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Flaubert à Rouen


L’Hôtel-Dieu et le quartier de la Madeleine


Originaire de Nogent-sur-Seine, Achille Cléophas Flaubert, après de brillantes études de médecine à Paris, est nommé chirurgien à Rouen. Son supérieur, Jean-Baptiste Laumonier est l’époux de la marraine d’Anne Justine Caroline Fleuriot, orpheline élevée à Honfleur. Le mariage d’Anne Justine et d’Achille Cléophas est célébré le 10 février 1812 en l’église de la Madeleine. Les époux résident alors au n°8 de la rue du Petit-Salut, où naît Achille, le frère aîné de Gustave, le 9 février 1813.

En 1818, à la mort de Laumonier, Achille Cléophas obtient le poste de chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu. Il y habite un logement de fonction, dans l’aile est de l’hôpital, au 17, rue de Lecat. Gustave Flaubert y naît le mercredi 12 décembre 1821, puis sa jeune sœur, Caroline, le 15 juillet 1824.

Après la mort d’Achille Cléophas, en janvier 1846 (suivi de près, en mars, par le décès de la sœur Caroline, mettant au monde une fille prénommée comme elle), son fils aîné prend sa succession et vient occuper les anciens appartements de son père, avec son épouse, Julie Lormier, et leur fille Juliette.

L’Hôtel-Dieu a conservé sa vocation d’hôpital jusqu’au début des années 1990. Il abrite désormais la Préfecture de la Seine-Maritime. Le n°17 de la rue de Lecat, aujourd’hui n°51, est devenu le Musée Flaubert et de l’Histoire de la Médecine. Si quelques documents y évoquent la vie et les amitiés de l’écrivain (Louis Bouilhet, Maxime Du Camp), le Musée, qui reconstitue ce que durent être les appartements de la famille Flaubert, est principalement dédié à la pratique de la médecine et de la chirurgie au XIXe siècle. La bibliothèque du chirurgien en chef y est conservée ainsi que des portraits et sculptures des familles d’Achille-Cléophas et de son fils.

Dans le jardin du Musée se trouve un monument érigé à la mémoire de Flaubert , œuvre du sculpteur Henri Chapu, inauguré le 23 novembre 1890.

Les Flaubert passent leurs étés à Déville-lès-Rouen puis à Croisset ou à Nogent, et les hivers à Rouen, à l’Hôtel-Dieu. Après la mort de son époux, le pavillon de l’hôpital étant occupé par son fils aîné, Madame Flaubert loge avec Gustave et Caroline, sa petite fille, au 25 de la rue de Crosne-hors-la-ville (actuelle avenue Gustave-Flaubert), puis rue de Le Nostre.


Le Lycée Corneille et la rue de l’École


Gustave Flaubert entre comme pensionnaire au Collège royal de Rouen (le Lycée Corneille) en février 1832. Son éducation avait été jusqu’alors confiée à ses parents.

Flaubert fait son entrée en littérature. Il publie en 1835 un récit dans Arts et progrès, un journal qu’il fonde avec des camarades d’école puis, en 1837 deux nouvelles dans Le Colibri, une revue locale qui avait son siège au 7, rue Saint-Lô. Parallèlement, il écrit pour lui-même ou ses amis divers contes ou nouvelles historiques ou d’ordre plus intime.

En 1838, Flaubert devient élève demi-pensionnaire.

Pour avoir refusé de se soumettre à un pensum collectif imposé par le suppléant du professeur de philosophie après un chahut à l’étude, Flaubert est renvoyé du Collège royal en décembre 1839. Il prépare seul le baccalauréat, qu’il obtient en août 1840.

Au collège, l’écrivain avait pour condisciple Louis Bouilhet qui ne devint l’ami intime de Gustave qu’en 1846 ; Ernest Le Marié qui, en 1843, fit se rencontrer Flaubert, jeune étudiant en Droit à Paris, et Maxime Du Camp ; et Émile Hamard, futur époux de sa sœur Caroline.

