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J'habite à Rouen depuis près de dix ans et j'aime à en saisir les particularités. J'enseigne au département de lettres modernes de l'Université, en langue et littérature françaises.
Je m'intéresse tout particulièrement aux manuscrits d'écrivains. J'ai transcrit et étudié des brouillons de Jules Supervielle, dans le cadre de ma thèse de doctorat, et travaillé ensuite sur d'autres fonds, de Jean Paulhan , de Franz Hellens, par exemple.

Plusieurs raisons m'ont donc poussée à participer à la transcription des manuscrits de Madame Bovary.
Ayant pratiqué la transcription diplomatique, je voulais affiner ma méthode en travaillant sur un autre texte, selon le protocole retenu par les organisateurs.
Je voulais également participer à ce qui est un véritable événement patrimonial : la transcription collective du manuscrit de l'un des plus fameux romans de notre héritage littéraire.
La démarche retenue par les organisateurs avait attiré mon attention : l'appel d'offre généralisé, la sollicitation d'amateurs passionnés du texte et de ses multiples formes. Quel plus bel exemple d'une participation démocratique à la mise en valeur d'un patrimoine ?

Enfin, je voulais saisir l'occasion d'étudier de près les pratiques d'écriture d'un écrivain souvent présenté comme un "maître du style". Parmi toutes les remarques qu'une telle expérience peut susciter, je retiendrai donc cette "vie du manuscrit" qui fait sentir à tout instant la présence de son auteur et explique sans doute, aujourd'hui, la fascination que nous éprouvons, en tant que lecteurs, pour les brouillons d'écrivains :
- une vitesse d'écriture, dans les phrases où un mot à moitié tracé est déjà biffé, où la syntaxe reste d'abord indécise.
- des pratiques rituelles de ré-écriture : un même mot plusieurs fois biffé et réécrit dans le même espace (et sans autres variantes paradigmatiques) : acharnement d'écrivain inquiet ? nécessité du tracé pour parvenir au choix ?
- une "raison sonore" de l'écriture, qui semble justifier certaines décisions et pose à nouveau la question du gueuloir.
     tout ce qui rappelle au lecteur la situation dans laquelle le texte a été composé et le transporte, une nuit du XIXe siècle, dans ce pavillon si tard éclairé qu'il sert de repère aux bateaux sur la Seine. Quand Madame Bovary recèle le roman de son écriture.   

Florence Davaille habite à Rouen (Seine-Maritime).
Elle a transcrit la séquence 109 : La lettre du père Rouault.