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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
Les « années Bovary » – 1851 à 1857

 

 

Propos sur l'Art


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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1 - à Colet Louise, Croisset, 03 novembre 1851

Lettre n° 387   

L’art au bout du compte n’est peut-être pas plus sérieux que le jeu de quilles ? – Tout n’est peut-être qu’une immense blague, j’en ai bien peur. & Quand nous serons de l’autre côté de la page, nous serons peut-être fort bien étonnés de voir d’apprendre que le mot du rébus était si simple.

2 - à Colet Louise, Croisset, 16 janvier 1852

Lettre n° 402   

La forme, en devenant habile, s’atténue ; elle quitte toute liturgie, toute règle, toute mesure ; elle abandonne l’épique pr le roman, le vers pr la prose ; elle ne connaît plus d’orthodoxie et est libre comme chaque volonté qui la produit. Cet affranchissement de la matérialité se retrouve en tout et les gouvernements l’ont suivi, depuis les despotismes orientaux jusqu’aux socialismes futurs. C’est pr cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

3 - à Colet Louise, Croisset, 27 mars 1852

Lettre n° 416   

Dieu sait le commencement & la fin l'homme le milieu. – L'art, suspendu comme lui dans l'espace, doit se mouvoir rester suspendu dans l'infini et complet en lui-même, indépendant de son producteur – & puis on se prépare par là dans la vie & dans l'art de terribles mécomptes – vouloir se chauffer les pieds au soleil, c'est vouloir tomber par terre. Respectons la lyre, elle n'est pas faite pr un homme – mais pour l'homme.

4 - à Colet Louise, Croisset, 24 avril 1852

Lettre n° 422   

J’ai entrevu qqfois (dans mes gds jours de soleil), à la lueur d’un enthousiasme qui faisait frissonner ma peau du talon à la racine des cheveux, un état de l’âme ainsi supérieur à la vie, pr qui la gloire ne serait rien, et le bonheur même inutile. Si tout ce qui vous entoure, au lieu de former de sa nature une conjuration permanente pr vous asphyxier dans les bourbiers, vous entretenait au contraire dans un état hygièn régime sain, qui sait alors s’il n’y aurait pas moyen de retrouver pr l’esthétique ce que le stoïcisme avait inventé pr la morale ?

5 - à Colet Louise, Croisset, 24 avril 1852

Lettre n° 422   

L’art grec n’était pas un art, c’était la constitution radicale de tout un peuple, de toute une race, du pays même. Les montagnes y avaient des lignes tout autres et étaient de marbre pr les sculpteurs.

6 - à Colet Louise, Croisset, 24 avril 1852

Lettre n° 422   

Le temps est passé du beau. L’humanité, quitte à y revenir, n’en a que faire pr le quart d’heure. Plus il ira, plus l’art sera scientifique, de même que la science deviendra artistique. Tous deux se rejoindront au sommet après s’être séparés à la base. Aucune pensée humaine ne peut prévoir, maintenant, à quels éblouissants soleils psychiques écloreront les œuvres de l’avenir.

7 - à Colet Louise, Croisset, 08 mai 1852

Lettre n° 424   

Cette rectitude de cœur dont tu parles n’est que la même justesse d’esprit que je porte je crois dans les questions d’art. Tout se lie Je n’adopte pas quant à moi toutes ces distinctions de cœur d’esprit, de forme de fond, d’âme ou de corps. Tout est lié dans l'âme l’homme.

8 - à Colet Louise, Croisset, 15 mai 1852

Lettre n° 425   

Mais l’esprit sert à peu de chose dans les arts. À empêcher l’enthousiasme et nier le génie voilà tout.

9 - à Colet Louise, Croisset, 15 mai 1852

Lettre n° 425   

Voilà prquoi j’aime là l’art. C’est que là au moins tout est liberté dans ce monde des fictions. – On y assouvit tout, on y fait tout – on est à la fois son roi et son peuple, actif & passif, victime & prêtre. Pas de limites.

