Flaubert juge les écrivains romantiques

Lettres à Louise Colet,
    écrites pendant la rédaction de Madame Bovary 

  • À propos de Lamartine :
    « J'ai lu Graziella. le malheureux ! Quelle belle histoire il a gâtée là ! Cet homme, on a beau dire, n'a pas l'instinct du style. »

    [8 avril 1852]
     
  • « Et d’abord, pour parler clair, la baise-t-il ou ne la baise-t-il pas ? Ce ne sont pas des êtres humains mais des mannequins. – Que c’est beau ces histoires d’amour où la chose principale est tellement entourée de mystères que l’on ne sait à quoi s’en tenir ! L'union sexuelle étant reléguée systématiquement dans l'ombre, comme boire, manger, pisser, etc. ! Ce parti pris m'agace. Voilà un gaillard qui vit continuellement avec une femme qui l'aime et qu'il aime, et jamais un désir ! Pas un nuage impur ne vient obscurcir ce lac bleuâtre ! Ô hypocrite ! S'il avait raconté l'histoire vraie, que c'eût été plus beau ! Mais la vérité demande des mâles plus velus que M. de Lamartine. – Il est plus facile en effet de dessiner un ange qu'une femme. Les ailes cachent la bosse. [...] Mais non, il faut faire du convenu, du faux. Il faut que les dames vous lisent. Ah mensonge ! mensonge ! que tu es bête ! »
    [24 avril 1852]
     
  • « Lamartine se crève, dit-on. Je ne le pleure pas (je ne connais rien chez lui qui vaille le Midi de Leconte [de Lisle]). Non, je n'ai aucune sympathie pour cet écrivain sans rythme, pour cet homme d'État sans initiative. C'est à lui que nous devons tous les embêtements bleuâtres du lyrisme poitrinaire, et lui que nous devons remercier de l'Empire : homme qui va aux médiocres et qui les aime. »
    [6 avril 1853]
     
  • « Ah ! voilà bien mes couillons de l'école de Lamartine ! Tas de canailles sans vergogne ni entrailles. leur poésie est une bavachure d'eau sucrée. Sacré nom de Dieu ! j'écume ! – Je les crois bien ! quand ils me disent qu'ils n'aiment pas l'antique ni les anciens. Mais ceux qui ont sucé le lait de la louve (j'entends le suc des vieux) ont un autre sang dans les veines. – Et ils considèrent comme des fleurs blanches de l'esprit toutes ces miéverires pudibondes, où toute naïveté doit périr. »
    [20 avril 1853]
     

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