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BULLETIN FLAUBERT n° 168 / 15 mai 2015

AGENDA

Samedi 30 mai 2015, Hôtel des Sociétés savantes, Rouen, 190 rue Beauvoisine
Amis de Flaubert et de Maupassant
Regards d’artistes sur Flaubert
Journée organisée par Sandra Glatigny, dans le cadre de l’événement «Flaubert dans la ville»
http://www.amis-flaubert-maupassant.fr/programmes/programme-de-lannee-2015

Matinée
Sandra Glatigny, «Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera…» Présentation de «Flaubert dans la ville»
Hastaire, «Flaubert en ses couleurs, présentation de son travail de peintre»
Érika Wicky, «Détails et orientalisme dans Salammbô, de Flaubert à Mucha»
Camille Debrabant, «Sherrie Levine, copiste de Flaubert?»
Francine Mauge, pétrisseuse de terre, «Évocations de Flaubert en neuf portraits en terre cuite (2003)»
Voir ces portraits:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/galerie.php?g=mauger

Après-midi
Visite des installations dans la ville de Rouen.
Site de «Flaubert dans la ville»:
http://flaubert-danslaville.univ-rouen.fr/

(< Chiara Pasetti)
La Tentation de saint Antoine: le tableau de Brueghel revient à Gênes

Pour les flaubertiens italiens (mais pas seulement!), un grand événement a lieu à Gênes: jusqu’en mars 2016, le tableau de Brueghel, La Tentation de saint Antoine (datation incertaine), revient à Gênes, à la Galleria Nazionale di Palazzo Spinola (1, Piazza di Pellicceria). C’est ce tableau qui a inspiré à Flaubert La Tentation de saint Antoine. Il l’avait vu en 1845 à Gênes, au Palais Balbi, pendant son premier voyage en Italie (voir Oeuvres de jeunesse, Bibl. de la Pléiade, p.1105, et les lettres à Alfred Le Poittevin du 13 mai 1845, Corr., t.I, p.231, et à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie du 5 juin 1872, Corr., t.IV, p.531). Le premier dimanche de chaque mois, le Palazzo Spinola est gratuit. La directrice de ce musée, Farida Simonetti, est en train d’organiser une journée d’étude, prévue pour l’automne 2015, avec des historiens de l’art, sur la question de l’auteur du tableau, traditionnellement attribué à Pieter Brueghel le Jeune. Dans le cadre de cette initiative, se déroulera aussi un colloque consacré à l’influence du tableau sur l’oeuvre de Flaubert, avec des lectures théâtrales tirées de la Tentation de Flaubert (en collaboration avec Chiara Pasetti). Nous vous donnerons le programme dès qu’il sera établi.
La Tentation de saint Antoine (attribué à Pieter Brueghel le Jeune)
http://flaubert.univ-rouen.fr/derives/tsa_brueghel.php
Avec l’aimable autorisation de la Galleria Nazionale di Palazzo Spinola, Gênes.

VENTES

(< Jacques-Remi Dahan)
Catalogue C’est les bottes de sept lieues [avril 2015], librairie Pierre Saunier, 22 rue de Savoie, 75006 Paris.
http://www.pierre-saunier.fr/media/catalogues_pdf/Les_bottes_7_lieux.pdf

92. Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Paris, Michel Lévy, 1874, 2 forts in-12, brochés. 6000 euros.
Première édition in-12, publiée quelques semaines après l’édition originale. Un des 25 ex. sur papier de Hollande.
C’est l’exemplaire de Gustave Flaubert, comportant ce billet autographe signé de Victor Hugo à l’intention de son éditeur:
«je prie M. Michel Lévy de remettre à M. Gustave Flaubert un exemplaire de Quatrevingt-treize.
29 mars 1874 Victor Hugo»
Flaubert avait déjà reçu, dédicacé par Hugo, un exemplaire de l’édition originale in-8°. Cet exemplaire figure sous le numéro 4872 de la vente Sickles des 28-29 octobre 1992.

(< François Lapèlerie, Éric Walbecq, Stéphanie Dord-Crouslé)
Vendredi 22 mai 2015, Drouot-Richelieu
Pierre Bergé & associés. Jean-Baptiste de Proyart, expert.
Collection Jean Patou

