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GUSTAVE FLAUBERT : ÉCRITURE DE L'ÉPILEPSIE (1)
Infanticide latent et/ou parricide patent 

 
Tadataka KINOSHITA
Okayama University Graduate School of Humanities and Social Sciences
 
Résumé
Dans sa Correspondance, Flaubert manifeste souvent sa haine à l'encontre de ses parents. Toutefois, son principe littéraire d'« impersonnalité » trace une ligne de séparation nette entre ses œuvres et sa vie personnelle. On a remarqué par ailleurs que l'auteur laisse des inscriptions cryptographiques de sa maladie dans ses œuvres. Je voudrais tenter de déchiffrer ces écrits secrets en consultant les dictionnaires de médecine de son temps, pour aboutir à une meilleure compréhension de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, une œuvre de toute sa vie. Flaubert a dit : « Le sujet s'impose. »
Abstract
Flaubert's Correspondance displays his hatred for his parents almost everywhere. However, his literary principle “impersonnalité” draws a clear line between his works and his personal life. It has been pointed out, in the meantime, that the author leaves cryptographic inscriptions of his malady in his works. I would like to make an attempt to decipher these secret writings by consulting the medical dictionaries of his day and obtain a better understanding of his La Légende de saint Julien l'Hospitalier, a work which spanned his whole life. Flaubert said: “Le sujet s'impose.”

Depuis presque plus d'un siècle, beaucoup d'encre a coulé dans les discussions sur la nature véritable de la maladie « nerveuse » dont Flaubert a souffert pendant presque 37 ans jusqu'à sa mort. René Dumesnil, éminent flaubertiste et médecin lui-même (1906)[1] et Jean-Paul Sartre (1971-1972)[2] soutiennent le diagnostic d'une « névrose hystérique », tandis que le Dr Pierre Gallet (1960)[3], le Dr Germain Galérant (1969)[4], et les Drs Henri et Yves Gastaut (1982)[5], presque tous les épileptologues prononcent clairement le diagnostic d'« épilepsie ». En plus, Marie-Thérèse Sutterman (1993)[6], psychanalyste, soutient aussi ce diagnostic de l'« épilepsie » en s'appuyant principalement sur la thèse des Drs Henri et Yves Gastaut. Dans le domaine des études littéraires, Mme Marie-Jeanne Durry, qui a présidé le colloque organisé à Rouen en avril 1969 à l'occasion du centenaire de L'Éducation sentimentale, a donné son assentiment total à la communication faite par le Dr Galérant : « Communication capitale, incontestable, définitive, et qui devrait interdire dorénavant toutes les fabulations sur la ou les deux maladies de Flaubert. »[7] Jean Bruneau adhère à la thèse du Dr Galérant[8] et Philippe Bonnefis invoque aussi l'article du Dr Galérant paru dans Europe dans ses Mesures de l'ombre[9] et « Aura epileptica »[10]. Mais ce qui est regrettable est que le processus de démonstration, les matériaux et les faits utilisés par le Dr Galérant n'aient pas été examinés d'une manière précise par ces trois derniers critiques littéraires[11]. En tous cas, il me semble que la maladie dont Flaubert a souffert est sans aucun doute l'épilepsie, puisque nous pouvons lire dans les Mementos de Louise Colet, témoin oculaire de la crise de Flaubert, les lignes suivantes :
Memento du 15 août 1852
[....] Le lendemain Gustave a dîné avec moi. Le samedi il n'a pu venir. Le dimanche il est venu à 2 heures jusqu'au soir [....]. Le lundi nous avons dîné ensemble chez Mme Sasportas. Sa crise à l'hôtel, mon effroi. Il me supplie de n'appeler personne ; ses efforts, son râle, l'écume sort de sa bouche, mon bras meurtri par ses ongles crispés. Dans à peu près dix minutes il revient à lui, vomissements. Je l'assure que son mal n'a duré que quelques secondes et que sa bouche n'a pas écumé. Profond attendrissement et profonde tendresse que je me sens pour lui. Je rentre chez moi à une heure, accablée de fatigue et de tristesse. [....][12]
Crise caractérisée par les symptômes épileptiques : perte de conscience (dix minutes tout au plus), écume à la bouche, crispation de la main (contracture simple ou convulsions cloniques des membres). Mais à la différence de l'épilepsie typique (Grand Mal), Flaubert n'a pas perdu au début de la crise sa conscience et a eu le temps de « supplier » Louise « de n'appeler personne ». Et la terreur du témoin qui voit la scène d'attaque épileptique (c'est peut-être la première fois que Louise voyait la crise de son amant) est d'ailleurs bien connue. Ensuite, comme deuxième preuve pour cette maladie de Flaubert, nous pouvons donner une lettre d'Achille, frère aîné de Gustave, adressée à Jules Cloquet, médecin, disciple et ami d'Achille-Cléophas[13], père de Gustave :
Cher et excellent Maître, / Un mot de ma mère qui nous parvient ce matin nous apprend que Gustave a été repris de ces accidents d'autrefois, et qu'en tombant il s'est blessé à la face. Tout cela me paraît assez singulier et quelle est la vérité ? Est-il bien réel que les accidents épileptiformes soient revenus ? Ce serait désolant après une guérison apparente aussi prolongée. [...][14]
Concernant cette épilepsie, Flaubert nous a laissé un épisode curieux mais intéressant dans sa lettre adressée à Louise Colet :
Beaucoup de choses qui me laissent froid ou quand je les vois ou quand d'autres en parlent, m'enthousiasment, m'irritent, me blessent si j'en parle et surtout si j'écris. C'est là un des effets de ma nature de saltimbanque. Mon père, à la fin, m'avait défendu d'imiter certaines gens (persuadé que j'en devais beaucoup souffrir, ce qui était vrai quoique je le niasse), entre autres un mendiant épileptique que j'avais un jour rencontré au bord de la mer. Il m'avait conté son histoire, il avait été d'abord journaliste, etc. C'était superbe. Il est certain que quand je rendais ce drôle j'étais dans sa peau. On ne pouvait rien voir de plus hideux que moi à ce moment-là. Comprends-tu la satisfaction que j'en éprouvais ? Je suis sûr que non[15].
Selon Henri et Yves Gastaut, Flaubert aurait raconté cet épisode sur le ton de la plaisanterie[16], mais il me semble, au contraire, que dans cet épisode, il existe un autre état d'esprit du malade que la plaisanterie. Est-ce que c'est l'imitation de ce journaliste épileptique parfaitement exécutée par Flaubert qui lui a donné cette satisfaction extrême ? Ou bien, est-ce la défense même de son père qui lui a donnée cette satisfaction ? En tout cas, d'où vient cette satisfaction de Flaubert ? Il dit : « [mon père était] persuadé que j'en devais beaucoup souffrir », cela voudrait dire : « [mon père était] persuadé que je devais beaucoup souffrir de cet effet de ma nature de saltimbanque ». Et il dit aussi qu'il souffrait, en réalité, de cet effet de sa nature de saltimbanque (« ce qui était vrai quoique je le niasse »). Dans cette souffrance éprouvée à l'occasion de l'imitation d'un ancien journaliste épileptique, comment peut-on trouver la satisfaction dans cette imitation elle-même parfaitement jouée ? La satisfaction de Flaubert viendrait peut-être de la défense de son père d'imiter cet ancien journaliste épileptique qui était l'un de ses trois rôles favoris. Mais pourquoi et quand Achille-Cléophas a-t-il défendu à Gustave d'imiter un épileptique ? Sur ce point, Henri et Yves Gastaut se posent des questions :
Mais il n'est pas possible d'exclure la nature épileptique d'un malaise mystérieux qui est survenu au cours de l'automne 1838 et dont Gustave a seulement confié à son ami Ernest Chevalier : « Me voilà enfin remis sur pattes et à table, à cette table que j'avais été forcé de quitter pendant quelque temps. » Pourquoi le père a-t-il retiré son fils de l'internat à la suite de ce malaise ? Pourquoi a-t-il accepté l'année suivante, qu'après son renvoi du collège, peut-être un peu trop sollicité, Gustave ait continué seul la préparation de ses examens ? Pourquoi, enfin, deux ans avant la crise de janvier 1844, ordonna-t-il à Flaubert de cesser d'imiter un mendiant épileptique autrefois rencontré ?[17]
Mais Henri et Yves Gastaut se sont trompés et ont mal compris deux faits. Premièrement, Gustave n'a pas été renvoyé du collège après le malaise de l'automne 1838. Achille-Cléophas a retiré son fils de l'internat du collège avant le malaise de son fils. Deux lettres adressées à Ernest Chevalier nous le montrent clairement :
[...] il est vrai que je suis maintenant externe libre ce qui est on ne peut mieux — en attendant que je sois tout à fait parti de cette sacré nom de Dieu de pétaudière de merde de collège[18].
