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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
Les « années Bovary » – 1851 à 1857

 

 

Madame Bovary :

La chronologie de l'écriture


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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1 - à Colet Louise, Croisset, 20 septembre 1851

Lettre n° 380   

J’ai commencé hier au soir mon roman.

2 - à Colet Louise, Croisset, 16 janvier 1852

Lettre n° 402   

En attendant, je travaille à mon roman avec cœur. Les beaux temps de Saint Antoine vont-ils revenir ? Que le résultat soit autre, Seigneur de Dieu ! Je vais lentement : en quatre jours j’ai fait cinq pages, mais jusqu’à présent je m’amuse. J’ai retrouvé ici de la sérénité.

3 - à Colet Louise, Croisset, 31 janvier 1852

Lettre n° 406   

Mais ça prend des proportions formidables comme temps. À coup sûr, je n’aurai point fini à l’entrée de l’hiver prochain. Je ne fais pas plus de cinq à six pages dans ma semaine.

4 - à Collier Henriette, Croisset, 01 février 1852

Lettre n° 405   

J’y travaille tout seul – & beaucoup. – Si je suis content du livre que je fais maintenant, je le publierai l’hiver prochain et vous l’enverrai.

5 - à Colet Louise, Croisset, 08 février 1852

Lettre n° 407   

J’ai un peu mieux travaillé cette semaine. J’irai à Paris d’ici à un mois ou cinq semaines Car je vois bien que ma première partie ne sera pas faite avant la fin d’avril. – J’en ai bien encore pr une grande année à 8 h de travail par jour.

6 - à Colet Louise, Croisset, 16 février 1852

Lettre n° 408   

J’ai assez bien travaillé cette semaine. J’irai à Paris 5 à 6 jours dans trois semaines environ, lorsque je serai à un point d’arrêt.

7 - à Colet Louise, Croisset, 22 février 1852

Lettre n° 409   

J'ai encore 8 à 10 pages à faire, et à en recaler quelques autres avant d' d'être arrivé à une limite q un temps d'arrêt. Après quoi je me donnerai cinq à six jours de vacances.

8 - à Colet Louise, Croisset, 01 mars 1852

Lettre n° 412   

Je suis en train de raboter quelques pages de mon roman pr m'arrêter à un point. Mais ça n'en finit pas. Cette première partie, que j'avais estimée devoir être finie à la fin de janvier, me mènera jusqu'à la fin de mai. Je vais si lentement ! Quelques lignes par jour, et encore !

9 - à Colet Louise, Croisset, 20 mars 1852

Lettre n° 415   

mon roman qui sera fini Dieu sait quand.

10 - à Colet Louise, Croisset, 27 mars 1852

Lettre n° 416   

J'ai fini ce soir de barbouiller la première idée de mes rêves de jeune fille. J'en ai pr quinze jours encore à naviguer sur ces lacs bleus, après quoi j'irai au Bal – et passerai ensuite un hiver pluvieux que je clorai par une grossesse et le tiers de mon livre à peu près sera fait.

11 - à Colet Louise, Croisset, 03 avril 1852

Lettre n° 418   

Sais-tu dans huit jours combien j’aurai fait de pages, depuis mon retour de pays – 20 – Vingt pages en un mois, et en travaillant chaque jour au moins 7 heures. – Et la fin de tout cela ? Le résultat ? Des amertumes, des humiliations internes – Rien pour se soutenir que la férocité d’une Fantaisie indomptable. Mais je vieillis & la vie est courte.

12 - à Colet Louise, Croisset, 15 avril 1852

Lettre n° 420   

Quand mon roman sera fini, dans un an, je t’apporterai mon ms. complet, par curiosité.

13 - à Colet Louise, Croisset, 24 avril 1852

Lettre n° 422   

Si je n’ai pas répondu plus tôt à ta lettre dolente et découragée, c’est que j’ai été dans un gd accès de travail. Avant-hier, je me suis couché à 5 h. du matin et hier 3 h. Depuis lundi dernier j’ai laissé de côté toute autre chose, et j’ai exclusivement toute la semaine pioché ma Bovary, ennuyé de ne pas avancer. Je suis maintenant arrivé à mon bal, que je commence lundi. J’espère que ça ira mieux. J’ai fait, depuis que tu m’as vu, 25 pages net (25 p. en 6 semaines).

14 - à Colet Louise, Croisset, 24 avril 1852

Lettre n° 422   

Quant à présent, j’irai quand ma 1re partie sera finie, je ne sais quand, pas avant un gd mois.

15 - à Colet Louise, Croisset, 02 mai 1852

Lettre n° 423   

Je ne t’ai pas écrit cette semaine tant j’étais harassé – Depuis avant-hier ça va mieux un peu et hier au soir jour habituel de ma correspondance comme j’étais en train j’ai continué jusqu’à 2 h. sans avoir le temps de te dire bonjour.

16 - à Colet Louise, Croisset, 02 mai 1852

Lettre n° 423   

J’ai passé une mauvaise semaine. Je me sens stérile par moments comme une vieille bûche.

17 - à Colet Louise, Croisset, 08 mai 1852

Lettre n° 424   

Du train dont je vais je n’aurai fini la Bovary dans un an.

18 - à Colet Louise, Croisset, 15 mai 1852

Lettre n° 425   

La nuit de Dimanche me prend au milieu d’une page qui m’a tenu toute la journée et qui est loin d’être finie. Je la quitte pr t’écrire, et d’ailleurs elle me mènerait peut-être jusqu’à demain soir, car comme je suis souvent plusieurs heures à chercher un mot, et que j’en ai plusieurs à chercher, il se pourrait que tu passasses encore toute la semaine prochaine si j’attendais la fin. Voilà prtant plusieurs jours que cela ne va pas trop mal sauf aujourd’hui où j’ai éprouvé beaucoup d’embarras. – Si tu savais ce que je retranche et quelle bouille que mes ms. ! Voilà 120 p. de faites. J’en ai bien écrit 500 au moins.

