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Le Voltaire, 20 décembre 1879

Anonyme

Une grande nouvelle littéraire.

Nous allons avoir un nouveau roman de l’auteur de Madame Bovary. Titre : B… et P… La discrétion nous défend d’en dire davantage.

Cet ouvrage paraîtra chez Charpentier, avant la fin de l’hiver.

Chaque fois que l’on parle de Gustave Flaubert, on se raconte à Rouen une histoire bien caractéristique.

Un soir qu’on y jouait Hernani, toute la famille Flaubert se trouvait placée dans une loge de balcon, tandis que Gustave, qui sortait du collège, était seul à l’orchestre. Une cabale s’était formée qui siffla vertement le premier acte du drame.

Le rideau tombe, les siffleurs se taisent et, de sa loge de balcon, le docteur Flaubert qui savait son fils très admirateur de Hugo, lui fait un signe de tête qui voulait dire :

– Que penses-tu de cela ?

Le jeune homme, peu maître de lui, se dresse, oubliant complètement où il était, et d’une voix de stentor, qu’il a d’ailleurs encore :

– Tous ceux qui sifflent sont des crétins ! s’écrie-t-il.

Notez qu’aujourd’hui Flaubert a la même franchise. C’est lui qui, à Compiègne, devant l’empereur et l’impératrice, célébra avec enthousiasme l’esprit de Rochefort et, pour prouver son dire, tira de sa poche un exemplaire de La Lanterne !




Flaubert a découpé cet article, qui est conservé dans le Dossier de Bouvard et Pécuchet (B.M. de Rouen, ms g 226(7), f° 289). Mention de cet article dans les lettres :

– à Caroline Commanville du [23 septembre 1879] ;

– à Edmond de Goncourt du 2 janvier [1880] : « Une réclame dans Le Voltaire, inventée par je ne sais qui, m'a gêné durant trois jours. – (Est-ce Charpentier qui en est l'auteur ?) En tout cas, j'en veux au cocu inconnu qui livre au public les initiales de mes deux bonshommes – et qui soutient que j'ai prôné Rochefort ! – par-devant LL. MM. Impériales ! – Ce qui eût été d'un joli goût ! – Oh ! le reportage ! quelle merde ! »



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