Les dates dans Madame Bovary [2]


L’écriture du roman

 

Flaubert a écrit Madame Bovary entre 1851 et 1856.
L’action du roman se situe pendant la Monarchie de Juillet (1830–1848)
mais se termine avant les événements de 1848, qui n'apparaissent pas dans l'œuvre.


Les dates précises dans les manuscrits

 

Elles appartiennent toutes à un passé reculé et ne font pas partie de l’action.
Il s'agit de la galerie des portraits à la Vaubyessard [Texte publié, page 97]

 
Elle lut : « Jean-Antoine d'Andervilliers d'Yverbonville, comte de la Vaubyessard et baron de la Fresnaye, tué à la bataille de Coutras, le 20 octobre 1587 » Et sur un autre : « Jean-Antoine-Henry-Guy d'Andervilliers de la Vaubyessard, amiral de France et chevalier de l'ordre de Saint-Michel, blessé au combat de la Hougue-Saint-Vaast, le 29 mai 1692, mort à la Vaubyessard le 23 janvier 1693 ».

 et des inscriptions sur les tombes de la cathédrale [P. 380]

 
- Cette simple dalle recouvre Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne et de Brissac, grand maréchal de Poitou et gouverneur de Normandie, mort à la bataille de Montlhéry, le 16 juillet 1465. [etc.]

Le passé récent
 

Voici les dates des événements que les personnages ont pu vivre ou dont ils ont entendu parler :

1779 – « Panorama de la baie de Naples et du Vésuve pendant l'éruption de 1779 » 
1782 – Thilénius – m[édecin] saxon - coupa le tendon d'Achille (ténotomie.)
1812 ou 1813 – Le père de Charles ancien aide-chirurgien-major, compromis, vers 1812, dans des affaires de conscription, et forcé, vers cette époque, de quitter le service.
1815 – Le duc de Laverdière rentre en France.
1815 – En 1815, ce qu'il toucha du milliard [des Émigrés] lui servit à se remeubler un peu, il maria sa fille, et vécut prit une demoiselle à l'opéra pour tenir sa maison.
1825 – Puis rentré en 1825 après avoir été maître d'armes pendant l'émigration,  le duc de Laverdière...
1829 –  La chapelle de la Vierge a été souvent tirée par les artistes, et même, en 1829, un Anglais avait proposé trois millions pour la faire démolir et la porter dans son château.
1830 – Ancien pair de France sous la Restauration, propriétaire considérable & légitimiste refroidi, chassé de la paierie en 1830, le marquis [d’Andervilliers] cherchait maintenant à rentrer dans la vie politique par la porte de la Chambre des Députés.
1832 – Les invités de la Vaubyessard : « un rédacteur de journal légitimiste 1832 »
1832 - Pour agrandir [le cimetière d’Yonville], lors du choléra de 1832, on a abattu un pan de mur
1835 /1836 – Jusqu'en 1835, il n'y avait point de route praticable pour arriver à Yonville ; mais on a établi vers cette époque un chemin de grande vicinalité qui relie la route d'Abbeville à celle d'Amiens.
1838 – Voici la belle statue qui décorait autrefois la tombe de Richard Coeur de Lion roi d'Angleterre et duc de Normandie que l'on a retrouvée dernièrement en 1838.
184* – Article d’Homais sur l’opération du  pied bot :

 
« Yonville ce 2 mai 184-  Enfin malgré les préjugés qui recouvrent encore une partie de la face de l'Europe, la lumière cependant commence à pénétrer dans nos campagnes [...] »
 

La seule date conservée dans le texte édité est 1835, l'année du chemin de grande vicinalité.

 
Les dates cachées : la présence de l'auteur
 

Jacques Seebacher, chercheur dix-neuviémiste et spécialiste de Victor Hugo, a fait des découvertes surprenantes :
Dans la fin du roman, on ne trouve qu'une seule date « précise », la date fixée pour la fuite de Rodolphe et d’Emma : [Page 334]

  « Le mois d'août se passa, et, après tous ces retards, ils arrêtèrent que ce serait irrévocablement pour le 4 septembre, un lundi. »

La consultation d'un calendrier universel donne deux possibilités pour la décennie 1840-1850 : 1843 et 1848. Il faut exclure 1848, trop tardif pour l'action du roman.
Il reste donc le 4 septembre 1843, date de la mort de Léopoldine Hugo à Villequiers !

  « L'automne commençait et déjà les feuilles tombaient, - comme il y a deux ans, lorsqu'elle était malade ! »- [P. 428]

À partir de là, on peut déterminer la date de l'empoisonnement d'Emma, qui survient 4 jours après la mi-carême de 1846. Le calendrier des fêtes mobiles donne le jeudi 19 mars
Emma prend donc de l'arsenic le 23 mars 1846, le lendemain de la mort de Caroline, la sœur de Flaubert.
Cette date revient, de manière cryptée dans les comptes de Lheureux : [page 426]

  « - Écoutez donc ! il me semble que, jusqu'à présent, j'ai été assez bon pour vous.
Et, déployant un de ses registres :
- Tenez !
Puis, remontant la page avec son doigt :
- Voyons..., voyons... Le 3 août, deux cents francs...  Au 17 juin, cent cinquante... 23 mars, quarante-six... En avril...
Il s'arrêta, comme craignant de faire quelque sottise. [...] »
   

Vous pouvez lire la chronologie de Madame Bovary telle que l'a établie Jacques Seebacher.
 


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