Me voilà enfin remis sur pattes, et à table, à cette table que j'avais été forcé de quitter pendant quelque temps, et vers laquelle je reviens plus affamé et plus amoureux que jamais.
Demain j'irai au collège en fumant la vieille comme à mon ordinaire, tu vois que je n'ai rien perdu — que le temps — chose précieuse — quand il aurait dû être passé en ribotes, — puisque tu avais eu la bonté de te déranger pour nous dire adieu[19]
Et deuxièmement, on relève chez Henri et Yves Gastaut une affirmation arbitraire : « Pourquoi, enfin, deux ans avant la crise de janvier 1844, ordonna-t-il à Flaubert de cesser d'imiter un mendiant épileptique autrefois rencontré ? D'où peut-on tirer que l'ordre du père de cesser d'imiter un mendiant épileptique a été donné à son fils « deux ans avant la crise de janvier 1844 » ? Il n'y a aucun indice ou aucun fait indubitable dans la Correspondance de Flaubert qui nous permette cette datation. Pour savoir la raison et l'époque (ou la date, si c'est possible), de cet ordre du père plus exactement, il faudrait examiner encore d'une manière plus précise sa Correspondance. Avant la première crise épileptique (début de janvier 1844), Flaubert parle très souvent dans ses lettres adressées à sa sœur Caroline de ces trois ou quatre rôles favoris :
Quand tu étais couchée et malade, tu n'avais personne pour te lire, pour te faire des Lugarto, des Antony et des journalistes de Nevers. Dans trois semaines, tu me verras revenir plus disposé que jamais à continuer tous mes rôles, car l'absence de mon public m'ennuie[20].
Nom d'un nom ! j'aime bien mieux faire le journaliste de Nevers ou le père Couyère, parole d'honneur ! [...] Si bien que seul, parfois dans ma chambre, je fais des grimaces dans la glace ou pousse le cri du Garçon, comme si tu étais là pour me voir et m'admirer. Car je m'ennuie bien de mon public[21].
Quant à la première lettre citée tout à l'heure, Jean Bruneau la commente ainsi :
Trois rôles favoris de Flaubert : Antony, le héros du drame d'Alexandre Dumas, que Flaubert aimait beaucoup d'après Maxime Du Camp (Souvenirs littéraires, éd. 1882-1883, t. I, p. 225) ; Lugarto, le « démon à face humaine » du roman d'Eugène Sue, Mathilde. Quant au journaliste de Nevers, Jean Pommier écrit : « Il faut probablement l'identifier avec un mendiant épileptique qu'il avait rencontré au bord de la mer. ‘‘Il m'avait conté son histoire ; il avait d'abord été journaliste, etc., c'était superbe. Il est certain que quand je rendais ce drôle j'étais dans sa peau. On ne pouvait rien voir de plus hideux que moi à ce moment-là'' » (lettre à Louise Colet, 8 octobre 1846). (« Flaubert et la naissance de l'acteur », Journal de psychologie normal et pathologique, avril-juin 1947, p. 189.) Cette hypothèse paraît très vraisemblable[22].
Et avant le mois de janvier 1844, Flaubert emploie même sans hésitation les expressions « le haut mal » et « le mal caduc » dans une autre lettre à sa sœur :
Mais je pioche comme un enragé et, d'ici au mois d'août, je suis dans un état de fureur permanente. Il m'en prend quelquefois des crispations et je me démène avec mes livres et mes notes comme si j'avais la danse de Saint-Guy, patron des tailleurs, ou comme si je tombais du haut mal, du mal caduc[23].
Après la crise de janvier 1844 et la réclusion à Croisset, Flaubert ne parlera presque jamais de ce qui concerne « l'épilepsie », sauf dans deux lettres adressées à Louise Colet, mais seulement d'une façon allusive. L'une est celle citée plus haut (lettre à Louise Colet datée de [8 octobre 1846]) et l'autre est celle-ci : 
Il m'est impossible de continuer plus longtemps une correspondance qui devient épileptique. Changez-en, de grâce[24].
Or, au XIXe siècle, parmi des dictionnaires importants et renommés des sciences médicales que le père de Flaubert aurait pu consulter pour le traitement de la maladie de son fils, on ne peut citer que l'Encyclopédie méthodique : Médecine, par une société de médecins[25], le Dictionnaire des sciences médicales[26], le Dictionnaire de médecine[27], le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, le Dictionnaire de médecine ou répertoire général des sciences médicales considérées sous le rapport théorique et pratique[28], tous publiés avant la mort du père de Flaubert (le 15 janvier 1846). Quant à l'Encyclopédie méthodique : Médecine, ouvrage monumental dont la publication s'étendit pendant presque un demi-siècle, ce dictionnaire aurait été un peu vieux pour Achille-Cléophas quand il s'agissait du traitement de « l'épilepsie » de son fils. (Je n'ai, bien sûr, aucune intention de prétendre qu'Achille-Cléophas l'ait complètement négligé et ne l'ait pas consulté.) Or, quand on lit l'article « épilepsie » des quatre autres dictionnaires, on peut trouver une idée parfaitement identique sur l'imitation de l'épileptique :
Cette maladie est causée par les fortes contentions d'esprit, surtout associées à un mauvais régime ; la vue d'un accès épileptique, l'habitude de la simuler, l'ont souvent provoquée[29].
Une femme qui, depuis six années avait été de prison en prison, vrai Prothée femelle, et singulièrement apte à la ruse et à l'intrigue, feignait une attaque d'épilepsie chaque fois que ses juges lui posaient une question embarrassante, ou que, détenue dans la maison de force, elle n'avait pas envie de travailler. Les punitions qu'on cessa de lui infliger lui firent à la fin renoncer à cette simulation ; mais les accès étaient devenus réels et la surprenaient plus souvent qu'elle ne désirait. Des observations nombreuses, entre autres celles de Bœrhaave [...] prouvent en effet à quel point l'imagination peut influer sur l'origine des maladies spasmodiques, et établissent la possibilité qu'un individu qui, pendant plusieurs années, aurait fait, pour ainsi dire, métier de simuler l'épilepsie, finisse par être réellement atteint de la maladie[30].
[...] on va même jusqu'à dire qu'à force d'être parfaitement simulée l'épilepsie est quelquefois devenue véritable[31].
