu veux une âme Arthur ? Une âme mais y songes-tu bien, veux-tu être comme les hommes, veux-tu pleurer pour une la mort d’une femme pour une fortune perdue, pour veux-tu maigrir de rêves et d maigrir de désespoir tomber des illu illusions à la réalité ? Une âme mais veux-tu les cris de désespoir stupide la folie l’idiotisme, une âme tu veux donc croire tu t’abaisserais jusqu’à l’espoir une âme tu veux donc être un homme, un peu plus qu’un arbre, un peu moins qu’un chien.

— Eh bien non dit Arthur en s’avançant dans la mer, non, je ne veux rien. Puis il se tut et Satan le vit bientôt courir sur les flots, sa course était légère et rapide et les vagues scintillaient sous ses pas.

— Oh se dit Satan dans sa haine jalouse heureux, heureux........... tu as l’ennui sur la terre, mais tu dormiras plutôt plus tard, et moi moi j’aurai le désespoir dans l’éternité… et quand je contemplerai ton cadavre.........

— Mon cadavre dit Arthur, qui t’as dit que je mourrai rien ne te l’ai-je pas dit je n’espère rien pas même la mort.

— Les moyens les plus terribles...

— Essaie dit Arthur qui s’était arrêté un instant sur la vague qui le ber ballottait doucement comme s’il se fût tenu debout sur une planche.

— Ecoute dit Satan Satan se tut longtemps et pensa à l’alchimiste : je l’ai trompé se dit-il, il ne croit pas à son âme. Oh tu aimeras tu aimeras une femme mais à celle-là je lui donnerai tant de grâce tant de beauté tant d’amour qu’il l’aimera, car c’est un homme, malgré son orgueil et sa science.

— Ecoute, Arthur lui dit-il demain tu verras une fille de tes montagnes, tu l’aimeras.

Arthur se mit à rire.

— Pauvre sot lui dit-il je veux bien essayer, ou plutôt essaie de me tuer, si tu l’oses.

— Non dit Satan je n’ai de pouvoir que sur les âmes. Et il le quitta.

Arthur était resté sur les rochers et quand la lune commença à paraître il ouvrit ses immenses ailes vertes déploya son corps blanc comme la neige et s’envola vers les nues.

 

V

 

Il fesait [faisait] soir et le soleil rougeâtre et mourait éclairait à peine la vallée et les montagnes. C’était à cette heure du crépuscule où l’on voit dans les cam prés des fils blancs qui s’attachent aux arbres et au à la chevelure des femmes et à leurs vêtements de dentelles et de soyeuses étoffes ; c’était à cette heure où les amoureux la cigale chantent doucement de de son cri aigu dans l’herbe et sous les blés. Alors on entend dans les champs des voix mystérieuses des concerts étranges… et puis bien loin le bruit d’une son[n]ette qui s’apaise et redoute diminue, avec les troupeaux qui disparaissent et qui descendent à cette heure l’ celle qui garde les chèvres et les vaches hâte son pas, pour se ses génisses court sans regarder derrière elle et puis s’arrête de temps en temps essoufflée et tremblante car elle a peur la nuit va venir et puis l’on rencontre dans le chemin quelques hommes et des jeunes gens, et puis elle a seize ans la pauvre enfant et elle a peur.

Julietta rassemble ses vaches mais et se dirige vers le village dont on distinguait quelques cabanes, mais, ce jour-là elle était triste, elle ne courait plus pour cueillir des fleurs et pour les mettre dans ses cheveux. Non plus de sauts enfantins à la vue d’une belle rose que marguerite que son pied allait écraser, plus de chants joyeux ce jour-là plus de ces notes perlés de ses longues roulades non plus de joie ni d’ivresse plus ce joli cou blanc qui se courbait en arrière et d’où sortait en dansant une musique légère et toute chaude d’harmonie, mais au contraire des soupirs répétés un air rêveur des larmes dans les yeux et une longue promenade bien rêveuse et bien lente au milieu des herbes sans faire attention qu’elle marche dans la rosée et que ses vaches ont disparu, tant la jeune fille est nonchalante et toute mélancolique.

Que de fois dans ce jour, elle courut après son troupeau ; que de fois elle revint se rasseoir lasse et ennuyée et là penser ou plutôt ne penser à rien… son cœur elle était oppressée son cœur brûlait, il désirait quelque chose de vague d’indéterminé. Il s’attachait à tout, quittait tout, il avait l’ennui, le désir, l’incertitude.

Ennui rêve du passé songe sur l’avenir tout cela passait dans la tête de l’enfant couchée sur l’herbe et qui regardait le ciel les mains sur son front. Julietta Elle avait peur d’être ainsi seule au milieu des champs, et pourtant elle y avait passé son enfance, se jouant dans les bois et étendue et courant dans les champs moissons ; le bruit du feuillage la faisait trembler, elle n’osait se retourner, il lui semblait toujours voir derrière sa tête la figure la de quelque ho démon grimaçant avec un rire horrible.