Pendant cette période, il fréquente Alfred Le Poittevin qui resta, jusqu’à son décès en 1848, son ami le plus proche. Sa sœur, Laure Le Poittevin, épousa quelques années plus tard Gustave de Maupassant. Leur fils, Guy, succèdera à Flaubert sur les bancs du Lycée Corneille, en 1868 et 1869. Pendant cette période, Laure réside rue de l’École, au n°6, où furent reçus Flaubert et Bouilhet.


La Place des Carmes et la rue Beauvoisine
(rue des Bons-Enfants, rue de Bihorel)


Non loin de la rue de l’École, faisant face à la Cathédrale, se dresse sur la place des Carmes une statue de Gustave Flaubert, réalisée d’après un plâtre du sculpteur russe Leopold Bernstamm. L’original, conçu après le décès de l’écrivain, et probablement en regard des photographies de Carjat, fut détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale.

L’ami Louis Bouilhet, originaire de Cany, près de Dieppe, et condisciple de Flaubert au Collège royal, suivit un temps les cours de médecine d’Achille Cléophas Flaubert, qu’il abandonne en 1843, après un renvoi momentané. Répétiteur pour les candidats bacheliers, il loge à l’Hôtel des Bons-Enfants, dans la rue du même nom, puis à l’Hôtel des Trois Maures, au 132, rue Beauvoisine. En 1853, il traverse la rue et partage l’appartement du 131 avec sa compagne Léonie Le Parfait et le fils naturel de celle-ci, Philippe.

Entre 1857 et 1867, Bouilhet se partage entre Paris et Mantes. Nommé conservateur à la Bibliothèque Municipale le 2 mai 1867, il s’installe dans un logement de fonction à l’Hôtel de Ville puis au 43 de la rue de Bihorel, où Flaubert vient lui rendre visite régulièrement, jusqu’à son décès, le 18 juillet 1869.

Au 190, rue Beauvoisine, l’Hôtel des Sociétés Savantes abrite l’Association des Amis de Flaubert et de Maupassant, présidée par Daniel Fauvel, point de rencontre de nombreux chercheurs et lecteurs. L’association promeut, par des journées d’études, l’organisation de colloques et la parution d’un bulletin annuel, les œuvres des deux écrivains normands et de leur entourage.


Le Mont-Riboudet et le quai du Havre


Le 6 avril 1864, Caroline, la nièce de Flaubert, épouse Ernest Commanville, un industriel ayant une petite entreprise avenue du Mont-Riboudet (un lieu sujet à plaisanterie dans Madame Bovary). Les nouveaux époux habitent un temps au 9a, quai du Havre, où ils ont pour voisins Juliette, la fille d’Achille, et son époux, Adolphe Roquigny, résidant au 12a. Les Commanville habitent bientôt Paris ou La Neuville, près de Dieppe, où Ernest possède une scierie exportatrice en bois du Nord.

Pendant l’invasion Prussienne de 1870, Madame Flaubert quitte Croisset et trouve refuge au 9c, quai du Havre. Flaubert l’y rejoint, mais peut-être logea-t-il alors dans l’un des anciens appartements de ses nièces.

 

Le Musée des Beaux-Arts et la Bibliothèque Municipale


On a souvent voulu voir dans le Portrait de jeune femme de Joseph-Désirée Court exposé au Musée des Beaux-Arts de Rouen, un " portrait " d’Emma Bovary, au point que celui-ci illustre encore aujourd’hui maintes éditions du roman…

Peut-être est-ce parce que Court fut à la famille Flaubert une sorte de " peintre officiel ". Le Musée Flaubert de la rue de Lecat conserve les portraits de Julie Flaubert, épouse d’Achille, et de Juliette leur fille, peints par Court.

Même bâtiment, autre lieu : la Bibliothèque Municipale de Rouen, dont Bouilhet fut le conservateur de 1867 à sa mort.

