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BULLETIN FLAUBERT n° 105 / 16 juin 2008

AGENDA

3 mai-27 juin 2008, Théâtre Darius-Milhaud
Vous n'aurez pas Bouvard et Pécuchet
Pièce de Eric Herbette, avec Michel Miramont et Jean Lespert.
http://mapage.noos.fr/theatredariusmilhaud/bouvard.htm

4 juin-10 août 2008, Théâtre de la Gaîté-Montparnasse
Sacré nom de Dieu!
Pièce librement inspirée de la correspondance de Flaubert, par Arnaud Bédouet, avec Jacques Weber et Magali Rosenzweig.
Présentation:
Une nuit d’orage. Réfugié dans son bureau avec Marie, venue le soigner, Flaubert est exténué; tout l’atteint ce soir là: «une crise nerveuse» éprouvante, Louise sa maîtresse qui vient de lui annoncer par courrier qu’elle le quitte, sa difficulté à écrire Madame Bovary, jusqu’à la nature même qui se déchaîne. Mais le doute existentiel qui l’effleure est bien vite balayé par un immense coup de sang salvateur qui le «remâte». Il est à vif et soliloque en prenant Marie à témoin, sur ses contemporains, sur les fausses valeurs, sur l’amour, sur l’Art, avec une énergie qui lui fait oublier toute prudence…
http://www.gaite.fr

VENTES

Mardi 17 juin à l'Hôtel Drouot, PIASA, expert Thierry Bodin
http://www.piasa.fr
Lot n°364. Gustave Flaubert. L.A. à Louise Colet, Samedi soir 1 h. de nuit [17 octobre 1846]. Estimé: 10 000/ 15 000 euros.
«Tu veux donc me rendre fou d'orgueil moi qu'on accuse déjà d'en tant avoir! Voilà maintenant que tu m'admires que tu me places à part des autres hommes bien haut sur le piedestal de ton amour. Sais-tu qu'il faut que j'aie la tête bien plantée sur les épaules pour que le vertige ne me prenne pas? Toi! toi! tu te ravales devant moi, tu te fais infime et petite je te surprends je t'étonne mais que suis-je donc qu'est-ce que [je] vaux? - Je ne suis rien qu'un lezard littéraire qui se chauffe toute la journée au grand soleil du beau»... Les choses singulières et flatteuses qu'elle lui dit l'humilient dans son bon sens... Il lui recommande Max [Maxime Du Camp] en qui elle trouvera des consolations...
Puis il évoque la nuit du «29 juillet» où elle devint sa maîtresse: «Oh si je m'en souviens - il y avait feu d'artifice aussi en nous ce soir là et belles illuminations dans nos cœurs - et le lendemain le jeudi, le soir en calèche - te rappelles-tu surtout un moment - à l'entrée des Champs-Elysées où nous sommes restés longtemps sans nous parler tu me regardais d'un air sombre et tendre à la fois - je voyais tes yeux briller dans la nuit sous ton chapeau - toujours je me retourne vers ce souvenir, vers toi»...
Il la rassure ensuite sur sa santé: «Je suis fait pour vivre vieux - il m'est arrivé toutes espèces d'accidents et de maladies sans qu'il m'en soit rien resté. Tout cela glisse sur moi comme l'eau sur le col d'un cygne. J'ai suivi tous les régimes et vécu de toutes les manières. Je me suis exercé de bonne heure à tout - au travail, à la paresse à tout excès à toute abstinence. Je n'ai jamais senti ce que c'était la fatigue intellectuelle et il fut une année où j'ai travaillé régulièrement pendant 10 mois 15 h. par jour. Trois fois par semaine seulement je faisais des armes à outrance si bien que j'en râlais ensuite sur mon lit pendant une demi-heure. Quant à la fatigue physique l'éducation m'a fait un tempérament de colonel de cuirassiers. Sans mes nerfs, partie délicate chez moi qui me rapproche des gens comme il faut, j'aurais un peu d'affinité avec le fort de la halle; sois donc sans crainte, pauvre chérie. Je n'ai pas besoin d'exercice et je vis bien 15 jours sans prendre l'air ni sortir de mon cabinet»... Il félicite Louise pour ses vers sur Mantes, qu'il se redit sans cesse et dont il cite ici un extrait... «Il me semble que tu n'as guères écrit quelque chose de meilleur car c'est vraiment très beau»... Il la dissuade de venir le soigner: «Je n'ai jamais compris cette manie qu'ont les hommes de montrer leurs plaies à ceux que cette vue doit faire souffrir - d'aller chercher le cœur qui vous aime pour le rendre témoin de votre fièvre et de votre tranchée - cette pratique commune est d'un égoïsme révoltant»... Il serait gêné, il a de la pudeur... Et d'ailleurs elle est son talisman: «ton amour n'est-ce pas un préservatif contre tout malheur. Adieu, ma vie, un long baiser. Je passe la main sous tes papillotes et j'en soulève légèrement le bout».
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.II, p.391-393]