Elle regarda longtemps les rayons rougeâtres du soleil qui diminuait de plus en plus, et qui décrivait de places en places des cercles lumineux qui s’agrandissaient et disparaissaient puis revenaient bientôt. Elle attendit que la cloche de l’église eût fini de sonner et quand ses dernières vibrations furent perdues dans le lointain, alors elle se leva péniblement, courut après son troupeau, et se mit en marche pour retourner chez son père.

Tout à coup elle vit à une cinquantaine de pas une vingtaine de petites flammes qui s’élevaient de la terre. Les flammes disparurent se dus disparurent mais au bout de quelques minutes Julietta les vit encore ; elles se rapprochèrent peu à peu et puis une disparaissait puis une autre, une troisième et enfin la dernière qui sautillait s’allongeait et dansait autour un cercle et dansait avec vivacité et folie. Les vaches aussitôt s’arrêtèrent tout à coup comme si un instinct naturel leur prescrivait de ne plus avancer et firent entendre un beuglement plaintif qui se traina longtemps, monotone unif et puis mourut lentement. Les flammes redoublèrent et l’on entendait distinctement des rires éclatants et des voix d’enfants. Julietta pâlit et s’appuya sur la corne d’une génisse immobile et muette de terreur ; elle entendit des pas derrière sa tête, elle sentit ses joues effleurés par un souffle brûlant, et un homme vint se placer debout devant elle.

Il était richement vêtu et ses habits étaient de vel soie noire, sa toque de velours rouge sa main gantée reluisait de diamants ; au moindre de ses gestes on entendait un bruit de sonnettes argentines comme mêlés à des pièces d’or sa figure était laide mais ses moustaches étaient rouges ses joues étaient creuses mais ses yeux brillaient comme deux charbons ils étincelaient sous une prunelle épaisse et touffue comme une poignée de cheveux son front était pâle ridé osseux et la partie supérieure en était soigneusement cachée par une toque de velours rouge. On eût dit qu’il craignait de montrer sa tête.

— Enfant dit-il à Julietta belle enfant et il l’attira vers lui d’une main puissante avec un sourire qu’il tâchait de faire doux et qui n’était qu’horrible.

— Aimes-tu quelqu’un ?

— Oh laissez-moi dit l’enf la jeune fille je me meurs entre vos bras, vous m’écrasez.

— Eh quoi personne, continua le chevalier, oh tu aimeras quelqu’un car je suis puissant moi, je donne la haine et l’amour. Tiens asseyons-nous ici continua-t-il, sur le dos de ta vache blanche, celle-ci se coucha sur le côté et prêta le flanc, l’inconnu s’assit sur son cou, il tenait d’une main une de ses cornes et de l’autre la taille de Julietta.

Les feux follets avaient dim cessé le soleil n’éclairait plus il fesait [faisait] presque nuit, et la lune pâle et faible, luttait avec le jour.

Julietta regardait l’étranger avec terreur son regard était terrible et il y avait dans ses traits quelque chose qui faisait peur et faisait trembler.

— Laissez-moi lui dit-elle, oh laissez-moi au nom de Dieu.

— Dieu reprit-il amèrement, et il se mit a rire. Julietta continua-t-il connais-tu le duc Arthur d’Almaroës ?

— Je l’ai vu quelquefois reprit-elle mais c’est comme de vous, j’en ai peur. Oh laisse-moi laisse-moi il faut que je m’en aille. Mon père oh s’il savait......

— Ton père eh bien ?

— S’il savait vous dis-je que vous me retenez ainsi, le soir que... oh mais il vous tuerait.

— Je te laisse libre Julietta… Pars et il laissa tomber son bras qui l’av la tenait vivement étreinte. Elle ne pouvait put se lever, quelque chose l’attachait au ventre de l’animal qui geignait tristement et humectait l’herbe de sa langue baveuse il râlait et remuait sa tête sur le sol comme s’il se mourait de douleur.

— Eh bien, Julietta, pars qui t’empêches ? Elle s’efforça encore…. mais rien ne put lui faire faire un mouvement, sa volonté de fer se brisait devant la fascination de cet homme ou de et son pouvoir magique.

— Qu’êtes-vous donc lui dit-elle quel mal vous ai-je fait ?

— Aucun mais parlons du duc Arthur d’Almaroës. N’est-ce pas qu’il est riche, qu’il est beau… lci il se tut se frappa le front de ses deux mains : ô qu’il vienne qu’il vienne donc.

Et puis il resta long ils restèrent ainsi tous les deux, longtemps bien longtemps, la jeune fille tremblante, et lui l’œil fixé sur elle et [la] contemplant avidement.

— Es-tu heureuse lui demanda-t-il.

— Heureuse oh non je m’ennuie.

