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BULLETIN FLAUBERT n° 129 / 23 février 2011

AGENDA

(< Sabine Narr)
Première le 19 février, Maxim Gorki Theater Berlin
Madame Bovary, adaptation théâtrale
Autres représentations: 25 février 2011; 3, 20 et 28 mars; 2 avril.
http://www.gorki.de/de_DE/calendar/repertoire/658851

VENTES

Catalogue Les Autographes, Thierry Bodin, janvier 2011, n°132
http://www.franceantiq.fr/slam/autographes/fr.asp
Lot 98. Gustave Flaubert. L.A.S., Croisset près Rouen dimanche soir [21 mai 1865, à Jeanne de Tourbey, comtesse de Loynes]; 2 pages in-8 (lég. mouill.). 1.800 Euros.
«Que devenez-vous, chère & belle amie! Voilà trois semaines que je ne vous ai vue - & je m'ennuie de vous comme s'il y avait trois siècles. Contez-moi un peu ce que vous faites, ce que vous lisez, etc. […] Ici, il fait un temps atroce. Je m'ennuie à crever, car je ne travaille guères et ma maison est pleine d'ouvriers - & de peintres, entr'autres, lesquels m'empoisonnent. C'est une faiblesse. Mais ça me gêne». Il évoque le discours du Prince Napoléon [à Ajaccio, le 15 mai, pour l'inauguration du monument à Napoléon Ier, il avait prononcé un discours qui était un vrai programme de politique libérale]: «J'ai lu, hier matin, un bien beau discours, qui m'a ému & enthousiasmé. C'est haut & bon, crâne et vrai élégant & sensé. Vous devez être bien fière et bien heureuse. Avouez-le, voyons!» Puis il ajoute, galamment: «Pensez-vous, à moi, quelquefois? Quand vous n'aurez rien de mieux à faire, écrivez-moi. Vous savez si je vous aime! Donc soyez bonne pour votre esclave indigne, qui vous baise sur les deux joues & vous serre les deux mains très tendrement en se disant your devoted friend»…
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.III, p.441. Jean Bruneau n’avait pas pu consulter l’autographe et il avait reproduit l’édition Conard. Grâce à la transcription de Thierry Bodin et à l’autographe qu’il nous a permis de consulter, il convient de corriger quelques erreurs: en dehors des variantes de ponctuation, lire «C’est haut et bon», au lieu de «C’est beau et bon»; «Pensez-vous, à moi, quelquefois?» au lieu de «Pensez à moi quelquefois!»; «Vous savez si je vous aime» au lieu de «Vous savez que je vous aime».]

Lot 99. [Gustave Flaubert]. Ernest Commanville (1834-1890) entrepreneur, il avait épousé en 1864 la nièce chérie de Flaubert, Caroline Hamard; ses mauvaises affaires provoquèrent la ruine de Flaubert:
L.A.S., Rouen 3 mars 1869, à son oncle Gustave Flaubert; 3 pages in-8. 500 euros.
Envoi de renseignements financiers et commerciaux, lors de l'achèvement de la rédaction de L'Éducation sentimentale (à propos des spéculations financières d'Arnoux). Il précise tout d'abord: «Fin octobre 1851 il n'était pas possible pour quelqu'un de sérieux de perdre de l'argent sur les trois-six», dont les cours étaient bas et stables. «De 1850 à 1852 les opérations d'exportation pour la Californie ont eu beaucoup de vogue»: à cause des découvertes de gisements aurifères, des gens de tous pays accouraient en foule, alors qu'on y manquait de tout. «Le commerce européen […] fit des expéditions très nombreuses. La quantité énorme des marchandises expédiées fut cause de grands désastres. Les dernières cargaisons arrivées ne purent trouver acquéreur, ou à de ruineuses conditions»... Puis il explique la ruée sur le guano en 1851, très vanté en tant qu'engrais, suite à la découverte d'une île qui en était remplie: la compétition entre Anglais et Français, les grandes opérations de spéculation pour «armer un navire dans le but d'aller au guano», et finalement les ruines que cette ruée provoqua pour les derniers arrivés, alors que «dans les premiers mois de 1851 la quantité de guano importée fut des plus considérables»… [Flaubert réutilisera ces renseignements sur le guano dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet.]

VIENT DE PARAÎTRE

Édition

La Première Tentation de saint Antoine, suivie de La Vie de saint Antoine par saint Athanase et Jacques de Voragine, Éditions Ivres de Livres, 480 pages, 26 euros, ISBN 978-2-919598-02-1
http://www.ivres-de-livres.fr/

Ouvrage

(< Gilles Cléroux, BU de Rouen)
Guy Ducrey, Tout pour les yeux: littérature et spectacle autour de 1900, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, collection «Theatrum mundi», 2010.
Le chapitre «Salammbô sur les planches» (p.255-274) est consacré aux diverses adaptations, sérieuses ou burlesques du roman, et plus particulièrement à l'opéra de Reyer et à sa réception lors de la première à Bruxelles en 1890 (illustré avec des documents d'époque).

