Madame Cottin
     

Mathilde

 

Mémoires tirés

de l'histoire des croisades

 

1805

       
     
Pendant six mois à quinze ans Emma dévora l'une après l'autre toutes les glorifications emphatiques des passions [...] et Madame Cottin d'un bout à l'autre. [f°1_163v]
     

Un roman "troubadour"

        L'aimable Bérengère et la tendre Mathilde, l'une épouse et l'autre sœur de Richard Coeur-de-Lion, s'embarquent sur un navire pour rejoindre les croisés en Palestine. Elles tombent entre les mains de Malek-Adhel, frère de Saladin. Malek-Adhel est le type du paladin invincible, généreux, passionné et courtois avec les dames ; il tombe amoureux de sa captive, et, à travers toutes les résistances de la pudeur effarouchée, il finit par comprendre qu'il est aimé, que Mathilde lui accordera sa main s'il veut se convertir au christianisme.
       Mais cette main, Richard l'a promise à son compagnon d'armes, Gui de Lusignan. Les deux rivaux se cherchent dans les combats pour s'exterminer, tandis que Mathilde lutte contre sa passion au nom du devoir et de la religion. Enfin, se trouvant seule avec Malek-Adhel au milieu de l'ouragan du désert, et attendant avec résignation la mort qui les menace, elle engage sa foi au héros, qui jure de se faire chrétien. Sauvés contre toute espérance, ils se séparent, et Mathilde va rejoindre son frère.
        Après différentes péripéties, Lusignan et le frère de Saladin vont enfin se mesurer. Prévoyant sa défaite, mais ne voulant pas laisser Mathilde à son ennemi, Lusignan fait promettre à son écuyer d'assassiner le musulman si le sort se décide en sa faveur. Lusignan est vaincu, et Malek-Adhel, frappé par derrière, tombe sur le sable. Soupçonnant une perfidie, Mathilde accourt avec l'archevêque Guillaume ; le héros converti expire en invoquant le Dieu de Mathilde. La sœur de Richard ira dans un couvent demander des consolations à Dieu.
 

Inspiré par Chateaubriand

       Mathilde est l'oeuvre capitale de Mme Cottin ; les procédés dramatiques et les analyses de passion employés par elle dans des romans qui peignent les réalités de la vie moderne vont se développer ici dans une action épique. Comme dans Claire d'Albe, comme dans Malvina, les deux héros luttent eux-mêmes contre leur propre passion ; seulement, dans Mathilde, le cadre de l'action est plus vaste, il embrasse toute une époque ; de nombreux caractères largement dessinés, une étude assez complète de l'histoire et une certaine préoccupation de la couleur locale, montrent une face toute nouvelle du talent de l'auteur.

       La critique n'a pas dit son dernier mot sur Mme Cottin, qui, à notre avis, semble avoir voulu suivre le mouvement de l'école moderne, dont Chateaubriand était alors le seul représentant. Mathilde, en effet, n'est autre chose qu'une imitation des Aventures du dernier des Abencérages. On y reconnaît l'application de théories littéraires nouvelles, peu comprises à leur apparition, mais qui devaient, vingt ans après, triompher magnifiquement dans les Méditations, les Odes et Ballades, etc.

        Ce roman eut un immense succès ; on le retrouve même aujourd'hui sur les rayons de nos bibliothèques, et les scènes principales, reproduites dans des gravures d'Épinal, se vendent encore dans les foires. Le héros du roman, le fameux Malek-Adhel, est surtout connu par les innombrables sujets de pendules qu'il a inspirés ; sa vogue même n'est pas encore épuisée. Les autres personnages, Philippe-Auguste, Richard Cœur de Lion, Montmorency, Saladin, ont le même genre troubadour qui faisait pâmer de joie les lecteurs, sous l'Empire, et auquel nous devons l'inimitable Dunois de la romance. C'est un critérium de succès qu'il ne faut pas dédaigner de rappeler.

Source  : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse.

Six opéras, intitulés Malek-Adel ou Adel-Malek ont été écrits entre 1828 et 1863 sur des musiques de Pacini, Bergonzi, Costa, Poniatowski, Ventura-Sanchez, Loewe. L’œuvre de Costa, sur un livret de Pepoli a été représentée au Théâtre-Italien de Paris en 1837.

Des pendules, des tissus d’ameublement, des images d’Épinal évoquent aussi l’amour de Mathilde et d’Adhel-Malek.

       
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