— Que te faut-il ?

— Je ne sais, mais je n’aime rien rien ne me plaît, surtout aujourd’hui, je suis bien triste, et ce soir encore... votre air méchant... Oh j’en deviendrai folle.

— N’est-ce pas Julietta que tu voudrais être reine ?

— Non.

— N’est-ce pas Julietta que tu aimes l’église et son encens sa haute nef ses chœurs ses murailles noircies et ses chants mystiques ?

— Non.

— Tu aimes la mer les coquilles au rivage la lune au ciel et des rêves dans tes nuits.

— Oh oui j’aime tout cela.

— Et qu’y rêves-tu dans tes nuits Julietta ?

— Que sais-je ? et elle devint toute pensive et toute rêveuse.

— N’est-ce pas que tu souhaites une autre vie, des voyages lointains n’est-ce pas que tu voudrais être la feuille de rose pour rouler dans l’air être l’oiseau qui vol le chant qui se perd le cri qui s’élance….. n’est-ce pas que duc Arthur est beau riche et puissant… Et lui aussi, il aime les rêves les sublimes extases. Oh qu’il vienne qu’il vienne continua-t-il tout bas. Qu’il vienne elle l’aimera, et d’un amour chaud brûlant entier ils se perdront tous deux.

La lune étant sereine et ro roulait sous les nuages elle éclairait la montagne la vallée et le vieux château du duc gothique dont la sombre silhouette se dessinait au clair de lune comme un fantôme sur le mur du cimetière.

Levons-nous dit l’inconnu et marchons. L’étranger prit Julietta et l’entraîna sur ses pas, les vaches bondissaient galoppaient [galopaient] sous les champs, elles couraient éperdues les unes après les autres, puis revenaient autour de Julietta en sautant en dansant. On n’entendait que le bruit de leurs pas sur la terre et la voix du cavalier aux éperons en or qui perçait parlait et parlait toujours d’un pas régulier comme un orgue. Il avait longtemps qu’ils marchaient ainsi l’un le chemin était facile et ils marchaient rapidement sur l’herbe glissante fraîche, glissante sous les pieds comme une glace polie. Julietta était fatiguée ses jambes s’affaissaient sous son corps.

— Quand arriverai-je demandait-elle bientôt, et souvent. Et son regard mélancolique s’élançait dans l’horizon qui ne lui offrait qu’une obscurité profonde. Enfin elle reconnut après bien longtemps la masure de son père. L’étranger était toujours à ses côtés il ne disait plus rien, seulement son visage était geai et il souriait comme un homme heureux. Quelques mots d’une langue inconnue échappaient de ses lèvres et puis il prêtait l’oreille attentivement silencieux et la bouche béante.

— Aimes-tu le duc Arthur demanda-t-il encore une fois.

— Mais Je le connais à peine et puis que vous importe.

— Tiens le voilà lui-dit-il, en effet une f créa un homme passa devant eux, ses che il était nu jusqu’à la ceinture, son corps était blanc comme la neige, ses cheveux étaient bleues et ses yeux avaient un éclat céleste.

L’inconnu disparut aussitôt.

Julietta se mit à courir, puis, arrivée à une porte en bois entourée d’une haie elle don se cramponna au marteau de fer et sonna à coups redoublés. Un homme vieillard vint ouvrir, c’était son père, pauvre enfant, lui dit-il d’où viens-tu entre ! la jeune fille se précipita dans la maison sans où sa famille l’attendait depuis plusieurs heures avec angoisse. Quand elle entra sa mère et ses frères et ses sœurs chacun aussitôt poussa des cris de joie, on l’embrassa, on la questionna et l’on se mit à table autour d’un énorme pot en fer d’où s’exhalait une fumée vapeur épaisse.

— As-tu ramené les vaches demanda le père qui sa mère à sa fille et sur sa réponse affirmative, elle lui prescrivit d’aller les traire. Julietta sortit et revint au bout de quelques minutes apportant un énorme seau de fer blanc qu’elle déposa avec peine sur la table... mais c’était du sang.

— Ciel du sang s’écria Juliette et devint pâle, et tomba sur les genoux de sa mère. O c’est lui.

— Qui ?

— Lui enfin, lui qui m’a retardée.

— Qui est-ce ?

— Je ne sais.

— C’est moi s’écria une voix qui partait du fond de l’appartement avec un rire perçant. En effet on vit l’étranger et le duc Arthur étaient collés contre la muraille.

Le vieillard sauta sur son fusil croché dans sa cheminée et les ajusta. — Grâce pour lui s’écria Julietta en se jetant autour de son cou. Mais la balle était partie. On n’entendit plus rien, les deux fantômes disparurent, seulement au bout de quelques instants, une vitre se cassa et une balle vint rouler sur les pavés.

C’était celle que Satan renvoyait.

 

VI

 

Tout cela était étrange !