Lot n°365. Gustave Flaubert. Manuscrit autographe, Carthage; 2 pages in-fol. Estimé: 2.500/ 3.000 euros.
Intéressantes notes de travail pour Salammbô (1862), avec références au tome IV d'un ouvrage d'A.H.L. Heeren [probablement De la politique et du commerce des peuples de l'Antiquité, traduit de l'allemand, 7 vol., F. Didot, 1830-1844].
«Héraclès, Melcarth adoré à Carthage, le fut aussi dans les villes coloniales, ce qui lui valut le surnom de Dieu colonial. - Colonies sur la côte du Maroc: Karikum-teichos, Gytta, Acra, Melitte et Aramba. - Usage des représentations d'argent à Carthage. On enfermait n'importe [quoi] dans un morceau de cuir scellé d'un cachet (de l'état?). Cela représentait de l'argent. Celui qui en possédait le plus était regardé comme étant le plus riche. […] - Aletès découvrit les mines d'argent de Carthagènes. Les Carthaginois lui élevèrent un temple à Carthagène à côté de ceux d'Esculape et de Vulcain. […] - Île de Cerne sur les côtes de Maroc et de Fez. Ce lieu était habité par un peuple de pasteurs noirs aux cheveux longs, d'une taille extrêmement belle qui nommait le plus grand d'entr'eux roi et qui était très adonné à la parure. Tous étaient des cavaliers et des tireurs exercés. Le commerce se faisait par échange. Les Carthaginois apportaient des objets de toilette pour les femmes, des harnais, des gobelets artistement travaillés, de grands vases de terre, du vin et du lin d'Égypte qu'ils échangeaient contre des dents d'éléphants et des peaux d'animaux féroces et apprivoisés […]. - Les troglodytes selon Hérodote se nourrissent de serpens, de lézardes et de toutes sortes de reptiles. Leur langage ne peut se comparer à aucun autre et ne consiste qu'en un sifflement assez semblable à celui de la chauve souris. […] - Qqs écrivains que nous ne saurions omettre tels que Caton et surtout Magon et Dionysius mandent qu'on ne regarde pas comme un prodige en Afrique de voir les mules mettre bas leurs petits; mais que c'est aussi commun que de voir pouliner les jumens»…
D'autres notes sur le sens d'un mot grec, deux monuments en marbre dans le Sahara occidental, le sel abondant que l'on trouve près de l'oasis d'Ammon, etc.

Lot n° 366. Gustave Flaubert. P.A.S.; demi-page in-8 (traces d'encadrement). Estimé: 400 / 500 euros.
«À mon très cher Georges Pouchet Gve Flaubert (en souvenir de Concarneau)».
Le naturaliste Georges Pouchet (1833-1894) fut directeur du Muséum d'Histoire naturelle de Rouen, et professeur d'anatomie comparée au Muséum de Paris. Pendant la rédaction de Bouvard et Pécuchet, en septembre 1875, Flaubert vint le rejoindre à Concarneau, où il rédigea La Légende de saint Julien l’Hospitalier. On peut penser que cette page est le feuillet de dédicace en tête des Trois Contes." Lot n° 367. Gustave Flaubert. L.A.S., Jeudi 4 heures, à Eugène Crépet. Estimé: 400 / 500 euros.
Il est bien aimable, «mais un déjeuner au restaurant me ferait perdre toute une journée». Ils seront mieux pour causer chez lui. «Voulez-vous attendre encore qques jours que je me sois débarrassé d'un tas de petites affaires? Je vous donnerai un rendez-vous avant de rejoindre ma maison des champs. Nous déjeunerons ou dinerons ensemble»…

