Eugène Scribe - Adrien Boieldieu
 
   
 

La Dame blanche

Opéra-comique

1825

 

  

     

Musique de François-Adrien Boïeldieu (1775-1834)
Livret d'Eugène Scribe (1791-1861)
D'après deux romans de Walter Scott, Guy Mannering (1815) et Le Monastère (1820)
représenté à l'Opéra-Comique le 10 décembre 1825

 
     
     

Synopsis

       La scène se passe en Écosse en 1759, dans un village de montagne.
       La Dame blanche est une statue mystérieuse du château ayant appartenu aux différents comtes d'Avenel, et le peuple la croit un esprit protecteur de la famille et de toute la localité. L'intendant Gaveston, à qui est confiée la garde du château, médite d'en devenir propriétaire et fait organiser une vente aux enchères afin de pouvoir s'en emparer à bon compte.
         Mais à son dessein s'oppose secrètement Anna, orpheline protégée par les Avenel, car elle a juré à la comtesse mourante de veiller sur les droits de son fils, que ce même Gaveston avait fait disparaître du village. Aussi fait-elle parvenir à Dickson – un fermier qui se croit le débiteur de la Dame blanche pour un bienfait reçu – une mystérieuse invitation à se trouver au château la nuit suivante. Il n'ose pas. Mais un jeune officier, Georges Brown (on découvrira plus tard qu'il est l'héritier des Avenel) s'offre pour aller à sa place.
         Venu au rendez-vous, il est exhorté par le fantôme de la Dame blanche - dont Anna s'est donné l'apparence - à acheter le château, avec promesse qu'il obtiendra la somme nécessaire, et, en récompense, l'amour d'une jeune fille qu'il aime lui-même. La vente publique a lieu, et après des enchères mouvementées le mettant aux prises avec Gaveston, Georges Brown a le dessus et achète le château pour 500 000 francs.
         Le lendemain, quand sonne l'heure du paiement, la Dame blanche apparaît et offre à Georges la somme, prise dans le trésor secret du château. Gaveston, furieux, arrache le voile qui dissimule le visage d'Anna ; après quoi, il ne lui reste plus qu'à partir. L'œuvre se termine par les noces d'Anna et de Georges, au milieu des chants et danses des paysans.

Laffont-Bompiani,
Dictionnaire des œuvres, t. II, p. 196, 1990
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Circonstances de la création de la Dame Blanche

        Avant d'analyser dans tous ses détails ce chef-d'œuvre d'esprit et de goût qui, depuis quarante-quatre ans, est la planche de salut des directeurs dans l'embarras, toujours assurés par lui d'attirer la foule, disons à quelles circonstances il est dû.
        La répétition générale de Fiorella (opéra de Scribe et Auber) venait d'avoir lieu à la satisfaction générale, raconte Adolphe Adam, et la première représentation était fixée au surlendemain, lorsque, dans la nuit, Mme Pradher, chargée du rôle principal, et subissant déjà les commencements d'une position intéressante, éprouva un accident qui devait l'éloigner pendant plusieurs mois du théâtre. Aucun autre ouvrage n'était prêt. Le directeur, Guilbert de Pixérécourt, convoqua les sociétaires consternés. "Une ressource nous reste encore, leur dit-il, allons demander un opéra à Boieldieu." Un morne silence accueillit ces paroles, dont le commencement avait fait naître quelque espoir.

         C'est que chacun connaissait Boieldieu et sa manière de travailler. Voici comment il s'y prenait pour composer : dès qu'il avait ses paroles il faisait et écrivait son morceau, puis il le faisait entendre à sa famille, à ses élèves, à ses amis, à ses connaissances, aux visiteurs, à ses fournisseurs, à tous ceux enfin qu'il pouvait amener à son piano. S'il surprenait sur la figure d'un seul le moindre signe de désapprobation : "Je savais bien, disait-il, que les autres n'étaient que des flatteurs ; décidément ce morceau ne vaut rien." Et, sur-le-champ, son ouvrage était mis au rebut, pour être recommencé. Cela se renouvelait plus d'une fois, et l'on était sûr que, lorsque Boieldieu terminait une partition, son panier avait englouti la valeur de dix autres opéras. Comment, avec de tels précédents, espérer obtenir de Boieldieu cette Dame blanche dont il s'occupait depuis un an à peine ? "N'importe, dit Pixérécourt, il faut tenter l'aventure ; rendons-nous tous en corps chez Boieldieu ; prouvons-lui que le sort de l'Opéra-Comique est entre ses mains, et peut-être consentira-t-il à nous sauver."

        La démarche est faite sur-le-champ ; elle obtient un plein succès. Mme Boieldieu s'engage à retirer à son mari chaque morceau dès qu'il sera terminé, sans lui permettre d'en refaire une note ; un dédit est signé, et trois semaines après, jour pour jour, on joue la Dame blanche. À la répétition générale, les sociétaires offrent une magnifique tabatière d'or à Boieldieu ; on lui fait jurer de donner dans un an les Deux nuits, opéra qu'il avait interrompu pour la Dame blanche, et dont près de deux actes étaient composés ; il prononce le serment solennel et livre ses Deux nuits... trois ans après !...

        La Dame blanche fut terminée, apprise, jouée et répétée en vingt et un jours.

 
 
 
Liens  

Vous trouverez ici-même le scénario détaillé de la Dame blanche et la rencontre entre Anna et George Brown : "Viens, gentille Dame..."