Julietta Sa famille réunie autour de la table était pâle et tremblante, il y avait là-dessous quelque sorcellerie quelque piège magique et puis ce lait changé en sang cette apparition bizarre, le retard de Julietta, son regard effrayé, sa voix chevrotante, et cette balle qui venait rebondir autour d’eux avec le rire sinistre échappé du mur tout cela fit pâlir et trembler la famille. On se serra les uns contre les autres et l’on se tut aussitôt. Julietta était [plusieurs mots illis.] agitée elle s’appuya la tête dans la main gauche posa le coude sur la table et défesant [défaisant] le ruban qui retenait ses cheveux elle les laissa tomber sur ses épaules. On la regarda Puis ouvrant les lèvres elle se mit à chanter entre ses dents, bien bas il est vrai ; elle murmurait un vieux refrain qui sortait en sifflant aigre et monotone. Elle se balançait légèrement sur la chaise et paraissait s’endormir au son de sa voix son regard était insignifiant et à demi fermé sa tenue était nonchalante et rêveuse.

On l’écoutait avec étonnement et c’était toujours les mêmes sons sourds aigus et faibles, le même bourdonnement qui répondait ; puis peu à peu elle il s’apaisa et il devint si faible et si grêle qu’il mourut entre ses dents.

La nuit se passa ainsi triste et longue car chacun n’osait remuer de sa chaise place n’osait dire une parole ni regarder derrière soi. La mère s’endorm Le vieillard s’assoupit profondément dans son somme fauteuil de bois, sa femme ferma les yeux de crainte et d’ennui. Quant à ses deux fils ils baissèrent la tête dans leurs mains et cherchèrent un sommeil qui ne vint que bien tard en e mais ag troublé par des rêves lug sinistres.

Il eût fallu voir toutes ces têtes sommeillantes et abattues ces pâles figures étonnées se réunies autour d’une lumière mourante qui éclairait leur front soucieux d’une teinte pâle et lugubre. Celle du vieillard était grave, sa bouche était entrouverte, son front était couvert de ses cheveux blancs ses mains décharnées reposaient sur ses cuisses cette femme la vieille femme posée devant lui ouvre de [plusieurs mots illis.] elle tournait de temps en temps la tête vers de côtés et d’autre son visage était ridé par une singulière expression de malheur et d’amertume, et puis [plusieurs mots illis.] la figure il y avait la figure pâle et paisible de Julietta avec ses longs cheveux blonds qui balayaient la table, sa chanson monotone qui sifflait entre ses dents blanches et son regard doux et enivré.

Elle dormit pas mais elle prêtait l’oreille en écoutant passa les heures de la nuit à écouter le beuglement plaintif de sa vache blanche qui renfermée dans son étable, souffrait aussi la pauvre bête et se tordait d’agonie sur sa litière humide de sueur.

Le m En effet quand le jour fut venu et que Julietta sortit pour l’aller faire paître dans les champs elle avait portait sur le cou l’empreinte d’une griffe.

Elle sortit monta la colline d’un pas rapide, arrivée au haut elle s’assit, mais le bas de ses vêtements et ses pieds et ruisselaient elle avait marché dans la rosée tant ce jour elle était folle et étourdie et dormeuse tout à la fois elle courait elle venait, puis s’arrêtait tout à coup portait sa main à son front et regardait de tous côtés, s’il n’allait pas venir.

Car elle l’aimait la pauvre enfant, elle aimait un grand seigneur riche beau puissant qui était beau cavalier avait des yeux fiers un sourire hautain elle aimait un homme étrange inconnu un démon incarné quelque une créature pensait-elle bien élevée et bien poétique.

Non rien de tout cela !

Car elle aimait le duc Arthur d’Almaroës.

Mais elle l’aimait D’autrefois elle retombait dans ses rêveries et souriait amèrement comme doutant de l’avenir et puis elle pensait à lui, elle se le créait là assis sur l’herbe perlée à côté d’elle il était là là lui disant de douces paroles la regardant fixement de son regard puissant ; et sa voix était douce était pure, était vibrante d’amour. C’était une musique toute nouvelle et toute sublime. Elle resta ainsi longtemps les yeux fixés sur l’horizon qui lui apparaissait toujours aussi désespérant morne aussi vide de sens, aussi stupide.

Le soir arriva enfin après ce long jour d’angoisses aussi long que la nuit qui l’avait précédé aussi. Julietta resta encore longtemps après le coucher du soleil et puis elle revint elle descendit lentement la montagne s’arrêtant à chaque pas et écoutant derrière elle et elle n’entendait que la cigale qui sifflait sous l’herbe et l’épervier qui rentrait dans son nid en planant dans l’air volant a tire d’ailes.

Elle s’en allait donc ainsi triste et désespérée la tête baissée sur son sein de tout gonflé de soupirs, tenant de sa main droite gauche la corde toute mouillée d’herbes et humide qui tenait sa pauvre vache blanche qui boitait de l’épaule droite.