http://catalogue.gazette-drouot.com/index.jsp?id=23563&lng=fr
Lot n° 341. Gustave Flaubert. Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, fin novembre 1857]. «La difficulté est de trouver la note juste. [...] les livres ne se font pas comme les enfants, mais comme les pyramides» (à propos de Salammbô). 4 pages in-8 (212 x 135mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures.
Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°178 «Ne te flatte pas, aimable neveu, de l’espoir d’entendre les aventures de mademoiselle Salammbô [sic] – non, mon bichon. Cela me troublerait [...] Quel chien de sujet! je passe alternativement de l’emphase la plus extravagante à la platitude la plus académique [...] j’ai peur que ce ne soit poncif et rococo en diable. D’un autre côté, comme il faut faire violent, je tombe dans le mélodrame. C’est à se casser la gueule, nom d’un petit bonhomme! La difficulté est de trouver la note juste. Cela s’obtient par une condensation excessive de l’idée, que ce soit naturellement, ou à force de volonté, mais il n’est pas aisé de s’imaginer une vérité constante, à savoir une série de détails saillants et probables dans un milieu qui est de deux mille ans d’ici. Pour être entendu, d’ailleurs, il faut faire une sorte de traduction permanente, et quel abîme cela creuse entre l’absolu et l’oeuvre! [...] ma drogue ne sera ni romaine, ni latine, ni juive. Que sera-ce? Je l’ignore. Mais je te jure bien, de par les prostitutions du temple de Tanit, que ce sera “d’un dessein farouche et extravagant” comme dit notre père Montaigne. [...] Relis et rebûche ton conte. Laisse-le reposer et reprends-le, les livres ne se font pas comme les enfants, mais comme les pyramides, avec un dessin prémédité, et en apportant des grands blocs l’un par-dessus l’autre, à force de reins, de temps et de sueur, et ça ne sert à rien! et ça reste dans le désert! mais en le dominant prodigieusement. Les chacals pissent au bas et les bourgeois montent dessus, etc.; continue la comparaison.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, II, Paris, Gallimard, 1980, p.782 et 1410. Estimation: 4.000/ 6.000 euros.

Lot n° 342. Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, Carthage, 1er mai [1858]. «Je dors comme un caillou, je mange comme un ogre, je bois comme une éponge et je ... comme un âne!» 3 pages in-8 (205 x 135mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°181; enveloppe de la vente conservée. Gustave Flaubert confie à son ami Ernest Feydeau les joies de son voyage en Tunisie, au printemps 1858, et regrette qu’il ne l’ait pas accompagné. Il décrit ensuite les différentes étapes de son périple avant de conclure, presqu’en aparté: «Non! sacré nom de Dieu, non! il ne faut jamais écrire de phrases toutes faites. On m’écorchera vif plutôt que de me faire admettre une telle théorie. Elle est très commode, j’en conviens, mais voilà tout. Il faut que les endroits faibles d’un livre soient mieux écrits que les autres.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, II, Paris, Gallimard, 1980, p.809 et 1410. Estimation: 5.000/ 7.000 euros.

Lot n° 343
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, 20 juin 1858]. Retour de Carthage et ébauche de Salammbô. 4 pages in-8 (212 x 136mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°185; enveloppe de la vente conservée. Flaubert relate le voyage qu’il a fait à Carthage pour la rédaction de Salammbô: «Je t’apprendrai que Carthage est complètement à refaire, ou plutôt à faire. Je démolis tout. C’était absurde! impossible! faux! Je crois que je vais arriver au ton juste. Je commence à comprendre mes personnages et à m’y intéresser. C’est déjà beaucoup. Je ne sais quand j’aurai fini ce colossal travail. Peut-être pas avant deux ou trois ans. D’ici là, je supplie tous les gens qui m’aborderont de ne pas m’en ouvrir la bouche. J’ai même envie d’envoyer des billets de faire-part pour annoncer ma mort.» Puis, il évoque Fanny avant de parler de sa santé: «Moi, je prends des bains tous les jours. Je nage comme un triton. Jamais je ne me suis mieux porté.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, II, Paris, Gallimard, 1980, p.817 et 1429. Estimation: 5.000/ 7.000 euros.

Lot n° 344
FLAUBERT, Gustave
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, début février 1859]. Conseils de Flaubert à Feydeau qui lui a confié le manuscrit de Daniel avant de le faire publier: «Prends garde d’abîmer ton intelligence dans le commerce des dames.» 4 pages in-8 (208 x 131mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°195; enveloppe de la vente conservée. «Ça va bien! très bien! jeune homme! La deuxième partie marche comme sur des roulettes. [...] quant au reste, le papier vous brûle les mains, pour moi du moins. J’ai poussé, tout seul, des bravo! très bien! plusieurs fois [...] Il y a des choses charmantes, exquises, pages 281, 285; ça donne envie d’archifoutre l’héroïne. Ne pleure pas sur tes suppressions, elles étaient indispensables. Je m’y connais, n’aie pas peur. Si je voyais aussi bien dans mes oeuvres que dans celles des autres, je serais un bien grand homme; mais hélas! Oh! que Carthage par moments me scie le trou du cul! Tu es beau, et héroïque, quant aux retranchements; mais j’ai la conviction qu’une ligne oiseuse d’ôtée vous donne dix lecteurs de plus. [...] On me verra cocher de fiacre avant de me voir écrire pour de l’argent. [...] prends garde d’abîmer ton intelligence dans le commerce des dames. Tu perdras ton génie au fond d’une matrice.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, p.13 et 1042. Estimation: 5.000/ 7.000 euros.

