François-René de Chateaubriand
     


Girodet (détail)

François-René,

vicomte de Chateaubriand

 

1768 - 1848

       
     
[Début de la biographie extraite du Larousse du XIXe. Elle s'étend de 1768 à 1806, et concerne les oeuvres citées par Flaubert pour les lectures d'Emma.]
 
     

      Chateaubriand est l'un des grands écrivains de ce siècle. Il est né le 4 septembre 1768 aux environs de Saint-Malo, d'une famille noble et ancienne. Son enfance s'écoula rêveuse et solitaire, dans le manoir paternel de Combourg, au milieu des bois et sur les grèves orageuses de la Bretagne. Cadet de famille, il était à ce qu'il paraît destiné à l'état ecclésiastique ; mais, après ses études, il entra comme sous-lieutenant au régiment de Navarre (1787), vint à Paris, où il connut les célébrités littéraires du temps, Delille, La Harpe, Chamfort, Parny, Ginguené, Fontanes, et fut présenté à la cour, où le mariage récent de son frère aîné avec la petite-fille de M. de Malesherbes lui donnait entrée et position.
 
Le voyage en Amérique

        Au début du grand drame révolutionnaire, il était absorbé exclusivement dans des rêves de poésie et de voyage, et il partit enfin en 1791 pour l'Amérique septentrionale, dans le but apparent de chercher le fameux passage du Nord-Ouest, mais entraîné en réalité par son imagination aventureuse et par cette passion du romanesque qui fut sa muse de toute sa vie. Il partageait d'ailleurs à cette époque l'engouement universel pour le nouveau monde émancipé, et nourrissait son esprit des paradoxes poétiques de Rousseau sur les beautés de la vie sauvage et de la pure nature.
        Il explora l'Amérique du Nord en poëte et en artiste, nullement en géographe et en voyageur, s'enfonça dans les forêts du haut Canada, dans des solitudes sans limites, vécut avec les tribus indiennes, enivré de la majesté de cette nature grandiose, promenant dans le désert cette mélancolie précoce "qu'il tenait de Dieu et de sa mère," et son dégoût anticipé de la vie, des hommes et de la société, rêvant l'épopée de la vie sauvage, l'idylle des races primitives, et l'esquissant au jour le jour et de solitude en solitude, dans un profond oubli du monde et de la société où sa destinée orageuse allait le jeter pour y jouer un rôle éclatant.
        Une poésie nouvelle se révéla dès lors à son génie et vint mêler ses impressions et ses peintures à la poétique de l'école sentimentale et descriptive qui avait inspiré ses premiers essais. Il rapporta de ce voyage extraordinaire d'admirables ébauches d'où bientôt devaient se dégager les créations à Atala, des Natchez, de René, ainsi que les Voyages en Amérique.
 
L'émigré

        Un journal tombé entre ses mains, en l'instruisant de la marche irrésistible de la Révolution, l'arrache au nouveau monde. Il s'embarque à la hâte, aborde en France vers le milieu de 1792 et va se jeter, dans les rangs des émigrés de Coblentz et offrir son épée à l'invasion étrangère et à la contre-révolution. Blessé au siège de Thionville, attaqué par une maladie contagieuse pendant la retraite, il se réfugie mourant en Angleterre (1793), où il vécut pendant quelques années dans le dénûment et la solitude, donnant des leçons de français pour vivre et travaillant pour les libraires et les journaux. C'est pendant cette période douloureuse de sa carrière qu'il conçut et qu'il exécuta l'Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française (Londres, 1797), ouvrage où quelques mérites de style ne peuvent compenser l'absurdité du plan, l'absence d'unité morale, l'affectation de misanthropie et de scepticisme politique, le mélange d'idées inconciliables, et la fausseté choquante des rapprochements historiques. Malgré son esprit rétrograde, cet écrit porte encore l'empreinte du scepticisme religieux de la jeunesse de l'auteur, et lui attira plus tard de vives attaques dans son propre parti.
 