[...] la peur causée par la chute d'un épileptique expose peut-être plus encore que tout autre à cette maladie. Tout le monde sait ce qu'on a dit, à cet égard, de l'influence de l'imitation[32].
L'idée que l'épilepsie simulée ait une grande possibilité d'en devenir une véritable semble être très répandue et acceptée à l'époque de la première moitié du XIXe siècle dans le milieu médical. C'est ce qu'on peut aussi constater dans le Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, publié en 1850 :
On sait aussi que cette maladie est du nombre de celles qui se transmettent aisément par simple imitation. Les auteurs rapportent plusieurs exemples bien authentiques de cette transmission, particulièrement recueillis dans des établissements destinés à recevoir les jeunes filles. Nous possédons nous-mêmes une observation fort remarquable sur ce sujet[33].
D'après toutes les descriptions que donnent les dictionnaires de médecine de la première moitié du XIXe siècle sur l'influence de l'imitation de l'épileptique, on peut aisément comprendre la raison pour laquelle le Dr Achille-Cléophas a défendu formellement à Gustave d'imiter (ou de jouer le rôle de) cet ancien journaliste épileptique rencontré autrefois au bord de la mer. Il me semble que la première attaque nerveuse du début de janvier 1844 qui avait terrassé Gustave dans le cabriolet sur la route de Pont-l'Évêque a sérieusement alarmé son père qui ne pouvait pas ou ne voulait pas encore accepter le diagnostic de l'épilepsie de son fils[34]. Mais la deuxième attaque nerveuse de la fin de janvier 1844 a révélé et confirmé à Achille-Cléophas et à Achille, frère aîné de Gustave, que cette attaque nerveuse était en réalité une attaque épileptique. La médication prescrite à Gustave par le père et le frère aîné (tous les deux chirurgiens) concorde parfaitement avec les prescriptions que tous les dictionnaires de médecine de l'époque ordonnent pour le traitement de l'épilepsie. Il faut donc situer, entre ces deux premières attaques de janvier 1844, le moment de l'interdiction formelle donnée à Gustave par le père d'imiter l'épilepsie, puisque Gustave avait toujours l'intention de jouer le rôle d'un bouffon, d'imiter cet ancien journaliste épileptique devant sa sœur jusqu'avant son retour à Rouen en fin de décembre 1843. Revenons ici encore une fois à la lettre de Gustave adressée à Louise Colet, dans laquelle il dit avoir éprouvé une grande « satisfaction » :
Beaucoup de choses qui me laissent froid ou quand je les vois ou quand d'autres en parlent, m'enthousiasment, m'irritent, me blessent si j'en parle et surtout si j'écris. C'est là un des effets de ma nature de saltimbanque. Mon père, à la fin, m'avait défendu d'imiter certaines gens (persuadé que j'en devais beaucoup souffrir, ce qui était vrai quoique je le niasse), entre autres un mendiant épileptique que j'avais un jour rencontré au bord de la mer. Il m'avait conté son histoire, il avait été d'abord journaliste, etc. C'était superbe. Il est certain que quand je rendais ce drôle j'étais dans sa peau. On ne pouvait rien voir de plus hideux que moi à ce moment-là. Comprends-tu la satisfaction que j'en éprouvais ? Je suis sûr que non.
Pourquoi Gustave a-t-il précisément choisi, parmi ses trois ou quatre rôles préférés (Antony, Lugarto, Couyère), l'ancien journaliste épileptique ? Il est certain que Gustave lui-même avait alors (la lettre est datée par Bruneau du 8 octobre 1846) une conviction qu'il était épileptique, un homme taré, raté, choisi ou marqué par Dieu. C'est-à-dire une sorte de monstre pour qui il n'existe aucune place pour vivre dans ce monde des hommes. On sait bien que beaucoup de superstitions entourant cette maladie depuis l'Antiquité rejettent l'être atteint de cette maladie dans un milieu dont on ne veut pas admettre l'existence. Dans l'Europe occidentale, les membres de familles qui ont les moyens suffisants ont toujours caché l'existence d'un membre épileptique de leur famille, puisqu'on croyait que cette maladie est également héréditaire. Le cas de Gustave n'aurait pas été l'exception. Il dit dans sa lettre :
C'était superbe. Il est certain que quand je rendais ce drôle j'étais dans sa peau. On ne pouvait rien voir de plus hideux que moi à ce moment-là. Comprends-tu la satisfaction que j'en éprouvais ? Je suis sûr que non.
Sauf l'expression « Il est certain que », toutes les autres phrases appartiennent aux paroles des autres (c'est-à-dire au style indirect libre), puisque, quand il jouait ce rôle du journaliste épileptique, Gustave ne pouvait pas se voir jouer l'épileptique, et que, comme il disait toujours, il avait besoin de son « public » pour que son exécution parfaite de mime fût admirée. Certainement, Achille-Cléophas avait eu l'occasion d'être un de ses spectateurs. Sa sœur Caroline aurait peut-être dit en l'applaudissant : « C'est superbe ! On ne peut rien voir de plus hideux que toi ! » Mais, après la crise épileptique du début de janvier 1844, on peut aisément deviner ce qu'a éprouvé Achille-Cléophas : crainte ou peur qu'un de ses enfants ne soit épileptique. Gustave dit : « Mon père, à la fin, m'avait défendu d'imiter certaines gens, [...] entre autres un mendiant épileptique [...] ». Pourquoi Gustave a-t-il employé cette locution adverbiale « à la fin » justement dans cet épisode de l'épilepsie simulée ? Cette locution adverbiale signifie en même temps que son père a laissé Gustave jouer ou imiter, jusqu'à une certaine époque, cet ancien journaliste épileptique. Donc, cette locution signifie aussi que son père a été surpris, « à la fin », par la crainte ou la peur, terrorisé par l'idée que son fils cadet ne devienne un véritable épileptique ou qu'il ne le soit déjà véritablement. Il me semble que de là vient l'interdiction formelle de la part d'Achille-Cléophas. Et quant au mot « satisfaction » dans les dernières phrases de la lettre à Louise : « Comprends-tu la satisfaction que j'en éprouvais ? Je suis sûr que non », cela signifierait que « la satisfaction » a été éprouvée par Gustave quand il a contraint, « à la fin », son père à admettre, pour la première fois de sa vie, cette monstruosité dans l'être de son propre fils. Flaubert se serait dit : « Père, tu as enfin admis et accepté que tu avais mis dans ce monde un monstre, que ton fils est un véritable épileptique. Je ne suis bon à rien. Je ne suis capable de faire aucune de ces choses que tu penses valables et utiles pour ce monde bourgeois et dignes d'un homme supérieur. Donc, laisse-moi vivre comme je veux vivre. Dès maintenant, je vais me donner totalement à la littérature, au monde d'imaginations que m'a révélées l'épilepsie, et jamais plus au Droit. » Gustave n'a pas dit à Louise qu'il est épileptique. De là vient que son mot : « Je suis sûr que [tu ne comprends pas ma satisfaction que j'ai eue lors de l'interdiction de la part de mon père]. » Contrairement à ce que disent Henri et Yves Gastaut, ce ne serait pas sur le ton de la plaisanterie que Gustave aurait écrit ces phrases de la lettre adressée à Louise Colet. Il me semble qu'il a fait une allusion très sérieuse à un événement vécu de sa vie mais dans une forme capable de faire se méprendre tous ceux