Lot n° 345
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, 16 juin 1859]. Poursuite de l’écriture de Salammbô et médiocrité des temps modernes: «Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains.» 4 pages in-8 (210 x 134mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°202; enveloppe de la vente conservée. «J’ai enfin terminé mon interminable quatrième chapitre, d’où j’ai retranché ce que j’en aimais le mieux. Puis, j’ai fait le plan du cinquième, pris des notes en quantité, etc. [...] Oui, je trouve, contrairement au sieur d’Aurevilly, qu’il s’agit maintenant d’hypocrisie et pas d’autre chose. Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains. A-t-on peur de se compromettre!!! Cela est tout nouveau, à ce degré du moins. L’envie du succès, le besoin de réussir quand même, à cause du profit, a tellement démoralisé la littérature qu’on devient stupide de timidité [...] Tout cela n’est pas perdu. A mesure que je me plonge plus avant dans l’antique, le besoin de faire du moderne me reprend, et je cuis à part moi un tas de bonshommes. [...] J’ai plusieurs idées sur ton style. [...] Il faudra que ce soit impersonnel.” Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, p.26 et 1048. Estimation: 5.000 / 7.000 euros.

Lot n° 346
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, 30 août 1859]. Flaubert raconte à Feydeau une anecdote amusante, et l’entretient de l’avancée de Salammbô. 4 pages in-8 (210 x 132mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°204; enveloppe de la vente conservée. «Un jeune homme de Rouen, riche, vingt-trois ans, etc. allait épouser et enrichir par ce mariage, une jeune demoiselle, dix-sept ans, jolie, etc. lorsqu’un jour il surprit, dans sa table à ouvrage, un livre infâme intitulé: Fanny, d’un nommé E. Feydeau! Scandale! cris, scène! et le mariage fut manqué à cause de cela. [...] j’étais tellement enthousiasmé de ce jeune bourgeois que j’éprouvais tour à tour le besoin de lui faire frapper une médaille en aluminium – et de l’écorcher vif. [...] le positif, c’est que ton bouquin a fait rompre un mariage et il est probable qu’en cela il a fait une bonne action!» [...] «pour qu’on dise d’un personnage antique: “c’est vrai”, il faut qu’il soit doué d’une triple vie, car le modèle, le type, qui l’a vu? J’espère dans un mois avoir fini mon VIe chapitre et, avant de rentrer à Paris, le VIIe sera fait, il le faut. Je me suis débarrassé du Ve par la suppression de deux morceaux excellents, mais qui ralentissaient le mouvement.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, p.38. Estimation: 5.000/ 7.000 euros.

Lot n° 347
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, 19 juin 1861]. Contre la douceur en littérature: «noyons le bourgeois dans un grog à XI mille degrés!» Flaubert aux prises avec la rédaction de Salammbô. 3 pages 1/2 in-8 (205 x 135mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°222; enveloppe de la vente conservée. «Tu ne me parais pas te réjouir infiniment, mon vieux Feydeau? et je le conçois! l’existence n’étant tolérable que dans le délire littéraire. Mais le délire a des intermittences; et c’est alors que l’on s’embête. J’applaudis à ton idée de faire une pièce après ton livre sur Alger. Pourquoi veux-tu l’écrire dans des “tons doux”? Soyons féroces, au contraire! Versons de l’eau-de-vie sur ce siècle d’eau sucrée. Noyons le bourgeois dans un grog à XI mille degrés et que la gueule lui en brûle, qu’il en rugisse de douleur! C’est peut-être un moyen de l’émoustiller? On ne gagne rien à faire des concessions, à s’émonder, à se dulcifier, à vouloir plaire en un mot. [...] Au reste, puisque tu as ton idée, exécute-la. Mais sois sûr que ce qui a choqué ces messieurs dans ta dernière oeuvre théâtrale est précisément ce qu’elle comportait de bon et de particulier. Tous les angles sont blessants. [...] Je ne pense pas avoir fini avant la fin de cette année. Mais dussé-je y être encore dix ans, je ne rentrerai à Paris qu’avec Salammbô terminée! C’est un serment que je me suis fait.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, p.157 et 1132. Estimation: 5.000/ 7.000 euros.

Lot n° 348
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset], samedi soir 17 [août 1861]. Flaubert en pleine rédaction de Salammbô: «On commence à marcher dans les tripes et à brûler les moutards. Baudelaire sera content!» 4 pages in-8 (205 x 136mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Illustration: croquis autographe représentant une tête de fakir, à l’encre noire dans le coin supérieur gauche de la première page. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°221; enveloppe de la vente conservée. «On n’a de chance qu’en suivant son tempérament et en l’exagérant. Des concessions, Monsieur? Mais “ce sont les concessions qui ont conduit Louis XVI à l’échafaud”. Ce qui n’empêche pas que je préfère, pour moi, ne jamais me mêler de ces messieurs ni directement, ni indirectement. La recherche de l’Art en soi demande trop de temps pour qu’on en perde même un peu à repousser les roquets qui vous mordent les jambes. Il faut imiter les fakirs qui passent leur vie la tête levée vers le soleil, tandis que la vermine leur parcourt le corps. [...] J’ai fait, de mon XIIIe chapitre, 12 pages; il doit en avoir une quarantaine, ce qui me mènera jusqu’à la fin d’octobre. [...] Oui, on m’engueulera, comptes-y. Salammbô 1° embêtera les bourgeois, c’est-à-dire tout le monde; 2° révoltera les nerfs et le coeur des personnes sensibles; 3° irritera les archéologues; 4° semblera inintelligible aux dames; 5° me fera passer pour pédéraste et anthropophage. Espérons-le! J’arrive aux tons plus foncés. On commence à marcher dans les tripes et à brûler les moutards. Baudelaire sera content!» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la pléiade, 1991, p.169 et 1141. Estimation: 4.000/ 6.000 euros.