19 - à Colet Louise, Croisset, 15 mai 1852

Lettre n° 425   

Sais-tu à quoi j’ai passé tout mon après-midi avant-hier ? à regarder la campagne par des verres de couleur. J’en avais besoin pr une page de ma Bovary qui je crois ne sera pas des plus mauvaises.

20 - à Colet Louise, Croisset, 23 mai 1852

Lettre n° 426   

Je suis aussi découragé que toi pr le moment. Mon roman m’ennuie ; je suis stérile comme un caillou. Cette première partie qui devait être finie d’abord à la fin de février, puis en avril, puis en mai, ira jusqu’à la fin de juillet.

21 - à Colet Louise, Croisset, 09 juin 1852

Lettre n° 428   

Dans deux mois, quand ma première partie sera faite, j’irai passer quelques jours à Paris et au mois d’octobre nous retournerons à notre maison de campagne, voir jaunir les feuilles. Une fois mon roman fait, je prends un logement à Paris. Nous en ferons l’inauguration solennelle.

22 - à Collier Henriette, Croisset, 26 juin 1852

Lettre n° 432   

Voilà sept mois que je suis en train d’écrire un livre que je croyais devoir finir cet automne. Mais j’en ai encore pour quatorze à seize mois, après quoi j’irai m’établir à Paris. – Comme je voudrais qu’il fût achevé, et bon, et imprimé pour vous l’envoyer !

23 - à Colet Louise, Croisset, 26 juin 1852

Lettre n° 434   

Je pense avoir fini ma 1ère partie avant à la fin du mois prochain.

24 - à Colet Louise, Croisset, 12 juillet 1852

Lettre n° 440   

Voilà dix jours que je travaille bien. J’en ai autant fait depuis ces gdes chaleurs que pendant tout le mois de juin qui a été atroce pr moi. – Dans une quinzaine j’espère avoir fini ma 1re partie – Encore une semaine ensuite pr la recorriger et une autre pr revoir le tout. Ainsi dans 4 semaines environ je t’irai voir. – Cette fin m’occupe beaucoup. J’ai tout abandonné pr y travailler exclusivement.

25 - à Colet Louise, Croisset, 18 juillet 1852

Lettre n° 442   

Quelles bonnes journées j’ai passées jeudi et vendredi ! Jeudi soir, à deux heures du matin, je me suis couché si animé de mon travail qu’à trois heures je me suis relevé et j’ai travaillé jusqu’à midi. Le soir je me suis couché à une heure, et encore par raison. J’avais une rage de style au ventre à me faire aller ainsi le double de temps encore.

26 - à Colet Louise, Croisset, 18 juillet 1852

Lettre n° 442   

Ma première partie est à peu près faite. J’éprouve un grand sentiment de débarras. Jamais je n’ai écrit quelque chose avec tant de soin que ces vingt dernières pages.

27 - à Colet Louise, Croisset, 22 juillet 1852

Lettre n° 443   

Je suis en train de recopier, de corriger et raturer toute ma première partie de Bovary. Les yeux m’en piquent. Je voudrais d’un seul coup d’œil lire ces cent cinquante-huit pages et les saisir avec tous leurs détails dans une seule pensée. Ce sera de dimanche en huit que je relirai tout à Bouilhet et le lendemain, ou le surlendemain, tu me verras.

28 - à Colet Louise, Croisset, 26 juillet 1852

Lettre n° 444   

Je viendrai te faire une petite visite dans les premiers jours de septembre, quand je ne serai pas encore bien en train et que le scénario de ma seconde partie sera bien retravaillé.

29 - à Colet Louise, Croisset, 04 septembre 1852

Lettre n° 453   

Depuis que nous nous sommes quittés j’ai fait 8 pages de ma 2e partie. La description topographique d’un village. Je vais maintenant entrer dans une longue scène d’auberge qui m’inquiète fort.

30 - à Colet Louise, Croisset, 13 septembre 1852

Lettre n° 457   

La Bovary marche à pas de tortue ; j’en suis désespéré par moments. D’ici à une soixantaine de pages, c’est-à-dire pendant trois ou quatre mois, j’ai peur que ça ne continue ainsi.

31 - à Colet Louise, Croisset, 25 septembre 1852

Lettre n° 459   

Mais quand est-ce que j’aurai fini ce livre ? Dieu le sait.

32 - à Colet Louise, Croisset, 07 octobre 1852

Lettre n° 461   

Je travaille un peu mieux. À la fin de ce mois j’espère avoir fait mon auberge. L’action se passe en trois heures, j’aurai été plus de deux mois. – Quoi qu’il en soit, je commence à m’y reconnaître un peu. Mais je perds un temps incalculable, écrivant quelquefois des pages entières que je supprime ensuite complètement, sans pitié, comme nuisant au mouvement. Pour ce passage-là, en effet, il faut, en composant, que j’en embrasse du même coup d’œil une quarantaine, au moins. – Une fois sorti de là, et dans trois ou quatre mois environ, quand mon action sera bien nouée, ça ira.

33 - à Colet Louise, Croisset, 26 octobre 1852

Lettre n° 463   

Je suis si long à me remettre à la besogne, après chaque temps d’arrêt, que je veux m’être taillé un peu de besogne pour mon retour et ne pas perdre ensuite un temps considérable à rechercher les idées que j’ai maintenant.

34 - à Colet Louise, Croisset, 22 novembre 1852

Lettre n° 467   

Quand nous nous reverrons, j’aurai fait un grand pas, je serai en plein amour, en plein sujet, et le sort du bouquin sera décidé ; mais je crois que je passe maintenant un défilé dangereux.

