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Louise Béatrix Person Martine

Claude Schopp

JEUNESSE

Louise Béatrice Martine Person est née au Mesnil-Amelot, Seine-et-Marne, le 24 mars 1820, à une heure du matin, et non à Aulnay-lez-Bondy, le 26 mai ou le 26 juin 1828, comme l'indique son acte de décès ou comme elle l'a sans doute assuré, se rajeunissant de huit ans, à son biographe G. Bell (Études contemporaines. Le monde dramatique. Mlle Person, Paris, Bourguet, 1854), repris par Henry Lyonnet et une mention portée sur son dossier du Fonds Rondel[1]), fille d'une famille de six enfants, issus de Martin Person, postillon (qui déclare ne pas savoir écrire ni signer), et de Madeleine Gérard[2], élevée à la campagne, dans une ferme. « Nature ardente, elle voulut entrer d'abord dans un couvent », mais dut y renoncer faute de dot. Elle fut placée à treize ans chez une lingère apprentie  ; dans les recensements de 1836 à Lieusaint, résidence de la famille Person, on relève Louise couturière. âgée de dix-huit ans. Elle découvrit le théâtre à travers une représentation aux Variétés de Kean par Frédérick Lemaître.
     Se jetant dans le théâtre, malgré l'opposition de ses parents, elle parut Salle Chantereine, puis dans des rôles de pages aux Variétés avant que sa mère ne lui fît réintégrer la lingerie. Elle suivit une troupe nomade à La Nouvelle-Orléans : « Jeune, belle, hardie, elle joue le drame, la comédie, chante le vaudeville et danse un pas de ballet au besoin. »[3]
     À son retour, dix-huit mois plus tard, elle reçut les leçons d'Isidore Samson (Saint-Denis, 2 juillet 1793-Paris, 28 mars 1871) en vue d'une audition à la Comédie-Française ; elle apparut sur la scène de la Porte-Saint-Martin, dans des représentations extraordinaires (La Mère et la fille, avec et au bénéfice de Frédérick Lemaître) et fut remarquée par Raucourt, qui l'entraîna dans une tournée en Normandie. Ce fut Raucourt qui la présenta à A. Dumas.

DUMAS ET LE THÉÂTRE-HISTORIQUE

    Dumas, séduit par sa beauté et son talent, lui fit jouer à Saint-Germain-en-Laye Ophélie dans Hamlet (17 septembre 1846), avant d'en faire l'une des étoiles du Théâtre-Historique.
     Dans le drame d'ouverture, La Reine Margot le 20 février 1847, elle créa Catherine de Médicis : « S'inspirant de tout ce que les chroniques et la peinture nous ont laissé sur cette grande figure historique, Mlle Person nous fit voir sur scène, avec une vérité frappante, la terrible mère de Charles IX et de Henri III. On eût dit que Catherine était descendu vivante d'une toile de Philippe de Champaigne pour dire les paroles que l'écrivain mettait dans sa bouche. Cette création était une véritable évocation du passé, et d'emblée Mlle Person se plaça au premier rang de nos artistes dramatiques. / Certes, il avait fallu un grand courage à une jeune fille pour aborder aussi résolument une création aussi difficile. Il est vrai qu'elle apportait dans l'art de la scène un élément nouveau, que de semblables créations faisaient paraître et ressortir dans tout son éclat. Le côté plastique de l'art théâtral, la draperie, le vêtement avec son authenticité avérée, avaient été trop négligés par les femmes jusqu'à Mlle Person. La première elle nous fit voir les personnages de la légende ou de l'histoire avec des costumes où l'exactitude est la plus charmante des fantaisies. Tout en étudiant son rôle dans son esprit et dans sa poésie, elle comprenait d'instinct que le public devait rapporter du théâtre autre chose que le souvenir d'une action plus ou moins intéressante, et qu'on pouvait instruire l'esprit en parlant aux yeux. »[4]
     Elle reprit le rôle d'Ophélie : « Mme Payre et Mlle Person ont parfaitement rendu les rôles de Gertrude et d'Ophélie », note Nerval, lors de cette reprise au Théâtre-Historique[5], et elle fut ensuite Louise Miller dans Intrigue et amour (11 juin 1847), La Carconte dans Monte-Cristo (3 février 1848), Aurelia Orestilla dans Catilina (14 octobre 1848), la vicomtesse de Cambes dans La Guerre des femmes (14 octobre 1848) ; Milady dans La Jeunesse des Mousquetaires (17 février 1849) : « Mme Person a donné au rôle de Milady sa fascination de vipère et cette couleur sombre et profonde dont elle teint les rôles scélérats qu'on lui confie habituellement. »[6] Elle interpréta encore Marie de Stauffenbach dans Le Comte Hermann (22 novembre 1849), Aurelia Orestilla dans Catilina ; Jeanne de Laubardemont dans Urbain Grandier (30 mars 1850), le rôle-titre dans Pauline (1er juin 1850) et reprit quelques grands rôles du théâtre de son amant, comme Adèle d'Hervey dans Antony (17 décembre 1848) :

     « À la première d'Antony, j'eus la chance heureuse de me trouver à côté de Marie Dorval. [...] Pendant que ce drame intime se déroulait avec ses péripéties émouvantes, elle écoutait attentive, et l'on eût dit qu'elle ne connaissait pas la pièce. Applaudissant elle-même et des deux mains, elle se tournait de temps en temps vers nous :
     - Mais applaudissez donc, messieurs, nous disait-elle.
     - Et quand la pièce fut finie, elle se leva, et nous entraînant :
     - Allons féliciter Mlle Person, nous dit-elle ; elle a admirablement joué un rôle qui n'est pas facile, croyez-moi. »[7]