Lot n° 349
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, vers le 15 septembre 1861]. Fatigue des tueries de Salammbô: «Je vomis des catapultes, j’ai des tollénons dans le cul et je pisse des scorpions.» 3 pages in-8 (205 x 135mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n°220; enveloppe de la vente conservée. «Il y a des jours où je n’ai plus la force physique de remuer une plume. Je dors dix heures la nuit et deux heures le jour. Carthage aura ma fin si cela se prolonge, et je n’en suis pas encore à la fin! J’aurai cependant, au commencement du mois prochain, terminé mon siège; mais j’en aurai encore pour tout le mois d’octobre avant d’arriver au chapitre XIV qui sera suivi d’un petit autre. C’est long, et l’écriture y devient de plus en plus impossible. Bref, je suis comme un crapaud écrasé par un pavé; comme un chien étripé par une voiture de merde, comme un morviau sous la botte d’un gendarme, etc. L’art militaire des Anciens m’étourdit, m’emplit; je vomis des catapultes, j’ai des tollénons dans le cul et je pisse des scorpions. [...] Tu n’imagines pas quel fardeau c’est à porter que toute cette masse de charogneries et d’horreurs; j’en ai des fatigues réelles dans les muscles.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, p.174 et 1142. Estimation: 4.000/ 6.000 euros.

Lot n° 350
Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau, [Croisset, 29 décembre 1872]. Prises de notes pour Bouvard et Pécuchet. Flaubert évoque également la morosité ambiante: «Les temps ne sont point propices à la littérature.» 2 pages in-8 (208 x 132mm), sur papier de deuil, à l’encre noire. Quelques ratures. Provenance: catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, première lettre du n°270; enveloppe de la vente conservée. «Rien de neuf dans ma vie, mon cher vieux. Je la passe uniformément au milieu de mes livres et dans la compagnie de mon chien. J’avale des pages imprimées et je prends des notes pour un bouquin [Bouvard et Pécuchet] où je tâcherai de vomir ma bile sur mes contemporains. Mais ce dégueulage me demandera plusieurs années. [...] J’ai pris 51 ans le 12 de ce mois; c’est une consolation.» Référence: Gustave Flaubert, Correspondance, IV, Paris, Gallimard, 1998, p.627 et 1306. Estimation: 4.000/ 6.000 euros.

(< Marlo Johnston)
Catalogue Otrante, juin 2015
Catalogue http://www.otrante.fr/juin2015.html
Lot 16. Lettre de Louis Bouilhet. Lettre autographe signée de l’ami de Flaubert et de Maupassant au directeur de l’Odéon, relative au dernier drame de l’auteur, Mademoiselle Aïssé. 27 juillet 1868. Trois pages in-8. Deux pages in-folio. Manuscrit autographe de 2 pages in-folio d’Aïssé, correspondant aux scènes X, XI et XII – répliques d’Aïssé, de Madame de Tencin, de Monsieur d’Argental, du comte de Brécourt, du commandeur de Mesme et d’un choeur de Chevaliers. 800 euros

Lot 46. Remy de Gourmont, Manuscrit autographe signé R.G. de Notice sur le buste de Gustave Flaubert par Clésinger (paru dans le Mercure de France en mai 1891, p.259). Grand in-8; 3 ff. contrecollés. Cartonnage à la Bradel, pièce de titre en long de maroquin bordeaux. 650 euros.

(< Michel Pierssens)
Vente Alde, 22 mai 2015
Lot 22. Gustave Flaubert, Madame Bovary. Moeurs de province, Paris, Michel Lévy frères, 1857. 2 volumes in-12, demi-maroquin bleu à long grain avec coins sertis d’un filet doré, dos lisse orné en long, non rogné, couverture (Pagnant). Édition originale très recherchée.
Exemplaire de premier tirage, avec la faute à «Senart» et autres caractéristiques relevées par Max Brun, sans le catalogue de l’éditeur.
Bel exemplaire non rogné dans une jolie reliure de Pagnant.
Charnières légèrement frottées. Estimation: 2.000/ 3.000 euros.
http://www.alde.fr/lot/5346907

