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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
Les « années Bovary » – 1851 à 1858

 

 

Édition - Traduction - Adaptation de Madame Bovary


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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1 - à Bouilhet Louis, Croisset, 01 juin 1856

Lettre n° 640   

J’ai enfin expédié hier à Du Camp le ms. de la Bovary, allégé de trente pages environ, sans compter, par-ci par-là, beaucoup de lignes d’enlevées. J’ai supprimé trois grandes tartines d’Homais, un paysage en entier, les conversations des bourgeois dans le bal, un article d’Homais, etc., etc. Tu vois, vieux, si j’ai été héroïque. Le livre y a-t-il gagné ? – Ce qu’il y a de sûr, c’est que l’ensemble a maintenant plus de mouvement. Si tu retournes chez Du Camp, je serais curieux de savoir ce qu’il en pense. Pourvu (inter nos) que ces gaillards-là ne me reculent pas ! Car je ne te cache point, cher vieux, que j’ai maintenant grande envie de me voir imprimé et le plus promptement possible.

2 - à Bouilhet Louis, Croisset, 16 juin 1856

Lettre n° 641   

Les corrections de la Bovary m’ont achevé. – Et j’avoue que j’ai presque regret de les avoir faites. – Tu vois que le sieur Du Camp trouve que je n’en ai pas fait assez. On sera peut-être de son avis ? D’autres trouveront peut-être qu’il y en a trop ? Ah ! merde 

3 - à Duplan Jules, Paris, 19 juillet 1856

Lettre n° 644   

J’ai, le matin, un rendez-vous avec le grand homme Pichat qui menace d’être long (le rendez-vous).

4 - à Bouilhet Louis, Paris, 22 juillet 1856

Lettre n° 645   

C’est fini. Pichat vient de me dire oui. Mais il y a eu du tirage et il a fallu comme on dit lui mettre l’épée dans les reins. Il est formellement convenu que je ne change rien. J’ai fait de bonnes études !

5 - à Bouilhet Louis, Croisset, 03 août 1856

Lettre n° 647   

La Revue de Paris du 1er août m’a annoncé. Mais incomplètement, en écrivant mon nom sans L (je te laisse à faire le calembour) : « Madame Bovary (mœurs de province), par Gustave Faubet. » C’est le nom d’un épicier de la rue Richelieu, en face le Théâtre-Français. Ce début ne me paraît pas heureux ! Quid dicis ? Je ne suis pas encore paru que l’on m’écorche. Je t’avertirai quand il faudra que tu ailles chez le jeune Du Camp, ce sera vers le 16 ou le 18. – Je ne suis pas dénué de tout pressentiment ? Ce sacré « Faubert » m’embête beaucoup plus qu’il ne me révolte.

6 - à Bouilhet Louis, Croisset, 11 août 1856

Lettre n° 648   

Va chez le jeune Du Camp à la fin de cette semaine, soit samedi ou même lundi prochain (mais au plus tard), car c’est mardi prochain 18, que doit avoir lieu (m’a-t-il dit) le grand combat pour l’insertion de la Bovary. Tu lui diras tout ce que tu jugeras convenable (je me fie à toi), et que je compte être inséré le 1er septembre, selon sa promesse. Je lui ai écrit, il y a deux ou trois jours, pour le prier de ne plus m’appeler Faubert sur la première page de la Revue où sont imprimés les futurs chefs-d’œuvre avec le nom des grands hommes en regard. Je n’en ai pas reçu de réponse.

7 - à Bouilhet Louis, Croisset, 24 août 1856

Lettre n° 649   

Je te remercie bien, mon cher vieux, d’avoir parlé à Du Camp de la Bovary. – Mais je n’en suis pas plus avancé puisque tu ne m’as pas envoyé une solution définitive. Tout ce que je vois, c’est que je ne paraîtrai pas le 1er septembre. Je soupçonne le sieur Pichat d’attendre mon retour au mois d’octobre, afin d’essayer encore de me pousser ses corrections. J’ai pourtant sa parole et je la lui rendrai, avec un joli remerciement, s’ils continuent longtemps de ce train-là. – Je vais attendre jusqu’au 2 ou 3 septembre. C’est-à-dire qu’au milieu de l’autre semaine j’écrirai au jeune Du Camp pour savoir, oui ou non, si l’on m’imprime. Je suis harassé de la Bovary. – Et il me tarde d’en être quitte.

8 - à Bouilhet Louis, Croisset, 31 août 1856

Lettre n° 651   

No news from the Reviewers ! J’écrirai après-demain au jeune Maxime de manière à avoir une réponse formelle et tout de suite, avant la fin de la semaine.

