Femmes d'Aujourd'hui 1979 – Madame Bovary – Le dîner à l'auberge du Lion d'Or – 1      Suite

 

 - Avez-vous du moins quelques promenades  dans les environs ? continuait madame Bovary  parlant au jeune homme.
      - Oh ! fort peu, répondit-il. Il y a un endroit que l'on nomme la Pâture, sur le haut de la côte, à la  lisière de la forêt. Quelquefois, le dimanche, je vais là,  et j'y reste avec un livre, à regarder le soleil couchant.
      - Je ne trouve rien d'admirable comme les soleils couchants, reprit-elle, mais au bord de la mer, surtout.
      - Oh ! j'adore la mer, dit M. Léon.
      - Et puis ne vous semble-t-il pas, répliqua madame Bovary, que l'esprit vogue plus librement sur cette étendue sans limites, dont la contemplation vous élève l'âme et donne des idées d'infini, d'idéal ?
      - Il en est de même des paysages de montagnes, reprit Léon. J'ai un cousin qui a voyagé en Suisse l'année dernière, et qui me disait qu'on ne peut se  figurer la poésie des lacs, le charme des cascades, l'effet gigantesque des glaciers. On voit des pins d'une grandeur incroyable, en travers des torrents, des cabanes suspendues sur des précipices, et, à mille pieds sous vous, des vallées entières, quand les nuages s'entrouvrent. Ces spectacles  doivent enthousiasmer, disposer à la prière, à  l'extase ! Aussi je ne m'étonne plus de ce musicien célèbre qui, pour exciter mieux son imagination, avait coutume d'aller jouer du piano devant quelque site imposant.

Madame Bovary, II, chap. 2