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BULLETIN FLAUBERT n° 183 / 14 décembre 2016

CLAUDINE GOTHOT-MERSCH

Le Livre d’or en hommage à Claudine Gothot-Mersch s’est enrichi de nouvelles contributions. Il reste ouvert à vos témoignages:
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/claudine_gothot_mersch_hommage.php

AGENDA

Samedi 7 janvier 2017, Hôtel des Sociétés savantes, 190 rue Beauvoisine, Rouen, 15h
Le procès de Madame Bovary en appel.
L’association des Amis de Flaubert et de Maupassant, en partenariat avec l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, vous invite à assister à une nouvelle séance du procès intenté à Flaubert par le ministère public en 1857 à l’occasion de la parution de Madame Bovary.
Fabien Lacaille et Morgane Beauvais, lauréats du concours organisé par le Barreau de Rouen à l’intention des nouveaux avocats de 2015 et 2016, ouvriront à nouveau le procès de Flaubert en s’appropriant respectivement les rôles du procureur Ernest Pinard et de l’avocat Jules Senard.

VENTES

(< François Lapèlerie, Éric Walbecq)
15 décembre 2016, F.L. Auction
http://www.bsf-commissaires-priseurs.com/flash/index.jsp?id=78121&idCp=253&lng=fr&npp=10000
Lot 107. Gustave Flaubert. L.A.S. (à l’imprimeur Jules Claye). Vichy, Hôtel Britannique, jeudi 21 (août 1862). 1pp. bi-feuillet in-8.
Belle lettre de l’écrivain au moment où il tentait de vendre Salammbô à l’éditeur Lacroix; Flaubert a reçu de lui deux lettres de Bruxelles, la première à Croisset, la seconde à Paris; «[...] C’est la première qui m’est parvenue. Quant à la seconde, vous pouvez la détruire ou me l’envoyer, peu importe [...].» Estimation: 2500/ 3000 euros.

Lot 108. Gustave Flaubert. L.A.S. Croisset, 24 avril. 1pp. bi-feuillet in-8.
Flaubert recommande à son ami, son neveu, «Mr de Commanville qui aurait besoin de renseignements scientifiques sur les bois de chêne. [...]». Il lui demande de lui indiquer ce qu’il pourrait lire sur le sujet, et ajoute en P.S., qu’il compte rendre très prochainement visite à son correspondant. Estimation: 2500/ 3000 euros.

Lot 109. Gustave Flaubert. L.A.S. à Mme Perrot. Jeudi soir. 1pp. in-8.
Belle lettre d’un Flaubert attaché à perpétuer et achever l’oeuvre de son ami Louis Bouilhet, Mademoiselle Aïssé. «Voici une lettre que je vous prie de faire lire à votre ami Raoul Duval qui rougira de honte, et il m’accusait, et vous m’accusiez! Bref tachez de lui faire fouiller ses paperasses. Deslandes n’est pas du tout Directeur du Vaudeville et Chilly continue à l’être à l’Odéon. Aïssé me donne beaucoup de mal. Je suis exténué et agacé, considérablement [...].»
Mademoiselle Aïssé fut mise en scène par Flaubert après le décès de son auteur et ami Louis Bouilhet (1821-1869). Ainsi entre 1869 et 1872, Flaubert passa une grande partie de son temps à choisir les interprètes de cette pièce. Il trouva cependant le temps dans ce même intervalle de faire paraître L’Éducation sentimentale; et pour honorer la mémoire de l’auteur de Mademoiselle Aïssé, il recueillit et publia, en les préfaçant, ses Dernières chansons.