9 - à Bouilhet Louis, Croisset, 08 septembre 1856

Lettre n° 652   

Quant à la Bovary (que j’oublie quelque peu, grâce au ciel, entre ta pièce qui s’avance et Saint Antoine qui se termine), j’ai reçu de Maxime un mot où il me prévient que ça paraîtra « le 1er octobre sans faute, j’espère ». Ce j’espère m’a l’air gros de réticences ? En tout cas son billet est un acte de politesse, il m’est arrivé juste le 1er septembre, jour où je devais paraître. – Je vais lui répondre cette semaine, en lui rappelant modestement que voilà déjà cinq mois de retard. – Rien que ça ! Depuis cinq mois je fais antichambre dans la boutique de ces messieurs. – Je suis sûr que l’ami Pichat voudrait me pousser encore quelques-unes de ces intelligentes corrections. Mais j’ai sa parole. – Et je le mènerai raide, s’il y manque. Je t’en réponds.

10 - à Bouilhet Louis, Croisset, 21 septembre 1856

Lettre n° 654   

J’ai reçu jeudi une lettre de Maxime qui m’annonce que je parais le 1er octobre. Toute la 1re partie est envoyée à l’imprimerie. Je ne recevrai pas les épreuves. Il se charge de tout et me jure de tout respecter.

11 - à Chevalier Ernest, Croisset, 22 septembre 1856

Lettre n° 655   

Je vais pendant trois mois consécutifs emplir une bonne partie de la Revue de Paris. Quand la chose aura paru en volume, il va sans dire que le premier exemplaire te sera adressé.

12 - à Laurent-Pichat Léon, Croisset, 02 octobre 1856

Lettre n° 656   

Je viens de recevoir la Bovary. Et j’éprouve tout d’abord le besoin de vous en remercier (si je suis grossier, je ne suis pas ingrat). C’est un service que vous m’avez rendu en l’acceptant telle qu’elle est, et je ne l’oublierai pas. Avouez que vous m’avez trouvé et que vous me trouvez encore (plus que jamais ?) peut-être ? d’un ridicule véhément ? Il se peut que J’arriverai peut-être un jour à reconnaître que vous avez eu raison ? Je vous promets jure bien qu’alors je vous ferai les plus basses excuses. – Mais comprenez, cher ami, que c’était avant tout un essai que je voulais faire tenter. – Fasse le ciel Pourvu que l’apprentissage ne soit pas trop rude !

13 - à Bouilhet Louis, Croisset, 05 octobre 1856

Lettre n° 658   

Donne-moi un conseil, et tout de suite. J’ai reçu ce matin une lettre de Frédéric Baudry, qui me prie, dans les termes les plus convenables, de changer dans la Bovary le Journal de Rouen en : Le Progressif de Rouen, ou tel autre titre pareil. Ce bougre-là est un bavard. Il a conté la chose au père Senard et à ces messieurs du Journal eux-mêmes. Mon premier mouvement a été de l’envoyer chier. D’autre part, la susdite feuille a fait hier pour la Bovary une réclame très obligeante. Je suis donc pris entre : ma vieille haine pour le Journal de Rouen d’une part, et la gentilhommerie de l’autre. Je vais avoir l’air d’un gredin.

14 - à Schlésinger Maurice, Paris, octobre 1856

Lettre n° 662   

J’ai d’abord considérablement d’épreuves à corriger

15 - à Laurent-Pichat Léon, Paris, 07 décembre 1856

Lettre n° 673   

Je vous remercie d’abord de vous mettre hors de cause ; ce n’est donc pas au poète Laurent-Pichat que je parle, mais à la Revue, personnage abstrait, dont vous êtes l’interprète. Or, voici ce que j’ai à répondre à la Revue de Paris : 1° Elle a gardé pendant trois mois Madame Bovary, en manuscrit, et, avant d’en imprimer la première ligne, elle devait savoir à quoi s’en tenir sur ladite œuvre. C’était à prendre ou à laisser. Elle a pris, tant pis pour elle ; 2° Une fois l’affaire conclue et acceptée, j’ai consenti forcément à une à la suppression d’un passage fort important, selon moi, parce que la Revue m’affirmait qu’il y avait danger pour elle. Je me suis exécuté de bonne grâce ; mais je ne vous cache pas (c’est à mon ami Pichat que je parle) que ce jour-là, j’ai regretté amèrement d’avoir eu l’idée d’imprimer. Disons notre pensée entière ou ne disons rien ; 3° Je trouve que j’ai déjà fait beaucoup et la Revue trouve qu’il faut que je fasse encore plus. Or je ne ferai rien, pas une correction, pas un retranchement, pas une virgule de moins, rien, rien !... maintenant mais comme vous êtes parfaitement les maîtres je ne puis vous empêcher de rogner tout ce qu'il vous plaira. Mais je proteste, en exigeant que si vous il y ait à toutes tout les endroits que vous supprimerez une note pr avertir de la lacune. Mais forcer à publier Mais si la Revue de Paris trouve que je la compromets, si elle a peur, il y a quelque chose de bien plus simple, c’est d’arrêter là Madame Bovary tout court. Je m’en moque parfaitement. Ce dernier expédient est celui qui me convient le mieux si la Revue a peur ou plutôt le seul qui me convienne.