(< Marie-Dominique Nobécourt-Mutarelli)
Vente Tajan, 19 juin 2008, Drouot.
Lot 106. Flaubert (Gustave). Madame Bovary. Paris, Librairie des amateurs A. Ferroud, F. Ferroud successeur, 1905. Grand in-4, (8, les 2 premières blanches)-iv-334-(2, la dernière blanche) pp., maroquin bordeaux, dos à nerfs, listel de maroquin rouge mosaïqué avec filets noirs et dorés encadrant les plats et les entre-nerfs, coupes filetées, encadrement intérieur fileté, doublures de maroquin rouge, gardes de soie bordeaux, tranches dorées sur témoins, couvertures et dos, étui, dos uniformément passé, trace de vignette ex-libris sur une garde (A. Mercier Sr de son père – 1926).
Exemplaire unique justifié par l'éditeur : «Exemplaire orné d'aquarelles originales de Fred Money...»
27 Aquarelles originelles de Fred Money, presque toutes signées, soit: 20 à pleine page sur ff. ajoutés hors texte, et 7 exécutées dans le texte. Raoul Billon, dit Fred Money (1882-1956) fut l'élève de Rochegrosse. Peintre de paysages et affichiste, il illustra de nombreux ouvrages de Daudet, Dumas, La Fontaine, Maupassant, etc.
Exemplaire ne possédant pas l'état définitif des eaux-fortes prévues d'Alfred de Richemont, mais comprenant, relié en fin de volume, une double suite avec remarques de ces eaux-fortes. Estimation : 1.000-1.500 euros.

Arts et Autographes, Jean Emmanuel Raux, expert, catalogue n°43 [juin 2008]
9, rue de l’Odéon, 75006 Paris
http://www.autographe-online.com

17324. L.A.S, à la baronne Lepic, «mercredi soir, 3» [novembre 1872], en partie inédite. 13.000 euros.
[Incomplète dans la Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p.608-609, à la date [vers le 20 novembre 1872.]

Catalogue Librairie de l’Abbaye, n°333.
38. Flaubert à Philippe Leparfait, [6? décembre 1871]. 2.600 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, 428-430.]

VIENT DE PARAÎTRE

Ouvrages

Christine Quéfellec, L'esthétique de Gustave Flaubert et d'Oscar Wilde. Les rapports de l'art et de la vie, Paris, Champion, 2008.
Présentation de l'éditeur:
L'aphorisme de Wilde selon lequel l'art n'imite pas la vie, mais la vie imite l'art, sa protestation contre le «déclin du mensonge» en littérature, semblent aller à l'encontre des principes de Flaubert qui fonde chacun de ses romans sur une abondante documentation. Pourtant Wilde présente Flaubert comme son maître. Cette étude se propose donc d'éclairer les raisons de cette admiration paradoxale à partir de la confrontation des textes théoriques et littéraires de ces deux écrivains. Les conceptions esthétiques de chacun se révèlent riches de contradictions internes. Les pièces et romans de Wilde font plus de place à l'imitation de la vie qu'il ne le prétend et Flaubert se soucie davantage de perfection formelle que d'exactitude référentielle. Tous deux se rejoignent dans le culte de la beauté et de l'artifice, dressés comme des remparts contre la vulgarité et l'utilitarisme du monde contemporain. Ils combattent les idées reçues, déplorent la sclérose du langage, s'efforcent de le renouveler. Ils constatent, néanmoins, que la vérité est hors d'accès que le sens se dérobe toujours, ce qui les conduit à remettre en cause, non sans regrets, une esthétique classique fondée sur la cohérence et l'unité.
http://www.honorechampion.com/cgi/run?wwfrset+3+138501805+1+2+cccdegtl1+N+1+08083479

