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Pièces concernant le renvoi de Gustave Flaubert, élève de philosophie du Collège royal de Rouen en 1839 [1]

Arlette Dubois
conservateur du musée Flaubert et d’histoire de la médecine

Résumé des événements qui se sont passés au Collège royal de Rouen (actuel lycée Corneille) entre 1831 et 1839


Le 8 mars 1831, le proviseur du Collège royal informait le ministre de l'Instruction publique de la suspension des cours dans son établissement.

Suite à divers événements – refus des élèves de se confesser, mutineries, confection de barricades dans les dortoirs – le proviseur, M. Faucon, n'était plus en mesure de faire respecter l'ordre. La mésentente régnant entre le proviseur et le recteur d'Académie, ce dernier n'hésitait pas à accuser le censeur « d'abus contre la décence et les bonnes moeurs ». Que s'était-il passé de si grave au Collège royal ?

Les élèves avaient monté plusieurs pièces de théâtre dans lesquelles ils jouaient le rôle de femmes et ils s'étaient déguisés avec des costumes féminins enfilés par dessus leur uniforme. Le censeur, qui y voyait « plus de ridicule que d'indécence », reconnaissait avoir toléré ces représentations.

À la même époque, Gustave Flaubert jouait des comédies sur le billard paternel et allait bientôt, en 1832, faire son entrée au Collège royal et connaître la vie de l'internat.

Le 7 septembre 1835, un nouveau courrier adressé au Ministre annonçait la prévisible décadence de l'établissement : élèves indisciplinés et violents, courant dans les couloirs, battant les maîtres d'études. Les parents dénonçaient le non remplacement des professeurs et s'interrogeaient sur la qualité de l'enseignement dispensé, comme Achille-Cléophas, lui-même, qui exprimait ses doutes dans un courrier du 11 décembre 1835. On aurait pu évoquer également les classes surchargées (on relève, certaines années, 69 élèves en rhétorique, 90 en arithmétique).

Aussitôt, le ministre dépêche une inspection extraordinaire. L'ordre est rétabli. L'inspecteur consigne dans son rapport le compte rendu d'une visite surprise dans l'établissement :  « Je suis entré au collège à 4 heures du matin. J'ai inspecté d'abord les dortoirs sans être vu. Partout le plus grand calme ; à 5 heures moins dix minutes les maîtres étaient levés, le censeur et le sous-censeur faisaient leur ronde. Au premier roulement de tambour, les trente ou quarante élèves qui dormaient dans le dortoir où je me trouvais alors, sont sortis de leurs lits et ont commencé à s'habiller; je ne puis comparer la précision et l'uniformité de ce mouvement qu'à la manoeuvre d'un régiment sous les armes. Cependant le sous-censeur a noté deux ou trois retardataires arriérés de quelques secondes [...]. »

Au mois de mars 1836, le proviseur est démis de ses fonctions et remplacé par M. Dainez, précédemment professeur de mathématiques.

En aucun cas l'inspecteur ne cherche à analyser l'insubordination des élèves, causée par une gestion du temps quasi obsessionnelle, liée à des méthodes d'enseignement qui impliquaient une discipline de fer rythmée au roulement du tambour.

Le terme de « pétaudière  » employé par Gustave Flaubert pour désigner le Collège royal ne semble pas exagéré au regard de ces événements. C'est dans ce contexte qu'a lieu, quatre ans plus tard, le renvoi de Flaubert du Collège royal. L'affaire se situe au mois de décembre 1839.

Comment un élève, qui vient d'être classé 1er en classe de philosophie et être distingué par son professeur, M. Mallet, le 18 novembre 1839, peut-il être exclu du collège le 14 décembre ?

Le tempérament de Flaubert se pliait mal à la discipline du collège et il semble avoir joué le rôle de meneur dans un chahut organisé contre le suppléant du professeur de philosophie, malade. Après être rentré bruyamment dans la salle de classe, les élèves semblent avoir continué à remuer les pieds et à murmurer tandis que la leçon était interrompue trois fois par les élèves Flaubert, Sartreuil et Poitevin. Le professeur ayant imposé une punition collective, la réplique des élèves ne se fait pas attendre. Une pétition est envoyée le 11 décembre : « les élèves dont les noms suivent refusent de faire le pensum général ». En tête des signataires, on trouve le nom de Flaubert ; c'est lui également qui écrit la lettre des élèves de la classe de philosophie au proviseur Dainez le 13 décembre (parmi les cosignataires de la lettre, on relève les noms de Bouilhet qui deviendra l’ami de Flaubert, de Hamard, le futur mari de Caroline et de Lemarié, par lequel Flaubert rencontrera Maxime Du Camp à Paris).

Le lendemain le proviseur décidait le renvoi de trois élèves : « Les élèves Flaubert, Piedelièvre et Dumont, ayant refusé de faire leur pensum, se sont, par cela même, fermé les portes du collège. »

Malgré le rang social, la renommée du chirurgien Achille-Cléophas Flaubert et son appartenance au conseil académique, le respect de la discipline serait désormais la règle au Collège royal.

Le dossier sur le renvoi de Gustave Flaubert du Collège royal de Rouen, conservé aux Archives nationales, comprend cinq pièces :

– le résultat de la composition en classe de philosophie, le 18 novembre 1839 ;

– la pétition des élèves de la classe de philosophie, le 11 décembre 1839 ;

– le compte rendu des événements du professeur au censeur de l'établissement, le 11 décembre 1839 ;

– la lettre des élèves de philosophie au proviseur Dainez, le 13 décembre 1839 ;

– la lettre du proviseur au censeur signifiant le renvoi de trois élèves du Collège royal, le 14 décembre 1839.

[Certains de ces documents sont reproduits par Jean Bruneau, Correspondance, Bibl. de la Pléiade, t. I, p. 873-874.]


NOTES

[1] Archives nationales F/17/8011.


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