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Gve Flaubert

Chronique normande du Dixième siècle

1836 (mai)

 

 

Connaissez-vous la Normandie, cette vieille terre classique classique du moyen âge où chaque champ a eu sa bataille eu sa bataille, chaque pierre à garde son nom et se chaque débris son un souvenir ?

Vous figurez-vous bien la métropole au temps des assauts, des guerres des famines, au temps où les preux venaient se battre sous ses murs, où les chevaux fesaient [faisaient] étinceler le pavé des quais tout chauds encore du sang des Anglais.

Ce jour-là je veux dire le 28 février août de l’an 952, toutes les cloches étaient en blanle branle dans la [illis.] les habitans [habitants] parés de leurs vêtemen habits de fête vêtemens [vêtements] de fêtes, se montraient partout, sur les toits, aux lucarnes, aux fenêtres, dans les rues. Tout le peuple se pressait sur la route de Paris en criant de joie et en jetant des fleurs.

Le roi arriva à la porte Beauvoisine à huit heures du soir. On l’attendait depuis le matin.

Dès qu’il parut ce fut des trépignements de joie de pied, des hourras des bravos, des cris de joie, des hurlemens [hurlements] d’enthousiasme, et l’on vit même des mains qui laissaient tomber des lis et des roses à travers les meurtrières des tours.

Le jeune Richard alla au fils du duc Guillaume assassiné en Flandre alla au-devant de lui. I1 était âgé de 12 ans, et c’était un bel enfant aux cheveux blonds aux yeux tendres, au teint pâles – pourtant il montait halement habilement sa jument noire, et sa main portait bien sa une grande épée qu’il abaissa devant le roi comme féodal vassal et sujet.

– Pauvre enfant dit Louis IV en l’embrassant et versant une larme que chacun appercut vit couler sur sa joue. Je viens ici pour vous venger de la mort de Guillaume.

Le peuple sautait de joie, il bondissait, il dansait, et ses blas bras tatoués jetaient des couronnes qui tombaient sur le casque du monarque.

N’est-ce pas que tout ce peuple, suspendu à chaque sculpu sculpture, à chaque pignon de maison, à chaque aspérité d proémine d’une maison et d’eg d’église de mur de rue, de muraille, que toute cette multitude enfin bénissant un seul homme n’est-ce pas que cela avait quelque chose d’auguste et de solennel

Enfin le ciel était quels est bl pur, alumé [allumé], quelques étoiles commençaient à y briller, l’air était embaumait des fleurs que l’on avait jeté aux pieds des g chevaux les eaux de la Seine étaient calmes et paisibles, –

Le peuple chantait toujours des cris d’allégresse, et O c’était un beau jour. Et fina La lune vint reluire sur les armes des chevaliers tout couverts de poussière ce qui les fit paraître d’argent, et le roi entra à l’hôtel de ville.

– Vous coucherez avec nous, dit-il au jeune duc en entrant sous le portique de la salle basse. Veillez messire bailly à ce que tu soit prêt pour lui dans notre appartement commun.

 

Les Minuit arriva, et Richard dormait d’un sommeil paisible auprès de sa de Louis, celui-ci, appuyé sur le balcon regardait attentivement, les dernières lui lumières de la ville qui s’éteignaient les unes après les autres. Bientôt tout rentra dans le silence et la ville Rouen s’endormit avec calme et bonheur comme l’enfant qui penchait gracieusement de inno hors de sa couche sa belle chevelure blonde.

Un La main main appuyée sur son front, il le roi aspirait avec volupté, le vent frais de la nuit, – car il est de si beaux momens [moments] dans la vie d’un homme, où la nature émane tant de beauté et un parfum si suave et si doux à l’âme, qu’on se sentirait coupable de ne pas jouir de ses délices.

Un page, qui ouvrit La porte en fesant [faisant] un grand salut le tira de sa rêverie.

– Que veux-tu lui dit-il.

– Sire un homme entouré d’un large manteau ayant une toque de velours rouge sur la tête demande à vous parler il prétend avoir audience sur-le-champ. Il prétend avoir de grands secrets à vous communiquer.

Faites Dis-lui d’entrer…

– Ah c’est toi dit-il à l’inconnu qui ôta son manteau et laissa voir un homme d’une stature élevée, le corps maigre des le front ridé, le visage couvert de balafres. C’est toi, Arnould. Quelle nouvelle de Flandre 

– Vous savez la grande d’abord.

– Oui, et qu’a dit le peuple ?

– Lui – rien du tout [2 mots illis.] il suffit qu’on lui mette un bâillon et il ne dit plus rien.

Quel a-t-il Qu’a-t-il été, ce bâillon ?

– Une distribution de blé aux pauvres.

– Fort bien. Mais que veux-tu faire de cet enfant dit-il et il montrait Richard.

– Ne vous l’ai-je pas dit. Le garde, cela es dire annoncer qu’il est malade, qu’il tombe en langueur et puis une nuit on fait venir dans sa chambre un prêtre et un bourreau. Le prêtre sort d’abord, et le bourreau ensuite, et l’on dit que le jeune prince est mort.

