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Je suis professeur à l'université Paris 7, spécialiste de Hugo (édition de Feuilles paginées, des "Fragments dramatiques", de Victor Hugo raconté par Adèle Hugo et publication informatisée en cours des "fragments"). J'ai fait ici une incursion justifiée à mes yeux par le surprenant écart entre les pratiques d'écriture, diamétralement opposées, des deux écrivains, également géniaux.  

Savez-vous l'effet final affligeant produit sur ma conscience littéraire peu exigeante ? Je me dis que Flaubert est peut-être allé trop loin et que telle version intermédiaire pourrait bien être égale, voire meilleure.

Il a des faiblesses étonnantes, qu'il voit, mais aussi des trouvailles qu'on regrette. J'aimais bien qu'il n'y ait pas "de meilleure pâte d'homme" que Charles et ses attentions (les petits gâteaux, le concert de chanteurs montagnards, les bottes et les hardes réunies pour aller s'habiller silencieusement dans l'escalier). Le programme (assez tordu) que Flaubert se donne en marge "éloge de Charles de manière à montrer qu'elle ne peut l'aimer. fait ce qu'elle peut." est finalement abandonné; c'est peut-être dommage.
Je préférais aussi voir Djali courir après les rats qu'après des musaraignes et des papillons et j'aimais mieux qu'elle "mordillonne" les coquelicots plutôt que de les "mordiller" platement.
La description du saut de loup où Emma va s'asseoir y perd aussi : plus de grands arbres, plus de soleil ni d'été, moins de couleurs ; le paysage devient abstrait plus qu'aride.
Le rythme y gagne beaucoup, c'est vrai ; mais il se remarque trop et finit par devenir passablement répétitif.

Bref, il serait amusant que notre entreprise permette de publier une "meilleure" Madame Bovary.

Guy Rosa habite à Paris.
Il a transcrit la séquence 29 : La levrette Djali.