Quelques figures

 
de bourgeois

 


Portraits
 

Monsieur Binet

« – Et M. Binet donc ! À six heures battant vous allez le voir entrer, car son pareil n'existe pas sur la terre pour l'exactitude. Il lui faut toujours sa place dans la petite salle ! On le tuerait plutôt que de le faire dîner ailleurs ! et dégoûté qu'il est ! et si difficile pour le cidre ! Ce n'est pas comme M. Léon ; lui, il arrive quelquefois à sept heures, sept heures et demie même ; il ne regarde seulement pas à ce qu'il mange. Quel bon jeune homme ! Jamais un mot plus haut que l'autre.
– C'est qu'il y a bien de la différence, voyez-vous, entre quelqu'un qui a reçu de l'éducation et un ancien carabinier qui est percepteur.
   Six heures sonnèrent. Binet entra.
   Il était vêtu d'une redingote bleue, tombant droit d'elle-même tout autour de son corps maigre, et sa casquette de cuir, à pattes nouées par des cordons sur le sommet de sa tête, laissait voir, sous la visière relevée, un front chauve, qu'avait déprimé l'habitude du casque. Il portait un gilet de drap noir, un col de crin, un pantalon gris, et, en toute saison, des bottes bien cirées qui avaient deux renflements parallèles, à cause de la saillie de ses orteils. Pas un poil ne dépassait la ligne de son collier blond, qui, contournant la mâchoire, encadrait comme la bordure d'une plate-bande sa longue figure terne, dont les yeux étaient petits et le nez busqué.
   Fort à tous les jeux de cartes, bon chasseur et possédant une belle écriture, il avait chez lui un tour, où il s'amusait à tourner des ronds de serviette dont il encombrait sa maison, avec la jalousie d'un artiste et l'égoïsme d'un bourgeois.
»
[F_148 et F_149, II, ch. 1]

Les bourgeois aux comices agricoles

« Tous ces gens-là se ressemblaient. Leurs molles figures blondes, un peu hâlées par le soleil, avaient la couleur du cidre doux, et leurs favoris bouffants s'échappaient de grands cols roides, que maintenaient des cravates blanches à rosette bien étalée. Tous les gilets étaient de velours, à châle ; toutes les montres portaient au bout d'un long ruban quelque cachet ovale en cornaline ; et l'on appuyait ses deux mains sur ses deux cuisses, en écartant avec soin la fourche du pantalon, dont le drap non décati reluisait plus brillamment que le cuir des fortes bottes. Les dames de la société se tenaient derrière, sous le vestibule, entre les colonnes, tandis que le commun de la foule était en face, debout, ou bien assis sur des chaises. »
[F_269 , II, ch. 8]

Les bourgeois à l'opéra de Rouen

« On voyait là des têtes de vieux, inexpressives et pacifiques, et qui, blanchâtres de chevelure et de teint, ressemblaient à des médailles d'argent ternies par une vapeur de plomb. Les jeunes beaux se pavanaient au parquet, étalant, dans l'ouverture de leur gilet, leur cravate rose ou vert pomme ; et madame Bovary les admirait d'en haut, appuyant sur des badines à pomme d'or la paume tendue de leurs gants jaunes. »
[F_360 II, ch. 14]

Dans un des brouillons préparatoires, [4_268], la charge contre les bourgeois rouennais est très virulente. Relevez les critiques portant sur :

  • leur physique
  • leur conversation
  • leur état d'esprit

Monsieur Derozerays

  • Pourquoi son portrait a-t-il été supprimé ? cop_284
Le goût bourgeois
 

« Il y a des gens qui ne placent point leurs rêves de bonheur dans des Alhambra et des palais à la vénitienne, qui méprisent ou dédaignent la brocatelle et les dorures, la laque ou le marbre. Pour eux, les ivoireries chinoises et les tableaux sont de niaises superfluités – Natures démocratiques, insensibles aux entraînements de la Fantaisie, comme aux élégances du Bien-être et aux splendeurs de l'art. Tout luxe pour eux, soit qu'il rayonne de la matière, ou qu'il s'exhale de l'Esprit contient une certaine immoralité qui les effraie, avec une insolence qui les irrite. Et pareils aux chiens que la musique fait hurler, ils dénigrent instinctivement ce vague pouvoir dont ils ne comprennent la force que par le malaise qu'il leur procure. Ce sombre instinct des natures déshéritées qui a détruit les idoles au Vème siècle et les châteaux au 18e explique l'éternel acharnement de la multitude contre tout ce qui la dépasse, et la haine qui suit le saltimbanque sur ses tréteaux, le poète à travers son œuvre, le riche dans sa voiture et qui fait jeter des pierres aux métaphores, aux galons, et aux carrosses. Il pousse au triomphe des doctrines égalitaires et consolide l'éternelle, l'indestructible prépondérance du goût-Bourgeois. »

[5_252v, recomposé, III, ch.5].
Digression du narrateur sur plusieurs folios : [5_262] ; [5_256v] ; [5_255v] ; [5_252v] ; [5_255] ; [5_254] ; [6_23v]. Mais tout a disparu dans le texte édité [F_415].

Monsieur Homais
 

Les idées de monsieur Homais

Ses articles dans le Fanal de Rouen

Ses apports à la science et au progrès F_482 et F_484
 
Ses justes aspirations F_484   F_485

Monsieur Homais à table

– Homais a donné un dîner en l'honneur de Léon, venu de Paris. Il y a invité les personnalités de Yonville. [Passage supprimé]

  • Convives et décorum 5_147
  • Les sujets de conversation apparaissent dans les folios non retenus (en jaune dans le tableau)

– Au restaurant de Rouen avec Léon : 6_20