10 - à Colet Louise, Croisset, 15 mai 1852

Lettre n° 425   

Comme l’âme courbée se déploie dans cet azur. qui ne s’arrête qu’aux frontières du Vrai. Où la Forme en effet manque, l’Idée n’est plus. Chercher l’un, c’est chercher l’autre. Ils sont aussi inséparables que la Substance l’est de la Couleur, et c’est pr cela que l’Art est la Vérité même.

11 - à Colet Louise, Croisset, 27 juin 1852

Lettre n° 435   

Musset aime la gaudriole. Eh bien ! pas moi. Elle sent l’esprit (que je l’exècre en art !). Les chefs-d’œuvre sont bêtes. – Ils ont la mine tranquille comme les productions mêmes de la nature, comme les gds animaux et les montagnes. J’aime l’ordure, oui, et quand elle est lyrique, comme dans Rabelais qui n’est point du tout un homme à gaudrioles. Mais la gaudriole est française. Pr plaire au goût français il faut cacher presque la poésie, comme on fait pr les pilules dans une poudre incolore, et le lui faire avaler sans qu’il s’en doute.

12 - à Colet Louise, Croisset, 26 juillet 1852

Lettre n° 444   

Ce que vous faites n’est pas pr vous, mais pr les autres. L’Art n’a rien à démêler avec l’artiste. Tant pis s’il n’aime pas le rouge, le vert ou le jaune ; toutes les couleurs sont belles, il s’agit de les peindre.

13 - à Colet Louise, Croisset, 04 septembre 1852

Lettre n° 453   

Cette gde confusion amènera peut-être la Liberté. – L’art qui devance toujours, a du moins suivi cette marche. est Quelle est la poétique qui soit debout maintenant ? – La plastique même devient de plus en plus presque impossible avec nos langues circonscrites et précises et nos idées vagues [illis.] mêlées insaisissables. – Tout ce que nous pouvons faire c’est donc, à force d’habileté de serrer plus raide les cordes de la guitare tant de fois raclées, et d’être surtout des virtuoses, puisque la naïveté à notre époque est une chimère.

14 - à Colet Louise, Croisset, 04 septembre 1852

Lettre n° 453   

Avec cela le pittoresque s’en va presque du monde. La Poésie [illis.] ne mourra pas, cependant. – Mais quelle sera celle des choses de l’avenir ? Je ne la vois pas guères. Qui sait ? – La Beauté deviendra peut-être un sentiment inutile à l’humanité. Et l’art sera/it peut-être qque chose qui tiendra/it le milieu entre l’algèbre et la musique ?

15 - à Colet Louise, Croisset, 13 septembre 1852

Lettre n° 457   

L’Art est une représentation, nous ne devons penser qu’à représenter.

16 - à Colet Louise, Croisset, 01 octobre 1852

Lettre n° 460   

L’art n’est pas un jeu d’esprit. C’est une atmosphère spéciale. Mais qui dit, qu’à force de descendre toujours plus avant dans les gouffres pour respirer un air plus chaud, on ne finit [pas] par rencontrer des miasmes funèbres ?

17 - à Colet Louise, Croisset, 22 novembre 1852

Lettre n° 467   

Tout ne se peut pas dire ; l’Art est borné, si l’idée ne l’est pas. En fait de métaphysique surtout, la plume ne va pas loin, car la force plastique défaille toujours à rendre ce qui n’est pas très net dans l’esprit.

18 - à Colet Louise, Croisset, 09 décembre 1852

Lettre n° 470   

Et c’est là du reste ce qui fait le succès de ce livre, il est actuel. La vérité seule, l’éternel, le Beau pur ne passionne pas les masses à ce degré-là.

19 - à Colet Louise, Croisset, 14 mars 1853

Lettre n° 495   

car il [y] a des choses en art aussi positives que deux & deux font quatre. On m’écorcherait vif, et toute la terre me donnerait tort, avant que de céder là-dessus.

