Les manuscrits de Bouvard et Pécuchet

La mort subite de Flaubert, le 8 mai 1880, laisse Bouvard et Pécuchet inachevé, doublement inachevé, puisque la fin du dernier chapitre est restée à l’état de plan et que le second volume n’a pas été mis en forme à partir des citations recueillies dans les Dossiers. À plusieurs reprises dans ses lettres, Flaubert prévoit six mois de travail pour constituer le second volume, mais on sait qu’il pêchait souvent par optimisme. Quant à la fin du premier volume, un courrier inédit de Juliette Adam à Georges Charpentier, au lendemain du décès de l’écrivain, donne une précieuses indication : « Vous savez que notre pauvre Flaubert était engagé avec moi […] pour des mémoires d’un abruti [sic] dont il devait me donner le premier volume le quinze juin » (lettre du 9 mai 1880). Un mois et demi paraît un délai court mais vraisemblable pour rédiger la conférence à l’auberge et la conclusion narrative du roman, et pour relire la totalité du manuscrit.

Caroline Commanville hérita des manuscrits : elle assura elle-même l’édition du roman et sollicita Maupassant pour « tirer » un second tome du volumineux dossier. Très sagement, le « disciple » conclut à l’impossibilité de se substituer au « maître » pour organiser l’œuvre restée en chantier.

Les manuscrits connus de Bouvard et Pécuchet sont conservés en quasi-totalité à la bibliothèque municipale de Rouen. Ils ont été donnés en 1914 par la nièce et héritière de l’écrivain, Caroline Commanville devenue Caroline Franklin Grout.

Plans et scénarios

Ms gg 10. 72 feuillets numérotés de 1 à 71, le 9e étant bissé. Formats divers.

Comme à son habitude, Flaubert a consacré plusieurs mois à programmer son roman, par des plans et des scénarios généraux couvrant tout le récit, et par des scénarios partiels, d’amplitude plus ou moins grande. Alors que les premiers scénarios sont antérieurs à la rédaction du roman, les seconds interfèrent avec son écriture.

Dans ce volume se trouvent également des fragments scénariques et le résumé du roman, que Flaubert établit après avoir intégralement rédigé chaque chapitre : il manque par conséquent le résumé du chapitre X, resté inachevé.

Les premières « idées » du roman contenues dans des plans et des fragments de scénarios se trouvent dans le Carnet de notes n° 9, conservé à la bibliothèque historique de la ville de Paris. Elles datent de 1863, à l’époque où Flaubert hésite entre deux projets, L’Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet.

Les folios du Carnet 9 ont été publiés par Marie-Jeanne Durrry, Flaubert et ses projets inédits, Nizet, 1950 puis dans les Carnets de travail, éd. P.-M. de Biasi, Balland, 1988. Les plans et scénarios conservés à la bibliothèque municipale de Rouen ont été publiés par Alberto Cento, Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, Istituto Universitario Orientale, Napoli ; Paris, Nizet, 1964.

Brouillons

Ms g 225, 9 volumes, 1203 feuillets.

Dans un premier temps, les brouillons ont été reliés en 3 volumes sans numérotation continue. En 1992, une nouvelle reliure a réorganisé le corpus des brouillons en neuf volumes, les brouillons du très court chapitre VII (« de l’amour ») ayant été regroupés avec ceux du chapitre précédent. Cet assemblage crée un décalage à partir du volume 7, qui contient les brouillons du chapitre VIII, etc. Ces neuf volumes ont alors reçu une numérotation continue.

Voici la concordance entre les deux numérotations :
Organisation actuelle :
— volume 1  : 1-69v
— volume 2  : 70-212v
— volume 3  : 213-411v
— volume 4  : 412-522v
— volume 5  : 523-613v
— volume 6  : 614-765v
— volume 7  : 766-940v
— volume 8  : 941-1089v
— volume 9  : 1090-1203v

Ancienne organisation :
— volume 1 : 1-411 v
— volume 2 : 1-399 v (ajouter 411 à l'ancienne pagination pour obtenir la cote actuelle)
— volume 3 : 1-393 (ajouter 810 à l'ancienne pagination pour obtenir la cote actuelle).

Manuscrit autographe « définitif »

Ms g 224, 300 feuillets numérotés de 1 à 302, le feuillet 18 portant les deux numéros 18-19, et le feuillet 25 les deux numéros 25-26.

Nous appelons « définitif » le denier état du manuscrit autographe, tout en sachant qu’il ne l’est pas, dans la mesure où Flaubert n’a pas eu le temps de terminer le chapitre X, ni a fortiori de le mettre au net. En outre, il aurait relu (et sans doute corrigé) l’intégralité du manuscrit avant de le donner à un copiste. Cette dernière lecture intégrale lui aurait permis d’harmoniser son texte et d’en chasser quelques erreurs dans les domaines de la grammaire (« le sujet s’accorde avec le verbe ») ou de la phonétique (« D’où vient que ch dans orchestre a le son d’un q et celui d’un k dans archéologie ? »). Flaubert a recopié au net les neuf premiers chapitres, ce qui correspond aux folios 1 à 215 du manuscrit autographe définitif. 

Pour le chapitre X, Caroline Commanville a placé d’abord l’état le plus avancé du brouillon autographe (34 pages numérotées par Caroline Commanville de I à XXXIV et 216 à 250 par la bibliothèque), puis elle a fait suivre ces pages d’une mise au net de sa main, 47 pages foliotées de I à XLVII (p. 251 à 297). Vient enfin le plan autographe de la fin du chapitre X en 4 pages (p. 298 à 302).

Les Dossiers de Bouvard et Pécuchet

Ms g 226, 8 volumes.

La documentation préparatoire du roman et les matériaux réunis en vue du second volume sont répartis en 8 volumes, totalisant 2 400 feuillets. Ces Dossiers ont fait l’objet d’une publication électronique par une équipe internationale dont la direction a été assurée par Stéphanie Dord-Crouslé (site ouvert en 2012) : http://dossiers-flaubert.ish-lyon.cnrs.fr/

Le Dictionnaire des idées reçues

À ces Dossiers, il convient de joindre les manuscrits du Dictionnaire des idées reçues (Ms g 227 et 228), destiné à prendre place dans le second volume.

Un inventaire matériel des manuscrits de Bouvard et Pécuchet, établi par la bibliothèque municipale de Rouen, est disponible à cette adresse :
http://flaubert.univ-rouen.fr/ressources/bp_bmrouen.php