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BULLETIN FLAUBERT n° 154 / 12 décembre 2013

AGENDA

Anniversaire de Flaubert
Flaubert est né un 12 décembre, il y a 192 ans.
En ce jour anniversaire, le Musée Flaubert et d’histoire de la médecine de Rouen présente au public la coupe acquise récemment.
http://flaubert.univ-rouen.fr/nouveautes/invit_coupe_musee.pdf

VENTES

(< Éric Walbecq)
Vente FL Auction, Hôtel Drouot, 12 décembre 2013.
E-mail - info@fl-auction.com
Tel. 01 42 60 87 87
http://www.bsf-commissaires-priseurs.com/flash/index.jsp?id=18218&idCp=253&Ing=fr  
Lot n°89. FLAUBERT (G.) 1821-1880, écrivain. L.A.S. «Vitellius embrasse son asiatique» à [Edmond LAPORTE]. [1878.] 2 pages in-8. Cachet de la collection Edmond Laporte. Il a écrit à Bardoux [nommé Ministre de l'Instruction publique en décembre 1877] afin de trouver une place à Laporte. Et dresse une liste en cinq points des choses que son ami doit faire sans tarder, ne serait-ce que pour éviter à nouveau de rater une opportunité. «Il y a peut-être vingt inspecteurs et 80 promesses». [Les interventions de Flaubert en faveur de son ami Laporte (ainsi qu'en faveur de Maupassant) ont été nombreuses en 1878, comme en témoigne sa correspondance et son journal.] Estimation: 1.500/ 2.000 euros.

Lot n° 90. FLAUBERT (G.) 1821-1880, écrivain. L.A.S. à [Edmond Laporte]. [Janvier 1879.] 1 page in-12. Cachet de la collection Edmond Laporte. «Vous savez que les Agapes ont toujours lieu samedi prochain 18 à 11h du matin [...]. Ce n'est pas pour cela que je vous écris mais pour vous prévenir que: [...] La journée du samedi sera prise par le repas ou à peu près. Arrangez-vous donc pour me consacrer tout le dimanche jusqu'à lundi matin. Allons voyons ne fais pas ta putain.» Estimation: 1.000/ 1.200 euros.