35 - à Colet Louise, Croisset, 16 décembre 1852

Lettre n° 472   

Depuis samedi j’ai travaillé de grand cœur et d’une façon débordante, lyrique. C’est peut-être une atroce ratatouille. Tant pis, ça m’amuse pour le moment, dussé-je plus tard tout effacer, comme cela m’est arrivé maintes fois. Je suis en train d’écrire une visite à une nourrice. On va par un petit sentier et on revient par un autre. Je marche, comme tu le vois, sur les brisées du Livre posthume ; mais je crois que le parallèle ne m’écrasera pas. Cela sent un peu mieux la campagne, le fumier et les couchettes que la page de notre ami.

36 - à Colet Louise, Croisset, 29 décembre 1852

Lettre n° 477   

Ma Bovary va si lentement ! Je ne fais pas 4 pages dans la semaine et j’ai encore du chemin avant d’arriver au point que je me suis fixé, qque j’anticipe toujours dessus. Ainsi j’en suis maintenant à l’endroit que je m’étais fixé au mois d’août pr notre première rencontre qui a eu lieu au mois de 9bre. Vois ! Et je veux prtant avancer et ne pas encore y passer tout l’hiver prochain. – Quelles pyramides à remuer pr moi qu’un livre de 500 pages !

37 - à Parain François, Croisset, 01 janvier 1853

Lettre n° 479   

Je travaille toujours passablement, mais fort lentement.

38 - à Colet Louise, Croisset, 15 janvier 1853

Lettre n° 483   

J’ai passé un commencement de semaine affreux, mais depuis mer jeudi je vais mieux. J’ai encore 6 à 8 pages pr être arrivé à un point, après quoi je t’irai voir. Je pense que ce sera dans une quinzaine.

39 - à Colet Louise, Croisset, 15 janvier 1853

Lettre n° 483   

J’ai été cinq jours à faire une page ! la semaine dernière, & j’avais tout laissé pr cela, grec, anglais. Je ne faisais que cela.

40 - à Colet Louise, Croisset, 29 janvier 1853

Lettre n° 486   

Mon sacré nom de Dieu de roman me donne des sueurs froides. En cinq mois, depuis la fin d’août, sais-tu combien j’en ai écrit ? Soixante-cinq pages ! dont trente-six depuis Mantes ! J’ai relu tout cela avant-hier, et j’ai été effrayé du peu que ça est et du temps que ça m’a coûté (je ne compte pas le mal).

41 - à Colet Louise, Croisset, 29 janvier 1853

Lettre n° 486   

Quand je serai revenu de Paris, je m’en vais ne pas écrire pendant quinze jours et faire le plan de toute cette fin jusqu’à la baisade, qui sera le terme de la première partie de la deuxième. Je n’en suis pas encore au point où je croyais arriver pour l’époque de notre entrevue à Mantes.

42 - à Colet Louise, Croisset, 17 février 1853

Lettre n° 487   

Mais la prochaine entrevue sera meilleure encore. Ce sera à Mantes, au printemps. Là, nous sommes plus à nous, et rien qu’à nous. J’aurai une bonne tartine encore de faite.

43 - à Colet Louise, Croisset, 23 février 1853

Lettre n° 488   

Enfin ! me revoilà à peu près dans mon assiette ! J’ai griffonné dix pages, d’où il en est résulté deux et demie. J’en ai préparé quelques autres. Ça va aller, j’espère, et toi, pauvre bonne Muse, où en es-tu ?

44 - à Colet Louise, Croisset, 27 février 1853

Lettre n° 489   

La Bovary marche son petit train, et se dessine dans l’avenir.

45 - à Colet Louise, Croisset, 05 mars 1853

Lettre n° 491   

Quelle désespérante chose qu’un long travail, quand on y met de la conscience ! J’ai fait, depuis que nous nous sommes quittés, 8 pages ; & quand je pense que j’en ai encore 250 ! que dans un an je n’aurai pas fini ! – & puis les doutes sur l’ensemble qui vous empoignent au milieu de tout ça !

46 - à Colet Louise, Croisset, 24 mars 1853

Lettre n° 498   

Si je le pouvais, j’irais le voir. J’en éprouve le besoin, mais la Bovary qui me tient, et l’argent que je ne tiens pas, m’en empêchent.

47 - à Colet Louise, Croisset, 25 mars 1853

Lettre n° 499   

La Bovary traînotte toujours, mais enfin avance. J’espère d’ici à 15 jours avoir fait un grand pas.

48 - à Colet Louise, Croisset, 27 mars 1853

Lettre n° 500   

La Bovary ne va pas raide. – en une semaine deux pages !!!

49 - à Colet Louise, Croisset, 06 avril 1853

Lettre n° 502   

Sais-tu, chère Muse, depuis le jour de l’an combien j’ai fait de pages ? Trente-neuf. Et depuis que je t’ai quittée ? vingt-deux. Je voudrais bien avoir enfin terminé ce satané mouvement, auquel je suis depuis le mois de septembre, avant que de me déranger (ce sera la fin de la première partie de ma seconde). Il me reste pr cela une quinzaine de pages environ. Ah ! je te désire bien, va, & il me tarde d’être à la conclusion de ce livre, qui pourrait bien à la longue amener la mienne.

50 - à Colet Louise, Croisset, 13 avril 1853

Lettre n° 504   

Enfin je commence à y voir un peu dans mon sacré dialogue du curé. Mais franchement il y a des moments où j’en ai presque envie de vomir, physiquement, tant le fond est bas. Je veux exprimer la situation suivante. Ma petite femme, dans un accès de religion, va à l’église. Elle trouve à la porte le curé qui, dans un dialogue (sans sujet déterminé), se montre tellement bête, plat, inepte, crasseux, qu’elle s’en retourne dégoûtée & in-dévote. Et mon curé est très brave homme, excellent même. Mais il ne songe qu’au physique (aux souffrances des pauvres, manque de pain, ou de bois), & ne devine pas les défaillances morales, les vagues aspirations mystiques. – Il est très chaste, & pratique tous ses devoirs. – Cela doit avoir 6 à 7 pages au plus.

