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BULLETIN FLAUBERT n° 13 / 11 décembre 2001


VENTE

Catalogue

(<Jacques-Rémi Dahan)
La Bouquinerie (9 bd Agutte-Sembat, 38000 Grenoble - Courriel : <francois.gaspari@wanadoo.fr>), catalogue de novembre, art. 135, reproduction, très réduite mais lisible, d'une lettre de Flaubert à un ami, reliée en tête d'un exemplaire de l'EO de La Tentation de saint Antoine.

Vente Hôtel Drouot, jeudi 13 décembre 2001

Salle 8 à 14 h 15.
Vente coll. d’autographes de Pierre Pruvost.
Expert: Renato Saggiori – Genève. Etude TAJAN - Pairs.
Renato SAGGIORI, Librairie L'AUTOGRAPHE S.A.
1, rue des Barrières CH-1204 GENÈVE (Suisse)
Tél. (+ 41 - 22) 348 77 55 - Fax : (+ 41 - 22) 349 86 74
http://www.autographe.org
E-mail : autographe@autographe.org

90. FLAUBERT Gustave (1821-1880) Ecrivain français - L.A.S. "ton G.", 4 pp. in-4 ; " Dimanche 2 h." [23.I.1853]. 25000/30000 F
Magnifique lettre à sa "Chère Muse", Louise COLET, dont il vient de lire le poème La Paysanne dans son texte non encore corrigé : "... ton œuvre est bonne. Je l'ai lue à ma mère qui en a été toute attendrie. A l'avenir seulement ne choisis plus ce mètre (le décasyllabe)... je le trouve peu musical..." ; à part cela, le poème lui paraît "... parfaitement composé, simple et poétique à la fois... Il y a là dedans un grand fond, quantité de vers naïfs et une inspiration soutenue d'un bout à l'autre. Où est la force, c'est d'avoir tiré d'un sujet commun une histoire touchante, et pas canaille. Seulement pour l'amour de Dieu, ou plutôt pour l'amour de l'Art, fais encore attention, et change moi quelqu'un de ces passages...". Il cite ceux qui seraient à corriger ou à supprimer, "... et surtout le Christ qu'il faut retrancher. Cela donne un caractère couillon néo-catholique à ton œuvre, et abîme tes parfums. Pas de Christ, pas de religion, pas de patrie, soyons humains..." !
"... Quant à vouloir publier ce conte comme étant d'un homme, c'est impossible puisqu'à deux places, parlant des femmes, tu dis nous ... Publie donc cela franchement et avec ton nom, puisque c'est de beaucoup la meilleure œuvre...". Flaubert est persuadé que ce conte remportera un grand succès car "... C'est bon, et ça restera...", etc.
En post-scriptum, il dit avoir relu le manuscrit avec son ami Bouilhet. Ce dernier est d'avis que Louise Colet doit choisir pour pseudonyme un nom "... de femme ou hermaphrodite...".
Les deux amants se donnent enfin rendez-vous pour la semaine suivante : "... Adieu pauvre chère Muse aimée. Je t'embrasse partout...".
Très beau texte où l'on retrouve l'importance que Flaubert accordait à la perfection formelle du style.
Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. II, p. 239.

91. FLAUBERT Gustave - L.A.S., 2 pp. in-8 ; "Dimanche soir" [10.IV.1864]. 5 000/6 000 F
A Ernest FEYDEAU (1821-1873), auteur de "Fanny", roman qui fit sa réputation. Très occupé, Flaubert n'a pu aller le voir ; il lui rendra visite en mai, à son retour à Paris. Entre-temps, il tient à lui recommander Amélie Bosquet et son ouvrage, "... un MS ayant pour titre : Jacqueline de Vazdon ...", déposé à la Revue de Paris.
Flaubert se refuse de parler à Feydeau de son roman "Le Secret du Bonheur" avant la fin de sa parution: "... Quel sacré mode de publication qu'une Revue ! - et comme ça nuit aux livres. Dans la crainte de te dire des bêtises je m'abstiens de toute parole. Je sais bien ce qu'il y a dans ton œuvre de bon mais quant au mauvais, j'ai peur de me tromper...".
La missive se termine par quelques lignes sur le récent mariage (6 avril) de sa nièce Caroline avec Ernest Commanville : "... La cérémonie nuptiale... s'est faite mercredi. Les époux doivent être demain à Milan. Je viens de passer une semaine peu gaie, mon bonhomme !...".
Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. III, p. 386.