(< Michel Pierssens)
Vente Ader, Hôtel Drouot, 17 décembre 2013. Thierry Bodin, expert.
EMail: contact@ader-paris.fr
Tél.: 01 53 40 77 10
http://www.ader-paris.fr/flash/index.jsp?id=18093&idCp=97&lng=fr&npp=10000
LOT n°50. Gustave FLAUBERT (1821-1880). Manuscrit autographe, Sophonisbe – Mairet Corneille Voltaire; 1 feuillet de titre et 28 pages in-fol. plus un f. blanc, le tout monté sur onglets, sous reliure bradel demi-maroquin à coins prune, titre en long doré sur le dos (Semet & Plumelle).
Précieux recueil de notes sur la Sophonisbe de Corneille, puis la version que Voltaire donna de la tragédie de Mairet; Flaubert s’inspira de la Carthaginoise Sophonisbe pour sa Salammbô (1862). On connaît le formidable labeur de documentation historique et archéologique auquel s’attela Flaubert pour écrire son roman sur Carthage. C’est ici le dossier d’une des sources littéraires de Salammbô, qui permet aussi d’apprécier avec quel soin Flaubert lisait les grands auteurs, la plume à la main. L’héroïne des Sophonisbe est la fille d’un général carthaginois, épouse de Syphax, roi de Numidie, puis de son rival, Massinissa, autre roi; elle s’empoisonne plutôt que de tomber aux mains des Romains, leurs ennemis. La plus grande partie du manuscrit (près des deux tiers) est consacrée aux cinq actes de la pièce de Corneille (1663), lue dans une édition accompagnée des commentaires de Voltaire. Le manuscrit, à l’encre brune, remplit le recto et le verso de 14 feuillets; il présente quelques ratures.
«Préface de Voltaire. V. trouve que le sujet par lui-même est fort difficile à traiter, presque impraticable, parce que “Massinissa obligé de voir sa femme menée en triomphe à Rome ou de la faire périr pour la soustraire à cette infamie ne peut guère jouer qu’un rôle désagréable. Un vieux triumvir tel qu’Antoine qui se perd pour une femme telle que Cléopâtre est encore moins intéressant parce qu’il est plus méprisable”. Il parle ensuite de la pièce de Mairet qu’il trouve sans intérêt. […] Il trouve que “la Sophonisbe de Mairet avait un mérite très nouveau en France, c’était d’être dans les règles des théâtres, les trois unités de lieu de temps et d’action y sont parfaitement observées”. “…Mais surtout ce qui soutient si longtemps la pièce de Mairet c’est qu’il y a de la vraie passion”. Comment concilier cela avec le manque d’intérêt dont V. se plaint plus haut.»
«Préface de Corneille. – Difficulté de traiter un sujet déjà traité par un autre. Corneille s’est attaché à faire différemment, mais non pas mieux que Mairet. Il cite plusieurs auteurs qui comme lui ont traité des mêmes sujets. Déjà Soph. avait été mis sur la scène par Trissin en Italie et Mont-Chretien en France. Il s’est attaché surtout à la fidélité historique des caractères tels qu’ils sont représentés par Tite-Live. Corneille n’était pas de l’école de l’embellissement, de l’anoblissement. Il voulait donc que tout l’effet ressortît de la vérité de la chose devenue idéale à force d’être exacte»… Flaubert cite longuement les réflexions de Corneille, puis commence une analyse détaillée de la pièce, scène par scène, accumulant des résumés d’action, extraits de vers et observations critiques, rappelant d’abord: «La scène est à Cyrthe capitale du royaume de Siphax dans le palais du roi.» Ainsi, à la fin de I,1: «V. trouve cette exposition bonne. La mienne me paraît préférable»… Les premiers vers cités, dès la première scène, peuvent annoncer les batailles des mercenaires contre Carthage dans Salammbô:
«Ses troupes se montrant autour du soleil
Ont de notre ruine arrêté l’appareil.