51 - à Colet Louise, Croisset, 13 avril 1853

Lettre n° 504   

À la fin de la semaine prochaine, cependant, j’en serai complètement débarrassé, je l’espère. – Il me restera ensuite une dizaine de pages (deux gds mouvements) & j’aurai fini le premier ensemble de ma seconde partie. L’adultère est mûr, on va s’y livrer (et moi aussi, j’espère, alors).

52 - à Colet Louise, Croisset, 16 avril 1853

Lettre n° 505   

Je suis brisé de fatigues & de fatigue & d’ennui. Ce livre me tue ; je n’en ferai plus de pareils. Les difficultés d’exécution sont telles que j’en perds la tête dans des moments. On ne m’y reprendra plus, à écrire des choses bourgeoises. La fétidité du fonds me fait mal au cœur. Les choses les plus vulgaires sont, par cela même, atroces à dire et, quand je considère toutes les pages blanches qui me restent encore à écrire, j’en demeure épouvanté.

53 - à Colet Louise, Croisset, 20 avril 1853

Lettre n° 506   

Quant à moi, je finis par être aussi embêté de moi-même que d’autrui. Voilà 3 semaines que je suis à écrire dix pages ! Je passe des journées entières à changer des répétitions de mots, à éviter des assonances ! & quand j’ai bien travaillé, je suis moins avancé à la fin de la journée qu’au commencement. – Enfin ! Allah est miséricordieux & le temps est un gd maître.

54 - à Colet Louise, Croisset, 26 avril 1853

Lettre n° 508   

Ah ! si ! J’ai qque chose à te dire c’est que ma Bovary n’avançant qu’à pas de tortue, je renonce à remettre à la fin du mouvement qui m’occupe, notre entrevue à Mantes. Nous nous verrons dans quinze jours au plus tard. Je veux seulement écrire encore trois pages au plus, et en finir cinq que j’écris depuis l’autre semaine & trouver quatre ou cinq phrases que je cherche depuis bientôt un mois. – Mais quant à attendre que j’en sois à la fin de cette 1re partie de la 2e j’en aurais en travaillant bien pr jusqu’à la fin du mois de mai. C’est trop long.

55 - à Colet Louise, Croisset, 30 avril 1853

Lettre n° 509   

Le pis de tout cela, c’est que voilà deux jours d’entièrement perdus pour le travail. Car hier au soir je n’ai pu guère travailler (quoique j’aie fait une phrase sur les étoiles), et ce soir, j’ai eu la surprise de la visite de Bouilhet qui avait appris mes douleurs et est venu me voir d’un jour plus tôt.

56 - à Colet Louise, Croisset, 03 mai 1853

Lettre n° 510   

La revigueur m’est revenue, et j’ai écrit presque d’une seule haleine toute une page, et de psychologie fort serrée, où il y aura, je crois, peu à reprendre.

57 - à Colet Louise, Croisset, 17 mai 1853

Lettre n° 512   

et la Bovary, dont je suis arrivé, je crois, à terminer trois pages qui étaient sur le chantier dès huit jours avant mon absence. J’ai assez bien travaillé ce soir, ou du moins avec du plaisir.

58 - à Colet Louise, Croisset, 21 mai 1853

Lettre n° 513   

Je suis bien désireux d’être dans une quinzaine de jours, afin de lire à Bouilhet tout ce commencement de ma deuxième partie (ce qui fera 120 pages, l’œuvre de dix mois). J’ai peur qu’il n’y ait pas grande proportion, car pour le corps même du roman, pour l’action, pour la passion agissante, il ne me restera guère que 120 à 140 pages, tandis que les préliminaires en auront plus du double. J’ai suivi, j’en suis sûr, l’ordre vrai, l’ordre naturel.

59 - à Colet Louise, Croisset, 26 mai 1853

Lettre n° 514   

Cela a bien marché aujourd’hui, je me suis à peu près débarrassé d’un dialogue archi-coupé fort difficile, j’ai écrit aux deux tiers une phrase pohétique, & esquissé un/trois mouvements de mon pharmacien, qui m'o me faisaient à la fois beaucoup rire, & gd dégoût, tant ce sera fétide d’idée & de tournure. – J’en ai pr jusqu’à la fin du mois de Juin, de cette 1re partie.

60 - à Colet Louise, Croisset, 02 juin 1853

Lettre n° 518   

Et puis tout ce qui me reste encore à faire m’épouvante, quand je songe que j’en ai encore pour des mois ! Comme c’est long, c’est long ! Pour en être arrivé au point où je croyais être lors de notre dernière entrevue, il me faut encore un bon mois. Juge du reste !

61 - à Colet Louise, Croisset, 11 juin 1853

Lettre n° 520   

Malgré cela j’ai travaillé passablement. Je viens de sortir d’une comparaison soutenue qui a d’étendue près de deux pages.

62 - à Colet Louise, Croisset, 14 juin 1853

Lettre n° 522   

Me sentant ce matin, en grande humeur de style, j’ai après ma leçon de géographie à ma nièce, empoigné ma Bovary et j’ai esquissé trois pages dans mon après-midi – que je viens de récrire ce soir.