20 - à Colet Louise, Croisset, 27 mars 1853

Lettre n° 500   

Donc cherchons à voir les choses comme elles sont et ne voulons pas avoir plus d’esprit que le bon Dieu. Autrefois on croyait que la canne à sucre seule donnait le sucre. On en tire à peu près de tout maintenant ; il en est de même de la poésie. Extrayons-la de n’importe quoi, car elle gît en tout et partout : pas un atome de matière qui ne contienne la pensée ; & habituons-nous à considérer le monde comme une œuvre d’art dont il faut reproduire les procédés dans nos œuvres.

21 - à Colet Louise, Croisset, 17 mai 1853

Lettre n° 512   

L’œuvre de la critique moderne est de remettre l’Art sur son piédestal. On ne vulgarise pas le Beau ; on le dégrade, voilà tout. Qu’a-t-on fait de l’antiquité en voulant la rendre accessible aux enfants ? Quelque chose de profondément stupide ! Mais il est si commode pour tous de se servir d’expurgata, de résumés, de traductions, d’atténuations ! Il est si doux pour les nains de contempler les géants raccourcis ! Ce qu’il y a de meilleur dans l’Art échappera toujours aux natures médiocres, c’est-à-dire aux trois quart et demi du genre humain. Pourquoi dès lors dénaturer la vérité au profit de la bassesse ?

22 - à Colet Louise, Croisset, 21 mai 1853

Lettre n° 513   

Car c’est par là que nous valons quelque chose, l’aspiration. Une âme se mesure à la dimension de son désir, comme l’on juge d’avance des cathédrales à la hauteur de leurs clochers. Et c’est pour cela que je hais la poésie bourgeoise, l’art domestique, quoique j’en fasse. Mais c’est bien la dernière fois ; au fond cela me dégoûte.

23 - à Colet Louise, Croisset, 20 juin 1853

Lettre n° 523   

Il y a des jours où l’idée de tout ce mal qui s’attaque aux bons m’exaspère. La haine que je vois partout, portée à la poésie, à l’Art pur, cette négation complexe du Vrai me donne des envies de suicide.

24 - à Colet Louise, Croisset, 25 juin 1853

Lettre n° 525   

j’aurai établi par le fait seul de son exécution ces deux vérités, qui sont pour moi des axiomes, à savoir : d’abord que la poésie est purement subjective, qu’il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit.

25 - à Colet Louise, Croisset, 07 juillet 1853

Lettre n° 528   

Le relief vient d’une vue profonde, d’une pénétration, de l’objectif ; car il faut que la réalité extérieure entre en nous, à nous en faire presque crier, pr la bien reproduire. Quand on a son modèle net, devant les yeux, on écrit toujours bien, & où donc le vrai est-il plus clairement visible que dans ces belles expositions de la misère humaine ? Elles ont qq chose de si cru que cela donne à l’esprit des appétits de cannibale. Il se précipite dessus pr les dévorer, se les assimiler. Avec quelles rêveries je suis resté souvent dans un lit de putain, regardant les éraillures de sa couche !Comme j’ai bâti des drames féroces à la Morgue, où j’avais la rage d’aller autrefois, etc. !

26 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

rapportons cela au métier ! quel artiste donc on serait si l’on n’avait jamais lu que du beau, vu que du beau, aimé que le beau. si qqu'ange gardien de la pureté de notre plume avait écarté de nous, dès l’abord, toutes les mauvaises connaissances, qu’on n’eût jamais [illis.] fréquenté d’imbécilles ni lu de journaux !

27 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

– Je crois surtout que le plus gd caractère du génie est avant tout la force. – Mais Donc ce que je déteste le plus dans les arts, ce qui me crispe, c’est l’ingénieux, l’esprit – quelle différence d’avec le mauvais goût qui lui est une bonne qualité dévoyée.

28 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

qui a eu plus d’esprit que Voltaire et qui a été moins poète ? Car/Or dans ce charmant pays de France, le public n’admet la Poésie que déguisée. si on la lui donne toute crue il rechigne. Il faut donc le traiter comme les chevaux d’Abbas-Pacha, auxquels pr les rendre vigoureux on sert des boulette de viande enf enveloppées de farine. ça c’est de l’Art : savoir faire l’enveloppe. N’ayez pas peur prtant ! offrez de cette farine-là aux lions, aux fortes gueules, ils sauteront dessus à vingt pas loin, reconnaissant l’odeur.