16 - à Laurent-Pichat Léon, Paris, 07 décembre 1856

Lettre n° 673   

En supprimant le passage du fiacre, vous n’avez rien ôté de ce qui scandalise, et en supprimant, dans le sixième numéro, ce qu’on me demande, vous n’ôterez rien encore. Vous vous attaquez à des détails, c’est à l’ensemble qu’il faut s’en prendre. L’élément brutal est au fond et non à la surface. On ne blanchit pas les nègres et on ne change pas le sang d’un livre. On peut l’appauvrir, c'est voilà tout.

17 - à Bouilhet Louis, Paris, 12 décembre 1856

Lettre n° 675   

J’ai eu de graves affaires avec la Revue. La menace du papier timbré, et la crainte d’un procès qu’ils auraient perdu et où ils auraient été bafoués, les a engagés à accepter une note de moi, dans laquelle je déclare dénier toute la responsabilité de mon œuvre mutilée. – Ça paraît lundi. Jusque-là je reste, parce que, si la note n’est pas littéralement la mienne, je les poursuis à boulet rouge. Je prépare au Pichat des agréments auxquels il ne s’attend guère.

18 - à La Revue de Paris, Paris, 15 décembre 1856

Lettre n° 678   

Des considérations que je n’ai pas à apprécier ont contraint la Revue de Paris à faire une suppression dans le numéro du 1er décembre. Ses scrupules s’étant renouvelés à l’occasion du présent numéro, elle a jugé convenable d’enlever encore plusieurs passages. En conséquence, je déclare dénier la responsabilité des lignes qui suivent ; le lecteur est donc prié de n’y voir que des fragments et non pas un ensemble.

19 - à Ducessois, Paris, 08 janvier 1857

Lettre n° 689   

M. Gautier m’a dit qu’il y avait dans mes épreuves trois phrases incompréhensibles. Veuillez me renvoyer des épreuves.

20 - à Ducessois, Paris, 08 janvier 1857

Lettre n° 689   

Je vous renverrai les épreuves ce soir même.

21 - à Lévy Michel, Paris, 10 janvier 1857

Lettre n° 691   

Je crois qu'il ne serait pas mal que vous disiez que l'on imprime sur une seule colonne ou tout au moins que l'on fasse des deux marges très larges parce que : J'ai envie de mettre en regard de plusieurs passages, de ceux qui sont incriminés d'abord, puis de quelques autres qui ne le sont pas et de ceux que la Revue de Paris m'a supprimés,

22 - à Lévy Michel, Paris, 10 janvier 1857

Lettre n° 691   

rien ne sera ensuite plus facile que de ne pas imprimer ce qu'il y aura sur les marges. Ainsi dans l'Extrême-onction reprochée je mettrai en regard le passage textuel du Rituel où il y a des indécences, etc., etc.

23 - à Schlésinger Élisa, Paris, 14 janvier 1857

Lettre n° 692   

La Revue de Paris où j’ai publié mon roman (du 1er 8bre au 15 Xbre) avait déjà, en sa qualité de journal hostile au gouvernement, été avertie deux fois. or, on a trouvé qu’il serait fort habile de la supprimer d’un seul coup, pr fait d’immoralité et d’irréligion, si bien qu’on a relevé dans mon livre, au hasard, des passages licencieux & impies.

24 - à Schlésinger Élisa, Paris, 14 janvier 1857

Lettre n° 692   

Je vais donc pouvoir publier mon roman en volume. Vous le recevrez dans six semaines environ, je pense – et je vous marquerai, pr votre divertissement, les passages incriminés.

25 - à Houssaye Édouard, Paris, janvier 1857

Lettre n° 685   

Je vous ai apporté les épreuves. J’aurais désiré que Théo les lût.

26 - à Pagnerre Edmond, Paris, 11 février 1857

Lettre n° 714   

J’hésite même à le mettre en volume. Car je veux rétablir les passages supprimés par la Revue de Paris, lesquels passages sont anodins, selon moi. Mais toutefois, les coupures que l’on m’a faites sont idiotes, et il en résulte des effets lubriques qui ne sont nullement dans l’œuvre.