92. FLAUBERT Gustave - L.A.S., 3 pp. in-8 ; "Croisset par Deville, près Rouen", 21.X.1879. 10000/15000F.
Longue et importante missive à Alphonse DAUDET qui vient de lui offrir son nouvel ouvrage "Les Rois en exil".
"... Votre volume reçu à dix heures du matin était avalé à quatre et demie du soir. Il ne dépare pas la collection ! Oh non ! Sacré nom de Dieu, comme c'est bien composé ! Et que le dernier chapitre (lequel en soi, est sublime) se relie bien au premier !...". Le personnage de Christian lui paraît être une des meilleures créations de Daudet : "... Soyez sûr qu'il restera comme un type... Jamais je crois vous n'avez montré plus d'esprit. Quand on ne rit pas on sourit. A chaque pas, on marche sur des perles... La séance de l'académie, splendide - Et la scène entre le Roi et sa femme... Voilà un fier dialogue, mon bon ! Je voudrais l'entendre sur la scène, c'est sonore, et râblé ! - enfin royal...", etc.
Son exemplaire est rayé aux marges par beaucoup de points d'exclamation : "... Qques barres indiquant de petites taches de style. Mais elles sont peu nombreuses. Vous savez du reste que je suis un pédant. En résumé, vous devez être content & fier de ce livre. Le ciel vous a doué d'un don : le charme. Ne l'a pas qui veut, à commencer par moi...".
Flaubert, dont l'intention est de rester à Croisset jusqu'à la terminaison de son roman (Bouvard et Pécuchet), "... laquelle n'aura pas lieu avant la fin de l'hiver...", précise encore avoir convenu "... avec Charpentier... qu'on organisera en janvier & février des caravanes..." à l'effet de le visiter, sollicite des nouvelles de Daudet, puis termine ainsi : "... Tout à vous, mon cher bonhomme, Votre Gve Flaubert, qui vous embrasse, vous aime et vous admire".

220. SAND George - L.A.S., 4 pp. in-8 ; Nohant, 28.IV.1871. 12 000/15 000 F
A Gustave FLAUBERT, après la défaite et la proclamation à Paris de l'éphémère "Commune". Le caractère particulier de certaines observations faites ici par George Sand s'explique par le fait que cette étonnante lettre - qui nous renseigne aussi sur l'état d'esprit d'une grande partie de la population française face aux Communards... - se place au beau milieu d'une des plus tragiques périodes qu'ait connu l'Histoire de France.
"Non certes, je ne t'oublie pas. Je suis triste, triste, c'est à dire que je m'étourdis,... je regarde le printemps,... je m'occupe,... je cause comme si de rien n'était : mais je n'ai pas pu être seule un seul instant depuis cette laide aventure... je ne veux pas être découragée,... renier le passé et redouter l'avenir...". Plus loin, elle s'exclame : "... Pour moi, l'ignoble expérience que Paris essaie ou subit ne prouve rien contre les lois de l'éternelle progression des hommes et des choses... Il y a longtemps que j'ai accepté la patience comme on accepte le tems... la vieillesse, l'insuccès... Mais je crois que les gens de parti (sincères) doivent changer leurs formules... Je ne peux pas m'endormir sur la souffrance et même sur l'ignominie des autres. Je plains ceux qui font le mal... On plaint un oisillon tombé du nid, comment ne pas plaindre une masse de consciences tombées dans la boue ? On souffrait moins pendant le siège par les prussiens. On aimait Paris malheureux malgré lui... aujourd'hui... on ne peut plus l'aimer... Le mépris de la France est peut-être le châtiment nécessaire de l'insigne lâcheté avec laquelle les parisiens ont subi l'émeute et ses aventuriers...".
George Sand s'inquiète de savoir comment Flaubert a retrouvé Croisset occupé par les Prussiens : "... brisé, sali, volé ? tes livres, tes bibelots... Ont-ils respecté ton nom, ton atelier de travail ? Si tu repeux y travailler, la paix se fera dans ton esprit... On ne sait plus si on n'a pas cent ans. Mes petites seules me ramènent à la notion du tems...", etc.

Vente Hôtel Drouot, lundi 17 décembre 2001

http://www.artweb.fr/fr/etudes/piasa/home.html
Etude Piasa, expert Thierry Bodin.