Lot 23. Madame Bovary. Moeurs de province, deuxième édition, Paris, Michel Lévy frères, 1857. 2 volumes in-12, percaline gaufrée verte, titre et tomaison dorés sur le premier plat, dos lisse muet, tranches mouchetées (reliure de l’époque). Deuxième édition, parue quelques mois après l’édition originale.
Exemplaire de Julien Benda (1867-1956), l’auteur de La Trahison des Clercs, avec sa signature sur les titres et des accolades marginales dans le texte du même crayon bleu. Il provient des bibliothèques du baron Achille Deban-Laborde, colonel du 4e cuirassiers en 1861, et Edgar Lucas, avec cachets ex-libris.
Rare exemplaire en cartonnage d’éditeur de séduisante provenance littéraire.
Dos du second volume partiellement décollé avec manque sur la charnière inférieure, rousseurs. Estimation: 300/ 400 euros.
http://www.alde.fr/lot/5346908

Lot 24. La Tentation de saint Antoine, Paris, Charpentier et Cie, 1874. Grand in-8, maroquin havane, double encadrement de filets à froid avec fleurons aux angles, dos orné de même, filets sur les coupes, dentelle intérieure, doublure et gardes de moire bleue, tranches dorées sur témoins, chemise et étui assortis (P. L. Martin). Édition originale.
Un des 75 exemplaires sur hollande, numérotés et paraphés par l’éditeur.
Superbe exemplaire parfaitement établi par Pierre-Lucien Martin, à toutes marges et complet de la couverture bleue glacée. Estimation: 2.000/ 3.000 euros.
http://www.alde.fr/lot/5346909

Lot 25. Bouvard et Pécuchet, Paris, Alphonse Lemerre, 1881. In-12, maroquin vert, frise géométrique aux angles, guirlande dorée au centre, jeu de filets intérieur, tranches dorées, étui (René Kieffer). Édition originale.
Belle reliure de René Kieffer.
Dos passé. Estimation: 800 / 1.000 euros.
http://www.alde.fr/lot/5346910

(< Stéphanie Dord-Crouslé)
Vente Alde, 29 mai 2015
Lot 16. Louis Bouilhet (1822-1869) poète, ami de Flaubert. Manuscrit autographe signé.
http://www.alde.fr/lot/5349913
Rognures; cahier petit in-4 de 68 pages (plus ff. blancs), reliure cartonnée de l’époque demi-percaline chagrinée bleu nuit, plats de papier marbré. Précieux recueil de poésies, en grande partie inédit. Celui-ci est un intéressant témoignage des premiers essais poétiques de Louis Bouilhet, avant Melaenis (1857). Les manuscrits de Louis Bouilhet, mort à 47 ans, sont d’une grande rareté. Soigneusement calligraphié (avec quelques variantes marginales), il rassemble 50 «rondeaux – sonnets – triolets – apologues – contes – épigrammes – fantaisies – traductions». Quelques pièces furent recueillies dans les Dernières Chansons (recueil posthume de 1872): «Baiser de muse», «Sur la première page d’un album» et «Imité du chinois», avec quelques variantes. Certaines pièces sont datées, de 1840 à 1859. Une table, à la fin du cahier, dresse la liste des poèmes. «À monsieur le conseiller Clogenson»; «Bain de muse»; «Le déjeuner de Durandeau, triolet»; «Rencontre, triolet»; «À Th. de Banville, triolet»; «Invitation (à M. Courteville), triolet»; «L’Oeuf Politique, apologue» (1840); «La Chenille et le Papillon, apologue»; «Sur la 1ère page d’un album»; «À une magnétiseuse»; «À un médecin-poëte»; «Tables tournantes, à une dame»; «Compliment, pour une enfant de cinq ans» (1845); «Compliment, deux petits orphelins, à une soeur aînée, qui se marie» (1858); «Au chapeau de Caudron» (1845); «À Blaise; Timidité» (1843); «Opium, impromptu à mon ami Boivin qui voulait dormir, et à qui j’avais, à cet effet, envoyé mes poësies» (1840); «Sur le pavé, rondeau, à P.H.»; «À une jeune fille, traduit d’Anacréon» (1840); «À Mlle X** (réponse), impromptu»; «Le Vieux, traduit d’Anacréon»; «Au pamphlétaire du Figaro»; «Trente ans! (à E. Morisse)»; «Il fait très noir, rondeau» (Rouen, juin 1845); «On veut savoir, rondeau» (1845); «À une demoiselle d’estaminet» (1844); «Le diable est là, conte» (1840); «L’Ivrogne, conte» (Cany, septembre 1845); «Le Retour, romance» (23 août 1841); «À Mulot, triolet» (mai 1859); «à L.B., quatrain signé Edw. Shortown» (Courteville 24 août 1859); «Les cinq doigts»; «Souvenir (acrostiche pour Victor Lepeley)»; «À Dorylas»; «Le debteur»; «Épigramme (trouvée dans les ruines d’Herculanum)», en latin; «Chant nuptial, fragment, traduit de Catulle»; «À Lesbie»; «À un poëte qui s’était fait marchand de pierres…»; «À M. Francis de Saint-Lary, et à Mme, le jour de ses noces, rondeau, et Envoi du rondeau»; «À une dame, en lui offrant un porte-montre»; «Impromptu, pour l’inauguration d’une fontaine (Saint-André de l’Eure)»; «Proportions (au cimetière de Montmartre)»; «À Champfleury»; «À Rosette» (1845 Rouen); «Imité du chinois» (Iu-Kiao-Li); «À Ismérie» (Rouen, 1847); «Traduit de Juvénal»; «Menace» (1846); «Au moineau de Mlle M. D.» (1er avril 1857). Nous citons la première et la dernière strophe de cet ultime poème, qui compte 18 tercets: «Petit moineau d’humeur traîtresse Qui, le matin, de ta maîtresse Viens becqueter la noire tresse, […] Ce sera justice, après tout: Le seul Dieu que le monde absout, Ô moineau, c’est le Dieu qui fout!...» Ex-libris G.R. Piclin, à Rouen, et étiquette de la 3e vente George Sand (Versailles, Hôtel Rameau, 11 juin 1965, Me Blache).
Estimation: 1.800/ 2.000 euros.