À peine une heure ou deux elles ont pris haleine
Qu’il les range en bataille au milieu de la plaine.
L’ennemi fait de même et l’on voit des deux parts.
Nos sillons hérissés de piques et de dards»….
Après l’expression d’amour d’Eryxe (II,1), dans laquelle il admire des vers «exquis comme détail», il note: «Là-dessus V. dit: on sent dans cette scène combien Eryxe est froide et rebutante»… La magnifique scène entre Sophonisbe et Syphax, dans laquelle la reine refuse de se rendre aux Romains, quitte à sacrifier son mariage et à s’allier à Massinisse (III,6), paraît tout aussi mal comprise de Voltaire: «Voltaire n’a rien remarqué dans des vers tels que ceux-là […]. V. trouve que la situation de cette scène est révoltante, “qu’elle tient du comique… On n’aime de telles aventures que dans les contes de La Fontaine et dans les farces”»… La scène liminaire de l’acte IV inspire à Flaubert des réflexions sur les inconvénients de remettre en scène les mêmes personnages deux scènes de suite: l’action «perd de son attrait, de son imprévu. En général on n’aime pas au début d’un acte ni tout à fait les mêmes personnages qu’au suivant ni d’autres complètement nouveaux. Dans le premier cas l’intérêt n’est pas excité, la curiosité est morte, partant l’attention dans le second […] on est ennuyé du mal qu’il faut se donner pour l’entendre et l’on n’écoute pas»… Citons encore ces vers (V,7) notés par Flaubert, qui annoncent la personnalité de Salammbô:
«Mais quant à Sophonisbe il m’est permis de dire
Qu’elle est Carthaginoise et ce mot doit suffire».
Et Flaubert d’ajouter, après son analyse du dénouement: «Observ. que dans les scènes 4, 5, 6, 7 et 8 où se trouve Barcée, celle-ci n’ouvre pas la bouche une fois. – Le confident ôtait tout à fait sa figure du 2e plan pour faire ressortir celle du premier mais tellement enfoncée au second plan, que celle du premier y gagne peu. Au reste il faudrait essayer sur le théâtre pour juger si c’est tout à fait inutile. On jouerait une fois par exemple avec cette confidente muette, une autre fois sans elle»…
Puis Flaubert aborde la Sophonisbe de Voltaire, qu’il analyse plus rapidement parce qu’il n’a pas à réfuter les jugements du commentateur. La pièce fut représentée en 1774, «impr. d’abord en 1769 sous le nom de M. Lantin, comme la trag. de Mairet refaite. […] La Soph. de Mairet composée en 1629 & jouée en 1633. […] V. paraît préférer celle de Mairet à celle de Corneille. Mr Lantin (c’est-à-dire V.) “en ranimant la Soph. lui a laissé tous ses traits”. Il trouve le 5e acte trop court mais le cinquième acte d’Ath. n’est pas beaucoup plus long. Il faut lire tout au long l’étrange page qui termine cette dédicace dans laquelle V. trouve qu’on pourrait employer des jeunes gens à corriger, “Agésilas, Attila, Suréna, Othon, Pertharite, Pulchérie, Oedipe, Médée, la Toison d’or, Dom Sanche d’Arragon [sic] (Dom Sanche!!), Andromède. Enfin tant de pièces de Corneille […] qui ne furent jamais lues de personne après leur chute”. Il trouve même qu’on pourrait refaire quelques scènes de Pompée, de Sartorius, des Horaces», etc. «Comme on était déjà loin du 17e siècle! Qu’eût dit de cela La Fontaine et Racine! Je pense que Boileau lui-même en eût ri. Mais le meilleur c’est que c’est dit avec bonne foi et conscience: “Ce serait à la fois rendre service à la mémoire de Corneille et à la scène française qui reprendrait une nouvelle vie. Cette entreprise serait digne de notre protection et même de celle du ministère”»…. Vente Flaubert (succession de sa nièce Caroline Franklin-Grout), Antibes, 28-30 avril 1931, n°60. Estimation: 30.000/ 35.000 euros.