27 - à Pagnerre Edmond, Paris, 11 février 1857

Lettre n° 714   

D’un autre côté, Lévy me talonne pour publier. – Je ne sais que faire. On me conseille d’effacer quelques-uns des endroits désignés par l’accusation. Mais cela m’est impossible. Je ne mettrai pas, pour plaire à l’autorité, des absurdités -sans compter que le procédé me paraît une vraie couillonnade, si l’on peut s’exprimer ainsi. Voilà la triste position où est réduit ton malheureux ami.

28 - à Schlésinger Maurice, Paris, 11 février 1857

Lettre n° 713   

si le livre ne paraît pas, je vous enverrai les numéros de la Revue qui le contiennent.

29 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Paris, 19 février 1857

Lettre n° 716   

Il me sera impossible de publier mon roman en volume avant le commencement du mois d’avril. Me permettez-vous, Madame, de vous en envoyer un exemplaire ?

30 - à Clogenson Jean, Paris, 25 mars 1857

Lettre n° 721   

Je fais en ce moment gémir les presses, et vous trouverez mon volume chez vous à votre retour.

31 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Paris, 30 mars 1857

Lettre n° 722   

Vous recevrez mon volume dans la semaine de Pâques (je suis maintenant au milieu de mes épreuves et je n’ai pas eu le temps de lire vos livres)

32 - à Schlésinger Maurice, Paris, mars 1857

Lettre n° 723   

1° J’ai un volume qui va paraître dans quinze jours (vous le recevrez avant qu’il ne soit en vente à Paris), il faut que je surveille la publication du susdit bouquin.

33 - à Lévy Michel, Paris, 18 avril 1857

Lettre n° 728   

Ci-joint la liste, mon cher Michel, des Gens de lettres que j'ai gratifiés d'un exemplaire de la Bovary.

34 - à Lévy Michel, Paris, 18 avril 1857

Lettre n° 728   

Je vous recommande la distribution des volumes que je vous ai envoyés.

35 - à Meurice Paul, Paris, avril 1857

Lettre n° 727   

Quoique je n’aie pas l’honneur de vous connaitre personnellement, je prends la liberté de vous remettre un l’exemplaire d’un roman que je vous prie de faire parvenir à Mr Hugo. Soyez assez bon, aussi, pour en accepter un autre ci-joint.

36 - à Bouilhet Louis, Croisset, 07 mai 1857

Lettre n° 733   

La Bovary se vend superbement.

37 - à Lévy Michel, Croisset, 09 mai 1857

Lettre n° 734   

On confectionne sous mes yeux une traduction anglaise de la Bovary qui me satisfait pleinement. S'il doit en paraître une en Angleterre je désirerais que ce fut celle-là & pas une autre. Mon traducteur est une femme qui n'a aucune relation avec aucun éditeur de Londres, mais qui doit regagner Albion dans quinze jours, environ. Pouvez-vous l'aboucher (expression indécente) avec un de vos confrères d'outre-Manche ? Je ne crois pas que l'auteur de la traduction soit difficile sur les conditions qu'on lui imposerait et d'un autre côté cette traduction est un vrai chef-d'œuvre. Je vous le répète. il me semble que cela plairait en Angleterre – Vaut-il mieux dans l'intérêt de l'édition française, attendre ? Cela vous regarde. En tout cas je réclame la priorité. N'ai-je pas le droit de donner mon avis ? Faites quelque chose pour ma protégée. cela m'obligerait de toutes les façons.

38 - à Lévy Michel, Croisset, 09 mai 1857

Lettre n° 734   

J'ai découvert plusieurs fautes d'impression dans la B[ovary] qu'il serait bon de faire disparaître. Est-ce possible, pour le prochain tirage ?

39 - à Duplan Jules, Croisset, 20 mai 1857

Lettre n° 740   

Lévy m’a écrit qu’il allait faire un second tirage : voilà 15 000 ex de vendus.

40 - à Lévy Michel, Croisset, 24 mai 1857

Lettre n° 741   

Vous recevrez en même temps que ce petit mot un exemplaire de la Bovary corrigé. C'est surtout dans la 1ere moitié du 1er volume & dans le milieu du second que je trouve le plus de fautes. J'en ai sans doute encore laissé échapper quelques-unes, mais j'en ai corrigé plusieurs. J'ai relevé par une X en marge les lettres tombées.