     Elle reprit encore Marguerite de Bourgogne dans La Tour de Nesle (17 décembre 1848), Agnès Sorel de Charles VII chez ses grands vassaux (16 septembre 1848) et Nativa de Médicis dans Lazare le Pâtre de Bouchardy (22 juin 1849). Son frère, Louis François Person dit Dumaine (né Lieusaint, le 17 juin 1831) servait alors de secrétaire à Dumas et faisait ses débuts à la scène dans le rôle de Philippe d'Aulnay de La Tour de Nesle.
     Deux lettres de Béatrix Person, appartenant à la Société des Amis d'A. +Dumas[8], montrent l'importance que la comédienne avait auprès de Dumas. La première est adressée à Jules Janin, vers le 9 décembre 1849[9]  :

     « Cher et bon Monsieur Janin, depuis deux jours on tient tout Paris pour trouver Émilie de Varmont, ou le Divorce nécessaire par Louvet de Couvray[10]. Vous qui avez tous les livres possibles Une seule personne avait ce livre mais il est à 40 lieues de Paris et pour trois mois. Dumas ne peut écrire la première lettre de sa pièce de Grandier [11] sans cet ouvrage. Ainsi si vous voulez bien me confier à moi ce volume je vous réponds d'y donner tous les soins utiles pour qu'il n'y arrive rien - et demain je m'empresserai de vous le rendre moi-même.
     Rien est fini pour moi à notre théâtre - les dernières conditions sont 3 ans d'engagement 3 mois de congé 3000, 6000, 7, 000, - mais rien de signé j'attends depuis trois jours la lettre que Mr Max de Revel devait me remettre le soir-même ! Voilà la Porte-St-Martin fermée - Je voudrai vous voir lundi ou dimanche vers 11 h. ou midi afin de ne pas trop prendre de votre temps si précieux à vos lecteurs.
     Pour la demande que je viens vous faire du livre Dumas n'en sait rien Vous êtes donc à même d'agir selon votre volonté.
     Tous mes remerciements - et l'assurance de ma vive et profonde reconnaissance.

                                                                                          B. Person.

     Le pauvre Tisserant donne son bénéfice mardi[12] il m'avait chargé de vous en dire deux mots le jour que j'ai eu le plaisir de vous voir, et comme j'avais tant [de] choses à vous dire j'ai oublié faites comme si je vous en avais parlé de vive voix je vous prie ; du reste il doit, s'il ne l'a déjà fait, vous rendre une visite à ce sujet. »

     La seconde lettre est adressée au général Pacheco y Obes, alors en France pour soutenir la cause de Montivedeo :

                    « [paris,] ce 9 janvier 1850.
     « Grand maître,
     « Vous avez besoin de parler à monsieur Dumas? Si ce que vous avez à lui dire est pressé il faudrait vous rendre à son château qui est situé près de St-Germain, et qui a nom Monté Cristo : vous y trouveriez là Monsieur Dumas, attendu qu'il doit y rester jusqu'à samedi prochain.
     « Si vous pouvez attendre jusqu'à demain matin 9 h. 1/2, je dois y aller moi-mëme, et je serai trop heureuse de pouvoir vous être agréable, en me rendant votre interprète près de Monsieur Dumas.
     « En attendant votre réponse veuillez agréer je vous prie Général l'assurance de mes sentiments les plus distingués et ma plus haute considération.
                                                    « B. Person. »

     À la fin du printemps 1850, le Théâtre-Historique agonisant organise une représentation à bénéfice de la comédienne ; Dumas s'entremet auprès d'Aimé Milon, dit Thibaudeau, directeur des Variétés pour obtenir la participation de la populaire Virginie Déjazet[13]  :
     
     « Mon cher Thibaudeau
     « Donnez-nous Déjazet et Colombine [14] pour lundi prochain.
     Et vous nous aurez rendu un très grand service, en complétant l'Opéra et le Théâtre-Français par les Variétés - Rachel et Cerito[15] par Déjazet.
                         « Mille amitiés.
                         « Alex Dumas. »

     Quelques jours plus tard, le 9 juin 1850, l'écrivain revient à la charge :

     « Mon cher Thibaudeau
     « Il nous faut outre Déjazet les chœurs et la partition et le second chef d'orchestre de votre théâtre.
     « Mad[am]e Persont vous fait une petite visite pour vous remercier et vous demander tout cela.
                         «  À vous.
                         «  Alex Dumas.
                         « 9 juin. »[16]

     C'est le 12 juin 1850 qu'a lieu la représentation à bénéfice, au cours de laquelle, outre Colombine, est jouée Virginie, tragédie en 5 actes, par Latour de Saint-Ybars [théâtre-français, 5 avril 1845.]

RUPTURES

     Partie en tournée au Havre, où le 31 juillet 1850 Béatrix Person y avait donné une représentation au bénéfice des pauvres, avec Laferrière et Crette (Antony, deuxième et quatrième tableaux de La Guerre des femmes, première partie du troisième acte d'Hamlet), elle y reçut ce billet de Dumas, écrit le 2 août :

     « Ma bonne chatte,
     « Je n'ai point assez d'argent pour partir à une heure. Je n'en aurai que ce soir et partirai à onze. La Chasse au chastre [17] a été parfaitement, il ne faut pas moins nous mettre immédiatement en mesure.
     « J'espère que tu sais ton rôle.
     « J'arriverai presque aussitôt que ma lettre, si je n'arrive pas même en même temps.
                           « À toi.
                           « A[lex.] Dumas. »[18]

     Dumas vint-il rejoindre Béatrix au Havre ? En tout cas, elle ne joua pas ce rôle qu'elle devait savoir, dans le drame du Capitaine Lajonquère ; la liaison de Dumas avec Isabelle Constant entraîna une rupture violente, dont L'Indépendance belge a imprimé le témoignage, deux fragments de lettres de Dumas à son ancienne maîtresse, que l'on peut dater de la fin août et du début octobre 1850 :

     « [...] Vous êtes libre de faire ce que vous voudrez. Seulement vous comprenez qu'il nous serait désagréable de nous voir - aux répétitions - N'envoyez votre rôle, vos appointements vous seront payés, que vous jouiez ou que vous ne jouiez pas. »
     « [...] Voulez-vous que je vous rende un dernier service? Voulez-vous que j'essaie de vous engager pour la Russie ?
     « Peut-être le puis-je. On m'a offert hier beaucoup de choses pour moi que j'ai refusées. On ne me refusera point ce que je demanderai pour vous. »

     Furieuse d'avoir été évincée, Béatrix attaqua en justice le directeur du Théâtre-Historique, Doligny, ce qui entraîna la faillite du théâtre[19].

