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BULLETIN FLAUBERT-3 / 10 mai 2001

VENTE À DROUOT, 15 MAI 2001

Le manuscrit du Voyage au bout de la nuit fera l'événement. Flaubert est présent avec cinq numéros (89-93) : trois lettres et des notes, dont une note inédite à Jules Senard au moment du procès de Madame Bovary. Deux lettres adressées à Flaubert, par Maxime Du Camp et George Sand, figurent également à cette vente.
Catalogue : http://www.artweb.fr/fr/etudes/piasa/home.html

FLAUBERT Gustave, 1821-1880. Lettre autographe

Lettre autographe, signée, à son avocat, Jules Senard ; [décembre 1856] ; une page in-4, sur papier bleu.
Flaubert consulte son avocat au sujet de son différend avec la Revue de Paris lors de la publication de Madame Bovary; c’est à Senard qu’il dédiera son roman au moment de l’édition.
"Seriez-vous assez bon pour m’accorder demain un quart d’heure d’audience. Il m’incombe une affaire fort désagréable dans laquelle je ne voudrais pas faire de sottises. – et l’on m’en fait beaucoup…"
8 000 / 10 000 FF - Lot n° : 89
[Correspondance, éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. II, p. 650.]

FLAUBERT Gustave. Note autographe, signée, sur Madame Bovary ; février 1857 ; 1 1/2 pages in-folio.

Pièce adressée à Me Senard, son défenseur, au moment du procès de Madame Bovary en correctionnelle, avec ratures et corrections.
120 000 / 150 000 FF -Lot n° : 90
"Je suis accusé d’outrage "envers la morale publique et religieuse & les bonnes mœurs".
Ma justification est dans mon livre. [Que mes] Le voilà. Quand mes juges [le lisent. &] l’auront lu ils seront convaincus que loin d’avoir fait un roman obscène et irreligieux, j’ai au contraire composé quelque chose d’un effet moral.
La moralité d’une œuvre [d'art] littéraire consiste-t-elle dans l’absence de certains détails qui pris isolement peuvent etre incriminés? ne faut-il pas [avant tout] plutot considerer l’impression qui en resulte, la leçon indirecte qui en ressort ? – & si l’artiste dans l’insuffisance de son talent, n’a pu produire cet effet, qu’à l’aide d’une [certaine] brutalité toute superficielle, les passages qui au premier coup d’œil, [paraissent] semblent reprehensibles ne sont-ils pas, par cela même, [les plus utiles &] les plus indispensables?…[Qui a jamais accusé Juvenal d'immoralité?] (ces crochets droits sont de Flaubert).
Bien qu’il soit outrecuidant d’evoquer les grands hommes à propos des petites œuvres, que l’on se rappelle avant de me juger, Rabelais, Montaigne, Regnier, tout Molière, l’abbé Prévost, Lesage, Beaumarchais & Balzac.
Les livres sincères [peuvent avoir] ont parfois des amertumes qui sauvent. Je ne redoute, pour ma part, que les litteratures doucereuses que l’on [avale] absorbe sans repugnance et qui empoisonnent sans scandale.
J’avais cru jusqu’[ici] alors que le[s] romancier[s] comme le[s] voyageur[s] avait la liberté des descriptions. J’aurais pu, après bien d’autres, choisir mon sujet dans les classes <exceptionnelles ou> ignobles de la société. Je l’ai pris, au contraire, dans la plus nombreuse <et la plus plate>. Que la reproduction en soit desagreable, je l’accorde. Qu’elle soit criminelle, je le nie.
Je n’écris [pas] [point] pas d’ailleurs pour les jeunes filles, mais pour les hommes, pour des lettrés.
<add. en marge : Les gens <qui cherchent le libertinage dans les livres> auxquels les livres peuvent nuire [ne liront jamais trois pages du mien. Le ton sérieux les en écartera.] Les gens qui s’amusent au libertinage des livres s’écarteront [vite] du mien.>
On ne va point par lubricité, aux amphitheatres. Et maintenant, j’accepte d’avance la decision de mes juges. Devant l’enormité des accusations, j’ai toutes les naïvetés de l’ignorance, & ne comprenant guères ma faute, <peut-être> me consolerai-je de ma [punition] <punition> ?"
[Transcription Yvan Leclerc. […] : barré. <…> ajout. Gras : souligné par Flaubert. Cette note est non seulement inédite, mais personne n'en soupçonnait l'existence. Elle doit dater de la deuxième quinzaine de janvier 1857.]

FLAUBERT Gustave. Lettre autographe, signée, à Charles Baudelaire.