Articles

Pierre-Claver Mongui, «“Connaître à fond les paysages” africains, une quête de réalité préalable à la fiction: Salammbô au fil du Carnet de voyage à Carthage», 2011 [en ligne], site Flaubert:
http://flaubert.univ-rouen.fr/article.php?id=16

Atsuko Ogane, «Vers un nouveau mythe lunaire de Salomé. Modernité de la mise en scène de la danse de Salomé», Cahiers victoriens et édouardiens, n°72, octobre 2010, «Studies in the Theatre of Oscar Wilde», textes réunis par Marianne Drugeon, Presses universitaires de la Méditerranée, p.167-184.

Stéphane Vachon, «Du nouveau sur la rencontre de Flaubert et de Balzac (témoins Victor Hugo et Jules Claretie)», Histoires littéraires, oct.-nov.-déc. 2010, vol.XI, n°44, p.5-37.
[Par un brouillon de la préface aux Dernières chansons de Bouilhet, transcrit par Alan Raitt, on savait que Flaubert avait suivi Balzac lors de sa venue à Rouen pour un procès de presse, sans oser l’aborder. Stéphane Vachon a trouvé la confirmation de cet événement dans deux chroniques de Jules Claretie, publiées dans Le Temps des 8 février et 5 septembre 1884. Flaubert a raconté cet épisode chez Hugo. Stéphane Vachon établit un calendrier très précis des rencontres entre ces deux écrivains. - Au passage, pourquoi qualifier Léonie Brainne de «langoureuse» (p.7)? C’est projeter sur cet «ange» de Flaubert, dont on ne sait presque rien puisque ses lettres ont disparu, les dispositions qu’il aurait bien voulu y trouver. Les chaudes formules insistantes des lettres de Flaubert auraient tendance à prouver a contrario qu’elle resta plutôt tiède à son égard. Sinon, on ne comprend pas l’envoi du Candidat: «À Me Brainne/ qui fait le malheur de ma vie!/ St Polycarpe.»]

Compte rendu

Fiction et documentation. Les manuscrits Flaubert de la Fondation Martin Bodmer, édition et présentation par Gisèle Séginger, Bâle, Schwabe, «Bibliotheca Bodmeriana», 2010, 158 p.
Compte rendu par Nathalie Petit:
http://flaubert.univ-rouen.fr/comptes_rendus/seginger_petit.php

SUR LA TOILE

(< Aurélie Barjonnet)
«Le droit du son», sur ARTE Radio à partir du 8 février:
Madame Bovary 2.0. Un reportage de Linda Kebdani (10 min).
En 2011, Madame Bovary s'ennuie dans son mariage. Elle prend des amants sur le web et s'éclate à l'hôtel. Éloge de l'adultère pour la Saint-Valentin.
http://www.arteradio.com/son.html?615927

(< Paul Paumier, veille électronique de l’université de Rouen)
Alain Besançon, «La religion de Flaubert».
Entre histoire des religions et mépris des Églises: une communication à l'Académie des sciences morales et politiques.
Flaubert avait le sens du sacré mais le mépris des Églises et des prêtres! Il aborde le christianisme en historien - sa culture sur l'histoire des religions est vaste. Pourquoi la religion qui occupe une large place dans ses oeuvres, est-elle absente de L'Éducation sentimentale? Alain Besançon se penche sur tous les livres de l'écrivain pour le découvrir à la fois tenté par la religion et la rejetant... et s'interroge au final: que nous dit cet auteur et ses écrits sur l'essentiel humain?
Adresse directe du fichier MP3:
http://www.canalacademie.com/emissions/es598.mp3

Adresse de cet article:
http://www.canalacademie.com/ida6575-Alain-Besancon-la-religion-de.html

SITE DU CENTRE FLAUBERT

Pierre Véron, L’Année comique. Revue de 1862, Paris, E. Dentu, 1862
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/salammbo/sal_veron.php
Texte découvert et transmis par Éric Walbecq.
Cette charge sur la mise aux enchères du manuscrit de Salammbô a sans doute pour origine l'entrefilet d'Aurélien Scholl dans Le Figaro du 28 août 1862: «M. Flaubert a demandé à M. Lévy 30.000 francs de son roman carthaginois de Salammbô, dont le manuscrit est déposé chez un notaire. M. Lévy ne comprend rien à la spéculation, les manuscrits ne produisant pas d'intérêts chez les notaires» (voir la lettre de Flaubert à Ernest Duplan du [29 août 1862], Corr. , éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.III, p.243 et n.1). C'est Michel Lévy qui avait fait courir le bruit de cette somme, trois fois supérieure aux droits d'auteur prévus au contrat (lettre de Flaubert à Alfred Baudry, [23 août 1862], ibid. , p.240). Voir aussi le Journal des Goncourt: «Quelque chose de douteux chez Flaubert s'est dévoilé, depuis qu'il s'est fait le compère de Lévy dans le prix de 30.000 francs de Salammbô» (20 octobre 1862).