Lot 90. [Gustave FLAUBERT (1821-1880)]. Important dossier documentaire constitué par Edmond Ledoux.
http://www.alde.fr/lot/5349987
Edmond Ledoux (†1962) fut stagiaire à l’étude notariale de Maître Ozanne, apparenté au Dr Franklin-Grout, le second mari de la nièce de Flaubert. C’est à cette époque qu’il commença à se passionner pour l’écrivain. Il travailla à faire revenir sa bibliothèque à Rouen et en fut nommé conservateur quand elle fut hébergée par la ville de Canteleu. Il a également inventorié et daté la correspondance de Flaubert offerte à l’Institut de France par sa nièce, et réuni, tout au long de sa vie, une documentation unique en vue d’un ouvrage resté à l’état de projet. Correspondances. Copies manuscrites de lettres de Flaubert, écrites de Croisset ou de Paris entre 1867 et 1880, adressées à George Sand, Maupassant, la princesse Mathilde, Philippe Leparfait, etc.; de lettres de George Sand, 1865-1874, adressées à Flaubert... Copies dactylographiées de lettres adressées à Caroline Commanville, 1883-1884, à propos de la première édition de la correspondance de Flaubert, par Toudouze, Bouilhet, E. Renan, F. Baudry, Zola, Leconte de Lisle, la Princesse Mathilde, Gautier, Lovenjoul, Daudet, etc. Notes diverses de Ledoux. Plan d’un ouvrage sur la vie et l’oeuvre de Flaubert. Recherches sur les oeuvres de Flaubert (Bouvard et Pécuchet, Salammbô, La Tentation, Le Château des coeurs...); inventaire des pièces autographes et manuscrits trouvés dans les papiers de l’écrivain; notes sur sa bibliothèque, etc. Papiers familiaux. Documents sur le buste érigé à Rouen en l’honneur du père de l’écrivain le Dr Achille-Cléophas Flaubert; sur la succession de sa mère; copie de l’acte de décès de Gustave Flaubert et nombreuses notes sur les mystères entourant sa mort; copie de l’apposition et levée des scellés sur ses biens, etc. Photographies. 6 reproductions de portraits de Flaubert, dont 2 gravures; portrait de Caroline Commanville; 5 cartes postales de Croisset. Imprimés. Discours prononcé à l’inauguration du monument érigé à Rouen à Gustave Flaubert par J. Félix (1891); Edmond Spalinowski, Autour de Flaubert (1933); quelques sources inédites de La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert, extrait de la Revue d’Histoire littéraire de la France (1953, avec envoi); Chronique médicale du 1er août 1908 (souvenirs du Dr Henri Fauvel sur Flaubert); catalogue de vente publique (correspondance de Flaubert à E. Laporte, 20-28 mars 1933, manque la couv.). On joint le journal personnel d’Edmond Ledoux (1932-1941), et la correspondance échangée avec le Dr Galérant à propos de Flaubert (avec brouillons de réponses). Estimation: 1.800/ 2.000 euros.

APPEL À CONTRIBUTIONS

Flaubert voyageur
Publication d’un ouvrage collectif consacré aux voyages flaubertiens, dirigé par Éric Le Calvez
Date limite: 31 juillet 2015

Quand on pense à Flaubert, c’est immédiatement l’image de l’«ermite» qui vient à l’esprit: en effet il n’était pas surnommé «l’ermite de Croisset» pour rien, ayant passé presque toute sa vie enfermé pour produire son oeuvre. Pourtant, il fut aussi un grand voyageur. Il avait rêvé voyages dès sa plus jeune enfance, afin de pouvoir lutter contre l’ennui qui l’accablait: il admet vouloir tout quitter, aller vivre ailleurs et «chevaucher sur une grand-route d’Asie, en plein soleil, dans de la lumière rouge» (Correspondance, I, 428). Son premier grand voyage aura lieu alors qu’il a 18 ans, dans les Pyrénées, le Midi et en Corse. En 1845, ce sera, lors du voyage de noces de sa soeur Caroline, un séjour en Italie (avec un retour par la Suisse) au cours duquel, à Gênes, Flaubert fait la découverte essentielle du tableau de Breughel qui lui inspirera La Tentation de saint Antoine. En 1847, ce sera avec Maxime Du Camp qu’il ira en excursion, le plus souvent à pied, en Bretagne. Enfin, en 1849, il embarquera, avec Du Camp encore, pour l’Orient dont il avait tant rêvé: il y restera jusqu’en 1851.

