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Cette
scène totalement fictive regroupant Amour / Royauté /
Religion au fond d'une assiette d'auberge s'explique par la personnalité
et la vie de Mlle de La Vallière. En voici quelques épisodes :
Louise-Françoise
de La Vallière est issue d'une famille de la petite noblesse de Tours.
Son père avait fait carrière dans les armes et sa mère avait épousé
en première noce un conseiller au Parlement de Paris. Une lointaine
cousine, Madame de Choisy, offrit de la faire entrer à la cour quand
elle eut 17 ans en tant que fille d'honneur d'Henriette d'Angleterre.
Douce, naïve, et très
pieuse, la jeune fille était déjà pourtant secrètement amoureuse de
Louis XIV depuis qu'elle l'avait vu à Blois, allant à la rencontre de
l'infante Marie-Thérèse ; elle laissa deviner son secret penchant,
et le roi à son tour fut pris à tant de grâce et de charme. Leur liaison
fut d'abord secrète tant que vécut la reine mère, mais dès 1662 elle
fut révélée au grand jour. Mlle de La Vallière était de toutes les fêtes
et de tous les divertissements ; elle y brillait dans les premiers
rôles, et toujours avec le roi. C'est pour elle que fut donné le fameux
carrousel de 1662 devant les Tuileries, sur la place qui en a gardé
le nom ; pour elle aussi que fut ordonnée une des plus belles et
des plus coûteuses fêtes : Les Plaisirs de l'Île enchantée qui marquera les débuts de Versailles en 1664. Elle tint ainsi une place
officielle à la cour pendant quelques années.
Elle eut quatre enfants
du roi, dont deux seulement survécurent. Toutefois Louise s'inquiétait
pour son salut : « L'amour violent que je ressentais et la
joie d'être aimée pour moi-même furent les chevaux furieux qui entraînèrent
mon âme dans le précipice. »
Sa
faveur était en ce moment au plus haut point ; elle allait décliner.
Plusieurs nuages s'étaient déjà élevés sur son bonheur. À la suite d'une
brouille légère, elle s'était enfuie un soir jusqu'à l'abbaye de Saint-Cloud,
dont les religieuses refusèrent de la recevoir. Louis XIV, qui l'aimait
encore follement, monta à cheval avec trois de ses plus dévoués courtisans,
et courut la réclamer ; il ne parlait rien moins que de brûler
le couvent si on tardait à la lui rendre. Une seconde fois, à la suite
d'une semblable querelle, provoquée sans doute par quelque infidélité
du roi, car Louis XIV ne l'aima uniquement que les deux ou trois premières
années, elle se réfugia au couvent de Chaillot. Cette fois, le roi fut
plus tiède ; il ne monta pas à cheval, il envoya seulement Lauzun
et Colbert la prier de revenir. C'était en 1671. Il est même douteux
qu'il l'ait reprise : il lui préférait alors la Montespan. La Vallière
resta encore trois ans à la cour ; ce furent trois années de supplice
pour elle, car il lui fallait chaque jour assister au triomphe de sa
rivale.
Elle
songea dès lors à se retirer, pour tout de bon, cette fois. Quand il
lui fallut faire connaître au roi sa résolution, elle s'attendit, comme
toute la cour, à rencontrer quelque obstacle ; mais Louis XIV resta
muet. Elle soupa une dernière fois avec lui chez la Montespan ;
le lendemain (20 avril 1674), elle entendit la messe du roi, qui partait
pour l'armée, et, à l'issue de la cérémonie, elle alla se jeter aux
genoux de la reine et lui demander pardon de l'offense qu'elle lui avait
faite en aimant et en acceptant l'amour de son mari. Louis XIV la laissa
s'éloigner. « Il n'avoit plus pour elle, dit Saint-Simon, qu'une
estime et une considération sèches » si bien que La Vallière, navrée,
déclara que, s'il cherchait à la revoir au cloître, elle refuserait.
Elle n'eut pas cette peine, car le roi n'y songea jamais. Elle prit
l'habit des carmélites au mois de juin, et ce fut Bossuet qui monta
en chaire lorsqu'elle prononça ses voeux et fit ce que l'on appelle
sa profession, dans le même mois de l'année suivante. Elle s'appela
dès lors Louise de la Miséricorde, et reçut le voile noir des mains
mêmes de la reine.
Mlle
de La Vallière, ou plutôt Louise de la Miséricorde, passa trente-six
ans dans la retraite, la prière et les austérités. Dans un but d'édification
pieuse, on a sans doute exagéré ses austérités et ses pénitences en
la dépeignant comme outrepassant encore les règles sévères de l'ordre,
couchant sur la dure, lavant et étendant le linge des soeurs, se levant
la nuit pour prier sur les dalles de l'église déserte, et mourant enfin
d'excès de travail et de veilles. Il ne faut pas croire tout ce qui
s'écrit dans les sacristies ; néanmoins il est permis de penser
que cet esprit exalté dut transporter, dans ce qu'elle appelait l'amour
divin, toute la sincérité qu'elle avait eue dans la passion purement
humaine ; pour elle, la religion ne dut être que l'idéalisation
de l'amour.
Elle est restée, malgré
sa faute, une des plus intéressantes figures féminines de son siècle,
et l'amour vrai qu'elle eut pour Louis XIV, son peu d'ambition, joints
à l'expiation qu'elle s'imposa pendant les trente-six dernières années
de sa vie, lui donnent une place à part parmi les favorites royales,
dignes, pour la plupart, d'être vouées à l'exécration publique.
Source principale : Grand dictionnaire
universel du XIXe siècle, Larousse |