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A dix-huit ans, je lis Madame Bovary. Je m’inscris en Pharmacie. Monsieur Homais, c’est moi.
A vingt ans, je lis Salammbô. Je pars pour la Tunisie. Je cherche Megara, les faubourgs de Carthage, les jardins d’Hamilcar. J’arrête Pharmacie. Je commence Histoire.
A vingt-cinq ans, je lis l’Éducation sentimentale. Je rentre comme maître-auxiliaire à l’Éducation nationale.
A trente ans, je lis Bouvard et Pécuchet. Je m’installe à la campagne.
J’apprends à réussir la pâte de coings, et à fendre le bois. Je cultive mes légumes. J’associe le poireau avec la carotte et je stimule le haricot avec le voisinage du céleri. Je plante la pomme de terre à bonne exposition fin mars et le salsifis de mars à mai. D’une main je bine, de l’autre je sarcle. Je récolte la betterave rouge à l’automne avant les gelées et par temps sec. Je sais planter les choux.
J’étudie la botanique. J’arpente les près, les bois, et beaucoup les éboulis rocheux.
Je repère le géranium sanguin, le bouillon blanc et le pet d’âne. Je distingue sans peine la saxifrage à feuilles en coin, la dauphinelle du Dauphiné et la laitue des Alpes. Je reconnais l’orobanche à odeur de girofle et l’aconit tue-loup.
J’avance à quatre pattes. J’aborde l’entomologie. Je soulève les pierres. J’ausculte les fourrés. Je me familiarise avec les éphémères, les hyménoptères, les névroptères, et les punaises. J’observe de près les sauterelles. La magicienne dentelée fréquente les endroits secs.
Je m’initie au chant des oiseaux. Les mésanges zinzinulent. Les pinsons ramagent. Une alouette grisolle.
Je m’adonne peu à la gymnastique. Je ne suis guère sensible à l’occultisme, au spiritisme et à la magie.
Je résiste au magnétisme et à la radiesthésie.
A cinquante ans, je lis un article dans le journal sur les brouillons de Flaubert.
Je m’aventure dans la copie.

    Gérard Laneyrie habite à Miscon (Drôme).
Il a transcrit la séquence 55 : Discours de Homais sur le climat.