qui ne peuvent pas savoir ce que sa vie de jeunesse et d'adolescence lui a fait éprouver. Épilepsie (mal sacré) qui donne « la satisfaction » de la vie future jusqu'à la mort, voilà une contradiction sacrée, destin contradictoire infligé à un écrivain futur. Dans presque toutes les œuvres de jeunesse de Flaubert, on peut découvrir des traces de préfiguration de cette souffrance du Flaubert futur. Acceptation d'un destin que le sujet n'a pas choisi ou plutôt qu'il a été destiné à souffrir dès sa naissance et résignation nihiliste d'être épileptique. D'ailleurs, être mis au monde, est-ce qu'on peut le refuser ou choisir ? C'est un résultat des actes sexuels des parents qui n'en ont même pas soupesé la conséquence vitale pour leur rejeton. Dès la prise de conscience de l'épileptique (surtout à l'époque où on croyait la maladie inguérissable et héréditaire), on peut facilement comprendre ce qui va se passer dans l'esprit d'un sujet atteint de cette maladie dans la première moitié du XIXe siècle. C'est précisément ce que Gustave aurait senti quand Achille-Cléophas lui a défendu d'imiter un épileptique : satisfaction et joie éprouvées dans le ressentiment envers ses parents qui lui ont infligé le destin de vivre la vie d'un épileptique dans ce monde des bourgeois qui craignent et n'admettent pas un épileptique comme un être humain. Sinon, Gustave n'aurait pas écrit les phrases suivantes dans ses lettres à Louise Colet : 
Sous mon enveloppe de jeunesse gît une vieillesse singulière. Qu'est-ce donc qui m'a fait si vieux au sortir du berceau, et si dégoûté du bonheur avant même d'y avoir bu ? Tout ce qui est de la vie me répugne, tout ce qui m'entraîne et m'y replonge m'épouvante. Je ne voudrais être jamais né ou mourir. J'ai en moi, au fond de moi, un embêtement radical, intime, âcre et incessant qui m'empêche de rien goûter et qui me remplit l'âme à la faire crever[35]
D'ailleurs je ne peux pas m'empêcher de garder une rancune éternelle à ceux qui m'ont mis au monde et qui m'y retiennent, ce qui est pire. Ah, parbleu ! c'était de l'amour aussi ça, sans doute. La belle chose ! ils s'aimaient ! ils se le disaient et une nuit ils m'ont fait, pour leur grande satisfaction. Et quant à la mienne ils ne s'en souciaient guère. Maudit soit l'homme qui crée, maudit l'homme qui aime. — Que la vie de son fils soit son supplice et que l'ennui démesuré, que l'ennui colossal, gourmand et dévorant qui ronge l'enfant soit pour le père un remords qui lui aussi le fasse se repentir d'avoir vécu[36].
Tout le monde sait bien que Gustave avait depuis son adolescence l'horreur de mettre un enfant de lui au monde. Voyons ses lettres à Louise Colet au début de leur rencontre :
Tu te complais dans le sublime égoïsme de ton amour à l'hypothèse d'un enfant qui peut naître. Tu le désires, avoue-le ; tu le souhaites comme un lien de plus qui nous unirait, comme un contrat fatal qui riverait l'une à l'autre nos deux destinées. Oh ! il faut que ce soit toi, chère et trop tendre amie, pour que je ne t'en veuille pas d'un souhait si épouvantable pour mon bonheur. Moi qui m'étais juré de ne plus attacher d'existence à la mienne je donnerais donc naissance à une autre. Si cela arrive je ne me plaindrai pas. Qui sait même si dans la stupide inconséquence de notre cœur l'homme n'éprouvera pas un spasme de joie divine. Je l'aimerai cet enfant de nous. Si tu mourais je l'élèverais et toute ma tendresse sans doute se reporterait sur lui. Mais cette idée seule me fait froid dans le dos, et si pour l'empêcher de venir au monde il fallait que j'en sortisse, la Seine est là, je m'y jetterais à l'heure même avec un boulet de 36 aux pieds[37].
Sois sans crainte, chère amie, j'ai reçu la lettre où tu me parles de ton sang qui doit revenir le 10[38].
Je suis bien tourmenté de ta santé, pauvre cœur, de tes vomissements et de ce maudit sang qui ne revient pas. Je t'engage toujours à t'assurer de ta position le plus vite possible. Consulte là-dessus ton médecin. S'il est un peu intelligent il te comprendra de suite. Ou vas-en consulter un autre, un bon pourvu qu'il ne te connaisse pas. Dis-lui que cela t'est arrivé quelquefois et demande-lui ce qu'on pourrait tenter pour être sûr de la chose. Avant de t'exposer à ce voyage il faut savoir à quoi s'en tenir, n'est-ce pas ? et si tu ne tentes pas ce que je te conseille (un remède pour faire venir les Anglais) comment seras-tu jamais certaine de la cause de leur absence ? Il arrive assez souvent qu'une cause morale suffit à les retenir, une émotion, n'importe quoi. Tu serais bien folle d'aller là-bas pour prévenir un mal qui n'existerait pas. — Je crois que cet avis est fort sage. Je t'engage, je te supplie de le suivre. Brûle aussi cette lettre, c'est plus prudent[39].
Quand j'étais enfant je n'avais pas de crainte ni des voleurs ni des chevaux ni de l'orage mais des ténèbres et des fantômes. Je suis resté un peu comme ça, en grandissant. Mais puisque l'événement a tourné comme je le voulais, tant mieux ! tant mieux, c'est un malheureux de moins sur la terre. Une victime de moins à l'ennui, au vice ou au crime, à l'infortune à coup sûr. Tant mieux si je n'ai pas de postérité ! Mon nom obscur s'éteindra avec moi et le monde en continuera sa route comme si j'en laissais un illustre. C'est une idée qui me plaît à moi que celle du néant absolu. Axiome : c'est la vie qui console de la mort et c'est la mort qui console de la vie[40].
En voici deux autres, à l'époque de la rédaction de Madame Bovary :
Je suis inquiet de tes Anglais, quoique je n'aie rien à me reprocher pourtant (ce que tu me reproches toujours). Moi un fils ! oh non, non, plutôt crever dans un ruisseau écrasé par un omnibus. — L'hypothèse de transmettre la vie à quelqu'un me fait rugir, au fond du cœur, avec des colères infernales[41].
Je commence par te dévorer de baisers dans la joie qui me transporte. Ta lettre de ce matin m'a enlevé de dessus le cœur un terrible poids. Il était temps. Hier je n'ai pu travailler de toute la journée. — À chaque mouvement que je faisais (ceci est textuel), la cervelle me sautait dans le crâne et j'ai été obligé de me coucher à 11 h[eures] ; j'avais la fièvre et un accablement général. Voici trois semaines que je souffrais horriblement d'appréhensions : je ne dépensais pas à toi d'une minute, mais d'une façon peu agréable. Oh ! oui, cette idée me torturait. J'en ai eu des chandelles devant les yeux deux ou trois fois, jeudi entre autres. Il faudrait tout un livre pour développer d'une manière compréhensible mon sentiment à cet égard. L'idée de donner le jour à quelqu'un me fait horreur. Je me maudirais si j'étais père. — Un fils de moi, oh non, non, non ! que toute ma chair périsse, et que je ne transmette à personne l'embêtement et les ignominies de l'existence. — Toutes mes propretés d'âme se révoltaient à cette hypothèse et puis, et puis. Enfin Dieu soit loué, il n'y a rien à craindre. Bénis soient donc les habits rouges[42].
En fait, Gustave a déjà écrit dans ses écrits de jeunesse (Souvenirs, notes et pensées intimes[43] et Novembre[44]) les phrases suivantes qui expriment la même pensée : 
Je n'ai aimé qu'un homme comme ami et qu'un autre c'est mon père[45].