Le lendemain on fait dire douze messes pour le repos de son âme et tout est dit fini. Vous comprenez sire ?

– Oui, je te fais mon premier ministre. Et je te donne la Normandie que je vais avoir.

Ah ! ah ! je l’aurai dit-il comme machinalement et en lui-même je l’aurai donc ce beau fleuron de ma couronne, je serai roi chez moi. Eh puis qui dira que je pourquoi n’aurais-je pas la Bourgogne la Champagne la Bretagne, – Encore une fois, Arnould, je te fais mon premier ministre et il le congédia en l’embrassant.

En ce moment là le vent devint plus fort et son souffle souleva quelques fleurs que le soleil avait fanés et qui vinrent voltiger devant la fenêtre du roi.

– Les fleurs du peuple se dit-il en riant amèrement, et un remords lui tortura l’âme.

Le lendemain, Osmond tuteur du duc vint redemander son pupille au roi.

– Pourquoi lui demanda-t-il répondit celui-ci.

– Sire, j’étais un des plus vaillants capitaines de la Normandie lorsqu’elle était sous Guillaume. J’ai laissé de bien des larges gouttes de sang dans bien des champs de bataille. Le duc m’aimait comme son fils, et lorsqu’il partit pour son entrevue en Flandre où il fut si lâchement assassiné

– Qu’y-a-il besoin de revenir sans cesse sur cette affaire dit le roi en rougissant. Nous la connaissons, allez continuez.

– Je vous disais, sire, qu’avant de partir pour la Flandre – il se méfiait de quelque chose et il craignait Arnould, ce seigneur assassin

– Je vous as averti, messire Osmond, insulter le nom Ar d’un de nos vassaux c’est m’insulter moi-même. Pren Vous croyez donc, parce que vous êtes tuteur de cet enfant vous êtes maître de la Normandie. Que le roi est ici par hospitalité. Que vous pouvez gouverner Rouen sans que personne excepté vous ait le droit de vie ou de mort. Vous vous trompez – car si je faisais dresser une potence, et mettre un grand seigneur au haut que diriez-vous

– Pardon sire.

– Continuez.

– Eh bien sire « il me dit, les larmes aux yeux en mettant le pied dans l’étrier. Veillez sur mon fils, ne le quittez pas d’un instant d’une minute. E si je ne reviens pas dans quinze jours, un mois – brûlez huit cierges à N-D de Bon Secours pour le repos de votre ami. Vous entendez prenez garde à mon fils. Adieu et si c’est pour toujours encore adieu. Ces Il me semble le revoir encore sire me serrant la main en me disant ce for mots adieu. Et des larmes restèrent longtemps sur sa barbe blanche. Il embrassa son fils, et nous vîmes son cheval disparaître dans un tourbillon de poussière.

Nous att

Nous l’attendîmes quinze jours, un mois. Personne. Alors toute la ville prit le deuil et l’on fit plus quand car on versa des larmes.

– Vous êtes un brave homme dit le roi en soupirant. Vos paroles m’ont touché. Eh bien craignez-vous quelque chose pour cett cet enfant. Eh mon Dieu nous avons assez de richesses pour le contenter. Pourquoi vouloir nous le reprendre. Soyez tranquille Osmond un roi sait garder quelque chose de précieux et le roi la preuve c’est que lorsqu’on arrache lui prend sa couronne on lui arrache quelquefois ta tête avec tellement il y tient.

 

Ce jour là

Et le bruit circula dans la ville commença alors à circuler dans la ville Et le soir ce bruit circulait dans la ville que le jeune duc commençait une maladie à être malade.

– Est-ce que Richard est malade dit Osmond en entrant le lendemain dans la chambre du roi.

– Qu’ai-je appris, dit Osmond en entrant chez le roi, le lendemain matin, Richard est malade

– Mais oui…

– Qu’a-t-y-il 

– Rien… Tenez, je vais vous le dire je veux garder le duc auprès de moi je l’aurai. Il est temps de cesser cet inutile carnaval dans une heure huit mille hommes sont aux portes de Rouen. J’ai envoyé Arnould vers Bernard général des troupes de Normandie. Quant à vous, messire Osmond qui vous voulez faire la leçon à l’homme roi, comme au duc enfant, vous êtes libre maintenant. Mais ce soir au clair de lune, les vautours auront un cadavre de plus aux chasses du gibet

Allez maintenant, le masque est jeté, montrez-le au peuple.

Suivons un instant le vieux guerrier insulté qui descend en courant le grand escalier et s’enfonça dans les rues tortueuses de la basse vieille tour. Sur la place St Marc il rencontra Jehan de Montivilliers.

 – Bien, dit-il je te cherchais, j’ai de grandes nouvelles à t’annoncer. Eh bien mes seigneurs savez-vous une nouvelle chose ?

– Laquelle dirent-ils avec empressement.

– Nous sommes dans une ville assiégée.