41 - à Lévy Michel, Croisset, 24 mai 1857

Lettre n° 741   

Ma traductrice a écrit à Mr Bentley. Je vous recommande les corrections typographiques de la Bovary. il y avait deux ou trois bêtises formelles. J'ai également avisé à une faute de grammaire dont que Jules Janin m'avait signalée.

42 - à Lévy Michel, Croisset, 24 mai 1857

Lettre n° 741   

Puisque vous allez faire un nouveau tirage, pourquoi ne mettriez-vous pas sur la couverture 2e édition ?

43 - à Lévy Michel, Croisset, mai 1857

Lettre n° 745   

il paraît que le nom de Mr Sénart s’écrit avec D et non avec un T. Dans les ex. qui restent à tirer y a-t-il moyen de corriger cette erreur ? Je vous enverrai les exemplaires dont je ne sais pas les adresses. Aurez-vous l’obligeance de les mettre. – & de faire distribuer les susdits volumes. Auriez-vous, à vous, encore une douzaine d’exemplaires de l’édition en 1 vol ? Je suis à court, comme une bête.

44 - à Bonenfant Olympe, Croisset, 14 juin 1857

Lettre n° 749   

Je n’ai pas je crois répondu à ta dernière lettre qui m’est arrivée il y a déjà plus d’un mois, dans le coup de feu de ma publication. Elle marche sur des roulettes et si je n’avais été un sot j’aurais maintenant la bourse ronde, puisque mon éditeur a déjà vendu 15 mille exemplaires ce qui, à deux francs le vol. fait 30 mille francs. – et la vente ne fait qu’augmenter. C’est en somme une somme de quarante à cinquante mille francs que j’aurais pu gagner cette année, et qui me passe sous le nez.

45 - à Bonenfant Olympe, Croisset, 14 juin 1857

Lettre n° 749   

Je t’avouerai d’ailleurs que la manière agréable dont j’ai été exploité par mon éditeur m’a rendu peu tendre.

46 - à Osmoy (d') Charles, Croisset, 22 juillet 1857

Lettre n° 758   

J'accorde, je vous accorde, je t'accorde, je leur accorde toutes les permissions d'arranger la Bovary à n'importe quelle sauce. Mais la permission vient trop tard puisque vous y avez renoncé, et franchement, mon bon, je crois que vous avez bien fait. La chose me semble, à moi, impossible.

47 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Paris, 23 janvier 1858

Lettre n° 791   

J'avais été dans les premiers temps de mon arrivée à Paris sottement occupé par des affaires de théâtre. On voulait faire une pièce avec la Bovary. La Porte-Saint-Martin m'offrait des conditions extrêmement avantageuses, pécuniairement parlant. Il s'agissait de donner mon titre seulement et je touchais la moitié des droits d'auteur. On eût fait bâcler la chose par un faiseur en renom, Dennery ou quelque autre. Mais ce tripotage d'Art et d'écus m'a semblé peu convenable. J'ai tout refusé net et je suis rentré dans ma tanière. Quand je ferai du théâtre, j'y entrerai par la grande porte, autrement non. Et puis, on a assez parlé de la Bovary, je commence à en être las. D'ailleurs elle est déjà sur deux théâtres. Elle figure dans la Revue des Variétés et dans la Revue du Palais-Royal ; deux turpitudes, c'est bien suffisant ! Loin de vouloir exploiter mon succès comme on me le conseillait, je fais tout au monde pour qu'il ne recommence pas !

48 - à Baudry Alfred, Paris, 10 février 1858

Lettre n° 795   

J'ai été occupé à mon arrivée par des affaires de théâtre ; on voulait (c'était une tocade universelle) mettre la Bovary sur les planches. Or, comme j'ai l'habitude d'entrer dans les choses par la grande porte, il m'a semblé honteux de commencer ma carrière dramatique par une collaboration quelconque. Il est vrai que mon nom n'eût pas été sur l'affiche. On me demandait seulement mon titre.

49 - à Baudry Alfred, Paris, 10 février 1858

Lettre n° 795   

J'ai cependant assisté à deux Revues (celles du Palais-Royal et des Variétés) où il y avait des dames Bovary, l'une habillée en débardeur et l'autre en amazone. Mais c'était triste, ô mon ami.

50 - à Inconnu, Paris, 05 avril 1858

Lettre n° 801   

Puisque vous vous intéressez à ce qui me regarde, je vous dirai que si mon roman n'a pas été mis sur la scène, c'est que je m'y suis opposé formellement. J'ai trouvé la spéculation (et elle était fort bonne) peu digne de moi. Plusieurs théâtres en voulaient. Ç'a été une manie pendant un instant. Mais tout est fini maintenant.

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