63 - à Colet Louise, Croisset, 14 juin 1853

Lettre n° 522   

N’importe, je crois que cette semaine m’avancera – & que dans quinze jours à peu près je pourrai lire à Bouilhet tout ce commencement (120 pages). – s’il marche bien ce sera un gd encouragement, et j’aurai passé sinon le plus difficile du moins le plus ennuyeux. Mais que de retards ! je n’en suis pas encore au point où je croyais être pr notre dernière entrevue à Mantes.

64 - à Bouilhet Louis, Croisset, 22 juin 1853

Lettre n° 524   

J’ai fait ou à peu près mon trio d’imbéciles. – Il m’est impossible de l’écrire court. Il me ronge.

65 - à Colet Louise, Croisset, 25 juin 1853

Lettre n° 525   

Enfin, je viens de finir ma première partie (de la seconde). J’en suis au point que je m’étais fixé pour notre dernière entrevue à Mantes. Tu vois quels retards ! Je passerai la semaine encore à relire tout cela et à le recopier et, de demain en huit, je dégueulerai tout au sieur Bouilhet.

66 - à Colet Louise, Croisset, 28 juin 1853

Lettre n° 526   

Je suis accablé. La cervelle me danse dans le crâne. Je viens depuis hier dix heures du soir jusqu’à maintenant de recopier 77 pages de suite qui n’en font plus que 53. C’est abrutissant.

67 - à Colet Louise, Croisset, 28 juin 1853

Lettre n° 526   

mais je doute que je sois prêt pr dimanche à lire tout cela à Bouilhet. Ainsi depuis la fin de février j’ai écrit 53 pages ! Quel charmant métier. – quelle crème fout fouettée à battre qui vaut des marbres à rouler.

68 - à Colet Louise, Croisset, 02 juillet 1853

Lettre n° 527   

Demain je lis à Bouilhet 114 p. de la Bovary, depuis 139 jusqu’à 251.

69 - à Colet Louise, Croisset, 02 juillet 1853

Lettre n° 527   

J’ai aussi rêvassé à la suite. J’ai une baisade qui m’inquiète fort & qu’il ne faudra pas biaiser, quoique je veuille la faire chaste, c’est-à-dire littéraire, sans détails frustes, ni images licencieuses ; il faudra que le luxurieux soit dans l’émotion.

70 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

J’ai été fort en train cette semaine. J’ai écrit 8 pages qui, je crois, sont toutes à peu près faites.

71 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

Une fois ce pas-là franchi j’arriverai vite à ma baisade dans les bois par un temps d’automne (et avec leurs chevaux qu'on à côté qui broutent les feuilles) – et alors je crois que j’y verrai clair & que j’aurai passé du moins Charybde si Scylla me reste ?

72 - à Colet Louise, Croisset, 15 juillet 1853

Lettre n° 531   

Je n’emporterai pas la Bovary mais j’y penserai. je ruminerai ces deux longs passages dont je te parle – sans écrire.

73 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 09 août 1853

Lettre n° 533   

J’ai apporté ici qques livres que je lirai peu, mes scénarios de la Bovary auxquels je travaillerai médiocrement ?

74 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 14 août 1853

Lettre n° 534   

Le peu de travail que je fais est de préparer le programme du cours d’histoire que je commencerai à ma nièce, une fois rentré à Croisset. Quant à la Bovary, impossible même d’y songer. Il faut que je sois chez moi pr écrire. Ma liberté d’esprit tient à mille circonstances accessoires, fort misérables, mais fort importantes.

75 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 14 août 1853

Lettre n° 534   

Une fois revenu à Croisset, je vais creuser la Bovary tête baissée.

76 - à Colet Louise, Trouville-sur-Mer, 26 août 1853

Lettre n° 543   

(je suis aussi loin de la Bovary que si je n’en avais écrit de ma vie une ligne).

77 - à Colet Louise, Croisset, 02 septembre 1853

Lettre n° 545   

Dès lundi je me livre à une Bovary furibonde. il faut que ça marche. – Et bien – ce sera.

78 - à Colet Louise, Croisset, 07 septembre 1853

Lettre n° 546   

J’ai repris la Bovary. Voilà depuis lundi cinq pages d’à peu près faites ; à peu près est le mot, il faut s’y remettre. Comme c’est difficile !

79 - à Colet Louise, Croisset, 16 septembre 1853

Lettre n° 548   

Enfin me revoilà en train ! ça marche ! la machine retourne !

80 - à Colet Louise, Croisset, 16 septembre 1853

Lettre n° 548   

J’ai travaillé ce soir avec émotion, mes bonnes sueurs sont revenues et j’ai regueulé, comme par le passé.

81 - à Colet Louise, Croisset, 21 septembre 1853

Lettre n° 549   

– Plus que toi j’ai envie de sortir de là, de cette œuvre, j’entends. Voilà deux ans que j’y suis ! C’est long. Deux ans ! toujours avec les mêmes personnages et à patauger dans un milieu aussi fétide !

82 - à Colet Louise, Croisset, 22 septembre 1853

Lettre n° 550   

J’ai bien travaillé aujourd’hui. Dans une huitaine, je serai au milieu de mes Comices que je commence maintenant à comprendre. J’ai un fouillis de bêtes et de gens beuglant et bavardant, avec mes amoureux en dessus, qui sera bon, je crois.

83 - à Colet Louise, Croisset, 07 octobre 1853

Lettre n° 553   

Cette semaine pourtant & surtout ce soir (malgré mes douleurs physiques) j’ai fait un grand pas. j'ai arrêté le plan défini du milieu de mes comices (c’est du dialogue à deux, coupé par un discours, des mots de la foule & du paysage).

84 - à Colet Louise, Croisset, 12 octobre 1853

Lettre n° 554   

J’ai la tête en feu, comme il me souvient de l’avoir eue après de longs jours passés à cheval. C’est que j’ai aujourd’hui rudement chevauché ma plume. J’écris depuis midi et demi sans désemparer.