Entre les entrées du Musée et de la Bibliothèque, se dresse la Fontaine Louis Bouilhet, commandée par Flaubert après la mort de son ami (survenue en 1869) à un sculpteur privé, et pour laquelle il lança une souscription, sans rien demander à la Mairie qu’une place publique où placer cette fontaine. Après avoir essuyé de cuisants refus du Conseil Municipal, Flaubert répondit en janvier 1872 à ce dernier par une lettre publique tonitruante et d’une extraordinaire modernité. La fontaine fut finalement inaugurée en août 1882, deux ans après la mort de Flaubert.

Par son fonds inestimable (les dossiers, brouillons et manuscrits de Madame Bovary et de Bouvard et Pécuchet, légués par la nièce Caroline en 1914) et par la richesse de ses dossiers iconographiques, la Bibliothèque Municipale, qui présente dans l’escalier menant à la salle de lecture un portrait de Flaubert peint par Baudoüin, est devenu le lieu de passage obligé des chercheurs flaubertiens.

La Bibliothèque Municipale est aujourd’hui propriétaire du Pavillon de Croisset.

La consultation des manuscrits originaux est réservée à un nombre restreint de chercheurs, après demande écrite adressée au Conservateur. Un microfilm des dossiers est à la disposition des lecteurs.


La place du Boulingrin et le Cimetière Monumental


Très jeune, Flaubert devint un spectateur assidu à la Foire Saint-Romain qui se tient alors place du Boulingrin. Les Théâtres de marionnettes et les exhibitions de monstres, surtout, le fascinent. Si certains voient dans ces spectacles une origine possible de La Tentation de saint Antoine, il est certain que la Foire alimenta l’imaginaire du jeune Gustave. Plus tard, Faubert continua à en faire un lieu de promenade privilégié, y emmenant sa nièce (terrifiée) et George Sand (fascinée).

La visite aux baraques de la Foire pouvait se poursuivre, époque de la Toussaint oblige, par une montée au Cimetière Monumental. L’emplacement du caveau familial, acheté peu après l’acquisition de Croisset, aurait été choisi, d’après la nièce Caroline, pour qu’on pût y voir la propriété des bords de Seine.

Flaubert y repose, près de ses parents, et non loin de Louis Bouilhet.

 

Déville-lès-Rouen


En 1821, le docteur Flaubert se rend acquéreur d’une demeure à Déville-lès-Rouen, destinée à accueillir la famille lors des vacances et des longs congés.

En août 1843, la propriété, que devait traverser la ligne de chemin de fer reliant Rouen au Havre, est revendue. L’année suivante, les Flaubert passent leur premier été à Croisset.

De la maison dévillaise, il ne reste aujourd’hui qu’une partie du grand escalier extérieur.

Croisset


L’installation à Croisset, petite ville des bords de Seine en aval de Rouen et dépendant de la commune de Canteleu, a lieu en juin 1844. La propriété est, originellement, une résidence secondaire pour les Flaubert, qui passent les hivers à Rouen (ou à Paris pour Gustave, une fois ce dernier devenu adulte).

La maladie de Flaubert (des crises nerveuses survenues en janvier 1844 et qui le contraignent à abandonner l’École de Droit), les morts successives de son père et de sa sœur au début de l’année 1846, renforcent l’attachement de l’écrivain pour sa demeure, devenant autant un repaire qu’un lieu de travail privilégié. Il y vit avec sa mère jusqu’au décès de celle-ci, en avril 1872. Croisset est alors légué à Caroline, à la condition que Flaubert y ait une chambre et son cabinet de travail.

À la mort de l’écrivain, le 8 mai 1880, Caroline et son époux, ruinés par une faillite survenue aux cours des années 1870, revendent le domaine. La grande maison est rasée. Seul a subsisté le petit Pavillon.


Canteleu


En mai 1880, après la mort de Flaubert, la bibliothèque de l’écrivain est inventoriée par un notaire, Me Bidault. Quelques années plus tard, la nièce Caroline, remariée après le décès de son époux et devenue Madame Franklin Grout, légua le mobilier du cabinet de travail et les livres à son ami, l’écrivain et académicien Louis Bertrand. Cette " Bibliothèque Flaubert " se trouve aujourd’hui reconstituée dans la Salle des Mariages de la Mairie de Canteleu.