AU THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN ET À L'AMBIGU

     Engagée en 1851 à la Porte-Saint-Martin, Béatrix Person y reprit La Tour de Nesle et créa Hermosa dans Salvador Rosa, drame en cinq actes de Ferdinand Dugué (19 juillet 1851) ; réengagée au même théâtre, sous une nouvelle administration, elle fut la duchesse d'Étampes dans Benvenuto Cellini de Paul Meurice et A. Dumas (1er avril 1852), malgré l'opposition d'Alexandre Dumas :

     « Voilà mon intention formelle.
     « Made Person ne jouera pas dans une pièce où j'ai écrit une ligne et je crois avoir écrit plus d'une ligne dans Ascanio attendu que je ne veux pas donner de rôles aux gens qui m'ont fait mettre en faillite. Ne m'as-tu dit que Bouffé qui m'est étranger avait mis Dupuis à la porte à cause de cela. »[20]

     Ensuite elle joua la vieille duchesse d'York dans Richar  III de Victor Séjour (28 septembre 1852), puis elle passa une année à l'Ambigu, créant le rôle-titre dans Elvire, ou le Collier d'or, drame en trois actes de Carl Holbein et E. Labat (16 juillet 1853) et Imperia dans Le Juif de Venise de Ferdinand Dugué (13 janvier 1854). « C'est alors, écrit H. Lyonnet, qu'une maladie du larynx l'éloigna pendant quelque temps de la scène. » En août 1855, elle fit sa rentrée au théâtre du Cirque. »

MAÎTRESSE DE GUSTAVE FLAUBERT (1854-1855)

     L'affirmation doit être soumise à caution puisque, un an plus tôt, le 2 août 1854, Béatrix Person fait une entrée soudaine et véhémente au milieu de la Correspondance de Gustave Flaubert, dans une lettre de celui-ci, pris alors « d'une telle inflammation à la langue » qu'il a cru « qu'elle se transmutait en celle d'ung bœuf » :

     « Au milieu de mes douleurs physiques et comme facétie pour m'en distraire, il m'est tombé une lettre éperdue de Paris. La Pers[on] perdait la tête. Tout était découvert, sa position compromise, etc. Il fallait que j'écrivisse, il fallait que je ... etc. [...] Je te conterai l'histoire quand tu viendras. - Elle est complexe comme psychologie. J'en ignore le dénouement. »[21]

     Quand est-elle devenue la maîtresse du jeune écrivain ? Sans doute lors du récent séjour parisien de ce dernier. La liaison se poursuit, puisque, huit mois plus tard, le 23 mai 1855, Flaubert écrit, toujours à son ami Bouilhet :

     «  Combien je regrette de n'avoir pas vu nos deux Anges [béatrix person et marie charlotte durey, maîtresse de bouilhet] jouant ensemble. Sérieusement, j'en ai été attendri. Pauvres petites cocottes ! Vois-tu quelles balles de financiers nous aurions eu côte à côte, chacun dans notre stalle ! [...] Au reste, je suis, je crois, un peu oublié pour le quart d'heure. L'exposition (univeurseul exhibicheun) me nuit peut-être? J'ai reçu, il y a trois semaines, une lettre écrite par elles deux et qui était ornée de dessins. J'en ai répondu une non moins bonne, et puis c'est tout. Ah ! l'amour ne m'obstrue pas l'estomac s'il empâte mon papier. »[22]

     Au même, le 15 août 1855 :

     « Si j'avais seulement 50 fr., j'irais moi-même, d'autant plus (tournure élégante) que j'ai reçu une lettre de cette pauvre Person, laquelle m'invite, d'après la promesse que je lui en avais faite, à venir la voir dans son nouveau rôle. La pièce est atroce, mais elle y a réussi. On l'a rappelée, triomphe. Tâbleau. »[23]

     Cette pièce atroce, c'était L'Histoire de Paris, drame en trois actes et quatre tableaux de Théodore Barrière et Henri de Koch (août 1855), dans lequel Béatrix interprétait une nouvelle fois le rôle de Catherine de Médicis : « Mme Person a déployé dans le rôle de Marie Médicis un immense talent de tragédienne. Ce rôle est de la plus haute importance, et constitue à lui seul toute une grande pièce. Succès de rôle et succès d'actrice ont été magnifiques. Mme Person nous a donné la Catherine de l'histoire, avec un talent de reproduction plastique incroyable. Jeune, elle a des éclairs sinistres qui font trembler pour son avenir ; vieille, elle personnifie le Fanatisme agonisant, et le Remords qui voit ouvrir sa tombe. C'est l'Euménide de la terre qui va rejoindre ses sœurs aux lieux profonds. Après ce succès immense de Mme Person, nous ne pouvons pas dire : c'est une grande tragédienne de plus ; nous la connaissions ; mais les rares tragédiennes de cette valeur grandissent tous les jours, et ce dernier rôle est encore un progrès inattendu. »[24]

     Quelques jours plus tard, Flaubert engage Bouilhet qui tente de faire recevoir sa pièce à la Comédie-Française, « à aller chez Person qui demeure rue Montyon, 17. (Tu auras soin de ne pas dire au portier ni à la femme de chambre que tu es mon ami, ce serait le moyen de te faire fermer la porte au nez. Évite même mon nom s'il y a un tiers avec vous.) Elle connaît Samson qui a été son professeur et qu'elle aime beaucoup. Elle pourra aisément te donner des renseignements sur Beauvallet qui est très influent et qu'on gagne avec des petits verres. [...] Ne te gêne pas avec Person. C'est une excellente femme et tu la connais assez pour te présenter chez elle. - Elle fera certainement tout ce qu'elle pourra. »[25]