Lot 219. George Sand. L.A.S. «Ton vieux troubadour qui t’aime» [Gustave Flaubert]. Nohant, 21 décembre [1867]. 8pp. in-8, à son chiffre.
Longue lettre à Flaubert. Sand évoque d’abord vigoureusement le discours de Thiers en faveur du Pape et contre l’unité italienne [auquel Flaubert avait réagi: «Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois!»]: «Enfin! voilà donc quelqu’un qui pense comme moi sur le compte de ce goujat politique. Ce ne pouvait être que toi, ami de mon coeur. Étroniformes est le mot sublime qui classe cette espèce de végétaux merdoïdes. J’ai des camarades et de bons garçons qui se prosternent devant tout symptôme d’opposition quel qu’il soit et d’où qu’il vienne et pour qui ce saltimbanque sans idées est un Dieu. Ils ont pourtant la queue basse depuis ce discours à grand orchestre. Ils commencent à trouver que c’est aller un peu loin, et peut être est-ce un bien que, pour conquérir la royauté parlementaire, le drôle ait vidé son sac de chiffonnier, ses chats morts et ses trognons de chou devant tout le monde. Cela instruira quelques-uns. Oui, tu feras bien de disséquer cette âme en baudruche et ce talent en toile d’araignée! Malheureusement quand ton livre arrivera [L’Éducation sentimentale], il sera peut-être élagué et point dangereux, car de tels hommes ne laissent rien après eux: mais peut-être aussi sera-t-il au pouvoir. On peut s’attendre à tout [...].»
Dans son prochain roman [Mademoiselle Merquem], elle exposera une croyance qu’elle adopte pour son usage et qu’elle croit bonne pour le plus grand nombre: «Je crois que l’artiste doit vivre dans sa nature le plus possible. À celui qui aime la lutte, la guerre, à celui qui aime les femmes, l’amour, au vieux qui, comme moi aime la nature, le voyage et les fleurs, les roches, les grands paysages, les enfants aussi, la famille, tout ce qui émeut, tout ce qui combat l’anémie morale. Je crois que l’art a besoin d’une palette débordante de tons doux ou violents suivant le sujet du tableau; que l’artiste est un instrument dont tout doit jouer avant qu’il ne joue des autres: mais tout cela n’est peut-être pas applicable à un esprit de la sorte, qui a beaucoup acquis et qui n’a plus qu’à digérer. Je n’insisterais que sur le point, c’est que l’être physique est nécessaire à l’être moral et que je crains pour toi un jour ou l’autre une détérioration de la santé qui te forcerait à suspendre ton travail et à le laisser refroidir [...].»
Elle passera le Jour de l’An avec ses enfants. «Maurice est d’une gaîté et d’une invention intarissable. Il a fait de son théâtre de marionnettes une merveille de décors, d’effets, de trucs, et les pièces qu’on joue dans cette ravissante boîte sont inouïes de fantastique. La dernière s’appelle 1870. On y voit Isidore avec Antonelli commandant les brigands de la Calabre pour reconquérir son trône et rétablir la papauté. Tout est à l’avenant; à la fin la veuve Ugénie épouse le grand turc seul souverain resté debout. Il est vrai que c’est un ancien démoc, et on reconnaît qu’il n’est autre que le grand tombeur masqué [...].» Elle parle longuement des représentations, qui durent jusqu’à 2 heures du matin, suivies d’un souper: «Moi, je m’amuse à en être éreintée [...]. Il y a, dans ces improvisations une verve et un laisser-aller splendides, et les personnages sculptés par Maurice ont l’air d’être vivants, d’une vie burlesque, à la fois réelle et impossible, cela ressemble à un rêve [...].»
Puis Sand fait des portraits affectueux et animés de sa belle-fille Lina, enceinte et de sa petite-fille Aurore: «Mais comme je bavarde avec toi? Est-ce que tout ça t’amuse? Je le voudrais, pour qu’une lettre de causerie te remplaçât un de nos soupers que je regrette aussi, moi et qui seraient si bons ici avec toi, si tu n’étais un cul de plomb qui ne te laisses pas entraîner à la vie pour la vie. – Ah! quand on est en vacances, comme le travail, la logique, la raison semblent d’étranges balançoires [...].» Elle évoque pour finir la «charmante» Juliette Lambert [Juliette Adam], la neige et le froid: «Nous ne sortons guère, mon chien lui-même ne veut pas aller pisser. Ce n’est pas le personnage le moins épatant de la société. Quand on l’appelle Badinguet, il se couche par terre honteux et désespéré, et boude toute la soirée.» Estimation: 6000/ 7000 euros.

VIENT DE PARAÎTRE

Ouvrages

Jeanne Bem, Flaubert, un regard contemporain, Éditions Universitaires de Dijon, 2016.
http://eud.u-bourgogne.fr/critique-litteraire/510-flaubert-un-regard-contemporain-9782364411968.html
Au rayon des auteurs classiques, Flaubert est réputé avoir inventé le roman moderne. Mais établir des interférences entre ses romans et les arts visuels de notre temps est moins courant. C’est ce que tente cet essai, dont l’approche est résolument anachronique et analogique, car seule une telle approche permet de mettre au jour un Flaubert non seulement «moderne» mais «contemporain». Il se proclamait «artiste» et se disait «visuel», et il parlait de son travail d’écrivain en termes de peinture, de théâtre et de musique. Il anticipait notre XXIe siècle si marqué par les contacts entre les médias et la confusion entre les arts. Au centre de ses interrogations: les images. Flaubert participait à la poussée scientifique et technique de son époque. Il regardait le réel à travers les nouveaux dispositifs optiques et il transposait ses interrogations sur le fonctionnement des images dans les pages de ses romans. Il s’y livrait à des expériences de pensée. Expériences de pensée que notre regard à nous, aiguisé par les avant-gardes, peut identifier avec les propositions de nos artistes contemporains: installations, performances, art vidéo, et même – pourquoi pas? – jeux vidéo.
Jeanne Bem est professeur honoraire de l’Université de la Sarre, où elle a occupé la chaire de Littérature française dans le contexte européen. Elle a édité Madame Bovary dans la nouvelle édition des Oeuvres complètes de Flaubert dans la Pléiade.