85 - à Colet Louise, Croisset, 12 octobre 1853

Lettre n° 554   

J’arrive au dramatique rien que par l’entrelacement du dialogue et les oppositions de caractère. Je suis maintenant en plein. Avant huit jours, j’aurai passé le nœud d’où tout dépend.

86 - à Colet Louise, Croisset, 12 octobre 1853

Lettre n° 554   

J’écris dix pages à la fois, sautant d’une phrase à l’autre.

87 - à Colet Louise, Croisset, 17 octobre 1853

Lettre n° 556   

Je me donne encore quinze jours pour en finir. Au bout de ce temps-là, si rien de bon n’est venu, je lâche le roman indéfiniment et jusqu’à ce que je ressente le besoin d’écrire.

88 - à Colet Louise, Croisset, 23 octobre 1853

Lettre n° 557   

Dans 50 ou 60 pages, j’aurai fait un pas,

89 - à Colet Louise, Croisset, 23 octobre 1853

Lettre n° 557   

Comment se fait-il que j’aie fait de bonne besogne cette semaine ? Bouilhet a été très content de mes comices (je n’ai plus qu’un point qui m’embarrasse). Il trouve maintenant que c’est ardent, que ça marche.

90 - à Colet Louise, Croisset, 25 octobre 1853

Lettre n° 558   

La Bovary remarche.

91 - à Colet Louise, Croisset, 25 octobre 1853

Lettre n° 558   

Ces comices me demanderont bien encore six belles semaines (un bon mois après mon retour de Paris).

92 - à Colet Louise, Croisset, 25 octobre 1853

Lettre n° 558   

Ainsi, j’aurai été depuis le mois de juillet jusqu’à la fin de novembre à écrire une scène ! Et si elle m’amusait encore !

93 - à Colet Louise, Croisset, 28 octobre 1853

Lettre n° 559   

D’ici à la fin de la Bovary je t’irai voir plus souvent. 8 jours tous les deux mois, sans manquer d’une semaine. Sauf cette fois où tu ne me reverras qu’à la fin de janvier (époque où j’espère enfin avoir fini ma baisade). Ainsi nous nous verrons ensuite au mois d’avril, de juin, de septembre, et dans un an je serai bien près de la fin.

94 - à Colet Louise, Croisset, 03 novembre 1853

Lettre n° 560   

Je refais, et rabotte mes Comices que je laisse à leur point. depuis lundi je crois leur avoir donné beaucoup de mouvement. et je ne suis peut-être pas loin de l’effet. Mais quelles tortures ce polisson de passage m’aura fait subir ! Je fais des sacrifices de détail qui me font pleurer. Mais enfin il le faut ! Quand on aime trop le style on risque à perdre de vue le but même de ce qu’on écrit ! – et puis les transitions, le suivi, quel empêtrement !

95 - à Colet Louise, Croisset, 03 novembre 1853

Lettre n° 560   

J’aurais bien voulu t’écrire plus longuement ces jours passés, mais je me hâte de donner une figure à mes comices avant le départ de Bouilhet.

96 - à Colet Louise, Croisset, 06 novembre 1853

Lettre n° 561   

Bouilhet a été content de mes comices, refaits, raccourcis et définitivement arrêtés. Moi, ça me paraît un peu sanglé, un peu trop cassé, et rude. Je n’ai plus que de 5 à 7 pages pour que toute cette scène soit finie. – Quand je t’ai quittée la dernière fois, je croyais être bien avancé à notre prochaine entrevue ! Quel décompte ! J’ai écrit seulement 20 pages en 2 mois. Mais elles en représentent bien cent !

97 - à Colet Louise, Croisset, 29 novembre 1853

Lettre n° 565   

Comment se fait-il que depuis huit jours j’aie bien travaillé ? quand il me semble que je ne pense pas du tout à mon travail – j’ai écrit cinq pages. J’aurai définitivement fini les Comices à la fin de la semaine prochaine. Si tout continuait à marcher comme cela j’aurais fini cet été. Mais sans doute que je m’abuse. Pourtant il me semble que c’est bon. – Peut-être est-ce l’envie que j’ai d’avoir fini – & de nous rejoindre enfin d’une manière plus continue, qui me chauffe en dessous sans que je m’en doute.

98 - à Bouilhet Louis, Croisset, 08 décembre 1853

Lettre n° 566   

J’espère d’ici à ton arrivée avancer ferme la Bovary. Si ma Baisade n’est pas faite, elle le sera aux trois quarts. Sais-tu combien les comices (recopiés) tiennent de pages ? 23. – Et j’y suis depuis le commencement de septembre ! Quels piètres primesautiers nous faisons ! avouons-le !

99 - à Colet Louise, Croisset, 09 décembre 1853

Lettre n° 567   

Je suis très fatigué ce soir. (Voilà deux jours que je fais du plan, car enfin, Dieu merci, mes comices sont faits, ou du moins ils passeront pour tels, jusqu’à nouvelle révision.)

100 - à Colet Louise, Croisset, 23 décembre 1853

Lettre n° 570   

Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu.

 

101 - à Colet Louise, Croisset, 23 décembre 1853

Lettre n° 570   

Ce qu’il y a de sûr, c’est que ça marche vivement depuis une huitaine. Que cela continue ! car je suis fatigué de mes lenteurs ! Mais je redoute le réveil, les désillusions des pages recopiées !

102 - à Bouilhet Louis, Croisset, 25 décembre 1853

Lettre n° 571   

Ma Bovary est sur le point immédiat d’être baisée et je cherche le commencement mouvement dont j’ai la fin.

103 - à Colet Louise, Croisset, 28 décembre 1853

Lettre n° 573   

Du reste, la Bovary avance. La baisade est faite. – et je la laisse, parce que je commence à faire des bêtises. il faut savoir s’arrêter dans les corrections, d’autant qu’on ne voit pas bien les défauts proportions d’un passage quand on est resté dessus trop longtemps.