C’était sur celle-là que Satan s’était assis. Arrivée à l’endroit où l’inconnu l’avait quittée la veille, et où le duc Arthur lui était apparu elle s’arrêta instinctivement retint fortement sa génisse qui luttant naturellement contre elle, l’entraîna de quelques pas.

Arthur se présenta aussitôt, elle lâcha la corde et la vache se mit à bondir et à galopper [galoper] vers son étable. Julietta se jeta à sa rencontre en se laissant tomber sur l’herbe espérant qu’il viendrait la relever le regarda avec empressement amour avec envie avec jalousie ; il passa en la regardant comme il regardait les bois, le ciel, les champs.

Elle l’appela par son nom.

Il fut sourd à ses cris comme au bêlement du mouton, au chant de l’oiseau, aux aboiements du chien.

Arthur lui dit-elle avec désespoir Arthur oh Arthur écoute et elle courut sur ses pas et se traina à ses vêtements, et elle balbutiait entre deux en sanglotant ; son cœur battait avec violence, elle pleurait d’amour et de rage. Il y avait tant de passion dans ces cris tant dans ces larmes dans cette poitrine qui se soulevait avec fracas dans cet être faible et aérien qui se traînait les genoux sur le sol tout cela était si éloigné des plain cris d’une femme pour une porcelaine brisée du bêlement du mouton du chant de l’oiseau de l’aboiement du chien qu’Arthur s’arrêta voyant la regarda un instant… et puis il continua sa route.

— O Arthur écoute de grâce un instant car je t’aime je t’aime, o viens avec moi nous irons vivre ensemble sur la mer loin d’ici ou bien tiens nous nous tuerons ensemble.

Arthur marchait toujours.

— Écoute, Arthur mais regarde-moi je te déplais donc suis donc bien hideuse bien laide, tu n’es donc pas un homme toi que ton cœur est froid comme le marbre et dur comme la pierre.

Elle tomba à genoux à ses pieds en se renversant sur le dos comme s’il si elle allait mourir. Elle mourait en effet d’épuisement et de fatigue elle se trai tordait de désespoir se roulait s’arrachait les cheveux et puis elle sanglotait avec un rire forcé des larmes qui étouffaient sa voix, ses mains étaient genoux étaient déchirés et couverts de sang à se traîner ainsi sur les cailloux. Car elle aimait d’un amour déchirant entier satanique cet amour la dévorait toujours, il était furieux bondissant exalté.

Il y a des passions si [plusieurs mots illis.] violence qu’elles tuent le cœur rongent le cœur qui les recèle comme un brazier qui se consume et se [illis.] comme la lame d’un cimetièe [illis.] le fourreau qui le couvre.

C’était bien une pass amour inspiré par l’enfer avec ces cris désordonnés, ce feu brûlant qui use et déchire l’âme, use le cœur. Une passion satanique toute convulsive et toute forcée si étrange qu’elle paraît bizarre, si forte qu’elle rend fou.

Elle souf[f]la A demain, n’est-ce pas à Arthur. O Arthur. Une grâce une grâce et je te donnerai tout après, mon sang, ma vie, mon âme, l’éternité si je l’avais tu me tueras si tu veux, mais à demain à demain sur la falaise. Oh n’est-ce pas au clair de lune... la belle chose qu’une nuit d’amour sur les rochers au bruit des flots n’est-ce pas Arthur... À demain.

Et il laissa tomber nonchalamment de ses lèvres dédaigneuses deux mots… A demain.

 

V

A demain ; oh demain, et elle courut comme une folle vers la falaise. On ne la revit plus dans le village….. elle avait disparu du pays.

Satan l’avait emportée.

VI

Il fesait [faisait] nuit, la lune brillait pure et blanche, dégagée de ses nuages sa lumière éclairait le cabinet d’Arthur dont il avait laissé la fenêtre ouverte ; il se penchait sur la rampe de fer et humait avec délices l’air frais de la nuit. Il écoutait le vent

Il entendit ce même bruit de pattes fines et légères sur les carreaux de son fourneau. Il se retourna. C'était Satan mais cette fois plus hideux et plus pâle encore ; ses flancs étaient amaigris et sa gueule béante laissait voir des dents verdâtres comme l’herbe des tombeaux.

— Eh bien Satan lui dit Arthur eh bien n’est est-il vrai maintenant que j'aime quelqu’un crois-tu que j’aie été ému par ces cris par ces larmes et par ces convulsions forcées ?

— Vraiment, lui répondit le démon en tremblant frémissant sur ses quatre pattes vraiment tu es donc bien insensible et tu l’as laissée mourir ?

— Elle est morte dit Arthur en le regardant froidement.

— Non mais elle t’attend.

— Elle m’attend ?

