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[Souvenirs sur Flaubert]

Conférence du 22 mars 1957, Amis de Flaubert

Pierre MACQUERON
Le 15 janvier 2016, Jean-Luc Brière a remis aux Amis du Musée Flaubert et d’histoire de Médecine, pour les collections de ce Musée, l’exemplaire de Salammbô dédicacé par son auteur à l’avocat Senard, dont il est le descendant. À cette occasion, Jean-Luc Brière a cité quelques souvenirs sur Flaubert, rapportés par son grand-père, Pierre Macqueron. Né en 1881, Pierre Macqueron tenait ces souvenirs d’une tradition orale, qui remontait à son grand-père, Frédéric Baudry. Ces souvenirs font partie d’une conférence inédite, prononcée devant les Amis de Flaubert le 22 mars 1957, à l’occasion du centenaire du procès de Madame Bovary (voir le compte-rendu de Maurice Morisset dans le Bulletin des Amis de Flaubert, n° 10, 1957, p. 71-72). Parmi les considérations historiques et juridiques, se trouvent quelques notes personnelles, dont nous devons la transcription à l’obligeance de Jean-Luc Brière. Qu’il en soit ici remercié.

Je l’ai [Flaubert] entendu souvent définir par des personnes qui l’ont bien connu : « un ours », certains ajoutaient « mal léché », mais « un brave homme ».

[…]

À Croisset ses voisins le tenaient pour un déséquilibré.

Croisset n’était pas alors la banlieue actuelle envahie par l’industrie. C’était un village charmant ne communiquant avec Rouen, [pour tout] transport public, que par le bateau qui tient une si grande place dans la correspondance de Flaubert.

C’était un lieu de détente et de plaisance où de riches Rouennais avaient leur propriété de campagne.

La maison de Flaubert, importante, entourée d’un parc, aujourd’hui démolie et remplacée par une papeterie, s’appelait le château.

Même après sa mort, il y avait un restaurant bien connu, tenu par son ancien cuisinier COLLANGE qui affichait fièrement sur son enseigne le titre « Cuisinier de M. Flaubert ».

Chaque année, les amis de Flaubert s’y réunissaient. Ils y venaient en char à bancs et en chapeaux hauts-de-forme.

Une partie importante de la population était composée de pêcheurs qui faisaient sécher leurs filets. On comprend que dans ce milieu Flaubert étonnait tout comme il avait étonné les milieux littéraires.

Ses phrases hurlées jour et nuit dans le gueuloir – ses bains en Seine dans un simple appareil, effarouchaient son entourage.

Les parents disaient à leurs enfants de passer en courant devant la maison du fou.

En outre, on considérait qu’il n’avait pas de métier. C’était un taré pour cette population de travailleurs et cet homme qui se consumait de labeur était appelé le « maquard » : celui qui mange son pain sans le gagner.

[Document saisi par Jean-Luc Brière, avril 2016.]


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