Mont-Saint-Aignan


Les travaux du Centre Flaubert de l’Université de Rouen portent, entre autres, sur l’étude des manuscrits et de la Correspondance de Gustave Flaubert (édition des Plans et scénarios de Madame Bovary, édition de la Correspondance Flaubert – Maupassant, établissement de l’index de la Correspondance générale de Flaubert, éditée par Jean Bruneau en Pléiade…).

Les Presses Universitaires de Rouen éditent une " Collection Flaubert ", créée par Yvan Leclerc, directeur du Centre Flaubert.

Premiers titres parus dans cette collection : Le Carnet de voyage à Carthage, de Gustave Flaubert; Gustave Flaubert par sa nièce, Caroline Franklin Grout; La Bibliothèque de Flaubert; Flaubert - Le Poittevin - Maupassant. Une affaire de famille littéraire.

 

Rouen dans l’œuvre de Flaubert


Madame Bovary, Mœurs de province
1856

Le Collège royal (Lycée Corneille)


Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé comme un bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre.

L’entrée en littérature de Gustave Flaubert correspond à l’entrée dans cette fameuse salle d’étude du Collège royal de Rouen, où Flaubert et Bouilhet (à qui le roman est dédié) firent leurs premières tentatives littéraires :

Charles [Bovary] fut définitivement envoyé au Collège de Rouen où son père l’amena lui-même, vers la fin d’octobre, à l’époque de la foire Saint-Romain.

Il avait pour correspondant un quincaillier en gros de la rue Ganterie, qui le faisait sortir une fois par mois, le dimanche, après que sa boutique était fermée, l’envoyait sur le port à regarder les bateaux, puis le ramenait au collège dès sept heures, avant le souper.

 

La rue Eau-de-Robec


Pendant ses études de médecine, où il se montre peu brillant, Charles trouve un logement dans un quartier de Rouen, alors misérable…

Sa mère lui choisit une chambre, au quatrième, sur l’Eau-de-Robec, chez un teinturier de sa connaissance […]. Dans les beaux soirs d’été, à l’heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes jouent au volant sur le seuil des portes, il ouvrait sa fenêtre et s’accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles.

 

Le Théâtre des Arts


Pour divertir son épouse, abandonnée par Rodolphe Boulanger, Charles la conduit de Yonville à Rouen, pour assister au Théâtre des Arts à une représentation de Lucie de Lamermoor de Donizetti. Le Théâtre des Arts se situait alors en bas de la rue Grand-Pont..

La foule stationnait contre le mur, parquée symétriquement entre des balustrades. À l’angle des rues voisines, de gigantesques affiches répétaient en caractères baroques : " Lucie de Lamermoor… Lagardy… Opéra…, etc. " Il faisait beau ; on avait chaud ; la sueur coulait dans les frisures, tous les mouchoirs tirés épongeaient les fronts rouges ; et parfois un vent tiède, qui soufflait de la rivière, agitait mollement la bordure des tentes en coutils suspendues à la porte des estaminets. Un peu plus bas, cependant, on était rafraîchi par un courant d’air glacial qui sentait le suif, le cuir et l’huile. C’était l’exhalaison de la rue des Charrettes, pleine de grands magasins noirs où l’on roule des barriques.

De peur de paraître ridicule, Emma voulut avant d’entrer, faire un tour de promenade sur le port…

À l’Opéra Emma retrouve Léon Dupuis qu’elle a connu à Yonville. Après une promenade seule à seul dans le quartier Beauvoisine, il lui donne rendez-vous le lendemain, à la Cathédrale.


La place Beauvoisine, la Cathédrale
et la promenade en fiacre


Madame Bovary, troisième partie, chapitre 1.

C’est l’Hôtel de Boulogne, dans le quartier Beauvoisine, qui abrite un temps leurs rendez-vous amoureux. Délaissée par Léon, Emma quitte Rouen après avoir rencontré, au bas de la côte de Neufchâtel, la terrifiante et prémonitoire figure de l’Aveugle.