– Gare cria une voix un homme monté sur un homme à cheval et qui traversait la place à bride abattue.

C’était Arnould duc de Flandre et sbire du roi.

– Parlez plus bas, dit le comte de Rochepeaux lorsqu’il le vit passer.

– Oui messieurs continua Osmond, par le roi encore. Ce même homme que vous avez accueilli avec des bravos est un assassin et le vengeur de Guillaume est son meurtrier.

– Mais, voyons, comment le savez-vous

– Il a voulu garder Richard toujours avec lui et tout à l’heure, lorsque j’ai été lui redemander mon cher enfant, il m’a dit

Oh non vous ne le croirez pas, il m’a dit, l’infâme sans pudeur et sans honte que tout ce qu’il avait fait était une comédie une mascarade, et qu’il se moquait du peuple comme un enfant qu’on trompe. Il a ajouté que dans une heure huit mille hommes vive assiégeraient roi Rouen. Vive Dieu mes seigneurs il n’en sera pas ainsi dussions-nous tous nous faire assassiner comme Guillaume Longue Epée. Non non, le peuple ne se laissera pas tromper ainsi de la sorte, il va prendre les armes. Toi, Jehan de Montivilliers va à la porte Beauvoisine. Arthur de Rochepeaux prends va au parvis Notre-Dame, c’est l’heure de la grève tu y trouveras le peuple. Va dis-lui qu’on lui a pris son duc, son enfant bien-aimé, excite-le, mets-lui les armes dans les mains, toi, Henry d’Harcourt, va à l court vole à St Gervais, L’église est pleine de peuple q on y chante un te Deum pour le roi. Va dis-lui que le roy Louis IV l’a trompé, dirige sur l’autel hôtel de ville nos amis. Hardi mes amis. Allez.

 

Deux heures après la multitude assiégeait le palais du roy [roi] avec des cris des hués des menaces, et les yeux tout rouges . Elle avait déjà massacré les sentinelles qui veillaient à la porte, et elle promettait avec rage, d’enfoncer les portes si le roi ne se présentait.

C’était pourtant le même peuple qui était venu l’autre jour avec des fleurs et des de et des cris d’amour. Maintenant, il trépignait d’impatience de colère qu’ay et de rage, comme un homme en délire. Il demandait le à grands cris le roi le roi et les et mille bras agitaient dans l’air des piques des haches des hallebardes des épées poignards des lances et des poings fermés.

Le roi était dans resté dans sa chambre seul assis dans sur son lit. Il attendait Osmond avec impatience, et les hurlemens [hurlements] effrénés du peuple qui allaient toujours croissant de plus et en rage étaient pour lui l’heure qui précède le moment où la tête du condamné doit rouler sur l’échafaud. Un moment instant il eut le courage de s’approcher du balcon et de regarder par la fenêtre. Toute cet cet en mais lorsqu’il vit toute cette mer de têtes qui se p s’agitait dans les rues tortueuses et qui montait vers le palais comme la tempête il trembla et faillait s’évanouir.

Ses jambes pliaient sous lui, ses dents claquaient et ses mains couvertes humides d’une sueur moite et maladive touchaient instinctivement un crucifix de bois qu’il avait dans sur la poitrine.

Pourtant il entend des pas de précipités dans le corridor, son cœur bat avec violence………. Arnould entra – … il était pâle et défiguré, il avait du sang sur son manteau le visage.

– Eh bien dit le roi vivement, et les troupes

– Tout est perdu, sire. J’arrive chez Bernard je lui demande des troupes. Je dis qu’il y va pour vous de la vie ou de la mort, il refuse – je le supplie, j’embrasse ses genoux, ses mains, je le prie comme on prie Dieu – Non dit-il en me repoussant du pied avec mépris et dédain. Moi j’irais porter du secours à ton maître. Si j’avais des assassins je lui en enverrais. Mais il en a un c’est toi – Mat Tu as bien assassiné Guillaume, assassine le peuple des assassine-le donc, ce seigneur-là. Moi des troupes au roi de France je ne dois donner du secours qu’au duc de Normandie. Que le roi rende son prisonnier et qu’il laisse la Normandie cette province. Va-t’en, a-t-il ajouté en me donnant un cou de son de cravache sur la figure, va-t’en assassin dire ces mots à celui qui t’envoie.

En ce moment-Là le peuple avait brisé les portes il était dans l’escalier les escaliers. Ses pas retentissaient sous les voutes…

– Le roi ! le roi ! cria-il.

La fenêtre s’ouvrit et laissa Louis IV portant dans ses bras le duc de Normandie. Les piques et les armes tombèrent des mains.

– Noël Noël vive le roi vive le duc criait le peuple, et cette immense acclamation se répandait dans toutes les rues, et trouvait un écho dans tous les chœurs.

 

[Transcription semi-diplomatique : barré, <…> ajout interlinéaire, [illis.] mot illisible barré.]
[Transcription de Joséphine Gehan, Master 1,
Lettres modernes, université de Rouen Normandie, 2018.]

 



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