Atala

        Bientôt cependant ses idées prirent un autre cours. Les persécutions subies par sa famille, la mort de sa mère et de sa sour, ses propres malheurs, peut-être aussi la mobilité de son imagination, le ramenèrent au christianisme, et il commença, sous cette inspiration, un ouvrage plusieurs fois interrompu, sinon abandonné, et qui était destiné à un succès éclatant et universel. Le 18 brumaire lui rouvrit les portes de la France, et son ami dévoué M. de Fontanes partagea avec lui le privilège du Mercure de France. C'est dans ce recueil qu'il publia, en 1801, sa gracieuse idylle indienne d'Atala, tableau poétique des amours de deux jeunes sauvages, composition un peu artificielle, mais pleine de descriptions ravissantes, d'une grâce inexprimable, d'un sentiment exquis et d'un coloris éblouissant. Le succès fut immense et le nom de Chateaubriand, la veille encore à peu près inconnu, fut désormais popularisé dans toute l'Europe.
 
Génie du christianisme

        L'année suivante (1802), après de longues hésitations, il livra au public son ouvrage de prédilection  le Génie du christianisme, dont l'apparition eut toute l'importance d'un événement public, et qui surtout eut la bonne fortune d'arriver à son heure et de répondre à un besoin des esprits. Le but de l'auteur avait été de démontrer l'excellence et la divinité de la religion chrétienne au point de vue de la poésie et des arts aussi bien que par rapport au dogme et à la théologie, d'établir que le symbole catholique contient dans sa synthèse sacrée toute science et toute poésie, comme il contient toute vérité. Il faut reconnaître aujourd'hui qu'il n'a qu'en partie justifié son titre et réalisé son plan, et qu'il a tracé d'un pinceau brillant la poétique du christianisme plutôt qu'il n'en a compris et analysé le génie avec la profondeur et la gravité que comporte un tel sujet.
        Néanmoins, cette gracieuse fantaisie d'artiste accomplit ce que n'eût point fait peut-être la conception forte et sévère d'un penseur, en donnant une voix à la réaction religieuse, préparée déjà par la lassitude des esprits, par le rétablissement officiel du culte et par l'affaissement qui suit les grandes crises. Malgré les critiques des classiques purs, malgré les attaques des légataires de la philosophie sceptique et révolutionnaire, Ginguené, Morellet, Chénier, etc., le livre eut une vogue inouïe et fit une véritable révolution dans le goût comme dans les idées. Napoléon y vit un auxiliaire utile de sa politique de restauration et comme une sorte de complément au concordat. Il nomma l'auteur secrétaire d'ambassade à Rome, puis ministre plénipotentiaire dans le Valais. Mais le noble écrivain s'accommodait mal de ces positions secondaires ; l'exécution du duc d'Enghien lui fournit l'occasion de donner sa démission, acte de conscience et de courage qui, au milieu du silence universel, eut un grand éclat et irrita profondément l'empereur.
 
René - Les Aventures du dernier Abencerage

       En 1805, Chateaubriand publia René, oeuvre étrange et d'une poésie amère, où il a reproduit les impressions et les rêveries maladives de sa jeunesse. Depuis longtemps déjà, il méditait une épopée chrétienne où il se proposait de mêler la poésie d'Homère à la poésie de la Bible et de l'Evangile, et il partit en 1806 pour visiter les lieux qui devaient servir de théâtre aux scènes qu'il voulait peindre. Ce voyage eut encore le caractère d'un double pèlerinage au berceau de l'antiquité païenne et au berceau du christianisme. Il parcourut la Grèce, la Turquie, la Syrie, la Terre sainte, l'Égypte, et revint en France par l'Espagne, où il se délassa de ses longues pérégrinations et de ses impressions par la composition des Aventures du dernier des Abencerrages, roman chevaleresque qu'il ne devait publier qu'en 1826.

Source : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse

       
Liens
    Sur le site Gallica de la BnF, vous trouverez, en mode texte :
Génie du christianisme, ou Beautés de la religion chrétienne, 1803.
Dans cette édition, René et Atala apparaissent à la place qui leur était destinée : René à la suite du Vague des passions ; Atala, à la fin de la troisième partie, pour illustrer les "Harmonies de la religion chrétienne avec les scène de la nature et les passions du coeur humain".
René, Atala, Les Aventures du dernier Abencerage,
Poèmes ossianiques (traduction de Chateaubriand), Voyage en Amérique.
Ici-même vous trouverez une notice sur le Génie du christianisme, et des extraits auxquels Flaubert fait allusion :
Ruines - Reines infortunées - Au milieu des mers atlantiques - Forêts du Nouveau-Monde
René :
Tombes au clair de lune - Tempêtes et oiseaux migrateurs.
Atala : Orage dans les forêts indiennes - Funérailles d'Atala