La Tentation de saint Antoine
1874

La place du Boulingrin


Si le véritable point de départ de cette œuvre, que Flaubert reprit par trois fois en près de trente ans, est la découverte du tableau de Breughel dans un musée de Gênes, il n’est pas impossible, toutefois, que l’écrivain se soit inspiré d’un spectacle de marionnettes sur le même thème, régulièrement représenté à la foire Saint-Romain (place du Boulingrin) dans la baraque du Père Legrain.

On dit — mais c’est probablement à mettre au nombre des légende courant sur l’auteur — que le jour où Flaubert emmena George Sand en promenade à la foire, en novembre 1866, le Père Legrain se serait écrié après la représentation : " L’auteur est dans la salle ! ". À cette époque, seuls quelques fragments de la deuxième version de La Tentation avaient paru (publiés en 1857 dans L’Artiste).


Trois Contes
1877

Un cœur simple

Le Muséum d’Histoire Naturelle


Administré par Félix Archimède Pouchet, qui fut le professeur de sciences naturelles du jeune Gustave, puis par son fils, le naturaliste Georges Pouchet, ami de l’écrivain, le Muséum d’Histoire Naturelle abritait dans ses réserves d’oiseaux de nombreux perroquets empaillés. Flaubert s’en fit prêter un pendant la rédaction d’Un cœur simple. Après la rédaction du conte, il le rendit à son propriétaire. À la mort de Flaubert, les conservateurs des musées de la rue de Lecat et de Croisset essayèrent de retrouver parmi la centaine de perroquets du Muséum celui qui correspondait le mieux à la description de Loulou, l’oiseau de la servante Félicité. Ce qui explique pourquoi le promeneur, sur les traces de Flaubert, trouvera deux exemplaires de l’animal… sans garantie d’authenticité (Voir le spirituel Perroquet de Flaubert de Julian Barnes, Stock, 1986).

 

(Salammbô)
1862

Le Musée des Antiquités


Aujourd’hui fermé, le Muséum d’Histoire Naturelle est attenant au Musée des Antiquités de Rouen qui conserve des vestiges de Carthage où se déroule l’action de Salammbô.

 

La Légende de saint Julien l'Hospitalier
La Cathédrale — Vitrail du déambulatoire


Et voilà l’histoire de saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays.

C’est bien " le vitrail de la cathédrale de [sa] ville natale ", comme l’atteste les brouillons, que Flaubert avait en tête en écrivant ce conte ; en plus de la verrière, il avait à l’esprit la " narration " qu’en fit son professeur de dessin, Eustache-Hyacinthe Langlois, dans son Essai sur la peinture sur verre, en grande partie consacré aux vitraux rouennais.

Flaubert souhaitait depuis longtemps rapporter cette légende, qu’il envisagea, un temps, d’écrire à la suite de Madame Bovary, en 1856. Dans un passage finalement écarté de ce premier roman, le Suisse présente le fameux vitrail à Léon et à Emma, lors de leur visite de la Cathédrale.


Hérodias
La Cathédrale — Tympan Nord du portail


Était-ce le mythe de Salomé, très en vogue à la fin du siècle, qui intéressa Flaubert, ou plus vraisemblablement les conflits de pouvoir qui agitaient la Palestine au temps de Jésus-Christ, concentrés dans les figures opposées d’Hérode Antipas et de son épouse ?

Toujours est-il qu’entre ses impressions rapportées du voyage en Orient et ses lectures historiques, Flaubert dut se souvenir du tympan de la Cathédrale de Rouen, quand il décrivit la danse de Salomé :

Elle se mit à danser [… Puis] elle se jeta sur les mains, les talons en l’air […] Sa nuque et ses vertèbres faisaient un angle droit. Les fourreaux de couleur qui enveloppaient ses jambes lui passant par-dessus l’épaule, comme des arcs-en-ciel, accompagnaient sa figure à une coudée du sol. Ses lèvres étaient peintes, ses sourcils très noirs, ses yeux presque terribles, et des gouttelettes à son front semblaient une vapeur sur du marbre blanc.


Matthieu Desportes



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