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Professeur de lettres en lycée, j’avais lu dans le quotidien Libération un article sur cette folle entreprise de transcription des brouillons de Gustave. Je me suis donc renseignée… et ai vite imaginé pouvoir entraîner mes élèves vers ce projet. Je mesurais la difficulté à conduire les adolescents vers un texte aussi dense que celui de Madame Bovary – car il me semblait incontournable d’aborder l’œuvre – et vers les brouillons que je connaissais un peu, pour m’être intéressée à la génétique textuelle, dans le cadre, notamment, d’un DEA de littérature. Et puis, toujours, le désir de faire partager les « beaux textes », surtout ceux qu’on aime…

En début d’année, j’ai donc proposé, à mes élèves de seconde de participer à cette expérience de transcription, en leur présentant l’enjeu du projet. Après avoir visité ensemble le site de l’Université de Rouen consacré à Flaubert, nous avons entrepris la lecture et l’analyse du roman. Parallèlement à cette étude, nous avons entamé la transcription, qui s’inscrit parfaitement dans un des objets d’étude préconisés dans les programmes de 2ème, « Le travail de l’écrivain », « Lire, écrire, publier ». Nous avons exploité les heures de modules pour nous atteler à cette tâche. Les élèves ont donc travaillé en binômes, confrontant régulièrement leurs trouvailles. 

Grâce à ce « travail de fourmi », les élèves ont pu mesurer ce que représentait, pour Flaubert, mais pour l’écrivain en général, le désir de perfection, et de l’œuvre accomplie, avec ses exigences et ses hésitations.

Ils sont aujourd’hui devenus savants sur le « cas » Flaubert, puisque nous avons bien sûr travaillé sur les difficultés rencontrées par Flaubert lors de la publication de son roman, mais aussi sur la genèse de l’œuvre. Après avoir lu plusieurs correspondances de Flaubert avec Louise Collet, ses amis, les éditeurs, et autres directeurs de revues, nous avons travaillé sur des extraits du procès.


Je crois que, pour eux, Flaubert ne tombera pas dans l’oubli… Le support « écran » les a stimulés, leur offrant l’occasion de travailler sur un outil différent, et de perfectionner leur pratique du traitement de texte. Les jeunes ont été assez enthousiastes à entreprendre ce travail, certains venant même de leur propre initiative travailler au CDI, quand ils en avaient le temps ! Et ils sont fiers d’avoir participé à ce grand ouvrage, de manière désintéressée, puisqu’il n’y avait, bien sûr, aucune évaluation à la clé : juste pour le plaisir…

Voilà donc un effort récompensé, tant pour eux que pour leur enseignant. Merci de nous avoir permis de partager cette aventure intellectuelle, et merci aussi pour l’écoute et les conseils prodigués, qui nous ont été précieux.

Odile Folliard de Tréganné habite à Saint-Jean-Trolimon (Finistère).
Elle a transcrit la séquence 157A : Retour de Léon à Yonville, avec une classe du lycée Laënnec à Pont-L'Abbé.