Le docteur Achille-Cléophas Flaubert avait écrit à son fils, le 29 août 1840: «Profite de ton voyage et souviens-toi de ton ami Montaigne qui veut que l’on voyage pour rapporter principalement les humeurs des nations […]. Vois, observe et prends des notes; ne voyage pas en épicier ou en commis-voyageur» (Correspondance, I, 68), lui inculquant la notion de voyage utile, et c’est exactement ce que Gustave a fait, observant lieux et moeurs et écrivant un récit de voyage. Il en ira constamment de même, pour chacun de ses voyages, même s’il n’a jamais eu l’intention d’en publier les textes (seul un extrait de Par les champs et par les grèves, récit du voyage en Bretagne, verra le jour pour le public); et en 1858, quand il s’aperçoit que l’écriture de Salammbô est quasiment en panne, il n’hésite pas à partir plus d’un mois à Tunis et dans ses environs, pour voir les paysages qu’il prétend décrire, et prenant des notes dans un carnet, à propos des paysages mais aussi des moeurs, des odeurs, des couleurs, de la faune et de la flore. Sa vie durant, pour rédiger ses oeuvres, Flaubert fera aussi des voyages documentaires, au cours desquels il prendra toujours des notes dans ses carnets de repérage, pour L’Éducation sentimentale, Bouvard et Pécuchet, mais aussi Un coeur simple.

Les voyages sont donc essentiels pour Flaubert, même s’il n’aime pas particulièrement voyager; ils informent l’oeuvre et lui permettent d’être écrite. Ce volume tentera d’offrir une synthèse sur la pratique flaubertienne du voyage utile. La pluralité des approches critiques est la bienvenue: biographique, stylistique, narratologique, génétique, etc. Les propositions d’articles d’environ 300 mots, en français uniquement et accompagnés d’une courte bio-bibliographie sont à envoyer avant le 31 juillet 2015 à: lecalvez@gsu.edu. Les articles sélectionnés, d’une longueur approximative de 6.000 mots, devront être impérativement remis avant le 1er mai 2016 (tout texte soumis ultérieurement ne sera pas accepté).

Éric Le Calvez
Professor of French
Department of World Languages and Cultures
Georgia State University

VIENT DE PARAÎTRE

Traduction

Madame Bovary. Moravuri de provincie, trad. en roumain par Florica Ciodaru Courriol, Art, Bucarest, 2015.

Revue

Bulletin de la Section française, Faculté des Lettres, Université Rikkyo, n°44, 2015
«Prose et fiction: Flaubert, Foucault et Richard», textes réunis par Norioki Sugaya

Jacques Neefs, «Flaubert, l’art moderne de la prose»
Shiguéhiko Hasumi, «Réflexions critiques sur la notion fictionnelle du “comme si”: l’exemple de Madame Bovary»
Norioki Sugaya, «Bibliothèque et béance: Foucault, Flaubert et la littérature»
Atsushi Yamazaki, «La pâte et le visqueux: esquisse d’une généalogie du thématisme»

Articles

(< Stéphanie Dord-Crouslé)
Virginie Inguenaud, «À propos des “envois” de l’État sous la plume de Flaubert et le pinceau de sa nièce» [en ligne], Centre national des Arts plastiques. Avec une reproduction
http://www.cnap.fr/propos-des-%C2%AB-envois-%C2%BB-de-l%E2%80%99etat-sous-la-plume-de-flaubert-et-le-pinceau-de-sa-niece
Portrait de Corneille, par Caroline Commanville
Portrait gravé de Pierre Corneille d’après l’original de Charles Lebrun, publié par M. Hellis dans la monographie éditée en 1847-1848. Le Comte d’Osmoy, ami de Gustave Flaubert, possédait dans son château du Plessis-Bouquelon, à Pont-Audemer dans l’Eure, un portrait de Corneille peint par Charles Lebrun et daté de 1647. La copie de cet original en 1878-1879 sera l’unique travail réalisé par Caroline Commanville pour le compte de l’État (FNAC PFH-3489).