104 - à Colet Louise, Croisset, 02 janvier 1854

Lettre n° 575   

Il a été content de ma baisade. Mais, avant le dit passage, j’en ai un de transition qui contient 8 lignes, qui m’a demandé 3 jours, où il n’y a pas un mot de trop, et qu’il faut, pourtant, refaire ! encore ! parce que c’est trop lent.

105 - à Colet Louise, Croisset, 04 janvier 1854

Lettre n° 576   

Je viens de passer ces trois jours-ci à faire quatre à cinq corrections qui m’ont beaucoup embêté – Bouilhet les juge finies. Mais il faut revoir tout cela à froid.

106 - à Colet Louise, Croisset, 18 janvier 1854

Lettre n° 581   

J’ai encore 5 à 6 pages avant d’aller te voir. il faut que je finisse la lune de miel de mes amants.

107 - à Colet Louise, Croisset, 23 janvier 1854

Lettre n° 582   

J’ai encore trois petits tableaux à faire, c’est-à-dire 5 à 6 pages environ.

108 - à Colet Louise, Croisset, 23 janvier 1854

Lettre n° 582   

ce soir, en une heure, j’ai écrit toute une demi-page. Je l’aurais peut-être achevée, si je n’eusse entendu sonner l’heure & pensé à toi.

109 - à Colet Louise, Croisset, 29 janvier 1854

Lettre n° 583   

Sais-tu combien j’ai fait de pages cette semaine ? une, et encore je ne dis pas qu’elle soit bonne !

110 - à Colet Louise, Croisset, 03 février 1854

Lettre n° 584   

Puis je vais faire un peu de plan, pr travailler de suite à mon retour.

111 - à Colet Louise, Croisset, 19 février 1854

Lettre n° 585   

Avant-hier soir et hier toute l’après-midi je n’ai fait que dormir. Aujourd’hui j’ai repris la besogne. Il me semble que ça va marcher. J’aurai fait demain une page.

112 - à Colet Louise, Croisset, 25 février 1854

Lettre n° 587   

Je crois que me voilà renfourché sur mon dada. Fera-t-il encore des faux pas à me casser le nez ? A-t-il les reins plus solides ? Est-ce pour longtemps ? Dieu le veuille ! Mais il me semble que je suis remis. J’ai fait cette semaine trois pages et qui, à défaut d’autre mérite, ont au moins de la rapidité. Il faut que ça marche, que ça coure, que ça fulgure, ou que j’en crève ; et je n’en crèverai pas.

113 - à Colet Louise, Croisset, 02 mars 1854

Lettre n° 588   

La besogne remarche. J’ai fait depuis 14 jours juste autant de pages que j’en avais fait en six semaines. Elles sont, je crois, meilleures, ou du moins plus rapides. Je commence à m’amuser. Mais quel sujet ! quel sujet ! Voilà bien la dernière fois de ma vie que je me frotte aux bourgeois.

114 - à Bouilhet Louis, Croisset, 10 mars 1854

Lettre n° 589   

La besogne va assez rondement. J’ai fait cette semaine quatre pages dont deux depuis hier, ce qui est beaucoup pour un bradype comme moi. J’ai peur qu’il n’y ait des répétitions, mais ma foi, tu les enlèveras si tu en trouves.

115 - à Colet Louise, Croisset, 13 mars 1854

Lettre n° 590   

Il m’est arrivé aujourd’hui ce qui ne m’est pas advenu depuis bien des années, c’est de faire toute une page, dans ma journée. – je l’ai écrite depuis huit heures jusqu’à maintenant minuit.

116 - à Colet Louise, Croisset, 19 mars 1854

Lettre n° 592   

n’importe, mon travail, qqu' allant lentement et à force de corrections et de refontes, avance. Au mois de juillet j’apercevrai la fin, tout d’une enfilade, j’espère.

117 - à Colet Louise, Croisset, 25 mars 1854

Lettre n° 594   

en résumé, je suis me trouve maintenant dans un assez bon état. La Bovary marche, quitte à retomber bientôt, car je vais toujours par bonds et par sauts, à la manière d’un train inégal, et avec une continuité disloquée – à la manière, un peu, des lièvres, étant un animal de tempérament songeur & de plume craintive

118 - à Colet Louise, Croisset, 07 avril 1854

Lettre n° 596   

Je viens de recopier au net tout ce que j’ai fait depuis le jour de l’an, ou pour mieux dire depuis le milieu de février, puisqu’à mon retour de Paris j’ai tout brûlé. Cela fait treize pages, ni plus ni moins, treize pages en sept semaines. Enfin, elles sont faites, je crois, et aussi parfaites qu’il m’est possible. Je n’ai plus que deux ou trois répétitions du même mot à enlever et deux coupes trop pareilles à casser. Voilà enfin quelque chose de fini.

119 - à Colet Louise, Croisset, 07 avril 1854

Lettre n° 596   

Encore deux ou trois grands mouvements et j’apercevrai la fin. Au mois de juillet ou d’août, j’espère entamer le dénouement.

120 - à Colet Louise, Croisset, 18 avril 1854

Lettre n° 598   

Je n’ai plus, d’ici à mon départ, que cinq ou six pages à faire – puis et, de plus, sept ou huit à moitié ou aux deux tiers faites.

121 - à Colet Louise, Croisset, 18 avril 1854

Lettre n° 598   

j’ai fait, je crois, un gd pas, à savoir la transition insensible de la partie psychologique à la dramatique. Maintenant, je vais entrer dans l’action et mes passions vont être effectives. Je n’aurai plus autant de demi-teintes à ménager. Cela sera plus amusant, pr le lecteur du moins.

