L'histoire et la politique

La rencontre de Pritchard

et de la reine Pomaré
 



Le foulard de Félicité
Ce passage se situe après la première visite de Lheureux chez Bovary [II, ch. 5].
Emma n'a rien acheté mais Lheureux a offert un foulard à Félicité pour gagner ses faveurs.
Flaubert décrit de mémoire ce mouchoir ; d’où les erreurs concernant le décor ou la présence de Guizot.
Le texte se développe sur quatre folios  et sera supprimé dans le manuscrit du copiste.
 

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définitif

copiste

 Un quart d'heure après, Félicité entra en poussant des exclamations de joie. Elle portait aux épaules, un beau foulard en cotonnade, dont Mr L'heureux venait de lui faire cadeau. Cette oeuvre d'un génie Rouennais et qui était sur fond rouge bariolée de foudres noires, et avec personnages, eut alors pendant quinze jours, environ, un immense succès, grâce à sa portée politique. On y voyait, au milieu, agréablement reproduits Mrs Guizot, Prittchard et la reine Pomaré, toute nue, qui, autour d'une table ronde, buvaient ensemble un verre de bierre.

[Manuscrit définitif, p.213]

 
 

L'affaire Pritchard
 

 Rappel historique

George Pritchard (1796-1883), apothicaire et pasteur anglais installé à Tahiti depuis 1824, y exerça les fonctions de consul du Royaume-Uni à partir de 1837. Il eut une grande influence sur la reine Pomaré IV.
En 1834, les missionnaires catholiques français commencèrent l’évangélisation de L’Océanie. Leur arrivée fut très peu appréciée par Pritchard ; il obtint de la reine leur expulsion, en 1836. Ce geste permit une intervention de la France qui imposa le Protectorat français sur l'île de Tahiti en 1842. Pritchard, accusé d'avoir suscité des troubles fut arrêté, puis expulsé en mars 1844.
L'affaire suscita en Angleterre une très vive hostilité contre la France : on fut à deux doigts d'une guerre « pour la reine Pomaré ». Pour éviter le conflit, Guizot, alors premier ministre du roi Louis-Philippe et très attaché à l'Entente cordiale, promit de verser une forte indemnité au Royaume-Uni, ce qui dénoua la crise internationale mais ne désarma pas l’opposition en France, comme le montre ce « mouchoir » imprimé à Déville-lès-Rouen en 1847.