     Béatrix interpréta encore au Cirque, le 29 septembre 1855, la Grande Demoiselle et Mme de Maintenon dans Les Grands Siècles , trois actes et seize tableaux des mêmes H. de Kock et Barrière (voir Eugène Wœstyn, Les Théâtres de Paris. Mme Person. Théâtre impérial du Cirque (Fonds Rondel) ; le 15 novembre 1856, Isabeau de Bavière dans La Tour Saint-Jacques de Dumas et X. de Montépin.
     On la revit encore au Vaudeville dans le rôle d'Édith Hamilton de L'Envers d'une conspiration, comédie de son ancien amant, Alexandre Dumas (4 juin 1860), alors que Dumas était parti à la poursuite de Garibaldi. Ensuite, « l'on ne la revit jamais », selon L'Entracte (26 novembre 1883), « elle se retira prématurément du théâtre (bien que l'annuaire des artistes signale encore son passage à la Gaîté en 1868 et à l'Ambigu en1870-1872, selon H. Lyonnet).
     On ne trouve alors dans la Correspondance de Flaubert qu'une brève allusion à Béatrix : « J'estime d'Ennery, et je suis abasourdi des idées anatomiques de cette bonne Person », écrit mystérieusement Bouilhet à Flaubert le 21 ? février 1860[26].

JULES GODEFROY

     Si Mlle Person se retira de la scène, « ce fut pour épouser M. Jules Godefroy », affirme Henry Lyonnet ; pour vivre maritalement avec M. Jules Godefroy aurait été plus exact. Jules Émile Godefroy, né à Villeneuve-le-Roi, le 10 septembre 1833, était le fils de Alexandre Charles Godefroy (Villeneuve-le-Roi, 29 juillet 1805- ibid., 20 mai 1869), propriétaire cultivateur, « roi agricole du pays » (Joseph Bardet, 1859), maire de Villeneuve-le-Roi de 1838 à 1852, conseiller général du canton de Longjumeau de 1848 à 1852) et de Louise Adèle Piot (morte le 19 février 1866)[27].
     Son dossier de la Légion d'honneur donne sur Jules Godefroy, exploitant agricole et agronome, les indications suivantes : « 1853. Membre du Jury des Instruments (Comice agricole de Seine-et Oise ; 1857. Médaille d'argent pour un distributeur d'engrais (le même instrument, vendu depuis sous le nom de Semoir Pillier, obtient de nombreuses récompenses dans les concours régionaux) ; 1857-1858-1860. Médailles aux concours régionaux de Melun et Versailles et au concours général de Paris pour son troupeau Dishley. »
     Les parents Godefroy refusèrent même la possibilité d'une union de leur fils avec une comédienne.

À LA RÉUNION

     Jules Godefroy obtint en 1860 « une concession de terres à l'île de la Réunion », Mme Person le suivit dans l'île où l'exploitation était située dans la Plaine des Palmistes.
     Il y fonda à son arrivée « un établissement agricole et d'élevage. Troupeau de Durham, de Parthenais, porcs Yorkshire, installa une scierie à vapeur pour l'exploitation d'une forêt à douze cents mètres d'altitude ; en 1862, il indiqua le premier les causes de la maladie de la canne à sucre et provoqua des études qui confirmèrent l'épuisement du sol et l'insuffisance de nutrition de la plante ; en 1863, il obtint du gouvernement local la suppression du monopole de la boucherie et en 1866 celle du monopole de la boulangerie ; la même année, il était membre de la Société d'Acclimatation de France ; en 1867, il fut membre du jury colonial pour l'Exposition universelle ; en 1868, il devint secrétaire de la Chambre élective d'agriculture et président du Comice agricole de la Plaine des Palmistes ; il prépara les études sur la maladie de la canne à sucre, provoqua les expériences de culture au moyen des instruments attelés, qu'il introduisit dans la colonie, et de l'emploi d'engrais appropriés ; entre 1862 et 1869, il publia dans la presse coloniale de nombreux articles sur les questions agricoles et économiques ; en 1869, il obtint la médaille d'argent d'Altona pour ses produits forestiers[28].
     En 1866, Jules Godefroy et Béatrix Person envisagèrent de régulariser leur liaison, si l'on s'en rapporte à une lettre que Flaubert adresse à Charles-Edmond Chojecki du 28 mai de cette année :

     « Je reçois aujourd'hui même une lettre de notre ancienne intime Béatrix, lettre qui vous regarde autant que moi. Voici l'histoire.
     « Il s'agirait d'avoir une lettre de recommandation près de M. de La Place consul de France à Maurice.
     « Vous savez que ladite Person n'est nullement mariée avec le sieur Godefroy, bien qu'ils passent tous deux à Bourbon pour être unis par des liens légitimes. Les parents de Godefroy se sont toujours opposés à ce mariage. Ils m'avaient prié d'aller trouver iceux pour leur faire entendre raison, commission que j'ai déniée, n'aimant point à faire des démarches ridicules et inutiles. Godefroy et Béatrix sont décidés à passer par là-dessus et à se marier quand même. Mais ils ne veulent point se marier à Bourbon, ce serait déclarer leur concubinage et nuire à leur fortune. Mais la chose peut s'accomplir dans la colonie française la plus voisine. Donc la Béatrice et son futur mari me demandent, à mains jointes, une lettre d'introduction près de M. de la Place. Ils me supplient puisque je ne connais personne aux affaires étrangères de m'adresser au Prince, à vous, à Doucet, à tous ses anciens amis. Béatrice me conjure d'aller à Paris vous trouver et de remuer ciel et pierre pour lui obtenir cette fameuse lettre d'introduction. Voilà. Remuez-vous donc et faites cela pour cette excellente créature - qui mérite vraiment le prix Montyon. Sa belle-sœur et son frère se sont tournés contre elle et cabalent avec le parti prêtre pour leur faire vendre leur propriété dans des conditions déplorables ; bref elle est dans une position digne de pitié. Quant à M. Jules Godefroy, c'est un garçon très honorable, prix au Comices agricoles, etc. »[29]

     Les actes de décès de Béatrix et de Jules indiquent que le mariage, à ce moment ou à un autre, fut bien célébré.