29 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 14 août 1853

Lettre n° 534   

L’humanité nous hait, nous ne la servons pas & nous la haïssons, car elle nous blesse. Aimons-nous donc en l’Art, comme les mystiques s’aiment en Dieu, & que tout pâlisse devant cet amour ! Que toutes les autres chandelles de la vie (qui toutes puent) disparaissent devant ce gd soleil !

30 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 17 août 1853

Lettre n° 537   

Merci du portrait. Je ne sais ce qu’en ferai à Croisset ; mais ici il m’a fait plaisir. N’importe, la photographie est une vilaine chose !

31 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 21 août 1853

Lettre n° 539   

L’art est assez vaste pr occuper tout un homme. en distraire qque chose est presque un crime. c’est un vol fait à l’idée, un manque au Devoir.

32 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 26 août 1853

Lettre n° 543   

Ce qui me semble, à moi, le plus haut dans l’Art (et le plus difficile), ce n’est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est-à-dire de faire rêver. Aussi les très belles œuvres ont ce caractère. Elles sont sereines d’aspect & incompréhensibles. Quant au procédé elles sont immobiles  comme des falaises, houleuses comme l’Océan, pleines de frondaisons, de verdures & de murmures comme des bois, tristes comme le désert, bleues comme le ciel.

33 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 26 août 1853

Lettre n° 543   

Homère, Rabelais, Michel-Ange, Shakespeare, Goethe m’apparaissent impitoyables. Cela est sans fond, infini, multiple. Par de petites ouvertures on aperçoit des précipices ; il y a du noir en bas, du vertige. Et cependant qq chose de singulièrement doux plane sur l’ensemble ! C’est l’éclat de la lumière, le sourire du soleil, & c’est calme ! c’est calme ! & c’est fort, ça a des fanons comme le bœuf de Leconte.

34 - à Colet Louise, Croisset, 07 septembre 1853

Lettre n° 546   

Ce que j’admire dans Boileau, c’est ce que j’admire dans Hugo, et où l’un a été bon, l’autre est excellent. Il n’y a qu’un Beau. C’est le même partout, mais il a des aspects différents ; il est plus ou moins coloré par les reflets qui dominent. Voltaire et Chateaubriand, par exemple, ont été médiocres par les mêmes causes, etc

35 - à Colet Louise, Croisset, 12 septembre 1853

Lettre n° 547   

Oh ! l’Art ! l’Art ! Qu’est-ce donc que cette chimère enragée qui nous mord le cœur, et prquoi ? Cela est fou de se donner tant de mal !

36 - à Colet Louise, Croisset, 12 septembre 1853

Lettre n° 547   

le calme est le caractère de la beauté, comme la sérénité l’est de l’innocence, de la vertu. Le repos est attitude de Dieu.

37 - à Colet Louise, Croisset, 16 septembre 1853

Lettre n° 548   

Je crois, contrairement à ton avis de ce matin, que l’on peut intéresser avec tous les sujets. Quant à faire du Beau avec eux, je le pense aussi, théoriquement du moins, mais j’en suis moins sûr.

38 - à Colet Louise, Croisset, 16 septembre 1853

Lettre n° 548   

La première qualité de l’Art et son but est l’illusion. L’émotion, laquelle s’obtient souvent par certains sacrifices de détails poétiques, est une tout autre chose et d’un ordre inférieur. J’ai pleuré à des mélodrames qui ne valaient pas quatre sous et Goethe ne m’a jamais mouillé l’œil, si ce n’est d’admiration.

