Mademoiselle de La Vallière
     

Françoise-Louise

de La Baume Le Blanc
 

duchesse de La Vallière

1644-1710

       
     
Ils descendirent dans une auberge du quartier Saint-Gervais, où ils eurent à leur souper des assiettes peintes qui représentaient l'histoire de mademoiselle de La Vallière. Sur une d'elles on la voyait avec une grande robe à queue, et embrassant d'une main un crucifix tandis qu'elle repoussait de l'autre Louis XIV qui s'avançait, le chapeau bas. [Madame Bovary, def_71]
       
     

        Cette scène totalement fictive regroupant Amour / Royauté / Religion au fond d'une assiette d'auberge s'explique par la personnalité et la vie de Mlle de La Vallière. En voici quelques épisodes :    

        Louise-Françoise de La Vallière est issue d'une famille de la petite noblesse de Tours. Son père avait fait carrière dans les armes et sa mère avait épousé en première noce un conseiller au Parlement de Paris. Une lointaine cousine, Madame de Choisy, offrit de la faire entrer à la cour quand elle eut 17 ans en tant que fille d'honneur d'Henriette d'Angleterre.
         Douce, naïve, et très pieuse, la jeune fille était déjà pourtant secrètement amoureuse de Louis XIV depuis qu'elle l'avait vu à Blois, allant à la rencontre de l'infante Marie-Thérèse ; elle laissa deviner son secret penchant, et le roi à son tour fut pris à tant de grâce et de charme. Leur liaison fut d'abord secrète tant que vécut la reine mère, mais dès 1662 elle fut révélée au grand jour. Mlle de La Vallière était de toutes les fêtes et de tous les divertissements ; elle y brillait dans les premiers rôles, et toujours avec le roi. C'est pour elle que fut donné le fameux carrousel de 1662 devant les Tuileries, sur la place qui en a gardé le nom ; pour elle aussi que fut ordonnée une des plus belles et des plus coûteuses fêtes : Les Plaisirs de l'Île enchantée qui marquera les débuts de Versailles en 1664. Elle tint ainsi une place officielle à la cour pendant quelques années.
         Elle eut quatre enfants du roi, dont deux seulement survécurent. Toutefois Louise s'inquiétait pour son salut : « L'amour violent que je ressentais et la joie d'être aimée pour moi-même furent les chevaux furieux qui entraînèrent mon âme dans le précipice. »
        Sa faveur était en ce moment au plus haut point ; elle allait décliner. Plusieurs nuages s'étaient déjà élevés sur son bonheur. À la suite d'une brouille légère, elle s'était enfuie un soir jusqu'à l'abbaye de Saint-Cloud, dont les religieuses refusèrent de la recevoir. Louis XIV, qui l'aimait encore follement, monta à cheval avec trois de ses plus dévoués courtisans, et courut la réclamer ; il ne parlait rien moins que de brûler le couvent si on tardait à la lui rendre. Une seconde fois, à la suite d'une semblable querelle, provoquée sans doute par quelque infidélité du roi, car Louis XIV ne l'aima uniquement que les deux ou trois premières années, elle se réfugia au couvent de Chaillot. Cette fois, le roi fut plus tiède ; il ne monta pas à cheval, il envoya seulement Lauzun et Colbert la prier de revenir. C'était en 1671. Il est même douteux qu'il l'ait reprise : il lui préférait alors la Montespan. La Vallière resta encore trois ans à la cour ; ce furent trois années de supplice pour elle, car il lui fallait chaque jour assister au triomphe de sa rivale.
 
        Elle songea dès lors à se retirer, pour tout de bon, cette fois. Quand il lui fallut faire connaître au roi sa résolution, elle s'attendit, comme toute la cour, à rencontrer quelque obstacle ; mais Louis XIV resta muet. Elle soupa une dernière fois avec lui chez la Montespan ; le lendemain (20 avril 1674), elle entendit la messe du roi, qui partait pour l'armée, et, à l'issue de la cérémonie, elle alla se jeter aux genoux de la reine et lui demander pardon de l'offense qu'elle lui avait faite en aimant et en acceptant l'amour de son mari. Louis XIV la laissa s'éloigner. « Il n'avoit plus pour elle, dit Saint-Simon, qu'une estime et une considération sèches » si bien que La Vallière, navrée, déclara que, s'il cherchait à la revoir au cloître, elle refuserait. Elle n'eut pas cette peine, car le roi n'y songea jamais. Elle prit l'habit des carmélites au mois de juin, et ce fut Bossuet qui monta en chaire lorsqu'elle prononça ses voeux et fit ce que l'on appelle sa profession, dans le même mois de l'année suivante. Elle s'appela dès lors Louise de la Miséricorde, et reçut le voile noir des mains mêmes de la reine.
        Mlle de La Vallière, ou plutôt Louise de la Miséricorde, passa trente-six ans dans la retraite, la prière et les austérités. Dans un but d'édification pieuse, on a sans doute exagéré ses austérités et ses pénitences en la dépeignant comme outrepassant encore les règles sévères de l'ordre, couchant sur la dure, lavant et étendant le linge des soeurs, se levant la nuit pour prier sur les dalles de l'église déserte, et mourant enfin d'excès de travail et de veilles. Il ne faut pas croire tout ce qui s'écrit dans les sacristies ; néanmoins il est permis de penser que cet esprit exalté dut transporter, dans ce qu'elle appelait l'amour divin, toute la sincérité qu'elle avait eue dans la passion purement humaine ; pour elle, la religion ne dut être que l'idéalisation de l'amour.
        Elle est restée, malgré sa faute, une des plus intéressantes figures féminines de son siècle, et l'amour vrai qu'elle eut pour Louis XIV, son peu d'ambition, joints à l'expiation qu'elle s'imposa pendant les trente-six dernières années de sa vie, lui donnent une place à part parmi les favorites royales, dignes, pour la plupart, d'être vouées à l'exécration publique.

Source principale : Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Larousse