     « Bien des choses, de ma part, à cette bonne Person, quand tu lui écriras », écrit Bouilhet, le 20 août 1867[30].

     Béatrix fit venir à la Réunion pour seconder son compagnon ou son mari un de ses frères, Eugène Person Dumaine, et l'épouse de ce dernier, Adelaïde Offlard, comme l'atteste l'acte de mariage de leur fille Émilie Geneviève Person-Dumaine, « née à la Plaine des Palmistes, Ile de la Réunion, le six avril 1863 » et l'acte de décès de leur fils Eugène Jean Baptiste Person Dumaine, mort à Saint-Benoist le 15 janvier 1872[31].

RETOUR

     Godefroy rejoignit la France en 1871, date à laquelle il devint rapporteur de la commission des prix culturaux pour le Comice de Seine-et-Oise, fonction occupée jusqu'en 1880. De ce retour, Jules Godefroy s'installa à Villeneuve-le-Roi, dont il fut conseiller municipal jusqu'en 1883, cumulant ensuite avec les fonctions de conseiller d'arrondissement pour le canton de Longjumeau, président du Conseil d'arrondissement de Corbeil délégué cantonal, etc. Qualifiée d'indigente, la belle-sœur de Béatrix (née à Joigny le 3 octobre 1828) et quatre de ses enfants (Louise et Marie nées à Paris ; Eugénie et Léoncine nées à la Réunion) figurent parmi les passagers du Godavery des Messageries Maritimes, le 21 août 1874. On peut, dans la correspondance de Flaubert, relever quelques mentions à Jules Godefroy.
     Le 9 mars 1872, Flaubert écrit à Charles-Edmond Chojecki : « J'ai promis à diverses reprises, d'aller déjeuner chez les époux Godefroy et de vous y amener. - Comme ça m'ennuie d'y aller seul, et que d'autre part je ne veux pas manquer à ma parole je vous demande si dans 8 ou 10 jours, au commencement de l'autre semaine, vous ne seriez pas homme à faire avec moi ce petit voyage? »[32]
     Dans la seule lettre conservée de Jules Godefroy à Flaubert, consécutive à la publication de La Tentation de saint Antoine, probablement donc d'avril 1874, Godefroy ne ménage pas son enthousiaste :

     « Villeneuve. Jeudi soir.
     « Mon cher ami,
     « Je viens de lire Saint Antoine et j'en ai l'esprit tout emburelucocqué, comme aurait dit Rabelais, dont les fantasmagories les plus risquées ne sont rien auprès de ce terrible cauchemar auquel vous livrez le malheureux ascète thébaïque.
     « Certes Nodier, dans Smarra, atteint les limites de l'horrible, et Th. Gautier donne, dans son Roman de la Momie, une idée assez juste de la civilisation & des mœurs de l'Époque des Pharaons ; vous, vous êtes allé plus loin ; vous avez reconstitué les peuples de l'Égypte, aussi bien que ceux de Ninive, de la Grèce et de Rome, avec la même certitude que Cuvier ou Élie de Beaumont établissaient, l'Elephas primigenius, le megatherium, le Plesiosaure ou le Labyrinthodon.
     « Dans cette lutte incessante de l'imagination à la recherche de l'inconnu, où vous déroulez tour à tour devant les yeux du saint les Védas, la Bible, les traditions égyptiennes, la Mythologie et enfin les Évangiles personne n'a encore produit une œuvre aussi complète. Votre livre fera époque. On dira la Tentation de Flaubert comme on dit le Faust de Gœthe ou le Paradise lost de Milton.
     « Bravo donc et je vous serre rudement les mains en attendant le plaisir de vous voir.
                             « Votre dévoué
                             « Jules Godefroy.
     « Si vous publiez une seconde édition d'ici à quelque temps elle devrait diablement tenter le crayon de Doré. Quelles planches à faire Bon Dieu ! »[33]

     À l'automne de cette même année, ce secrétaire de la section d'Agriculture de France, collaborateur de L'Écho agricole et du Journal d'Agriculture pratique, fournit des notes à Flaubert pour Bouvard et Pécuchet :

     «  De plus, Jules Godefroy m'a écrit ce matin qu'il tenait à ma disposition les notes agricoles que je lui avais demandées. »[34]


     Son état de service énumère ensuite pour les années suivantes fonctions honorifiques, publications et récompenses de cet informateur de Flaubert : en 1875 et 1876 sont imprimés Comice agricole de Seine-et-Oise. Concours de Montgeron (13 juin 1875). Rapport au jury des progrès agricoles présenté par Jules Godefroy (Versailles, Cerf et fils, 1875) et Comice agricole de Seine-et-Oise. 1876. Concours de Grignon. Rapport au jury des progrès agricoles présenté par Jules Godefroy (Paris, Berton, 1876).
     Une plaisante lettre de Béatrix Person-Godefroy, trois ans plus tard, indique que les relations entre le couple ne se sont jamais interrompues :