— Oui, sur la falaise ne lui avais-tu pas promis ? Il y a longtemps qu’elle y est ; elle t’attend. — Eh bien, j’irai.

— Tu iras ? eh bien, Arthur je ne te demande que cette dernière grâce après tu feras de moi tout ce qu’il te plaira, je t’appartiens.

— Et que veux-tu que je fasse ?

— Crois-tu que je tienne beaucoup à ton âme ? Moi ?

Tu l’aimeras, te dis-je... di Arthur ne m’as-tu pas dit que tu voudrais avoir des passions, un amour fort et brûlant étranger des autres amours ? eh bien tu l’auras cet amour... mais moi, a mon tour… n’est-ce pas tu me donneras ton âme.

— Je n’en ai pas.

— Tu le crois car mais tu en as une mais une car tu es un homme puisque tu aimeras….

Satan était habitué à voir tant d’orgueil et de vanité qu’il ne croyait qu’à cela.

Le malheur ne voit que ne voit que le crime vice ne l’affamé ne sent que la faim.

— Un homme Satan…. Dis en as-tu vu des hommes qui puissent s’étendre dans les airs comme jusqu’aux nuages ?

Et il déploya ses ailes vertes

— En as-tu vu des cheveux comme ceux-là… En as-tu vu avec Et il montra sa chevelure bleue. As-tu vu chez aucun d’eux un corps blanc comme la neige, aussi une main aussi forte que celle-là Satan… et il lui serrait fortement la peau entre ses ongles… enfin y en a-t-il qui ose jamais t’insulter ainsi puisque tu désires mon âme, tue-moi de suite écrase ma tête dans tes dents déchire-moi de tes griffes essaies [essaie] et vois si je suis un homme.

Et Satan bondissait sur le pavé il écumait de rage et dans ses sauts convulsifs il allait se frapper les reins sur le plafond. Arthur était paisible.

— Satan lui dit-il j’irai demain tu es fort en effet tu es puissant je sens que tu peux m’anéantir d’un seul coup essaies essaies oh de grâce tue-moi... oui j’ai une âme je te la donne mon âme, tue-moi cela t’est facile car je ne suis qu’un homme.

Le démon sauta sur sa gorge avec un cri infernal qui partait des ses entrailles. Il voulut le saisir, la peau lui glissa sous les dents. Arthur se dégagea la poitrine, Satan s’élança d’un bond furieux, les griffes en avant il retomba sans pouvoir effleurer sa chair l’épiderme qui était intact et poli comme un miroir où glace on se mire ; il bondissait furieux éperdu un aboiement raupe [rauque] courait sur ses lèvres ensanglantés [ensanglantées], ses yeux flamboyaient il trépignait Arthur se coucha sur le sol étendit ses ailes… Satan glissait dessus il s’y trainait y rampait ouvrait la gueule pour le déchirer ses griffes s’usaient comme à broyer une pierre déchirer un roc ; il bavait haletant rouge de colère, pour la première fois il se trouvait vaincu. Et puis l’autre ; l’autre riait mollement et ce rire paisible était éclatant sonore et comme mêlé à un bruit de fer… il a Le souffle bruyant qui s’exhalait de sa gorge repoussait Satan comme la furieuse vibration d’une cloche d’alarme qui bondit dans la nef, rugit ébranle les piliers et fait tomber la voûte.

Il faisait [fallait] voir aux prises ces deux créatures toutes bizarres toutes d’exception l’une toute spirituelle l’autre charnelle et divine dans sa matière il fallait voir en lutte l’âme et le corps, et cette âme, cet esprit pur et aérien rampant impuissant et faible devant la morgue hautaine de la matière brute de et stupide.

Ces deux monstres se trouvaient en présence comme pour se haïr et se combattre. C’était une guerre acharnée à mort une guerre terrible... et qui devait finir entre eux deux comme chez l’homme... par le doute et l’ennui.

C’était deux principes incohérents qui se combattaient en face ; l’esprit tomba d’épuisement et de lassitude devant la patience du corps.

Qu’il Et qu’ils étaient grands et sublimes ces deux êtres qui réunis ensemble auraient fait un Dieu… l’esprit du mal la force de faire du pouvoir !

Que cette lutte était terrible et puissante, avec ces cris d’enfer ces rires furieux et puis tout l’enfer tout l’édifice en ruine qui tremblait sous les pas qui remuait et dont les pierres remuaient comme dans un rêve. Enfin quand Satan eut bien des fois sauté et retombé sur le sol fatigué haletant et fatigué, l’œil terne la peau humide d’une sueur glaciale les grilles cassées ; quand Arthur l’eut contemplé longtemps épuisé de rage et de colère rampant tristement à ses pieds… Quand il eut savouré long-temps le râle qui s’échappait de sa poitrine quand il eut compté les soupirs d’agonie qu’il ne pouvait retenir et qui [lui] brisaient le cœur enfin quand revenu de sa cruelle ar [défaite] Satan leva sa tête défaillante vers son vainqueur. Il trouva encore ce regard d’automate froid et impassible qui semblait rire dans son dédain…..

