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Je suis actuellement professeur certifié de Lettres au lycée Camille Jullian à Bordeaux. J’enseigne en classes de seconde, première et également en terminales littéraires. Passionné de théâtre et notamment par l’écriture dramaturgique contemporaine, je travaille depuis vingt ans en atelier « Théâtre », développant à la fois une école critique du regard de spectateur et un enseignement en partenariat autour du jeu et de la scénographie moderne.

Le travail entrepris en 2006 autour des brouillons de Flaubert, entre dans le cadre d’une étude croisée de deux objets d’étude de seconde : tout d’abord la lecture d’un récit long (le roman Madame Bovary) et l’approche du travail de l’écriture.

Mon rapport à l’écrivain Gustave Flaubert est évidemment très ancien. Il débute, si je m’en souviens bien, avec la lecture estivale (je dois avoir 18 ans, c’est après le bac, à Bordeaux, sur le balcon familial) de Madame Bovary, dans l’ancienne édition Garnier-Flammarion de 66 avec le cliché Flammarion qui représentait une tête de femme étonnamment boursouflée à la surface d’un flacon ou d’une fiole de verre verdâtre, et qui reste, pour moi, la seule et unique édition de référence.

Plus tard ce seront sans doute L’Education sentimentale et les Trois contes, mais quand ? En tout cas nulle étude à l’université dans les années 70-80 où Balzac semble effacer le maître de Rouen. Etait-ce dû au rôle de précurseur (du Nouveau roman, du roman moderne plus généralement : cf. les dires d’Alain Robbe Grillet) que l’on faisait jouer alors à Flaubert ? Toutefois c’est à la faculté de Lettres de Bordeaux que j’entends parler pour la première fois de roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet, ce texte qui incarne justement la modernité de l’entreprise flaubertienne (dont parle alors Barthe entre autres) et que je lirai ensuite. Merci à Jean-Pierre Moussaron pour cette révélation (parmi tant d’autres que je lui dois). Me fascine alors cette perspective intertextuelle et atemporelle qui relie l’écriture encore classique d’un roman comme celui-ci à ses résonances modernes, à ses prolongements – ou germinations – dans la pensée de la deuxième moitié du XXe siècle. Flaubert est alors au cœur de mes lectures fructueuses d’étudiant : Barthes, Baudelaire, Genette, Poulet, Richard, Blanchot, Kundera ou Sollers, d’une manière ou d’une autre, incidemment ou de façon plus évidente.

Et puis vint la lecture de ce qui reste, pour moi, le texte à la fois le plus énigmatique et le plus clair : La Tentation de Saint Antoine. Récit limpide par sa détermination à être (laquelle s’identifie à la détermination de l’écrivain à l’écrire) et par sa capacité si évidente à réunir les différentes figures de Flaubert, le romantique, l’artisan de la phrase, l’homme de théâtre, le « voyant » et le moderniste ; mais création paradoxale par sa forme, difficile dans le syncrétisme des idées. Texte fou donc, qui génère à la fois un monde et le verbe pour le parler. Je lis et relis ce livre. Je l’ai pris un temps pour objet d’étude, réalisant en 1988 un travail de DEA sur le thème de la métamorphose dans La Tentation de Saint Antoine (université de Nantes). C’est à cette même époque que je rencontre, par le hasard des mutations de l’Education Nationale, Yvan Leclerc à Sablé-sur-Sarthe.

Maintenant est venu le temps des relectures, des retours circonstanciels à l’œuvre, à l’occasion, comme cette année, d’une approche proposée à des lecteurs qui ne connaissent pas encore l’écrivain. Après tout, on tente toujours de retrouver dans l’initiation des autres à un texte, à une œuvre, les échos de sa propre découverte, l’émotion de cette première fois qui ne peut jamais revenir.   

Henri Detchessahar habite à Bordeaux (Gironde).
Il a transcrit la séquence 175A : L'ennui gagne les amants, avec une classe du lycée Camille-Jullian à Bordeaux.