     « 4 mai 1877 Villeneuve-le-Roi
     « Cher maître et ami,
     « Hier jeudi je me suis rendue à votre demeure avec l'espoir de vous y rencontrer puisque l'heure et le jour avaient été indiqués par Votre Grandeur !
     « Vos gens m'ayant dit, que vous êtiez sorti à midi, j'avais conclu que vous reviendriez peut-être vers 3 h[eur]es, je suis donc allée passer l'heure chez la Guimond.
     « Et après avoir assisté à sa toilette, vu mettre sur cet antique visage trois couches de compositions cosmétiques (gachées serré) pour réparer des ans l'irréparable outrage ! pour terminer, une perruque, et puis pas mal de méchancetés sur ses amis, que nous allions à nouveau subir les Prussiens, je lui ai répondu que s'ils m'apportaient du beurre bien gras, je les recevrais et leur ferais bonne cuisine ! Mais que je désirais ne pas aller la manger avec eux dans la citadelle d'Anvers là qu'il faudrait leur abandonner les pommes de terre des Belges et Hollandais.
     « À deux heures, je me suis à nouveau dirigée chez vous, comme sœur Anne ne voyant rien venir : triste et confuse j'ai regagné la gare d'Orléans en me disant à une autre fois, non sans regrets - J'avais à vous soumettre un article sur vos trois nouveaux chefs-d'œuvre, que Jules devait mettre sous presse, dans deux feuilles, aujourd'hui ou demain - Il voulait avoir votre opinion, cher maître ! il sera forcé de le faire paraître quand même, mais soyez sans crainte il fera en sorte de réussir, il n'est occupé que d'une chose, c'est de ne pas en dire assez.
     « Quel admirable littérature que la vôtre vous êtes le seul écrivain de notre époque le mieux à la hauteur de tous les sentiments humains. - Comme tout est fouillé, compris, démontré !
     « Vraiment je ne trouve pas de phrases pour vous adresser mes sincères compliments, aussi je me résume en vous criant : « C'est beau, crénon que c'est grand !!! »
     « Je vais faire relier vos trois nouvelles dorées sur tranche telles que la Bovary et Salambo !
     « Merci à mon vieil ami de sa gracieuse dédicace (toujours la même).
     « Imaginez-vous que j'ai encore cette fois rencontré Laferrière, qu'il m'a vendu une boîte de poudre, secret, de jeunesse je n'ai pas hésité à la lui prendre venant de voir l'effet sur Esther - Je lui ai alors demandé le badigeonnage complet, pommade et eau, oh mais ma bonne tout cela est inutile, tu sais bien que c'est une affreuse blague, d'ailleurs tu n'as pas besoin ; plus que moi du secours de l'art, regardes-moi, comment me trouves-tu, toujours le même, n'est-ce pas ?
     « Il avait un joli petit paletot gris, un pantalon bleu, des petites bottines de femme - une perruque blonde, frisée à l'Enfant-Jésus, des yeux assassins, et d'un pétillant, les lèvres roses - Enfin il était jeune de 40 ans. Je crois qu'il était en train de lever 3 mess. pour leur vendre son fonds, la scène se passait rue Rossini où il m'avait entraînée.
     « Je lui ai dit que je venais de chez vous - et que je devais vous le présenter un jour que vous viendriez nous voir ici il a crié : Flaubert mais je brûle de le connaître, c'est que je voudrais lui parler, le voir ! fais cela pour moi ma chère je te ferai don de tous les produits !
     « Je me suis engagée à vous avoir des nôtres à Villeneuve - ou je vous le conduirai à notre prochaine entrevue vous déciderez - Je n'ai pas besoin de vous dire que mon mari et moi prendrons la part de sa joie.
     « En attendant un mot de vous qui me fixe un jour et l'h[eu]re du rendez-vous nouveau.
     « Je me dis votre plus dévouée amie et admiratrice
     « Qui vous embrasse
                      « Béatrix Godefroy. »[35]

     En 1878, secrétaire du congrès agricole international, Godefroy publia pour le Congrès L'Économie rurale du Danemark, d'après des mémoires de la Société royale de Copenhague [36], ouvrage pour lequel il reçoit la médaille d'or de la Société des Agriculteurs de France et la croix de chevalier du Danebrog ; cette même année il obtint la médaille d'argent à l'Exposition universelle pour ses produits forestiers de l'île de la Réunion ; à partir de 1879 et jusqu'en 1884, il figura parmi les membres des jurys aux concours régionaux et aux concours généraux de Paris ; en 1880, il fut rapporteur du jury de la prime d'honneur au concours régional de Melun[37].
     Le 1er avril 1883, il fut nommé professeur départemental d'agriculture, et semble avoir été affecté au département d'Oran, pour un bref lapse de temps puisque, le 19 septembre de la même année, il est nommé, succédant à Vassilière, directeur de l'École nationale d'agriculture de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), sur la commune de Nozay.
     Selon René Bourrigaud à qui nous empruntons ce qui suit[38], c'était « un républicain convaincu »[39] « sans doute franc-maçon[40]  » qui prenait en main « les destinées de l'École, dans un contexte local de plus en plus politisé [...] », le conseil général de Loire-Inférieure s'érigeant en gardien sourcilleux de la morale et de la religion catholique » ; aussi Jules Godefroy entra-t-il en conflit avec le fils de La Haye-Jousselin, propriétaire du domaine du Fond-des-Bois à Derval, tout-puissant à la mairie de cette commune et au conseil général. « La vieille alliance des deux cantons de Nozay et de Derval, qui avait fait le succès et le prestige du comice agricole commun, grâce à l'association d'un représentant de l'aristocratie terrienne et du plus grand agronome de l'Ouest », se rompit après l'élection de Godefroy comme président du comice Nozay-Derval, La Haye-Jousselin ne pouvant admettre de collaborer avec une institution dont le président était républicain, d'où une scission, le 9 janvier 1890, après une série d'incidents. Par ailleurs, malgré les crédits qu'il obtint « pour apporter des améliorations aux bâtiments et à l'exploitation », il ne put redonner du dynamisme à l'École, car « à partir des années 1880, le développement général de l'enseignement, la généralisation des postes de professeur départemental d'agriculture, le besoin de cadres agricoles dans les colonies créent de nouveaux besoins en ingénieurs agricoles » auxquels les effectifs restreints des écoles nationales ne répondaient plus.
     Godefroy demeura cependant à la tête de l'École jusqu'en 1894, date à laquelle celle-ci fut transférée à Rennes, aux Trois-Croix (aujourd'hui l'ENSAR, École Nationale Supérieure d'Agronomie de Rennes). Le directeur avait multiplié par ailleurs les distinctions : chevalier du mérite agricole, le 10 juillet 1885, officier d'Académie, le 29 décembre 1886, chevalier de la Légion d'honneur.
     Ce fut peu après la nomination de Jules Godefroy à Grand-Jouan (1er septembre 1883) que fut annoncée la mort de Béatrix Person, « qui a remporté des succès notables au Théâtre-Historique du boulevard du Temple et qui était la sœur de M. Dumaine », écrit L'Entracte du 24 novembre 1883, qui le 26 novembre lui consacre une courte nécrologie[41]. Elle était morte à Ivry (Seine), le 18 novembre 1883 ; le 12 mars 1884 son acte de décès est transcrit sur les registres de l'état civil de Nozay :
     « L'an mil huit cent quatre-vingt-quatre, le douze mars à neuf heures du matin, nous Constant du Bois de Maquillé, maire officier de l'état civil de la commune de Nozay, arrondissement de Châteaubriant, département de la Loire-Inférieure avons transcrit l'acte de décès ci-après. Du vingt novembre mil huit cent quatre-vingt-trois, à neuf heures et demie du matin, acte de décès de Louise Béatrice Martine Person, âgée de cinquante-cinq ans, sans profession, décédée à Ivry, rue de Seine, n° 23, avant-hier, à cinq heures du soir, demeurant ordinairement à Nozay (Loire-Inférieure), mariée à Jules Godefroy, âgé de cinquante ans, directeur de l'École Nationale d'agriculture de Grand-Jouan, commune de Nozay (Loire-Inférieure), y demeurant, née à Aulnay-lès-Bondy (Seine-et-Oise), fille de Martin Person et de Madeleine Gérard, son épouse décédés ; sur la déclaration faite à nous Pierre Louis Levêque, chevalier de l'ordre de la Légion d'Honneur, maire officier de l'État civil de la commune d'Ivry (Seine) par le mari de la décédée et Louis Mayer, âgé de soixante-huit ans rentier, demeurant à Paris, boulevard Beaumarchais, numéro 76, ami de la décédée ; après constatation légalement faite du décès. Dont acte, que les comparants ont signé avec nous, après lecture faite. Signé : Jules Godefroy, Louis Mayer, Lévêque. Délivré conforme au registre, sur papier libre en exécution de l'article quatre-vingt du code civil, par nous maire d'Ivry, pour être transmis à M. le Maire de Nozay (Loire-Inférieure) ; en Mairie d'Ivry le vingt-trois février mil huit cent quatre-vingt-quatre. Pour le Maire, l'adjoint L. Fallot. Vu pour légalisation de la signature de M. L. Fallot Paris le quatre mars mil huit cent quatre-vingt-quatre. Pour le préfet de la Seine, le conseiller de préfecture délégué. Signé illisiblement. »

