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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
Les « années Bovary » – 1851 à 1857

 

 

La documentation


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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1 - à Colet Louise, Croisset, 03 mars 1852

Lettre n° 413     

Je viens de relire pr mon roman plusieurs livres d'enfant. Je suis à moitié fou, ce soir, de tout ce qui a passé aujourd'hui devant mes yeux, depuis de vieux keepsakes jusqu'à des récits de naufrages et de flibustiers.

2 - à Colet Louise, Croisset, 03 mars 1852

Lettre n° 413     

Voilà deux jours que je tâche d'entrer dans des rêves de jeunes filles et que je navigue pr cela dans les océans laiteux de la littérature à castels, troubadours à toques de velours à plumes blanches. Fais-moi penser à te parler de cela. Tu peux me donner là-dessus des détails précis qui me manquent.

3 - à Colet Louise, Croisset, 20 mars 1852

Lettre n° 415     

Pour le moment je suis dans les rêves de jeune fille jusqu'au col cou  Je suis presque fâché que tu m'aies conseillé de lire les Mémoires de Mme Lafarge car je vais probablement suivre ton avis, & j'ai peur d'être entraîné plus loin que je ne veux.

4 - à Colet Louise, Croisset, 20 mars 1852

Lettre n° 415     

Caroline de Lichtfield est très pénible à lire. – J'ai vu ce que c'était et m'arrête avant la fin du 1er volume.

5 - à Bouilhet Louis, Croisset, 17 juillet 1852

Lettre n° 441     

Tout bien réfléchi, il faut vraiment que je voie un comice agricole. (Sens-tu la beauté de ma rage ? – Cérès me poursuit. Quelle Proserpine !)

6 - à Bouilhet Louis, Croisset, 17 juillet 1852

Lettre n° 441     

J’imagine qu’il doit y avoir de bonnes charges à voir.

7 - à Colet Louise, Croisset, 18 juillet 1852

Lettre n° 442     

Ce matin, j’ai été à un comice agricole dont j’en suis revenu mort de fatigue & d’ennui. J’avais besoin de voir une de ces ineptes cérémonies rustiques pour ma Bovary (dans la 2e partie).

8 - à Colet Louise, Croisset, 31 mars 1853

Lettre n° 501     

Je lis en ce moment pr ma Bovary un livre qui a eu au commencement de ce siècle assez de réputation, Des erreurs et des préjugés répandus dans la société, par Salgues. Ancien rédacteur du Mercure, ce Salgues avait été à Sens le proviseur du collège de mon père. Celui-ci l’aimait beaucoup et fréquentait à Paris son salon où l’on recevait les gds hommes & les gdes garces d’alors. Je lui avais toujours entendu vanter ce bouquin. Ayant besoin de qques préjugés pr le quart d’heure, je me suis mis à le feuilleter. Mon Dieu, que c’est faible & léger ! léger surtout ! Nous sommes devenus très graves, nous autres, & comme ça nous semble bête, l’esprit ! ! ! Ce livre en est plein (d’esprit) !

9 - à Colet Louise, Croisset, 06 juin 1853

Lettre n° 519     

Comme il faut du reste profiter de tout, je suis sûr que ce sera demain d’un dramatique très sombre et que ce pauvre savant sera lamentable. Je trouverai là peut-être des choses pour ma Bovary. Cette exploitation à laquelle je vais me livrer, et qui semblerait odieuse si on en faisait la confidence, qu’a-t-elle donc de mauvais ? J’espère faire couler des larmes aux autres avec ces larmes d’un seul, passer ensuite à la chimie du style. Mais les miennes seront d’un ordre de sentiment supérieur. Aucun intérêt ne les provoquera et il faut que mon bonhomme (c’est un médecin aussi) vous émeuve pour tous les veufs.

10 - à Colet Louise, Croisset, 20 juin 1853

Lettre n° 523     

Je lui [M. Eugène Guinot] ai découvert ce matin, en parlant de la Suisse, des phrases textuelles, à peu de chose près, de mon monsieur et de ma dame parlant de la Suisse (dans Bovary).

11 - à Colet Louise, Croisset, 20 juin 1853

Lettre n° 523     

Je lis maintenant les contes d’enfant de Mme d’Aulnoy, dans une vieille édition dont j’ai colorié les images à l’âge de six ou sept ans. Les dragons sont roses et les arbres bleus ; il y a une image où tout est peint en rouge, même la mer. Ça m’amuse beaucoup, ces contes.

