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Le
travail de transcription a concerné une classe de 34 élèves
de seconde du lycée Camille Jullian de Bordeaux (classe de S4,
à multiples options : arts plastiques, allemand, russe,
langues anciennes). L’un des objets d’étude du programme de
seconde en Lettres consiste en une approche du travail de l’écrivain
et des étapes que nécessite l’écriture. Cette étude de la
« fabrique du texte » me paraît, contrairement
parfois à l’avis de certains de mes collègues, très intéressante,
d’abord par l’intimité qu’elle crée avec les grands écrivains
(leurs petits travers, leurs peines, et inversement leur force
de création), et aussi par la perspective de confiance en soi
qu’elle révèle et permet chez des lecteurs en désir eux-mêmes
d’expression poétique (note : il est à cet égard révélateur
que, dans cette classe aussi, quelques élèves démontrèrent
de réelles qualités d’écriture poétique lors du
traditionnel « Printemps des poètes » organisé par
le CDI du lycée). J’avais l’habitude de travailler cette séquence
à partir de divers textes, brouillons, extraits de manuscrits,
notamment de Rousseau, Proust, Zola (bien sûr !) et également
à partir des exercices de l’Oulipo. Flaubert y avait déjà
sa place évidemment, surtout à travers des extraits de ses
lettres à Louise Colet qui montre de façon si étonnante,
presque scandaleuse aux yeux des lycéens, sa relation
douloureuse à l’écriture.
C’est à la
suite de la lecture de l’article de Libération, « En
ligne, les repentirs de Madame Bovary » (samedi 05
et dimanche 06 mars 2005) que j’eus l’idée de confronter
pour une fois une classe à la lecture plus assidue de pages de
brouillons de Madame Bovary (c’était la proposition
faite), c’est-à-dire non plus d’illustrer simplement le
cours, le propos, mais d’expérimenter plus longuement la
relation difficile, presque sibylline au texte, pour ainsi avoir
le temps d’en saisir modestement quelques « mécanismes »
(« Quand mon roman sera fini, dans un an, je
t’apporterai mon manuscrit complet, par curiosité. Tu verras
par quelle mécanique compliquée j’arrive à faire une phrase »,
écrit Flaubert dans une lettre à Louise Colet).
Le travail
proposé aux élèves fut accueilli avec ce calme assentiment
qui prend l’allure de la bonne volonté et dans laquelle le pédagogue
d’aujourd’hui sait déchiffrer un intérêt à peine
dissimulé (sinon les formes du refus s’expriment tout aussi
significativement). Le déchiffrement des folios choisis venait
compléter la lecture intégrale du roman qui avait été proposée
dans le cadre d’une autre séquence à propos du récit long
(caractérisation et structures romanesques ; problématique
du genre et du mouvement littéraire).
Les séances se
sont déroulées en gros selon le schéma préconisé par l’équipe
de l’Université de Rouen : après justification du
projet, le cheminement est allé de la prise de connaissance des
folios (distribués par deux à deux élèves) ainsi que des règles
de transcription à la transcription elle-même, en passant bien
sûr par le plus captivant, les étapes du déchiffrement, sur
photocopies puis sur outil informatique (séances les plus
motivantes pour les élèves mais pas nécessairement les plus
rigoureuses). Seul regret : l’insuffisance, faute de
temps, de perception synthétique des corrections et des
pratiques de ratures et de rajouts de l’écrivain qui empêcha
un peu les élèves de dépasser leur geste de transcripteur au
profit d’une compréhension plus analytique des procédures créatrices
mises en jeu par les brouillons.
Quoi qu’il en
soit cette expérience d’un projet qui permette de lire avec
rigueur, exigence, mais aussi excitation, la prose manuscrite
d’un chef-d’œuvre en train de s’élaborer demeurera un
moment fort et vibrant de cette année scolaire 2005-2006 pour
cette classe de seconde et son professeur. Expérience savante
enfin, c’est-à-dire qui mêle, au sens de Barthes, le savoir
et la saveur du texte.
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