     Quelques mois après, le 9 août 1884, la fille adoptive de Béatrix et de Jules Godefroy, Émilie Geneviève Person-Dumaine, - son père était décédé à Paris (Xe) le 6 février 1878 - épousait à Nozay Annet Seguin, alors professeur de chimie à l'École nationale d'agriculture. Lors du mariage, le 16 septembre 1890, de Léoncine Adèle Person, sœur d'Émilie Geneviève, avec Gustave Firmin Grandjean, Jules Godefroy et Anet Seguin sont témoins de la mariée.
     Jules Godefroy s'éteignit à Paramé, dans sa villa Speranza le jeudi 27 juillet 1899[42]. Le Siècle du 30 juillet lui consacre une brève nécrologie :
     « M. Godefroy dirigeait depuis plusieurs années cette École d'agriculture, et il ne cessa d'apporter dans ses fonctions la plus haute compétence et la plus parfaite urbanité. C'était, en outre, un républicain de vieille roche. »


Publié dans « Le Théâtre-Historique d'Alexandre Dumas. I. Le répertoire et la troupe , Cahiers Alexandre Dumas, n° 35, 2008, p. 222-236.

(Version en ligne, janvier 2010.)

NOTES

[1] Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier) : biographie, bibliographie, iconographie, 1904, t. II, p. 524. La présence de la famille Person dans cette commune est attestée par l'acte de naissance (5 septembre 1822) et de décès (5 janvier 1823) de Marie Augustine Person, le père a alors 25 ans, la mère 27.
  
[2] D'après son acte de décès et les actes de naissance et de décès de Marie Augustine et l'acte de naissance de son frère Louis François Person, né à Lieusaint le 17 juin 1831.
  
[3] Georges Bell, « Béatrix Person », Galerie Geoffroy.
  
[4] Georges Bell, Études contemporaines. Le monde dramatique. Mlle Person. Paris, Bourguet, 1854. 
  
[5] L'Artiste-Revue de Paris, 19 décembre 1847. 
  
[6] Th. Gautier, La Presse, 19 février 1849, p. 1, col. 6.
  
[7] G. Bell, op. cit.
  
[8] Fonds Glinel, R8 133 et R 6 100 bis.
  
[9] Mention sur l'autographe : Mme Person - Théâtre Lyrique (Théâtre-Historique) / Mme Person, comédienne et chère à Mr Dumas. 
  
[10] Émilie de Varmont, ou le Divorce Nécessaire, et Les Amours du Curé Sévin, par l'Auteur de Faublas, Paris, Bailly, 1791, 3 volumes en un.
[11] Note sur l'autographe : Urbain Grandier, drame en 5 actes, a été joué au Théâtre-Historique le 30 mars 1850 ; Madame Person, née Dumaine, jouait le rôle de Jeanne de Laubardemont. La pièce est d'Alexandre Dumas et d'Auguste Maquet.
  
[12] Le bénéfice de Tisserant au Gymnase-Dramatique, au cours duquel sera représenté pour la première fois Le Cachemire vert, comédie en un acte d'A. Dumas, aura lieu le samedi 15 décembre 1849. On peut donc conclure que la représentation a été retardée du mardi au samedi, et que la lettre précède donc le mardi 11. 
  
[13] Pauline Virginie Déjazet (Paris, 1797-Paris, 1875), grande comédienne dans un petit genre, connut, en particulier dans les travestis, un succès presque continu que ce soit au Gymnase, aux Nouveautés, au Palais-Royal, aux Variétés, à la Gaîté, ou au théâtre Déjazet, à la direction duquel elle plaça son fils Eugène, ami de Dumas fils.
  