Lettre autographe, signée, à Charles Baudelaire ; 23 août 1857 ; 2 p. in-8, sur papier bleu.
Lettre relative au procès des Fleurs du mal.
"J’ai reçu les articles sur votre volume. Celui d’Asselineau m’a fait grand plaisir. Il est, par parenthèse, bien aimable pour moi. Dites-lui de ma part un petit mot de remerciement. Tenez-moi au courant de votre affaire si ça ne vous ennuie pas trop. Je m’y intéresse comme si elle me regardait personnellement. Cette poursuite n’a aucun sens. Elle me révolte.
Et on vient de rendre des hommages nationaux à Béranger! à ce sale bourgeois qui a chanté les amours faciles & les habits rapés!
J’imagine que dans l’effervescence d’enthousiasme où l’on est à l’encontre de cette glorieuse binette quelques fragments de ses chansons ("qui ne sont pas des chansons mais des odes" Prudhomme) lus à l’audience seraient d’un bel effet. Je vous recommande ma Jeanneton, la Bacchante, la grand mère, etc. Tout cela est aussi riche de poésie que de morale. – & puisqu’on vous accuse sans doute, d’outrage aux mœurs et à la religion, je crois qu’un parallèle entre vous deux ne serait pas maladroit. Communiquez cette idée (pour ce qu’elle vaut ?) à votre avocat."
La lettre de Flaubert arriva après la plaidoirie de Chaix d’Est-Ange, qui avait en effet cité des poèmes de Béranger.
[Correspondance, éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. II, 759 ; Lettres à Baudelaire, éd. Claude Pichois, p. 152.]
Provenance : Armand Godoy. – Colonel Sickles (cat. Paris, 28 novembre 1989).
100 000 / 120 000 FF - Lot n° : 91

FLAUBERT Gustave. Notes autographes pour l’Éducation sentimentale.

Notes autographes pour l’Éducation sentimentale ; 3 1/4 p. in-8.
Flaubert esquisse les différentes situations financières dans lesquelles il peut placer Arnoux et examine les implications juridiques qu’elles comportent. Il dégage ainsi des questions à soumettre à des juristes afin de ne pas laisser son roman s’écarter de la vérité. Une dernière note concerne la Garde nationale en 1848 : "Quels étaient en 1848 les postes de la garde nationale - dans les quartiers Mouffetard, St Victor - Latin, St Jacques. St Germain?"
30 000 / 40 000 FF - Lot n° : 92

FLAUBERT Gustave. Lettre autographe, signée, à Edmond Laporte

Lettre autographe, signée, à Edmond Laporte [en fait Guy de Maupassant] ; 2 janvier 1880 ; une page in-8.
"Que 1880 vous soit léger, mon très aimé disciple. Avant tout plus de battements de cœur, santé à la chère maman. Un bon sujet de drame qui soit bien écrit, & vous rapporte cent mille francs.
Les souhaits relatifs aux organes genitaux ne viennent qu’en dernier lieu, la Nature y pourvoyant d’elle-même.
À propos d’un volume de vers que Laporte [Maupassant] projette, Flaubert écrit : Ah ça, vous allez donc publier un volume ! Un volume de vers bien entendu, mais d’après votre lettre le conte rouennais en fait partie ? & puis vous dites nos epreuves. Qui cela nous ?
J’ai [bien] <grande> envie de voir l’illustration anti-patriotique. Il faudrait qu’elle fut bien forte pour me révolter."
Il annonce la fin de Bouvard et Pécuchet : "Dans une quinzaine j’espère avoir fini mon chapitre. (l’avant dernier)!!!"
8 000 / 10 000 FF - Lot n° : 93.
[Correspondance Flaubert-Maupassant, éd. Yvan Leclerc, Flammarion, 1993, p. 205. Texte incomplet dans cette édition, publié d'après les éd. antérieures, l'autographe n'ayant pu être localisé à l'époque.]

Deux lettres à Flaubert

DU CAMP Maxime, 1822-1894. Lettre autographe inédite.
Lettre autographe, signée, à Gustave Flaubert ; jeudi 15 juin 1865 ; 3 1/2 p. in-8.
Réponses à des questions de Flaubert pour l’Éducation sentimentale.
"… Le mouton est installé ici et broute en paix l’herbe du jardin. Elle ne va pas mal, t’envoie ses plus tendres amitiés et t’attend à Bade avec impatience…
Réponse aux questions :
1° La vue du quai Napoléon était : faisant face à la Seine – à droite (Est) le Pont d’Arcole, au pied un bateau de blanchisseurs –, la Seine le Pont Louis Philippe, le pont rouge : en face, (Nord) l’hotel de ville et la grève : à gauche (ouest) le Pont au change avec l’arche du Diable tout embricollée de poutres ; le quai aux fleurs dont les marchands de plantes en bourriche venaient jusqu’aux pieds de la maison (café Lutèce) les jours de gros marché. Le long du quai, du coté de l’hotel de ville, entre le Pont au change et le Pont d’arcole, on voyait les grandes poternes qui servaient aux canotiers à remiser leurs canots.
Vue générale des monuments, faisant face à la Seine : de droite à gauche : tout au loin le génie ailé de la colonne de juillet ; le dôme de l’oratoire St antoine ; St Louis et St Paul ; St Gervais ; l’hotel de ville ; la tour St Jacques la Boucherie ; le Louvre, le Dôme des Tuileries – voilà –
2° Les mots que les gens du monde ne disent jamais sont : potage, bois, champagne, hongrois, sourcils – ils disent : soupe, Bois de Boulogne, vin de (champagne, madère etc. etc.), hongrais, soucils. Les gens très comme il faut disent : tuteyer, neyer ; ils écrivent lundy, mardy ; May ; froncois, j’étois, je roidis ; ils disent perruquier, portier, auberge, apothicaire et non coiffeur, concierge, hotel, pharmacien – ils disent les Bouffes et non les italiens. Le mot la cour est spécialement reservé pour la branche ainée ; on dit aujourd’hui l’empereur, les Tuileries (les Thuileries) ; sous Louis Philippe on disait le roi. (Le roi est à St Cloud, l’empereur est à Compiègne, la cour était à Versailles).
3° Le livre est de Deschanel ou de Hetzel : c’est une compilation ; je vais te la faire envoyer tout de suite.J’ai été 3 fois au Palais royal sans voir le Prince ; je le regrette."
Joint, lettre autographe, signée ; Baden Baden, Grand Duché, 3 septembre 1884 ; une page in-8.
8 000 / 10 000 FF - Lot n° : 80
[Correspondance Flaubert-Du Camp, éd. Yvan Leclerc, Flammarion, 2000. Lettre citée, en date du 15 juin 1865, d'après un extrait de catalogue, p. 349.]