Federica Casini, «Le case della vita di Emma Bovary», Letterature, supplément au numéro 6 de Scienze e Ricerche, avril 2015, p.85-89.
http://www.scienze-ricerche.it/?p=3110

SUR LA TOILE

(< Benoît Melançon)
Avant de partir à la retraite, Pierre Foglia, le chroniqueur vedette du quotidien montréalais La Presse, a demandé à ses lecteurs de lui envoyer une liste des dix titres de livres qui leur venaient à l’esprit «en premier» quand ils songeaient à leurs lectures. Résultat? 13.497 titres. Flaubert? En dix-septième position, pour Madame Bovary. La liste des 100 premiers titres a paru dans La Presse du 28 février 2015 (p.A3).
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/pierre-foglia/201502/28/01-4848259-la-liste-mon-vieux-une-derniere.php

Guillaume Gallienne lit Flaubert
«Ça peut pas faire de mal», France-Inter
Madame Bovary, le 18 avril 2015:
http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-cycle-flaubert-23-madame-bovary-lincomprise
Bouvard et Pécuchet, 25 avril:
http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-cycle-flaubert-33-bouvard-et-pecuchet-une-epopee-de-la-betise-1

LECTURES

(< Benoît Melançon)
«Échenoz a toujours été fidèlement flaubertien parce que son unité c’est la phrase, le plus virtuose ou le plus compliqué du trait, compte tenu de ce qu’il convoque et déplace, doit tenir comme ces traits du jazz qu’il affectionne (je n’y connais rien en jazz), juste dans une balance discrète mais imparable de la syncope qui n’interrompt pas le rythme. […] Vous lisez dix lignes qui sont une brève immobilité de récit sur le pont de l’Europe. Vous savez (mais n’avez pas besoin de savoir pour lire) qu’en face c’est là que vivait Mallarmé. Sur tel poteau métallique de réverbère dont la géométrie et la nature de la lumière (il y a mille façons spécifiques de lumière dans l’éblouissement nocturne des villes et faites-en l’inventaire, dans les livres d’Échenoz, des façons de lumière), l’annonce sur une de ces affichettes collées d’un anonyme spectacle de quartier, et vous, vous sourirez intérieurement une fraction de ligne (mais pas besoin non plus de le savoir) parce qu’il faut avoir lu la Correspondance de Flaubert pour avoir reconnu sur le petit papier anonyme et mi-décollé sur le pont de l’Europe un projet évoqué par Flaubert et qui n’a pas eu de suite: l’intertextualité est partout comme une autre carte souterraine et chaque fois qu’entre échenoziens on se rencontre on découvre que celles de l’autre ne sont pas les siennes, et lui-même, m’étonnerait bien qu’il en ait jamais fait l’inventaire: est-ce que ça compte? Mais lui, Jean, quand vous lui en parlez, d’abord il se marre parce qu’il ne l’aurait jamais cru, qu’un quidam reconnaîtrait le petit bout de Gustave attrapé par les moustaches, mais il vous dit qu’il y a passé toute une matinée, bien quatre heures durant, sur le pont de l’Europe. […] Je suis de la maison Balzac, il est de la maison Flaubert.»
François Bon, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article133

Jean-François Chassay, Les Taches solaires. Roman, Montréal, Boréal, 2006, 366p.
«Je m’appelle Charles Bodry. Né en 1974. L’orthographe de mon nom est inhabituelle, je passe mon temps à la corriger et je ménage mes soupirs qui en disent trop long sur mon perpétuel agacement. Mais je n’y peux rien, cela me vient d’un grand-père au caractère détestable qui, pour marquer son désaccord profond avec le reste de sa famille [les Beaudry], décida d’inscrire ce désaccord dans son nom, comme d’autres se font tatouer la peau pour souligner l’amour porté à maman, Manon ou Roger. […] Quant à moi, mon prénom a une origine littéraire, merci à mon père pour sa culture, mais pour la finesse on repassera. Ne pouvant me prénommer Emma, pour un petit garçon le préjudice aurait été important, il a suggéré, avec l’accord de ma mère et par amour pour Madame Bovary, de m’appeler Charles. Je trouvais cela bien héroïque, jusqu’à ce que je lise le roman à 16 ans en me disant que mon père aurait pu préférer Les Trois Mousquetaires et me prénommer D’Artagnan, parce que l’identification à Charles passait plutôt mal. En tout cas, depuis, je ne peux plus porter de casquette» (p.25-26).

RECHERCHE

Question de Cassandre Mabille. Réponse au responsable de ce Bulletin, qui transmettra.
J’aimerais avoir quelques lumières sur le surnom «Boun» que Flaubert utilise pour signer les lettres envoyées à sa soeur Caroline et que cette dernière emploie en lui adressant ses lettres. Le mot «Boun» a-t-il une/des signification(s) particulière(s)? Est-ce la contraction de plusieurs mots ou un sigle?


Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Marie-Paule Dupuy, Olivier Leroy et Joëlle Robert. Il vous tiendra informés, selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement, veuillez vous inscrire à l'adresse suivante:
https://sympa.univ-rouen.fr/sympa/info/flaubert-bulletin
Contact: flaubert-bulletin-request@listes.univ-rouen.fr



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