LOT n°64. Théophile GAUTIER (1811-1872). Manuscrit autographe signé, Salammbô par Gustave Flaubert, [1862]; 9 pages oblong in-8 remplies d’une petite écriture, découpées pour l’impression en bandes et remontées, avec enveloppe à en-tête du Moniteur universel.
Magnifique article disant son admiration pour le roman Salammbô de Gustave Flaubert (Michel Lévy, 1863), article publié dans le Moniteur universel du 22 décembre 1862, et recueilli en 1877 dans L’Orient (tome II). Le manuscrit présente quelques ratures et corrections.
«Depuis longtemps on attendait avec une impatience bien légitime Salammbô le nouveau roman de M Gustave Flaubert mais l’auteur n’est pas de ceux qui se hâtent. […] il n’abandonne une oeuvre qu’au moment où il la croit parfaite c’est-à-dire lorsque soins, veilles, corrections, remaniemens ne peuvent plus la perfectionner […] plusieurs années se sont écoulées entre la française Madame Bovary et Salammbô la Carthaginoise. C’est une hardiesse périlleuse, après une oeuvre réussie, de dérouter si complètement le public que l’a fait M Gustave Flaubert dans son roman punique. […] Mais n’est-ce pas un beau rêve et bien fait pour tenter un artiste que celui de s’isoler de son temps et de reconstruire à travers les siècles une civilisation évanouie, un monde disparu? Quel plaisir, moitié avec la science, moitié avec l’intuition, de relever ces ruines enterrées sous les écrasemens des catastrophes, de les colorer, de les peupler, d’y faire jouer le soleil et la vie et de se donner ce spectacle magnifique d’une résurrection complète!»…
Théophile Gautier souligne l’immense labeur d’archéologue et d’historien de Flaubert qui, «avec une patience de bénédictin a dépouillé toute l’histoire antique. […] pour un détail il a lu de gros volumes qui ne contenaient que ce détail. Non content de cela, il a fait une excursion investigatrice aux rives où fut Carthage, adaptant la science acquise à la configuration des lieux, interrogeant les flots limpides qui cachent tant de secrets, frappant le sable du talon pour en faire sortir une réponse à un doute, s’imprégnant de la couleur du ciel et des eaux, se logeant dans la tête la forme des promontoires, des collines, des terrains, de façon à bien planter le décor de son drame et de sa restauration car Salammbô est à la fois l’un et l’autre».
«La lecture de Salammbô est une des plus violentes sensations intellectuelles qu’on puisse éprouver; dès les premières pages on est transporté dans un monde étrange, inconnu, surchauffé de soleil, bariolé de couleurs éclatantes, étincelant de pierreries au milieu d’une atmosphère vertigineuse où se mêlent aux émanations des parfums les vapeurs du sang»... Gautier évoque avec lyrisme «le spectacle de la barbarie africaine avec ses magnificences bizarres», le «début tumultueux» du roman «qui nous fait assister à l’orgie des mercenaires dans les jardins d’Hamilcar», et restitue ses impressions dans un magnifique poème en prose, jusqu’à la sublime apparition de Salammbô, et l’amour qui s’empare de Mathô… «C’est ainsi que s’ouvre ce livre splendide et monumental»…
Gautier continue de résumer le roman, avec verve, ferveur et enthousiasme, mais aussi avec une fascination pour cet Orient sauvage, qu’il évoque dans une langue poétique et avec des coloris de peintre… Il proclame à plusieurs reprises son admiration; ainsi: «Rien n’est magnifique et terrible comme l’assemblée nocturne des Anciens qui se tient dans le temple de Moloch bâti en forme de tombeau»… Ou, lorsqu’Hamilcar visite ses magasins remplis de trésors: «Cette revue dépasse en éblouissemens les plus merveilleux contes arabes, et la pauvreté moderne reste confondue devant cette accumulation de richesses antiques»... Ou encore, à propos de la bataille: «M. Gustave Flaubert est un peintre de batailles antiques qu’on n’a jamais égalé et que l’on ne surpassera point. […] Quelle effrayante peinture que celle de ces éléphans aux défenses aiguisées de pointes en fer, au poitrail plastronné d’un disque d’airain, au dos chargé de tours pleines d’archers et dont la trompe barbouillée de minium fauche avec le coutelas qu’y fixe un bracelet de cuir les têtes et les bras des combattants! […] M. Gustave Flaubert n’est pas moins habile aux sièges qu’aux batailles. […] On ne saurait imaginer la furie et l’acharnement de ces assauts qui paraissent décrits par un témoin oculaire tant ils sont rendus avec une fidélité vivante»... Et, plus loin, lors de la «décisive et suprême bataille. Après tant de combats on pourrait croire M. Gustave Flaubert fatigué de sang et de carnage. Il n’en est rien. Cette dernière tuerie, où les combattans ayant brisé leurs armes se mordent au visage comme des chiens, étincelle de beautés affreuses. On en suit les poignantes péripéties avec une anxieuse horreur»...
Pour conclure, Gautier fait un éloge soutenu de l’art de Flaubert, de son «impersonnalité absolue». Flaubert «possède au plus haut point l’objectivité rétrospective. Il voit, nous soulignons exprès le mot pour lui donner toute sa signifiance spirituelle, les choses qui ne sont plus dans le domaine de l’oeil humain avec une lucidité toute contemporaine. Dans son livre, Carthage, pulvérisée à ce point qu’on a peine à en délimiter la place, se dresse d’une façon aussi précise qu’une ville moderne copiée d’après nature. C’est la plus étonnante restauration architecturale qui se soit faite. […] Ce don de résurrection que M. Gustave Flaubert possède pour les choses, il n’en est pas moins doué à l’endroit des personnages. Avec un merveilleux sens ethnographique, il rend à chaque race sa forme de crâne, son masque, sa couleur de peau, sa taille, son habitude de corps, son tempérament, son caractère physique et moral. […] De ce fourmillement colossal de multitudes remuées avec la plus magistrale aisance, se détachent les figures du drame: Hamilcar, Hannon, Mathô, Spendius, Narr’Havas, Salammbô, Schahabarim […] Pour peindre ces personnages de types si divers, M. Gustave Flaubert a su trouver les teintes les plus délicates et les plus vigoureuses. Si rien n’est horrible comme le suffète lépreux, rien n’est plus suave que cette Salammbô faite de vapeurs, d’aromes et de rayons. La terreur et la grâce, il a tout, et il sait rendre les putréfactions des champs de bataille comme l’intérieur chatoyant et parfumé des chambres virginales. […] Aucune imagination orientale n’a dépassé les merveilles entassées dans l’appartement de Salammbô. Les yeux modernes sont peu habitués à de telles splendeurs. Aussi a-t-on accusé M. Gustave Flaubert d’enluminure, de papillotage, de clinquant; quelques mots de physionomie trop carthaginoise ont arrêté les critiques. Avec le temps, ces couleurs trop vives se tranquilliseront d’elles-mêmes. Ces mots exotiques, plus aisément compris, perdront leur étrangeté, et le style de M. Flaubert apparaitra tel qu’il est, plein, robuste, sonore, d’une originalité qui ne doit rien à personne, coloré quand il le faut, précis, sobre et mâle lorsque le récit n’exige pas d’ornement – le style d’un maître enfin! Son volume restera comme un des plus hauts monuments littéraires de ce siècle. Résumons, en une phrase qui dira toute notre pensée, notre opinion sur Salammbô: ce n’est pas un livre d’histoire, ce n’est pas un roman, c’est un poëme épique». Estimation: 1.200/ 1.500 euros.
Voir ici le compte rendu intégral de Salammbô par Gautier:
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/salammbo/sal_gau2.php




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Marie-Paule Dupuy, Olivier Leroy et Joëlle Robert. Il vous tiendra informés, selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement, veuillez vous inscrire à l'adresse suivante:
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