SAND George. Lettre autographe, signée, à Gustave Flaubert ; Nohant 8 décembre 1874 ; 4 p. in-8, à son chiffre.
Admirable lettre à Flaubert.
"Pauvre cher ami, je t’aime d’autant plus que tu deviens plus malheureux. Comme tu te tourmentes et comme tu t’affectes de la vie ! car tout ce dont tu te plains, c’est la vie, elle n’a jamais été meilleure pour personne et dans aucun temps. On la sent plus ou moins, on la comprend plus ou moins, on en souffre donc plus ou moins, et plus on est en avant de l’époque où l’on vit, plus on souffre. Nous passons comme des ombres sur un fond de nuages que le soleil perce à peine et rarement, et nous crions sans cesse après ce soleil qui n’en peut mais. C’est à nous de déblayer nos nuages.
Tu aimes trop la littérature, elle te tuera et tu ne tueras pas la bêtise humaine. Pauvre chère bêtise, que je ne hais pas, moi, et que je regarde avec des yeux maternels, car c’est une enfance, et toute enfance est sacrée. Quelle haine tu lui as vouée, quelle guerre tu lui fais ! Tu as trop de savoir et d’intelligence, mon Cruchard , tu oublies qu’il y a quelque chose au-dessus de l’art, à savoir la sagesse, dont l’art, à son apogée n’est jamais que l’expression. La sagesse comprend tout, le beau, le vrai, le bien, l’enthousiasme par conséquent. Elle nous apprend à voir hors de nous quelque chose de plus élevé que ce qui est en nous, et à nous l’assimiler peu à peu par la contemplation et l’admiration.
Mais je ne réussirai pas à te changer. Je ne réussirai même pas à te faire comprendre comment j’envisage et saisis le bonheur, c’est-à-dire l’acceptation de la vie quelqu’elle soit ! Il y a une personne qui pourrait te modifier et te sauver, c’est le père Hugo, car il a un côté par lequel il est grand philosophe, tout en étant le grand artiste qu’il te faut et que je ne suis pas. Il faut le voir souvent. Je crois qu’il te calmera. Moi je n’ai plus assez d’orage en moi pour que tu me comprennes. Lui, je crois qu’il a gardé son foudre et qu’il a tout de même acquis la douceur et la mansuétude de la vieillesse.
Vois-le, vois-le souvent et conte-lui tes peines qui sont grosses, je le vois bien, et qui tournent trop au spleen. Tu penses trop aux morts, tu les crois trop arrivés repos. Ils n’en ont point. Ils sont comme nous ils cherchent. Ils travaillent à chercher."
15 000 / 20 000 FF - Lot n° : 197
[Correspondance, éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. IV, p. 894-895.]

Autre lettre, sur catalogue.

Flaubert au Dr Pennetier, LAS, [Croisset], [6/09/1875?], "lundi", Cat. L'Autographe S.A., 2001 (Genève).
Lettre inédite. 1500.
Le catalogue comporte une erreur d'impression, indépendante de la volonté de ses auteurs : la date conjecturale est indiquée : (Croisset, 6 IX 1876?).
Précédente vente : Autographes et manuscrits, 1er juillet 1986.
Référence aimablement communiquée par Marlo Johnston (biographe de Maupassant) et par Sophie Marchal (Centre de recherche Correspondances, mémoires et journaux intimes XIXe-XXe siècles, Paris-Sorbonne).

SUR L'AGENDA, RECTIFICATIF

12 mai, Paris
Henri Mitterand : Modèles et modules du phrasé dans L'Education sentimentale.
Communication initialement prévue le samedi 5 mai. Changement de lieu également.
Séminaire Flaubert du DEA de Paris VIII, ENS, Salle des actes, 45 rue d'Ulm, 10-13 h.
P.-M. de Biasi nous demande de préciser que ce séminaire, validé par le DEA de Paris VIII, est organisé par l'équipe "Flaubert" de l'ITEM-CNRS, dans les locaux de l'ENS où cette équipe a d'ailleurs ses bureaux.


Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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