(< Benoît Mélançon).
Pierre Popovic, Imaginaire social et folie littéraire. Le second Empire de Paulin Gagne, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Socius», 2008, 377 p. 1ll.
ISBN: 978-2-7606-2037-7. (34,95 $ / 31 euros)
http://www.mapageweb.umontreal.ca/melancon/socius.html#popovic

Ouvrages collectifs

Revue Flaubert n°7, 2007
Flaubert et la philosophie, dirigé par Jacques Goetschel
Sommaire
Jacques Goetschel
Avant-propos
LA PHILOSOPHIE DANS L'OEUVRE DE FLAUBERT
Étienne Beaulieu
Neutralisation de l'idéal: les cultures de la prose dans La Tentation de saint Antoine

Patrice Vibert
Vers une pensée de l’événement: Flaubert et Zola

Dork Zabunyan
La bêtise: «faculté pitoyable» ou «faculté royale»? – Deleuze lecteur de Flaubert

Atsushi Yamazaki
Bouvard et Pécuchet ou la gymnastique de l'esprit
Transcriptions

FLAUBERT ET LES PHILOSOPHES
Éric Puisais
Flaubert hégélien? Phénoménologie de Bouvard et Pécuchet

Michel Brix
Flaubert, Schopenhauer et le pessimisme

Thierry Poyet
De Flaubert à Cioran: une pensée de la contradiction. Relire Flaubert à l'aune de La Tentation d'exister de Cioran.

Jacques Goetschel
De Nietzsche à Flaubert: sous couvert d’impersonnalité

Bruna Donatelli
Flaubert et Taine: moments d'un dialogue

LECTURES PHILOSOPHIQUES CONTEMPORAINES, À PARTIR DE JACQUES RANCIÈRE
Jacques-David Ebguy
Portrait de l'écrivain en métaphysicien: Flaubert lu par Rancière

Solange M. Guénoun
Le romancier démocrate et le philosophe plébéien: Gustave Flaubert et Jacques Rancière

Articles

Sandrine Berthelot, «Le jardin flaubertien: entre intimité et impersonnalité», dans Jardins et intimité dans la littérature européenne (1750-1920), dir. Simone Bernard-Griffiths, Françoise Le Borgne et Danièle Madelénat, Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2008, p. 275-286.

Stéphanie Dord-Crouslé, «Événement littéraire et culte de l’art éternel chez Flaubert. Rigueur des principes et petits arrangements pratiques», dans Qu’est-ce qu’un événement littéraire au XIXe siècle?, sous la dir. de Corinne Saminadayar-Perrin, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2008, p. 75-91.

Yvan Leclerc, «Annoter sur papier et sur écran: l’exemple de la Correspondance de Flaubert», dans Notes. Études sur l’annotation en littérature, sous la dir. de Jean-Claude Arnould et Claudine Poulouin, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2008, p. 217-225.

(< Agnès Spiquel)
Bertrand Marchal, «Madame Bovary et Notre-Dame de Paris: la cathédrale et la danseuse», dans Choses vues à travers Hugo. Hommage à Guy Rosa, études réunies par Claude Millet, Florence Naugrette et Agnès Spiquel, Presses Universitaires de Valenciennes, 2008, p. 377-384.

Peter Michael Wetherill, «Notes d’auteur, notes d’éditeur», Zeitschrift für Französische Sprache und Literatur, Band 117, Helf 3, 2007, Franz Steiner Verlag, p.253-269.

LECTURE

Lettre d’Alexandre Dumas père à son fils, [Naples, 27 décembre 1862
«Mon cher enfant
J’ai reçu le livre de Flobert [Salammbô] et ta bonne lettre.
Je t’écrirai longuement sur le livre de Flobert. Le plus grand reproche que je lui ferai c’est d’être un livre inutile – il n’instruit pas, et n’amuse pas – il n’émeut pas – c’est un simple travail ou plutôt un travail compliqué de style comme en pourrait faire Hugo – mais peut-être encore plus travaillé sinon plus prétentieux qu’Hugo – attendu que chez Hugo le style est un vice naturel et que chez Flobert c’est un vice acquis.»
Alexandre Dumas, Lettres à mon fils, éd. Claude Schopp, Mercure de France, coll. «le Temps retrouvé», 2008, p.253.


Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Marie-Paule Dupuy et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67


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