12 - à Bouilhet Louis, Croisset, 22 juin 1853

Lettre n° 524     

N’oublie pas de m’apporter les renseignements suivants : 1° « Si c’est... nous en donnerons de ferrugineux ; si au contraire nous avons affaire à... on pourrait en essayer d’oléagineux. » 2° Comment appelle-t-on médicalement le cauchemar ? Il me faut un bon nom grec, à toute force. 3° Ma phrase de la chaux : « car si la chaux par malheur eût été vive, il eût à cause de... perdu les deux pieds infailliblement ».

13 - à Colet Louise, Croisset, 22 juillet 1853

Lettre n° 532     

J’ai eu aujourd’hui un gd succès. Tu sais que nous avons eu hier le bonheur d’avoir Mr Saint-Arnaud. – Eh bien, j’ai trouvé ce matin, dans le Journal de Rouen, une phrase du maire lui faisant un discours, laquelle phrase j’avais, la veille, écrite textuellement dans ma Bovary (dans un discours de préfet, à des Comices agricoles). Non seulement c’était la même idée, les mêmes mots, mais les mêmes assonances de style. Je ne cache pas que ce sont de ces choses qui me font plaisir. – Quand la littérature arrive à la précision de résultat d’une science exacte, c’est roide. – Je t’apporterai, du reste, ce discours gouvernemental & tu verras si je m’entends à faire de l’administratif & du Crocodile.

14 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 14 août 1853

Lettre n° 534     

Tout ce qu’on invente est vrai, sois-en sûre. La poésie est une chose aussi précise que la géométrie. L’induction vaut la déduction, & puis, arrivé à un certain point, on ne se trompe plus quant à tout ce qui est de l’âme. Ma pauvre Bovary, sans doute, souffre & pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même.

15 - à Colet Louise, Croisset, 07 avril 1854

Lettre n° 596     

J’ai hier passé toute ma soirée à me livrer à une chirurgie furieuse. J’étudie la théorie des pieds bots. J’ai dévoré en trois heures tout un volume de cette intéressante littérature et pris des notes. Il y avait là de bien belles phrases : « Le sein de la mère est un sanctuaire impénétrable et mystérieux où », etc.

16 - à Colet Louise, Croisset, 18 avril 1854

Lettre n° 598     

Je patauge en plein dans la chirurgie. J’ai été aujourd’hui à Rouen, exprès, chez mon frère, avec qui j’ai longuement causé anatomie du pied & pathologie des pieds bots. Je me suis aperçu que je me foutais dans la blouse (si l’on peut s’exprimer ainsi). ma science acquise de fraîche date n’était pas solide de base

17 - à Baudry Alfred, Paris, 17 février 1855

Lettre n° 609     

Je vous aurais remercié de suite si je n’avais attendu la fin de mon esquisse pour voir la tournure que ça prendrait et vous adresser derechef d’autres questions : 1° Ce qui indique sur le pavé la circonférence de la cloche d’Amboise, est-ce un disque ou un cercle ? J’ai écrit disque. 2° De quel pays était Clodion (le peintre) ? J’aurais besoin de savoir s’il était champenois, normand, provençal, etc., avec la date de sa naissance et celle de sa mort. 3° Faites-moi une petite description de la chapelle où est la statue de Richard Cœur de Lion. 4° Idem de la tombe de l’archevêque Maurice. Où est-elle placée au juste ? et comment est-elle ? 5° (grave) Des deux tombeaux de Brézé, l’un, n’est-ce pas, est à cheval (en dessus), et l’autre couché au-dessous, cadavre tout nu et superbe ? 1. Lequel est le père ? lequel est le fils ? 2. Il y a des armoiries sur la housse du cheval, quelles sont-elles ? 3. Les noms et les titres avec dates de la naissance et de la mort de ces deux messieurs. 4. Idem pour la mère qui pleure. 5. La nourrice ne doit pas avoir de nom ??? 6° Les d’Amboise. Pouvez-vous me donner des dates précises de leur naissance et de leur mort avec les noms, titres, prénoms, etc., et quelques détails sur les sculptures ? Il y a autour des personnages allégoriques, ne sont-ce pas des vertus théologales ? 7° Dans la cour des libraires, sur le portail (à droite quand on entre par la rue Saint-Romain), n’y a-t-il pas un cochon jouant de la cornemuse ou quelque drôlerie pareille ? 8° À propos des vitraux des corporations de métiers : vous me dites « trois vitraux bleus », l’un donné par les drapiers, l’autre par les marchands de poisson – où est le troisième ? « Regardez dans le bas : voici leurs emblèmes de corporation »... Quels sont ces emblèmes ?