39 - à Colet Louise, Croisset, 12 octobre 1853

Lettre n° 554   

Eh bien, je crois cela faisable. C’est peut-être, comme pour les mathématiques, rien qu’une méthode à trouver. Elle sera applicable avant tout à l’Art et à la Religion, ces deux grandes manifestations de l’idée. Que l’on commence ainsi je suppose : la première idée de Dieu étant donnée (la plus faible possible), le premier sentiment poétique naissant (le plus mince qu’il soit), trouver d’abord sa manifestation, et on la trouvera aisément chez l’enfant, le sauvage, etc. Voilà donc un premier point. Là, vous établissez déjà des rapports. Puis, que l’on continue, et en tenant compte de tous les contingents relatifs, climat, langue, etc. Donc, de degré en degré, on peut s’élever ainsi jusqu’à l’Art de l’avenir, et à l’hypothèse du Beau, à la conception claire de sa réalité, à ce type idéal enfin où tout notre effort doit tendre.

40 - à Colet Louise, Croisset, 17 octobre 1853

Lettre n° 556   

Quelle sacrée maudite idée j’ai eue de prendre un sujet pareil ! Ah ! je les aurai connues, les affres de l’Art. 

41 - à Colet Louise, Croisset, 02 janvier 1854

Lettre n° 575   

Comme le socialisme perçait déjà ! Comme la préoccupation de la morale rend toute œuvre d’imagination fausse et embêtante !

42 - à Colet Louise, Croisset, 02 janvier 1854

Lettre n° 575   

Ils s’accouplent avec véhémence. Il est du reste peu exalté, c’est comme ça qu’il faut être. Laissez l’exaltation à l’élément musculaire et charnel, afin que l’intellectuel soit toujours serein. Les passions, pour l’artiste, doivent être l’accompagnement de la vie. L’art en est le chant. Mais si les notes d’en bas montent sur la mélodie, tout s’embrouille.

43 - à Colet Louise, Croisset, 23 janvier 1854

Lettre n° 582   

L’idéal n’est fécond que lorsqu’on y fait tout rentrer. C’est un travail d’amour et non d’exclusion.

44 - à Colet Louise, Croisset, 23 janvier 1854

Lettre n° 582   

Mais je crois qu’il y a qque chose au-dessus de tout cela, à savoir : l’acceptation ironique de l’existence, et sa refonte plastique & complète par l’art.

45 - à Colet Louise, Croisset, 29 janvier 1854

Lettre n° 583   

Eh bien, je crois que partout & à propos de tout, on peut faire de l’art.

46 - à Colet Louise, Croisset, 29 janvier 1854

Lettre n° 583   

chacun, pr être bien habillé, doit s’habiller quant à lui ! C’est toujours la même question, celle des Poétiques. chaque œuvre à faire a sa poétique en soi, qu’il faut trouver. Je démolirais donc cette idée d’une mode générale.

47 - à Bouilhet Louis, Croisset, 30 août 1855

Lettre n° 621   

Dans quelle absence d’esthétique repose ce brave XIXe siècle !

48 - à Laurent-Pichat Léon, Croisset, 02 octobre 1856

Lettre n° 656   

L’art ne veut pas de réclame complaisance ni politesses. – que la Foi y soit règne toujours – qu'avant tout rien que la Foi l'éclaire, la Foi toujours, et la liberté.

49 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Croisset, 03 juillet 1857

Lettre n° 756   

Il faut, quand on veut faire de l'Art, se mettre au-dessus de tous les éloges et de toutes les critiques. Quand on a un idéal net, on tâche d'y monter en droite ligne, sans regarder à ce qui se trouve en route.

50 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Croisset, 12 décembre 1857

Lettre n° 784   

Les mots sublimes (que l'on rapporte dans les histoires) ont été dits souvent par des simples. Ce qui n'est nullement un argument contre l'Art, au contraire, car ils avaient ce qui fait l'Art même, à savoir la pensée concrétée, un sentiment quelconque, violent, et arrivé à son dernier état d'idéal. « Si vous aviez la foi, vous remueriez des montagnes » est aussi le principe du Beau. Ce qui peut se traduire plus prosaïquement : « Si vous saviez précisément ce que vous voulez dire, vous le diriez bien. » Aussi n'est-il pas très difficile de parler de soi, mais des autres !

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