Il pensait sérieusement qu'il y a moins de mal à tuer un homme qu'à faire un enfant : au premier vous ôtez la vie, non pas la vie entière, mais la moitié ou le quart ou la centième partie de cette existence qui va finir, qui finirait sans vous ; mais envers le second, disait-il, n'êtes-vous pas responsable de toutes les larmes qu'il versera depuis son berceau jusqu'à sa tombe ? sans vous, il ne serait pas né, et il naît, pourquoi cela ? pour votre amusement, non pour le sien à coup sûr ; pour porter votre nom, le nom d'un sot, je parie ? autant vaudrait l'écrire sur un mur ; à quoi bon un homme pour supporter le fardeau de trois ou quatre lettres ?[46]
Yvan Leclerc se demande pourquoi Gustave a écrit « au passé » la phrase (notre première citation) des écrits de jeunesse : « On comprend que Flaubert parle au passé de l'ami Alfred, parti pour Paris, mais de son père ? »[47] À cette époque critique où Gustave, déjà externe libre, habitait dans la même maison que son père, dans l'Hôtel-Dieu royal de Rouen, et préparait ses examens pour le baccalauréat tout seul, si Gustave a voulu sincèrement dire que : « J'ai aimé mon père » au passé, cela signifie que « son père est déjà mort symboliquement pour lui » ou bien que dans son cœur « il a déjà tué son père ». Sur ce point, on peut lire dans ses deux autres lettres à Louise Colet des phrases suivantes :
Maintenant si je te dis que je reste calme, que mes sens ne me tourmentent point, tu t'irrites et tu m'accuses de froideur. C'est que j'ai fait depuis longtemps l'éducation à mes nerfs. Quelquefois ce sont [eux] qui se fâchent et de là résulte le désordre de la machine. [...] C'est ainsi que je me suis habitué à porter le vin, les veilles, la continence la plus excessive et des jeûnes très longs. Pour le sentiment il m'est advenu la même histoire. Avant la mort de mon père et de ma sœur j'avais assisté à leur enterrement, et quand l'événement est arrivé je le connaissais. Il y a peut-être aussi des bourgeois qui ont pu dire que je paraissais peu ému ou que je ne l'étais pas du tout[48].
Si tu as bien écouté Novembre tu as dû deviner mille choses indisables qui expliquent peut-être ce que je suis. Mais cet âge-là est passé. Cette œuvre a été la clôture de ma jeunesse. Ce qui m'en reste est peu de chose mais tient ferme. — Voilà pourquoi je me suis débattu longtemps contre l'idée d'avoir un enfant[49].
Gustave avoue clairement ici qu'il a, au moins, deux fois enterré son père et sa sœur. À la première fois imaginairement, et à la deuxième véritablement. D'ailleurs, on sait bien que Gustave détestait Émile Hamard, son beau-frère, époux de sa sœur cadette Caroline que Gustave a aimée tendrement et aussi passionnément. Il faut se rappeler, quant à son beau-frère futur, la phrase inscrite dans ses Souvenirs, notes et pensées intimes : « [...] il est bête pourtant à faire pitié [...] »[50]. Quand Caroline s'est mariée avec Émile Hamard, elle était, pour Gustave, comme si elle était déjà morte. Gustave n'était pas du tout content du choix de sa sœur Caroline. Et après avoir donné le jour à une fille, Caroline meurt véritablement le 22 mars 1846. Quant au parricide imaginaire, il faut bien considérer ce que signifient les mots « mille choses indisables ». Un passage de Novembre cité tout à l'heure concerne certainement une de ces « choses indisables » à laquelle le narrateur fait allusion : « Il pensait sérieusement qu'il y a moins de mal à tuer un homme qu'à faire un enfant : au premier vous ôtez la vie [...] ; mais envers le second, disait-il, [...] sans vous il ne serait pas né »[51]. Et il faudrait encore une fois relire ici minutieusement sa lettre déjà citée plus haut où il parle d' « une rancune éternelle à ceux qui m'ont mis dans le monde » (lettre à Louise Colet, [21 janvier 1847]). Gustave dit vers la fin du passage extrait de cette lettre : « Que la vie de son fils soit son supplice et que l'ennui démesuré, que l'ennui colossal, gourmand et dévorant qui ronge l'enfant soit pour le père un remords qui lui aussi le fasse se repentir d'avoir vécu »[52]. Pourquoi Gustave est-il passé du présent au passé ? L'expression « avoir vécu » est en quelque sorte un synonyme d' « être mort », mais un homme mort ne peut sentir de remords. Il faut que le père soit vivant, premièrement pour être rongé par les remords d'avoir mis au monde un fils et deuxièmement pour que le souhait et le désir de Gustave soient exaucés devant ses yeux. L'expression « se repentir d'avoir vécu » peut signifier aussi, bien sûr, « se repentir d'être vivant encore pour élever un tel fils ». Mais alors, que deviendrait sa « rancune éternelle » envers ses parents qui le « retiennent [au monde], ce qui est pire » ? Pour résoudre cette aporie, il n'y a qu'une solution : la mort de ses parents après avoir reconnu leur propre culpabilité. Donc, il faudrait lire l'expression en question comme « se repentir d'être né et d'avoir mis au monde un tel fils ». Ce qui signifie que son père ne doit pas être né, que son père doit mourir en reconnaissant sa culpabilité. Et c'est ce qui a été déjà fait peut-être pour Gustave quand il écrivait la phrase en question : Achille-Cléophas était déjà mort en janvier 1846, c'est-à-dire un an plus tôt que cette lettre adressée à Louise. Il faut penser que, quand Gustave a écrit ces trois phrases : « Je n'ai aimé qu'un homme comme ami et que l'autre c'est mon père », « il y a moins de mal à tuer un homme qu'à faire un enfant », et « Que la vie de son fils soit son supplice et que l'ennui démesuré, que l'ennui colossal, gourmand et dévorant qui ronge l'enfant soit pour le père un remords qui lui aussi le fasse se repentir d'avoir vécu », le souhait de la mort de son père le hantait toujours. (La troisième phrase nous fait connaître que Gustave continuait à avoir la même idée après la mort réelle de son père). Il me semble qu'il en était de même pour sa mère encore vivante dont il ne parle pas dans sa lettre. Quand il s'agit de la personnalité du père de Gustave, on peut imaginer sans aucune difficulté la raison pour laquelle Gustave l'a deux fois enterré. C'est à cause de ses difficultés de rapports familiaux. Maxime Du Camp nous rapporte un épisode dans ses Souvenirs littéraires :
Ce livre [ l'Éducation sentimentale de 1845] valut à Gustave une déconvenue qui lui fut douloureuse. Il avait fini, après bien des hésitations, par avouer à son père qu'il écrivait et qu'il ne voulait être rien autre qu'écrivain. Le père Flaubert n'avait point été satisfait, il avait fait une moue peu rassurante ; mais dans l'état de santé où se trouvait Gustave, comment l'obliger à continuer des études de droit qui lui étaient antipathiques ? Il dit à son fils : « Lis-moi ce que tu as fait. »
Le père Flaubert s'installa dans un fauteuil et Gustave commença la lecture. C'était après le déjeuner, il faisait chaud ; pour n'être pas troublé par les bruits de la route, nous avions fermé la fenêtre. Au bout d'une demi-heure, le père Flaubert dormait, la tête retombée sur la poitrine. Gustave eut un geste de dépit, échangea un regard avec moi et continua à lire ; puis s'interrompant tout à coup, il dit : « Je crois que tu en as assez ? » Le père Flaubert se réveilla et se mit à rire. Ce qu'il nous dit, je me le rappelle : « Écrire est une distraction qui n'est pas mauvaise en soi : cela vaut mieux que d'aller au café ou de perdre son argent au jeu ; mais que faut-il pour écrire ? Une plume, de l'encre et du papier, rien de plus ; n'importe qui, s'il est de loisir, peut faire un roman comme M. Hugo ou comme M. de Balzac. La littérature, la poésie, à quoi cela sert-il ? Nul ne l'a jamais su. » — Gustave s'écria : « Dis donc, docteur, peux-tu m'expliquer à quoi sert la rate ? Tu n'en sais rien, ni moi non plus, mais c'est indispensable au corps humain, comme la poésie est indispensable à l'âme humaine ! » Le père Flaubert leva les épaules et s'en alla sans répondre[53].