122 - à Colet Louise, Croisset, 18 avril 1854

Lettre n° 598   

il faut qu’au mois de juillet, quand je reviendrai à Paris, j’aie commencé la fin – puis j’y reviendrai au mois d’octobre, pr prendre un logement. – Quand arrivera-t-il donc ce bienheureux jour où j’écrirai le mot : fin ? il y aura, en septembre prochain, trois ans que je suis sur ce livre.

123 - à Bouilhet Louis, Croisset, 07 août 1854

Lettre n° 604   

Nous partons vers le 20 septembre. D’ici là il faut que j’aie fini ma 2e partie. Je n’ai guère de temps. D’ici là il faut que j’aie fini ma 2e partie.

125 - à Bouilhet Louis, Croisset, 10 août 1854

Lettre n° 605   

Il est maintenant 3 heures 3/4 du matin. J’ai passé la nuit à la Bovary.

126 - à Bouilhet Louis, Croisset, 10 août 1854

Lettre n° 605   

Je serai seul tout ce temps-là, et j’essaierai d’en profiter pour accélérer l’ouvrage. – Il faut que j’avance, quand même, car je suis las de ma lenteur. – Voilà cependant deux jours que je recommence un peu à travailler.

127 - à Bouilhet Louis, Croisset, 17 août 1854

Lettre n° 606   

Je fumais quinze pipes par jour. Je me suis pollué trois fois. J’ai écrit huit pages.
 


128 - à Bouilhet Louis, Croisset, 16 octobre 1854

Lettre n° 608   

Je travaille malgré cela, et j’ai fait quatre pages depuis jeudi. C’est je crois un fier pathos, mais je vais de l’avant, quitte à enlever après.

129 - à Bouilhet Louis, Croisset, 09 mai 1855

Lettre n° 611   

Il me reste encore, peut-être cent vingt ou cent quarante pages. N’aurait-il pas mieux valu que ça en ait quatre cents, et que tout ce qui précède eût été plus court ? J’ai peur que la fin (qui, dans la réalité, a été la plus remplie) ne soit, dans mon livre, étriquée, comme dimension matérielle, du moins – ce qui est beaucoup.

130 - à Bouilhet Louis, Croisset, 23 mai 1855

Lettre n° 612   

Je chante les lieux qui furent le « théâtre aimé des jeux de ton enfance », c’est-à-dire : les cahfuehs, estaminets, bouchons et bordels qui émaillent le bas de la rue des Charrettes (je suis en plein Rouen). Et je viens même de quitter, pour t’écrire, les lupanars à grilles, les arbustes verts, l’odeur de l’absinthe, du cigarre et des huîtres, etc. Le mot est lâché : Babylone y est. Tant pis ! Tout cela, je crois, frise bougrement le ridicule. C’est trop fort. Enfin tu verras.

131 - à Bouilhet Louis, Croisset, 23 mai 1855

Lettre n° 612   

Je vais lentement, très lentement même. Mais cette semaine je me suis amusé à cause du fond. Il faut qu’au mois de juillet j’en sois à peu près au commencement de la fin, c’est-à-dire aux dégoûts de ma jeune femme pour son petit monsieur.

132 - à Bouilhet Louis, Croisset, 01 août 1855

Lettre n° 617   

Me revoilà dans la sempiternelle Bovary ! « Encore une fois sur les mers », disait Byron. « Encore une fois dans l’encre », puis-je dire. Je suis en train de faire exposer à Homais des théories gaillardes sur les Femmes. J’ai peur que ça ne paraisse un peu trop voulu. Au reste il n’y a que d’aujourd’hui seulement que j’ai travaillé avec un peu de suite.

133 - à Bouilhet Louis, Croisset, 15 août 1855

Lettre n° 618   

Donc je me rejette sur la Bovary avec plus de frénésie. Aussi voilà-t-il trois jours que je travaille férocement, j’entends avec plaisir.

134 - à Bouilhet Louis, Croisset, 15 août 1855

Lettre n° 618   

Quand viens-tu ? j’ai bien besoin de ta compagnie pour arrêter ma Fin, ou plutôt mon avant-Fin.

135 - à Bouilhet Louis, Croisset, 17 août 1855

Lettre n° 620   

Je suis au milieu des affaires financières de la Bovary.

136 - à Bouilhet Louis, Croisset, 30 août 1855

Lettre n° 621   

Quand je serai quitte de ce passage financier et procédurier, c’est-à-dire dans une quinzaine, j’arriverai vite à la Catastrophe.

137 - à Bouilhet Louis, Croisset, 13 septembre 1855

Lettre n° 622   

Depuis quinze jours je n’ai pas avancé d’une ligne.

138 - à Bouilhet Louis, Croisset, 16 septembre 1855

Lettre n° 623   

Mais aujourd’hui pourtant, j’ai passablement travaillé. J’espère que dans un mois la Bovary aura son arsenic dans le ventre. Te l’apporterai-je enterrée ? J’en doute.

139 - à Bouilhet Louis, Croisset, 19 septembre 1855

Lettre n° 624   

L’idée du bon régime à suivre est excellente, et je l’accepte avec enthousiasme (quant à une opération quelconque, impossible. À cause du pied bot, et d’ailleurs comme c’est Homais lui-même qui veut se mêler de la cure, toute chirurgie doit être écartée)

140 - à Bouilhet Louis, Croisset, 10 octobre 1855

Lettre n° 627   

J’aurais voulu t’apporter la Bovary empoisonnée, et je n’aurai pas fait la scène qui doit déterminer son empoisonnement ! Tu vois que je n’ai guère été vite. – Mon malheureux roman ne sera pas fini avant le mois de février. Cela devient ridicule. Je n’ose plus en parler.

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