Romancier moraliste,
né à Paris en 1761, mort à Ville-d'Avray en 1819.
Il débuta en
littérature par des chansons et des pièces de théâtre,
et remplaça l'abbé Aubert dans la rédaction des
Petites Affiches, feuille toute mercantile, dont les comptes-rendus
littéraires étaient de véritables réclames.
Quand le rédacteur était obligé d'enregistrer la
chute d'un ouvrage dramatique, il terminait invariablement son article
par cette phrase : "La pièce est d'un homme d'esprit, qui,
nous l'espérons, prendra bientôt sa revanche." Ducray-Duminil
s'accommoda de la République, comme plus tard il devait s'accommoder
de l'Empire et des Bourbons ; il fut toutefois mis en arrestation, le
3 janvier 1794, pour avoir laissé passer dans son journal l'annonce
d'une vente en assignats démonétisés. Renfermé
à Sainte-Pélagie, il écrivait, huit jours après,
à Maton de La Varenne, avocat chargé de sa défense
: "Dès le 12 juillet 1789, j'ai toujours propagé
dans mon journal, comme dans mes autres écrits, l'amour de la
liberté et la haine des tyrans : je ne crains pas que ma détention
soit prolongée". En effet, il sortit bientôt de prison.
Il
se livra dès lors tout entier à la composition de petits
romans pour la jeunesse, dont le succès fut prodigieux.
Voici les titres de ceux qui eurent le plus de vogue :
1788 - Alexis ou la Maisonnette dans les bois
1794 - Les Soirées de la chaumière
1796 - Victor ou l'Enfant de la forêt
1798 - Coelina ou l'Enfant du mystère
1800 - Les petits orphelins du hameau
1800 - Paul ou la Ferme abandonnée
1807 - Lolotte et Fanfan
Ces ouvrages, souvent
réimprimés et traduits en plusieurs langues, ont fourni
les sujets d'une foule de pièces de théâtre.
Ducray-Duminil
fut aussi pendant longtemps le pourvoyeur des théâtres
du boulevard, tirant de ses romans des drames et des opéras-comiques.
Les plus connues de ses pièces sont : Victor, Coelina
et la Femme aux deux maris. On doit aussi à Ducray-Duminil
bon nombre de chansons, composées pour le Caveau moderne, dont
il était un des membres les plus aimés ; plusieurs romances,
tirées de Fanfan, d'Emilio et d'Alexis,
et des Couplets, publiés en 1810, sur le mariage de
Napoléon le Grand. Il a laissé aussi quelques pièces
fugitives pleines d'agrément, qu'on trouve dans un de ses recueils
de romances, les Étrennes d'Euterpe.
Outre l'amitié
de ses confrères, que sa bienveillance lui avait gagnée,
il retira encore de ses uvres une honnête aisance qui lui
permit de vivre fort heureux.
Le
style de Ducray-Duminil ne brille pas par la correction ; mais il est
clair, rapide et naturel. Son imagination excellait surtout à
combiner des aventures de mélodrames et de causes célèbres.
Une grande verve de sentiment, du mouvement, une certaine originalité
et une grande vérité dans les caractères, telles
sont ses qualités. Mais ce qui a fait surtout le succès
de ses uvres, c'est leur irréprochable moralité.
Il se plaît à peindre la vertu aux prises avec la force,
la ruse et le crime, mais de telle sorte que la vertu triomphe toujours
et que le vice est confondu. Il est à regretter que cet auteur
ne se soit pas fait scrupule d'emprunter des descriptions parfois entières
à d'autres ouvrages.
Lorsque Ducray-Duminil
mourut, regretté de tous, en 1819, il était presque riche,
et un grand nombre de sociétés littéraires ou savantes
se faisaient honneur de le compter parmi leurs membres.