Tel était Achille-Cléophas Flaubert. Il me semble que Gustave savait déjà la réaction de son père envers la littérature et le souhait passionné de son fils d'être écrivain quand il a inscrit au passé dans ses Souvenirs, notes et pensées intimes la phrase : « Je n'ai aimé qu'un homme comme ami, et qu'un autre c'est mon père. »[54] En tout cas, on peut supposer une grande déception de la part de Gustave envers son père et sa sœur quand il parle de l'enterrement exécuté deux fois. Et quant aux phrases citées plus haut de Novembre, dont la rédaction aurait été commencée probablement vers la fin 1840 et achevée le 25 octobre 1842[55], la période de leur rédaction recouvre partiellement celle de la phrase de Souvenirs, notes et pensées intimes. En tout cas, les périodes de la rédaction de ces phrases de deux textes de jeunesse sont très proches. Ainsi, quand on se demande quels ont été les sentiments que Gustave a éprouvés dans sa vie intime, il ne faut pas oublier ou plutôt on doit absolument tenir compte de ses mots : « un embêtement radical, intime, âcre et incessant », « Je ne peux pas m'empêcher de garder une rancune éternelle à ceux qui m'ont mis au monde », « je ne voudrais jamais être né ou mourir », « C'est une idée qui me plaît à moi que celle du néant absolu », « c'est la vie qui console de la mort et c'est la mort qui console de la vie », « L'idée de donner à quelqu'un me fait horreur. Je me maudirais si j'étais père. — Un fils de moi, oh non, non, non ! » Mais, ici, il faut remarquer qu'il emploie toujours le mot « un fils » dans ses lettres du [3 avril 1852] et du [11 décembre 1852] (« Moi, un fils ! oh non, non », « Un fils de moi, oh non, non, non ! »). Pourquoi a-t-il été terrorisé par la supposition que Louise allait lui donner « un fils », puisqu'on ne pouvait pas savoir, avant la naissance d'un enfant, au XIXe siècle, si c'était « un fils » ou « une fille » qui allait naître ? De ces huit lettres citées plus haut, on doit conclure que Gustave s'est identifié à cet enfant du même sexe que lui que Louise prétend avoir conçu. S'il en est ainsi, il faut dire que sa « rancune éternelle » envers ses parents est une véritable rancune mais « indisable », conçue par le Gustave-épileptique dans les profondeurs de son âme. Henry James a dit autrefois : « À lire certains passages de sa correspondance on peut même se demander si son soutien majeur n'est pas la haine. Ainsi virent le jour, l'un après l'autre, des ouvrages suprêmement composés, polis et achevés, et l'on peut être assuré que jamais œuvres du même genre, destinées à une aussi haute fortune, ne percèrent la nuit d'une telle d'adversité. »[56] La haine comme soutien de la vie et la rancune éternelle envers ses parents chez Gustave ! Remarquons qu'il a écrit : « Oh ! oui, cette idée me torturait. J'en ai eu des chandelles devant les yeux deux ou trois fois, jeudi entre autres. Il faudrait tout un livre pour développer d'une manière compréhensible mon sentiment à cet égard ». Comme Jean Bruneau l'a déjà signalé dans la note de son édition de la Correspondance[57], ces sensations visuelles sont un phénomène appelé « phosphènes », autrement dit « l'aura épileptique » qui est une des particularités de la maladie de Gustave[58]. L'idée d'être né, celle de donner le jour à un enfant et ses phosphènes provoqués par la terreur et l'horreur de l'idée de la naissance de son « fils » sont donc intimement liés et inséparables dans le système nerveux et psychosomatique de la vie de Flaubert. Il dit qu'il « faudrait tout un livre pour développer d'une manière compréhensible mon sentiment à cet égard ». En effet, il écrira ce livre plus tard d'une façon tellement parfaite qu'on n'en apercevra pas la vérité ni le sens latents. Ici, il faudrait se rappeler que La Tentation de saint Antoine, écrite à partir du 24 mai 1848 jusqu'au 12 septembre 1849, après les crises épileptiques de janvier 1844, est une œuvre achevée avec l'intention sérieuse de la publier pour la première fois de sa vie. Dans cette œuvre, Flaubert nous montre qu'Antoine est assailli, pendant un laps de temps très bref, une nuit, par toutes sortes d'apparitions, par tout ce qu'on peut imaginer de diabolique. On pourrait dire qu'Antoine est « emporté tout à coup dans un torrent de flammes » représentant toutes les apparitions et les hallucinations par lesquelles l'esprit humain est capable d'être hanté. L'expression d'un « torrent de flammes » est de Gustave lui-même :
Hier, nous sommes partis de Pont-l'Évêque à 8 h 1/2 du soir, par un temps si noir qu'on ne voyait pas les oreilles du cheval. La dernière fois que j'étais passé par là, c'était avec mon frère, en janvier 44, quand je suis tombé, comme frappé d'apoplexie, au fond du cabriolet que je conduisais, et qu'il m'a cru mort pendant dix minutes. — C'était une nuit à peu près pareille. J'ai reconnu la maison où il m'a saigné, les arbres en face (et, merveilleuse harmonie des choses et des idées) à ce moment-là, même, un roulier a passé aussi à ma droite, comme il y a dix ans bientôt, à 9 h[eures] du soir, je me suis senti emporté tout à coup dans un torrent de flammes...[59]
Ce torrent de flammes, phosphènes, qui produisent les hallucinations sont une des particularités de l'épilepsie de Flaubert dont le foyer épileptogène se situe, selon Henri et Yves Gastaut, dans le lobe occipito-temporal gauche du cerveau[60]. Et il faut remarquer ici que Gustave revit sa première expérience épileptique de janvier 1844. Quant à ces phosphènes accompagnant plusieurs fois la première scène épileptique de Flaubert, Maxime Du Camp écrit dans ses Souvenirs littéraires :
Bien souvent, impuissant et consterné, j'ai assisté à ces crises, qui étaient formidables. Elles se produisaient de la même façon et étaient précédées des mêmes phénomènes. Tout à coup, sans motifs appréciables, Gustave levait la tête et devenait très pâle ; il avait senti l'aura, ce souffle mystérieux qui passe sur la face comme le vol d'un esprit ; son regard était plein d'angoisse et il levait les épaules avec un geste de découragement navrant ; il disait : « J'ai une flamme dans l'œil gauche » ; puis, quelques secondes après : « J'ai une flamme dans l'œil droit ; tout me semble couleur d'or. » Cet état singulier se prolongeait quelquefois pendant plusieurs minutes. À ce moment, cela était visible, il comptait encore en être quitte pour une alerte ; puis son visage pâlissait encore plus et prenait une expression désespérée ; rapidement il marchait, il courrait vers son lit, s'y étendait, morne, sinistre, comme il se serait couché tout vivant dans un cercueil ; puis il s'écriait : « Je tiens les guides, voici le roulier, j'entends les grelots. Ah ! je vois la lanterne de l'auberge. » Alors il poussait une plainte dont l'accent déchirant vivre encore dans mon oreille, et la convulsion le soulevait[61]
La véracité de cette description de Du Camp des sensations visuelles avant-coureur de la crise épileptique est garantie par une autre parole de Gustave lui-même :
Quant à ton serviteur il va mieux sans précisément aller bien. Il ne se passe pas de jour sans que je ne voie de temps à autre passer devant mes yeux comme des paquets de cheveux ou des feux du Bengale. Cela dure plus ou moins longtemps. Néanmoins ma dernière grande crise a été plus légère que les autres[62].