Gustave FLAUBERT. L.A.S " Ton G. " , Vendredi soir - minuit [Croisset 4 septembre 1846], à Louise Colet; 4 pages in -4. 35 000 FF. Lot n° : 151.
Magnifique et longue lettre d'amour.
Tous deux ont souhaité se revoir dimanche : " nous nous rencontrons toujours dans nos souhaits dans nos désirs. Quand on s'aime on est comme les frères siamois attachés l'un à l'autre - deux corps pour une âme. Mais si l'un meurt avant l'autre, il faut traîner un cadavre à sa remorque. N'aie pas peur pour moi je ne sens pas l'agonie venir " ... Ayant projeté un voyage aux Andelys et au Château -Gaillard, il propose à Louise de le rejoindre à Mantes pour l'après -midi : " Tu vois bien que lorsque je peux te voir je me jette sur la plus petite occasion comme un voleur à jeun, que je la prends à deux mains et que je ne la lâche pas. [...] je t'écrirai l'heure exacte où il faudra partir de Paris. Te figures -tu nous, nous attendant, nous cherchant dans la foule, nous retrouvant, partant ensemble seuls. Il faudra nous contenir. J'aurai bien du mal à m'empêcher de ne pas t'embrasser devant tout le monde. Nous irons dans quelque bonne auberge bien tranquille nous serons à nous rien qu'à nous. Ce sera de bonnes minutes encore va, qu'importe l'avenir. Viendra -t -il seulement. Qui sait si demain se lèvera ? " .
Il n'a pas encore reçu l'envoi de Phidias [Pradier] qu'elle lui annonçait, mais si elle y joignait sa statuette" je n'aurais aucune place secrète où la fourrer. J'ai déjà tant de choses de toi que ça pourrait finir par devenir suspect. La moindre plaisanterie là -dessus me blesserait au vif et je me découvrirais peut -être ! Ton portrait est là, tout à côté de moi à trois pas devant mon regard "
Puis Flaubert parle d’un portrait de femme en se moquant de la jalousie de Louise Colet: "D’abord cette femme est atrocement laide. Elle n’a pour elle qu’un très grand cynisme plein de naïveté qui m’a beaucoup réjoui. J’y ai vu l’expansion des forces de la nature ce qui est toujours une belle chose à voir et puis tu sais que j’aime assez ce genre de tableaux. C’est un goût inné. L’ignoble me plaît. C’est le sublime d’en bas. Quand il est vrai, il est aussi rare à trouver que celui d’en haut. Le cynisme est une merveilleuse chose en cela qu’étant la charge du vice, il en est, en même temps le correctif et l’annihilation. Tous les grands voluptueux sont très pudiques. [...] Et puis j’y repense, car j’ai été très étonné de ton aveu. Quand elle serait belle après tout cette femme ? Et quand même il y aurait eu comme dit le maître, dans son chaste langage, quelque chose entre nous deux, est-ce que ça te ferait peine ? Les femmes ne comprennent pas qu’on puisse aimer à des degrés différents. Elles parlent beaucoup de l’âme mais le corps leur tient fort au cœur. Car elles voient tout l’amour mis en jeu dans l’acte du corps. On peut adorer une femme et aller coucher chaque soir chez les filles ou avoir une autre maîtresse et que l’on aime même. [...] Allons ne te renfrogne pas, ce n’est pas, je crois, une allusion à moi que je fais ici je vis comme un chartreux. [...] Adieu, cher amour. Mille baisers sur tes doux yeux".
Fac-similé partiel p. 62 du cat.
Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. I, p. 327.

VIENT DE PARAITRE

(< Paul Paumier, Veille documentaire, Université de Rouen)
Guy de MAUPASSANT, Etude sur Flaubert,
Préface de Michel PARFENOV, Paris, éd. Parangon, 2001, 144 p. (coll. Mots et merveilles),
ISBN : 2-84190-063-0, Broché, 49,20 F. soit 7,50 Euros
(Livres Hebdo n° 447 du 23 nov. 2001, p. 91:)

RECHERCHE: TOPOGRAPHIE LOCALE

(voir Bulletin n° 12)
(< Olivier Leroy, libre chercheur, Hornu, Belgique)

Pour répondre à A. Lecerf sur la topographie locale, il existe un plan, dans l'édition de Madame Bovary de René Dumesnil, Club des Libraires de France, 1955 (ill. 46, en fin de volume), sur lequel je crois pouvoir lire (mais c'est à vérifier) "Plan de Rouen pour Madame Bovary". Il existe également un plan "de Rouen à Ry - Lieux cités dans "Madame Bovary"", dans le livre de Géraud Venzac, Au pays de Madame Bovary (Genève et Paris, La Palatine, 1957). Il existe également de nombreux itinéraires sur les environs de Ry, notamment dans la brochure "Sur les pas de FLAUBERT... en Seine-Maritime" (Préfecture de la Seine-Maritime, 1980)".
[Comme on sait, Yonville n'est identifiable à aucun lieu réel; "Ry" ne vaut ici que dans les indications bibliographiques. Ndlr.]

BIBLIOTHEQUE DE FLAUBERT

(< Thierry Savatier)
J'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'intérêt le livre consacré à la bibliothèque de Flaubert.
Au cours de mes recherches pour la biographie de madame Sabatier, maintenant achevée, j'ai pu relever quelques ouvrages portant des envois à Flaubert (ou des indications d'appartenance) dans des catalogues de ventes publiques. En voici la liste :
Alphonse Daudet, L'Arlésienne, Sickles XVII, lot n°7252
Louis Bouilhet, Dernières chansons, Sickles XIV, lot n°5682
Leconte de Lisle, Les Erynnies, Sickles IV, lot n°1237
Edouard Delessert, Toujours tout droit, Sickles II, lot n°309
Huysmans, Marthe, Sickles I, lot n°109
Théophile Gautier, Le Roman de la momie, Sickles I, lot n°72
Goethe, Wilhelm Meister, traduction de Théophile Gautier fils
(extrait découpé d'un catalogue de vente non identifié).
Pouchet Félix-Archimède, Hétérogénéité ou traité de la génération spontanée
(extrait découpé dans un catalogue de vente non identifié).

[Merci à Thierry Savatier. Ces titres figureront dans la liste des livres de la bibliothèque "réelle" de Flaubert, qu'Olivier Leroy est en train de reconstituer en croisant les inventaires figurant dans La Bibliothèque de Flaubert, PUR, 2001, et en intégrant des références comme celles-ci.]




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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