— Et toi aussi lui dit Arthur tu t’es laissé vaincre comme un homme... et par l’orgueil encore. Crois-tu maintenant que j’aie dit vrai ?

— Tu n’es peut-être pas un homme dit Satan... mais tu as une âme.

— Eh bien Satan j’irai demain sur la Falaise…..

Et le lendemain quand le concierge fit sa tournée dans le corridor il trouva que les dalles étaient dérangé[e]s et marquées usé[e]s toutes d’or de place en place, comme par une griffe de fer. Le brave homme en devint fou.

 

IX

 

Julietta attendait le duc depuis… elle l'attendait jour et nuit courant sur les rochers, elle l’attendait en pleurant… elle l’attendait depuis quatre années.

Car les ans passent vite dans un récit dans la pensée, ils coulent vite dans le souvenir mais ils sont lents et boiteux dans l’espérance. Elle Le jour elle se promenait sur la plage ramass écoutait la mer et regardait de tous côtés s’il n’allait pas venir ; et puis quand le soleil avait échauffé les roches quand épuisée elle tombait de fatigue, alors elle s’endormait sur le sable, et puis se relevait pour aller cueillir des fruits que l’on chercher le pain que des âmes charitables déposaient dans une fente de roches.

La nuit elle se promenait sur les falaises errante ainsi, avec ses longs au clair de lune sur les herbes mornes, au cri des hirondelles avec ses longs vêtements blancs, sa chevelure en désordre ses cris de douleur ; et elle restait assise des heures entières sur un roc aigu à contempler au clair de lune les flots blanchâtres vagues brisées qui venaient mourir sur la grève et mousser en blanches écumes entre les rochers et les galets.

Pauvre folle disait-on si jeune et si belle vingt ans à peine. Et plus d’espoir... dame c’est sa faute aussi… elle est folle d’amour, d’amour pour un prince c’est l’orgueil qui l’a perdue, elle s’est donnée à Satan… Oui bien folle en effet d’aimer le duc Arthur, bien folle de ne point étouffer son amour… bien folle de ne point se tuer de désespoir mais elle croyait à Dieu et elle ne se tua pas.

Il est vrai que souvent elle contemplait la mer et la falaise haute de cent pieds et puis qu’elle se mettait à sourire tout bas avec une convulsion grimace des lèvres qui faisait peur aux enfants. Bien folle de s’arrêter devant une idée de croire à Dieu de le respecter de souffrir pour son plaisir de pleurer pour ses délices. Croire à Dieu Julietta, c’est être heureuse ; tu crois à Dieu, et tu souffres oh tu es bien folle en effet… Voilà ce que te diront les hommes.

Mais non à la rage au désespoir avait succédé l’abattement, aux cris furieux les larmes… Plus d’éclairs de voix de profonds sourires mais des mots sons dits tout bas et retenus sur les lèvres de peur de mourir en les criant.

Ses cheveux étaient blancs… car le malheur vieillit ; il est comme le temps il court vite il pèse lourd et il frappe fort, mais plus pesant encore, il faut moins de larmes pour creuser amaigrir que d’eau <à la tempête> pour creuser la pierre … Les cheveux se blanchissent en une nuit, où meurt dans un cri une l’incendie est plus long que l’agonie d’un homme. Ses cheveux étaient blancs… ses habits déchirés. Mais ses pieds s’étaient durcis à marcher sur la terre à s’écorcher aux ronces et aux chardons. Ses mains étaient crevassé[e]s par le froid, brûlé[e]s par le soleil et par l’air âpre de l’océan qui dessèche et qui brûle comme les gelées du Nord ; et puis elle était pâle amaigrie avait les yeux creux et terne[s] que vivifiait encore un rayon d’amour, qu’éclairait une étincelle d’enfer. Sa bouche était entrouverte et comme contractée et comme contractée par un mouvement des lèvres involontaire et convulsive [convulsif].

Mais elle avait toujours le teint doré et brûlé du soleil, elle avait toujours ce regard étrange qui séduit et qui attire, la taille svelte. C’était toujours cette âme qui alors sublime et passionnée que Satan avait choisie pour tenter la matière endormie le corps dénué de sens la chair sans volupté.

Quand elle voyait un homme… elle courait vers lui se jetait à ses pieds l’appelait Arthur et puis s’en retournait triste désespérée marchant en disant il m’a trompé[e] Ce n’est pas lui il ne vient pas.

Et l’on disait : « Oh la pauvre folle, vingt ans si jeune et si belle, vingt ans à peine, et plus d’espoir. »

C’était par une nuit belle radieuse d’étoiles toute blanche toute azurée toute calme comme la mer qui dormait était tranquille et douce qui venait battre légèrement les rochers avec des flots doux et écumeux de la falaise.