Or, Henri et Yves Gastaut disent : « En ce qui concerne la qualité de l'œuvre, au contraire, il ne semble pas que l'épilepsie ait ajouté quoi que ce soit au génie de l'auteur. Il est même remarquable, à ce propos, que contrairement à Dostoïevski, Flaubert n'a pas tiré de son mal ce qui aurait pu être consubstantiel à son génie : ni la description de personnages aussi extraordinaires que Mychkine, Kirillov et Smerdiakov, alors qu'il n'existe aucun épileptique dans son œuvre ; ni la description, à défaut d'une aura extatique comparable à celle que Dostoïevski prêtait au prince Mychkine et dont il disait qu'elle est ‘‘inimaginable pour qui ne l'a pas vécue'', de ces curieux phénomènes psychologiques qu'il avait ressentis au cours de ses crises et dont il écrivait à Louise Colet que ‘‘personne n'a l'idée ou plutôt que personne n'a senti'' »[63]. Et ils ajoutent dans la note en bas de la page : « Il nous paraît osé de supposer, comme l'a fait Pommier (1957), que l'emploi fréquent de termes tels que ébloui, éblouissement, flamber, flamboyant, fulgurer, pourrait traduire chez Flaubert une dominante de sa vision et une référence à ses phosphènes »[64]. Mais Philippe Bonnefis nous a démontré un côté totalement caché de l'œuvre de Flaubert dans ses articles « Exposition d'un perroquet »[65] et « Aura epileptica »[66]. Nous allons prendre La Légende de saint Julien l'Hospitalier comme objet d'étude, mais en nous référant également aux autres textes de Flaubert, pour en déchiffrer le message ou le sens dans la perspective signalée par Philippe Bonnefis, c'est-à-dire à travers l'épilepsie vécue par Flaubert. Il me semble que le texte de La Légende de saint Julien l'Hospitalier est presque entièrement parsemé de représentations déformées et déformantes (résultat de condensation et de transformation littéraires) des phénomènes appelés « phosphènes » et d'autres manifestations psychosomatiques de l'épilepsie, inscrites d'une manière tellement intelligente et parfaite que le texte pourrait être considéré comme d'une « étrange limpidité »[67], comme d'une « des plus hautes manifestations du style flaubertien »[68] ou bien comme « la perfection au suprême degré »[69] et que personne n'y soupçonne une sorte de dérogation au principe flaubertien de « l'impersonnalité ». (À suivre.)   [Mis en ligne sur le site Flaubert en octobre 2010.]  

Notice bio-bibliographique

Tadataka Kinoshita est né en 1947. Il est docteur en 3e cycle (Université de Paris VIII, 1981) et il enseigne la littérature française à l'Université d'Okayama (Japon). Il a publié:
Études sur Flaubert 1 - À travers les problèmes des temps verbaux, Surugadai-Syuppann-sha, 1989.
Études sur Flaubert 2 - « Par les champs et par les grèves ». Problèmes du manuscrit autographe et du manuscrit du copiste, Faculté des Lettres de l'Université d'Okayama, 1994, University Education Press, réédition 2004.
Noms propres subjectivisés dans le style indirect libre de « L'Éducation sentimentale »

NOTES

[1] René Dumesnil, Flaubert, son hérédité, son milieu, sa méthode, Slatkine Reprints, 1977 (réimpression de l'édition de Paris, 1906. La première édition est de 1905, chez la Société Française d'Imprimerie et de Librairie). Voir chapitre IV, p. 86-112 et Appendice V, p. 351-354 ; Gustave Flaubert, l'homme et l'œuvre, Desclée de Brouwer & Cie, 1932, Appendice A, p. 471-489.
[2] Jean-Paul Sartre, L'Idiot de la famille, Gallimard, t. I (1971), t. II (1971), t. III (1972), passim.
[3] Pierre Gallet, Quel diagnostic aurions-nous fait si nous avions soigné Flaubert ? Thèse de médecine, Paris, Foulon, 1960.
[4] Germain Galérant, « Flaubert vu par les médecins d'aujourd'hui », Europe, septembre-novembre 1969, p. 107- 112.
[5] Henri et Yves Gastaut, « La maladie de Gustave Flaubert », Revue neurologique, 1982, n° 6-7, p. 467-492.
[6] Marie-Thérèse Sutterman, Dostoïevski et Flaubert, Presses Universitaires de France, 1993, p. 191-268.
[7] Europe, septembre-novembre 1969, p. 112.
[8] Jean Bruneau, Correspondance, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1973, t. I, voir la note 2 de la lettre de Caroline Flaubert à Gustave Faubert, p. 943, et la note 1 de la lettre de Gustave Flaubert à Ernest Chevalier, p. 944. Cette édition en 5 volumes de Bruneau (le cinquième est procuré avec la collaboration de Yvan Leclerc, en 2007) sera abrégée par la suite en Corr., et nous suivons dans notre étude les instructions d'impression données par Bruneau : « En tête de chaque lettre figure une date ; quand elle n'est pas de la main de Flaubert, je l'ai placé entre crochets » (Préface du premier volume, p. XXVI).
[9] Philippe Bonnefis, « Exposition d'un perroquet » in Mesures de l'ombre, Presses Universitaires de Lille, 1987,
[10] Id., article paru dans le Magazine littéraire, n° 250, février 1988, p. 41-43.
[11] Par exemple, le Dr Galérant écrit : « Ainsi donc, non seulement le Docteur Flaubert n'a pas fait que s'inspirer largement du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales [d'Amédée Dechambre], mais ses prescriptions n'en ont été qu'une copie littéraire, ordonnance à laquelle le malade s'est ponctuellement soumis jusqu'à sa mort. » (op. cit., p. 110) Or, ce Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre n'a été publié que de 1864 à 1889. Surtout le volume qui contient l'article « Épilepsie » (série 1, t. 35) n'a été publié qu'en 1887. Le Docteur Flaubert, père de l'écrivain, était déjà mort en 1846 avant le commencement de la publication du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Il est évident que le Dr Achille-Cléophas Flaubert n'a pu en aucune façon consulter le Dictionnaire de Dechambre pour le traitement de la maladie de son fils.
[12] Corr., t. II, 1980, p. 891-892.
[13] Achille-Cléophas Flaubert (14 novembre 1784-15 janvier 1846), chirurgien, a fait ses études de médecine à l'École de Médecine de Paris, puis à l'École Pratique annexée. Il a remporté trois ans de suite, de 1803 à 1805, le premier prix de sa section. En 1806, il a accepté un poste de prévôt d'anatomie à Rouen où Laumonier, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, dirigeait aussi une École de cérisculpture créée par Bonaparte.
[14] Lettre d'Achille Flaubert à Jules Cloquet, datée du 17 janvier 1860. Voir la note 3 de la lettre de Flaubert à Édmond et Jules de Goncourt, [24 janvier 1860], p. 1077 - 1078 de la Corr., t. III, Gallimard, 1991.