18 - à Fovard Frédéric, Croisset, 15 août 1855

Lettre n° 619     

1° Peut-on, lorsqu’on est possesseur de plusieurs billets, et que les échéances diverses de ces billets sont passées, garder tous ces billets, puis les présenter en bloc d’un seul coup ? 2° Après combien de jours, lorsqu’on a refusé de payer, vous envoie-t-on un protêt ? Comment est-ce fait, un protêt ? Quels en sont les premiers mots ? Quelle en est la formule ? Par qui signée ? 3° « Quand il (l’homme à qui on a souscrit les billets) veut faire le croulage, il fait faire les poursuites par un autre, et intervient comme tireur du billet et par suite engagé solidaire pour prendre toute l’affaire. » A. Comment s’y prend-on pour faire faire des poursuites par un autre ? B. Quelles formalités y a-t-il à remplir et quelles démarches à faire, pour qu’il puisse prendre toute l’affaire ?

19 - à Bouilhet Louis, Croisset, 30 août 1855

Lettre n° 621     

Embêté de ne pas avoir la réponse du sieur Fovard, fils de M. Fovard, j’ai été aujourd’hui à Rouen consulter un avocat, à savoir le jeune Nion qui m’a donné toutes les explications désirables ; il viendra demain ici ; nous aurons encore une séance d’affaires. Quand je serai quitte de ce passage financier et procédurier, c’est-à-dire dans une quinzaine, j’arriverai vite à la Catastrophe.

20 - à Bouilhet Louis, Croisset, 16 septembre 1855

Lettre n° 623     

Tâche de m’envoyer, mon bonhomme, pour dimanche prochain, ou plus tôt si tu peux, les renseignements médicaux suivants. On monte la côte, Homais contemple l’aveugle aux yeux sanglants (tu connais le masque) et il lui fait un discours ; il emploie des mots scientifiques, croit qu’il peut le guérir, et lui donne son adresse. Il faut qu’Homais, bien entendu, se trompe, car le pauvre bougre est incurable. Si tu n’as pas assez, dans ton sac médical, pour me fournir de quoi écrire cinq ou six lignes corsées, puise auprès de Follin et expédie-moi cela. J’irais bien à Rouen, mais ça me ferait perdre une journée, et il faudrait entrer dans des explications trop longues.

21 - à Bouilhet Louis, Croisset, 19 septembre 1855

Lettre n° 624     

2° J’aurais besoin des mots scientifiques désignant les différentes parties de l’œil (ou des paupières) endommagé. Tout est endommagé, et c’est une compote où l’on ne distingue plus rien. N’importe, Homais emploie de beaux mots et discerne quelque chose pour éblouir la galerie. 3° Enfin il faudrait qu’il parlât d’une pommade (de son invention ?) bonne pour les affections scrofuleuses et dont il veut user sur le mendiant. Je le fais inviter le pauvre à venir le trouver à Yonville pour avoir mon pauvre à la mort d’Emma ? Voilà, vieux. Réfléchis un peu à tout cela, et envoie-moi quelque chose pour dimanche.

22 - à Bouilhet Louis, Croisset, 05 octobre 1855

Lettre n° 626     

J’ai besoin d’aller à Rouen pour prendre des renseignements sur les empoisonnements par arsenic.

24 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Paris, 18 mars 1857

Lettre n° 720     

Avec une lectrice telle que vous, Madame, et aussi sympathique, la franchise est un devoir. Je vais donc répondre à vos questions : Madame Bovary n’a rien de vrai. C’est une histoire totalement inventée ; je n’y ai rien mis ni de mes sentiments ni de mon existence. L’illusion (s’il y en a une) vient au contraire de l’impersonnalité de l’œuvre

25 - à Cailteaux Émile, Croisset, 04 juin 1857

Lettre n° 747     

Non, Monsieur, aucun modèle n’a posé devant moi. Madame Bovary est une pure invention. Tous les personnages de ce livre sont complètement imaginés, et Yonville-l’Abbaye lui-même est un pays qui n’existe pas, ainsi que la Rieulle, etc.

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