Julietta était là ‒ toujours rêveuse et solitaire… et puis je ne sais si c’est un songe mais Arthur lui apparut.

Arthur… oh… mais toujours froid, toujours calme.

— Je t’attends lui dit Julietta, il y a longtemps que je suis au rendez-vous.

Sa voix tremblait.

Assieds-toi avec moi sur cette roche ô mon Arthur assieds-toi que te faut-il la lune est belle les étoiles brillent la mer est calme, il fait beau ici Arthur oh assieds-toi et causons.

Arthur s’étendit a côté d’elle.

— Que me veux-tu lui dit-il Julietta pourquoi es-tu plus triste que les autres femmes pourquoi m’as-tu demandé à venir ici ?

— Pourquoi ?... ô Arthur... mais je t’aime.

— Qu’est-ce ?

— Eh quoi ? quand je te regarde ainsi tiens avec ce sourire et elle passa son bras autour de sa taille, quand tu sens mon haleine quand de mes cheveux j’effleure ta bouche… eh bien dis est-ce que tu ne sens pas là sur la poitrine quelque chose qui bat et qui respire.

— Non, non mais tu es une femme toi tu as une âme oui je comprends moi je n’en ai pas d’âme. Il la regarda avec vertu fierté… qu’est-ce que l’âme Julietta ?

— Que sais-je ?... mais je t’aime oh l’amour l’amour Arthur tiens, vous la blanchit les cheveux les miens. C’est sentir que je voudrais

Elle le contempla, elle se traîna sur sa poitrine, elle l’accabla de ses baisers et de ses caresses ; et lui, il restait fr toujours calme sous les embrassements froid sous les baisers.

Il fallait voir cette femme s’épuisant d’ardeur prodiguant tout ce qu’elle avait de passion d’amour de poésie de feu dévorant et intime pour vivifier cet le corps léthargique d’Arthur qui restait insensible à ces lèvres brûlantes à ces bras convulsifs comme l’attouchement du lézard au contact de la brute.

Julietta était bondissante d’amour comme Satan l’av l’était de rage et de colère.

Elle passa bien des heures sur les joues d’Arthur qui regardait le ciel azuré qui pensait sans doute aussi à des rêves sublimes à des amours sans penser qu’il avait là devant lui dans ses bras, une réalité pour l céleste, un amour d’exception tout brûlant et tout exalté.

Julietta se laissa tomber épuisée puis elle tenta un dernier effort... et courut vers les rochers les plus élevés et s’élança d’un seul bond ; il se fut un silence de quelques secondes et Arthur entendit le bruit d’un corps lourd qui tombe dans l’eau. Et la nuit était belle toute calme toute azurée comme la mer toute elle était douce tranquille et ses vagues venaient mourir mollement sur la plage. Deux hommes se promenaient sur le rivage et puis les vagues roulaient tombaient et apportaient sur le rivage des coquilles de la mousse et des débris de navires. Une vint rouler longtemps elle s’étendit au loin puis se recula puis revint elle déposa quelque chose de lourd et de grand.

C’était un cadavre de femme.

— Eh bien dit Arthur, en regardant Satan.

Et quand celui-ci eut vu que son front était toujours pâle et uni que son œil était sec et sans larmes :

— Non non tu n’as pas d’âme, je me suis trompé continua-t-il en le regardant avec envie, mais j’aurai celle-là. Et il enfonça son pied crochu dans la gorge de Julietta du cadavre.

 

X

 

Et plusieurs siècles se passèrent.

La terre dormait d’un sommeil léthargique point de bruit à sa surface et l’on n’entendait que les eaux de l’océan qui se brisaient en écumant ; elles étaient furieuses montaient dans l’air en tourbillonnant, et le rivage remuait à leurs secousses comme entre les mains d’un géant.

Une pluie fine et abondante obscurcissait la lumière douteuse de la lune, le vent cassait la forêt, et les cieux pliaient sous leur souffle comme le roseau a la brise du lac.

Et le Le Il y avait dans l’air comme un bruit étrange de larmes et de sanglots, on eût dit un rêve horrible un cri d’adieu de la nature à la vie on eût dit le râle d’un monde.

Et une voix s’éleva de la terre et dit :

— Assez assez j’ai trop longtemps souffert et ployé les reins, assez oh grâce, ne crée point d’autre monde et la voix du ciel répo ! Et une voix douce pure mélodieuse s’abattit sur la terre et dit :

— Non non c’est pour jamais l’éternité, il n’y aura plus d’autre monde…….

 

Gve Flaubert

21 mars 1839

 

 

[Transcription semi-diplomatique : barré, <…> ajout interlinéaire, [illis.] mot illisible barré.]

[Transcription de Joséphine Gehan, Master 1,
Lettres modernes, université de Rouen Normandie, 2018.]


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