[15] Corr., t. I, 1973, p. 380, lettre à Louise Colet, datée par Bruneau du [8 octobre 1846].
[16] Henri et Yves Gastaut, op. cit., p. 477.
[17] Ibid., p. 485.
[18] Corr., t. I, p. 29, lettre à Ernest Chevalier, 11 octobre 1838.
[19] Ibid., p30, lettre à Ernest Chevalier, [28 octobre 1838].
[20] Ibid., p. 128, lettre à sa sœur Caroline, [Paris, 16 novembre 1842].
[21] Ibid., p. 169-170, lettre à sa sœur Caroline, [Paris, 2 juin 1843]. Couyère était le maire de Trouville.
[22] Ibid., p. 909, n. 2 de la page 128.
[23] Ibid., p. 160, lettre à sa sœur Caroline, [Paris, 12 mai 1843]. Jean Bruneau commente : « Faudrait-il voir dans ces « crispations » les prodromes de la maladie nerveuse qui se déclare en janvier 1844 ? » (ibid., p. 926, n. 4 de cette lettre).
[24] Ibid., p. 422, lettre à Louise Colet, [fin décembre 1846?].
[25] Paris, Panckoucke, 1787-1830, 17 vols. L'article « Épilepsie » se trouve dans le tome 6, 1793.
[26] Paris, Panckoucke, 1812-1822, 60 vols, publié par « une société de médecins et de chirurgiens ». L'article « Épilepsie » se trouve dans le volume 12, 1815.
[27] Paris, Béchet Jeune, publié sous la direction d'Adelon, Béclard, etc., 1821-1828, 21 vols. L'article « Épilepsie » se trouve dans le tome 8, 1823. Jules Cloquet, disciple et ami d'Achille-Cléophas Flaubert, est un des auteurs de ce Dictionnaire.
[28] Paris, Béchet Jeune, Librairie de La Faculté de Médecine, publié sous la direction d'Adelon, Béclard, etc., deuxième édition revue et augmentée du Dictionnaire de médecine cité plus haut, 1832-1846, 30 vols. L'article « Épilepsie » se trouve dans le tome 12, 1835.
[29] Dictionnaire des sciences médicales, Panckoucke, vol. 12, 1815, p. 519.
[30] Ibid., p. 544.
[31] Dictionnaire de médecine, Béchet Jeune, t. 8, 1823, p. 220. La deuxième édition de ce Dictionnaire dit la même chose (Béchet Jeune, t. 12, 1835, p. 186).
[32] Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, Méquignon-Marvis et J.-B. Baillière, t. 7, 1831, p. 425.
[33] Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers ou traité complet de médecine et de chirurgie pratiques, par une société de médecins, sous la direction de Dr Fabre, Germer Baillière, 1850, 9 volumes. L'article « Épilepsie » se trouve dans le tome 3. Notre citation se trouve à la page 636 de ce tome.
[34] Parce que Gustave a été renvoyé à Paris pour continuer ses études de droit après cette première attaque nerveuse.
[35] Corr., t. I, 1973, p. 420, lettre à Louise Colet, [20 décembre 1846].
[36] Ibid., p. 430-431, lettre à Louise Colet, [21 janvier 1847].
[37] Ibid., p. 311-312, lettre à Louise Colet, [24 août 1846].
[38] Ibid., p. 316, lettre à Louise Colet [26 août 1846]. Il s'agit des règles de Louise qui devaient revenir vers le 10 septembre 1846.
[39] Ibid., p. 337, lettre à Louise Colet, [13 septembre 1846]. Jean Bruneau note : « Il s'agit évidemment du projet d'un avortement, sans doute dans une ville étrangère (« voyage », « là-bas ») » (ibid., p. 1001, n. 1 de cette lettre.) Les Anglais (soldats anglais) portaient des uniformes rouges : allusion aux règles de Louise Colet.
[40] Ibid., p. 342, lettre à Louise Colet, [15-16 septembre 1846].
[41] Corr., II, 1980, p. 67, lettre à Louise Colet, [3 avril 1852].
[42] Ibid., p. 205, lettre à Louise Colet, [11 décembre 1852]. Habits rouges, c'est-à-dire les Anglais. Jean Bruneau note quant à la phrase « J'en ai eu des chandelles devant les yeux deux ou trois fois, jeudi entre autres » comme suit : « Une crise nerveuse (voir t. I, p. 202, n. 2, et le memento de Louise Colet du 15 août 1852, Appendice II, p. 891- 892) ? » (ibid., p. 1121, n. 1 de cette lettre).
[43] . Titre donné par la nièce de Flaubert, Caroline Franklin-Grout. Écrit, d'après Yvan Leclerc, probablement pendant la période 1839-1841.
[44] . La rédaction de cet écrit de jeunesse se situerait probablement pendant la période fin 1840-25 octobre 1842.
[45] Souvenirs, notes et pensées intimes in Mémoires d'un fou, Novembre et autres textes de jeunesse, édition de Yvan Leclerc, GF-Flammarion, 1991, p. 374. Ami que Flaubert a aimé, c'est, bien entendu, Alfred Le Poittevin.
[46] Novembre in Mémoires d'un fou, Novembre et autres textes de jeunesse, p. 481.
[47] Souvenirs, notes et pensée intimes in Mémoires d'un fou, Novembre et autres textes de jeunesse, p. 510, n. 9.
[48] Corr., tome I, 1973, p. 395, lettre à Louise Colet, [21 octobre 1846].
[49] Ibid., p. 410, lettre à Louise Colet, [2 décembre 1846].
[50] Op. cit., p. 361-362. Voir aussi la note 1, (ibid., p. 509).
[51] Op. cit., p. 481. Le passage en question est un peu troublant, parce qu'on peut l'interpréter comme appartenant au mélange du style indirect libre et du discours direct libre. Donc, le « vous » du texte pourrait indiquer à la fois « le lecteur » en général, « le narrateur » interpellé par l'auteur du manuscrit trouvé et par conséquent « le père » en général qui peut donner le jour à un enfant. De là, on pourrait penser que Gustave, en écrivant ce passage, avait l'idée de son propre père dans la tête.
[52] C'est nous qui soulignons.
[53] Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, préface de Daniel Oster, Aubier, 1994 (texte conforme à l'édition Hachette de 1892), p. 226.
[54] Cette phrase aurait été écrite en 1839, au moins antérieure au vendredi 28 février 1840.
[55] Yvan Leclerc, op. cit., p. 536.
[56] Henry James, Gustave Flaubert, L'Herne, collection Glose, traduit de l'anglais par Michel Zeraffa, 1969, p. 19.
[57] Voir plus haut la note 42.
[58] Corr., t. II, 1980, p. 1121. Voir la note 1 de la lettre datée du [11 décembre 1852], citée plus haut. Bruneau écrit : « Une crise nerveuse ? »
[59] Ibid., p. 423, lettre à Louise Colet, 2 septembre [1853].
[60] Op. cit., p. 485-486.
[61] Op. cit., p. 199-200.
[62] Corr., t. I, 1, p. 207, lettre à Ernest Chevalier, 7 juin [1844].
[63] Op. cit., p. 488.
[64] Ibid., p. 488, n. 18.
[65] Mesures de l'ombre, Presses Universitaires de Lille, 1987, p. 75-110.
[66] Magazine littéraire, n° 250, février 1988, p. 41-43.
[67] Pierre-Marc de Biasi, « L'Élaboration du problématique dans La Légende de saint Julien l'Hospitalier », dans Flaubert à l'œuvre, Flammarion, Textes et Manuscrits, 1980, p. 71.
[68] Ibid., p. 71.
[69] Henry James, op. cit., p. 119.


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