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Je suis conservateur de bibliothèques, actuellement directeur de la Bibliothèque universitaire du Havre. Entre février 2002 et décembre 2006, j’ai travaillé au sein de la Bibliothèque municipale de Rouen. Ma mission concernait la conduite des projets informatiques de l’établissement et la conception d’un Portail documentaire et culturel : http://bibliothèque. rouen.fr.

C’est ainsi que j’ai été chargé par Françoise Legendre de la coordination du projet d’édition des manuscrits de Madame Bovary. Les principales étapes de la constitution de cette édition ont dès lors accompagné mes riches années rouennaises, une édition faite de rencontres humaines passionnantes avec des passionnés : Yvan Leclerc, Danielle Girard, Nittiwadee Srihong, Marie Durel, sans oublier Thierry Ascencio-Parvy, le photographe qui seul a rendu possible toute cette aventure en numérisant les manuscrits...

Parmi ces étapes, le chantier immense des transcriptions restera l’aventure dans l’aventure, et l’occasion de découvrir la formidable énergie déployée par Danielle Girard pour construire et animer l’incroyable réseau de transcripteurs bénévoles oeuvrant pour le projet.

Ma participation à ce réseau ne concernait au départ que le classement de chaque image numérisée dans des dossiers organisés par ordre génétique et la réalisation des cd-roms diffusés ensuite aux transcripteurs concernés. Mais l’envie de prendre une part même modeste (une seule petite séquence, là où les multirécidivistes furent nombreux…) à cette aventure, l’a emporté sur la raison. En rejoignant ce réseau international de transcription répartie, sorte « d’internationale Flaubertienne », j’ai découvert l’effort d’attention et de rigueur que constituait la traque des trésors qui se cachent dans les replis des ratures de Flaubert.

Avec ce projet, j’ai enfin eu un peu le sentiment de pouvoir payer une vieille dette de lecteur. C’est en effet à Flaubert que je dois, en tant qu’élève de collège, ma plus forte émotion littéraire, intervenue à la faveur d’un obscur manuel de français de 4 e ou 3 e : c’est en effet en y découvrant l'ellipse temporelle de plus d'une quinzaine d'années que Flaubert insère à la fin de la troisième partie de l’Éducation sentimentale que j’ai réalisé à quel point Gustave Flaubert était moderne et à quel point la recherche de son style était indissociable de son projet romanesque.

Ce souvenir m’est revenu, lorsque nous avons ouvert avec Thierry Ascencio-Parvy le premier volume à numériser (le manuscrit définitif autographe) et découvert au fur et à mesure du déroulement de la numérisation puis du projet d’édition, le travail et l’exigence de l’écriture de Flaubert, enfin visible à l’œil nu pour les spécialistes comme pour les lecteurs « ordinaires » dont je suis : ces innombrables annotations serrées qui débordent de la phrase et de la page, ces ratures sont autant de renoncements ou de remords d’un auteur terriblement exigeant avec lui-même.

Je finirai par un grand merci à Yvan Leclerc et Danielle Girard pour leur patience et l’attention apportée à toutes mes demandes visant à comprendre « de l’intérieur » ce dossier de genèse si complexe. Leurs avis, leurs conseils et leur humour permanent auront été précieux pour « relancer la machine lorsqu’elle fatiguait un peu » . Et malgré ses évidentes imperfections, j’espère sincèrement que le fruit de ce travail collectif et difficile constituera pour tous les lecteurs curieux de Flaubert une magnifique occasion de découvrir l’avant-texte de l’œuvre au regard du texte publié.

   Pierre-Yves Cachard habite Le Havre (Seine-Maritime).
Il a transcrit la séquence 2 : Enfance de Charles.