Le château du Héron, chez le marquis de Pomereu
Cartes postales anciennes communiquées par Mme Petit:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/galerie.php?g=heron
Notice:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/heron.php

LECTURES

(< Marie-Paule Dupuy)
L’ouvrage paru en octobre dernier à la fois aux éd. du Seuil, dans la collection «Fiction & Cie»: Marilyn Monroe. Fragments. Poèmes, écrits intimes, lettres, éd. par Stanley Buchtal, Bernard Comment; trad. de l’anglais par Tiphaine Samoyault; préf. d’Antonio Tabucchi, et chez Farrar, Straus and Giroux à New York: Marilyn Monroe. Fragments. Poems, intimate notes, letters. Edited by Stanley Buchtal and Bernard Comment, révèle que l’actrice possédait, parmi les quelque 430 ouvrages de sa bibliothèque, une traduction de Madame Bovary: Madame Bovary, by Gustave Flaubert, in a new and definitive translation by Francis Steegmuller, Random House, 1957.
Francis Steegmuller (1906-1994), écrivain américain, spécialiste de littérature française et de Flaubert en particulier, “whose works on Gustave Flaubert illuminated the agonies and thrills of creating fiction” (Notice nécrologique, New York Times, 22 octobre 1994), fut aussi l’auteur, le traducteur ou l’éditeur de: Flaubert and Madame Bovary: A Double Portrait (1939); The Selected Letters of Gustave Flaubert (1953); A Letter from Gustave Flaubert, illustrated by Leonard Baskin (1960); Gustave Flaubert, Intimate Notebook 1840-1841 (1967); Flaubert in Egypt: A Sensibility on Tour (1972); The Letters of Gustave Flaubert 1830-1857 (1980); The Letters of Gustave Flaubert 1857-1880 (1982); Flaubert-Sand: The Correspondence, translated with Barbara Bray (1993). Sa traduction de Madame Bovary “remains unsurpassed” (même source).
La liste des ouvrages de la bibliothèque de Marilyn Monroe, vendue aux enchères les 28-29 octobre 1999 par Christies à New York, montre même que l’actrice possédait non pas un, mais deux exemplaires de Madame Bovary. À cela peut-être rien d’étonnant, car, à les comparer, on découvre bien des analogies entre elle et Emma…

(< Benoît Mélançon)
Philippe Didion: lecture de Carnet d'adresses (Didier Blonde, Gallimard, coll. «L'un et l'autre», 2010.
«Je compris enfin que l’on ne sait rien d’une œuvre, si l’on ne connaît pas sa géographie.» Je ne sais plus à quel propos François Caradec écrit cela dans Entre miens, je ne sais pas si la géographie dont il parle est celle de l'oeuvre ou celle que doit connaître le lecteur mais je souscris. Les plus beaux livres sont ceux que l'on a lus, avant l'ère Google map, avec un atlas sur les genoux. Pour Didier Blonde, un plan de Paris suffit et l'on se souvient du beau pèlerinage qu'il offrit dans son Baudelaire en passant au gré des adresses occupées par le poète. Son Carnet d'adresses est un peu différent dans la mesure où il ne s'attache pas à un auteur mais à des personnages. Le 45 de la rue Poliveau, le 11 de la rue Simon-Crubellier et bien d'autres adresses, réelles ou fictives, sont les étapes de ce livre où il part à la recherche des lieux où ont vécu Arsène Lupin, Marguerite Gautier, Dora Bruder ou la concierge de L'élégance du hérisson. En matière d'adresses, les champions se nomment Honoré de Balzac et Patrick Modiano, mais on croise aussi dans ces pages Daniel Pennac, Henri-Georges Clouzot, Léo Malet, Flaubert et, moins attendus, Paul Gadenne et Eugène Chavette, un des pionniers du roman d'immeuble avec Aimé de son concierge. Au-delà du simple répertoire, Didier Blonde lie les adresses littéraires à sa propre autobiographie, réfléchit sur l'abondance des bis et des ter, s'interroge sur le pourquoi de telle ou telle localisation. Un livre indispensable pour ceux qui, j'en suis, ne sont jamais passés à l'angle de la rue des Petits-Champs et de la rue Sainte-Anne sans lever les yeux pour chercher les fenêtres de l'Agence Fiat Lux de Nestor Burma. Cette inclination pour la géographie littéraire ne date pas d'hier, si j'en crois la page de garde d'un vieux guide Taride Paris par arrondissements retrouvé récemment et sur lequel j'avais essayé de reconstituer le quartier Picpus lors d'une lecture des Misérables, autour de 1975.


Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Marie-Paule Dupuy, d'Olivier Leroy et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67


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