[14] Colombine, ou les Sept péchés capitaux, comédie-vaudeville en un acte, par Carmouche et Paul Vermond, représentée pour la première fois aux Variétés, 12 mars 1850. 
  
[15] Francesca, dite Fanny Cerrito (Naples, 11 mars 1821), après avoir dansé à Milan (1838) et à Vienne, avait été engagée à l'Opéra de Paris en 1850.
  
[16] Autographe : Société des Amis d'Alexandre Dumas, fonds Glinel, R 8 65. 
  
[17] Fantaisie en 3 actes et 8 tableaux, dont la première représentation aura lieu le 3 août. 
  
[18] L'Indépendance belge, octobre 1850, compte rendu du procès du 1er octobre 1850. 
  
[19] Voir La Gazette des tribunaux, 3 octobre 1850 : procès de Béatrix Person contre Doligny et A. de Dollon : l'actrice demandait des dommages intérêts parce qu'un rôle lui avait été retiré dans le drame du Capitaine Lajonquère.
  
[20] Lettre à Alexandre Dumas fils, Bruxelles, 11 février 1852 ; autographe : BnF, n.a.fr. 24 641, f. 69-70.
  
[21] G. Flaubert, Correspondance, édition présentée, établie et annotée par Jean Bruneau, Gallimard , Bibliothèque de la Pléiade, t. II, 1980, p. 562. 
  
[22] Ibid., p. 576. 
  
[23] Ibid., p. 586-587. 
  
[24] J. Méry, Le Pays, 20 août 1855, p. 2, colonnes 3 à 5. 
  
[25] G. Flaubert, Correspondance, op. cit., t. II, 1980, p. 588-589.
  
[26] Ibid., t. III, p. 900.
  
[27] Voir Christian Chaudet, Villeneuve-le-Roi. Pages d'histoire 1789-1939, Maury imprimeur, p. 71-81.
  
[28] Archives nationales, dossier de la Légion d'honneur.
  
[29] G. Flaubert, Correspondance, op. cit., t. III, 1991, p. 504.
  
[30] Ibid., p. 1020. 
  
[31] « L'an mil mil huit cent soixante douze, le lundi quinze janvier à neuf heures du matin, devant nous Alexis Charlotte, adjoint au maire de la commune de Saint-Benoît, remplissant les fonctions d'officier de l'État civil par empêchement du titulaire, sont comparus les sieurs Édouard Laurens, âgé de trente-deux ans, habitant, et Pinot Desvord, âgé de vingt-six ans, commerçant, tous deux domiciliés de la Plaine des Palmistes, amis du décédé ci-dessus mentionné ; lesquels nous ont déclaré que ce matin à deux heures le Sr Eugène Jean Baptiste Person Dumaine, âgé de vingt ans, né à Joigny, Yonne (France), habitant domicilié de la Plaine des Palmistes, fils majeur et légitime de sieur Eugène Person Dumaine et de dame Adelaïde Offlard, tous deux habitants domiciliés à la Plaine des Palmistes, est décédé au domicile du sieur Dubois-Goverd et situé en cette commune au chef-lieu, ce dont nous nous sommes assuré, et avons signé avec les comparants le présent acte de décès après lecture » (Archives départementales de la Réunion). 
  
[32] G. Flaubert, Correspondance, op. cit., t. V, 2007, p. 1066-1067.
  
[33] Bibliothèque de l'Institut, fonds Spœlberch de Lovenjoul, H. 1363, f. 268-269. 
  
[34] À Caroline Commanville, 14 novembre 1874, G. Flaubert, Correspondance, op. cit., t. IV, p. 885.
  
[35] Bibliothèque de l'Institut, fonds Spœlberch de Lovenjoul, H. 1363, f. 266-267. 
  
[36] Société des agriculteurs de France. Congrès international de l'agriculture. Économie rurale du Danemark, mémoires adressés par la Société royale d'agriculture du Danemark, résumés et mis en ordre par J. Godefroy (Paris, au siège de la Société, 1878).
  
[37] Voir Ministère de l'Agriculture et du Commerce. Concours régional agricole de Melun. 1880. Rapport sur les prix culturaux, par J. Godefroy (Melun, imp. de E. Drosne, 1880). 
  
[38] Le développement agricole au XIXe siècle en Loire-Atlantique. Essai sur l'histoire des techniques et des institutions, thèse, Université de Nantes, 1992, vol. 2, p. 512-519. 
  
[39] « Dévouement politique sûr », note, en 1890, la fiche de renseignements des professeurs de Grand-Jouan. 
  
[40] C'était la réputation qu'il avait acquise dans la région de Nozay-Derval (R. Bourrigaud).
  
[41] L'annonce du décès figure dans le Rapport pour 1884. 
  
[42] « Du vingt-huitième jour du mois de juillet mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf, à quatre heures du soir ; acte de décès de Jules Émile Godefroy, chevalier de la Légion d'honneur, directeur de l'École nationale d'agriculture à Rennes, domicilié à Paramé, né le dix septembre mil huit cent trente-trois à Villeneuve-le-Roi, département de Seine-et-Oise, fils des feus Alexandre Charles Godefroy et de Louise Adèle Piot, son épouse, veuf de Louise Martine Béatrix Person, décédé à son domicile villa Speranza, boulevard Rochebonne en cette commune, hier vingt-sept juillet présent mois à onze heures du matin ; la déclaration du décès susmentionné a été faite par Annet Séguin, propriétaire, âgé de quarante-six ans, domicilié à Rennes, gendre du défunt et Paul Joseph Jumelais, docteur médecin, âgé de vingt-neuf ans, non parent, domicilié à Paramé ; lecture donnée de ce que dessus les comparant et témoin ont déclaré signer avec nous ; constaté suivant la loi par moi Émile Routan, Chevalier de la Légion d'honneur, Maire et officier de l'état civil soussignant. Dr Jumelais. Seguin. E. Routan. »


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