Klaus-Werner Haupt, Okzident und Orient. Die Faszination des Orients im langen 19. Jahrhundert, Wiesbaden, Weimarer Verlagsgesellschaft im Verlagshaus Römerweg, 2015.
http://www.verlagshaus-roemerweg.de/Weimarer_Verlagsgesellschaft/Klaus-Werner_Haupt-Okzident_und_Orient-EAN:9783737402200.html

Revue

Flaubert, revue critique et génétique, n°16, 2016
Microlectures (I), sous la direction de Philippe Dufour
https://flaubert.revues.org/2557

Philippe Dufour
Présentation: un art du langage
Ouverture
Jean-Pierre Richard
Le silence du Sphinx: entretien avec Jean-Pierre Richard, suivi d’une microlecture de Flaubert par Jean-Pierre Richard
Genèses de l’écriture
Philippe Jousset
Note subjective sur le style flaubertien
Sylvie Giraud
Jean-Baptiste, «une voix lointaine»
Écoutes du bivocalisme
Jean-Marie Privat
(Et il la regardait.) Un destin entre parenthèses
Boris Lyon-Caen
Petit précis de subjectivation: retour sur Un coeur simple
Microlectures du comique
Steve Murphy
Du R. P. Cruchard. Et, accessoirement, des femmes folles à la messe
Régine Borderie
Le bizarre ordinaire
L’Éducation sentimentale
Juliette Azoulai
Ridiculus sum: le ridicule dans Madame Bovary
Épilogue: du sphinx de Guizeh aux statues de Chavignolles
Bernard Gendrel
Du muséum à l’église: la statue dans Bouvard et Pécuchet

Articles

Juliette Azoulai, «Temps évolutionniste et temps révolutionnaire (Michelet, Flaubert, Zola)», Arts et savoirs, n°7, 2016, «Littérature et savoirs du vivant. Morphologies et temporalités», sous la direction de Gisèle Séginger.
https://aes.revues.org/907

Damien Dauge, «La mélomanie à fleur d’oreilles: l’épreuve musicale des corps dans l’oeuvre de Flaubert», Fabula/ Les colloques, Figure(s) du musicien. Corps, gestes, instruments en texte, 2016
http://www.fabula.org/colloques/document4024.php

Alzira Guedes, «Camilo e Flaubert, vistos por Agustina Bessa-Luís»
http://www.ruadireita.com/literatura/info/camilo-e-flaubert-vistos-por-agustina-bessa-luis
L´article intitulé «Camilo et Flaubert, vus par Agustina Bessa-Luís» traite de la comparaison qu’Agustina Bessa-Luís établit entre Flaubert et Camilo Castelo Branco. Cette célèbre romancière du XXe siècle fait référence, entre autres, au rire lucide, au refus de conclure et à la féminité de ces deux auteurs.

Battal OĞUZ, «L’origine du nom de Kuchiuk-Hanem», 2016
http://flaubert.univ-rouen.fr/ressources/voyage_orient_kuchiuk_hanem_nom.php

LECTURE

(< Benoît Melançon)
Georges Perec, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 1982 (1966).
«[…] les compagnies rassemblées furent tout ouïes pour le fatidique appel:
Agrave, Alatienne (Étienne), Atala (René), Baderne, Beaucitron, Bitognaud, Bourbon, Bovary, Buonaparte (Max), Burburi, Catilina, Cécédille, Colic, Colin-Maillard, Culdesacque, Diego-Suarez, Dostoyewchky, Épaminondace, Flanchet d’Hesperide, Fnaff, Gargouilly, Grôle, Gusse, Harsène, Horgorigme, Hospodar, Ignace-Ignace, Jeanfoutre, Jonas, Jujube, Jussieu…» (p. 39-40).

DIVERS

(< Claudine Poulouin)
«Gargantua, Emma Bovary... mangent-ils équilibré
«Réforme du collège: voyage en absurdie. Les enseignants s’arrachent les cheveux face aux nouvelles directives. Même les formateurs et les inspecteurs semblent n’y rien comprendre», par Louise Cuneo, Le Point, 30 août 2016
http://www.lepoint.fr/societe/reforme-du-college-voyage-en-absurdie-30-08-2016-2064609_23.php
«[…] Le plus surprenant restait à venir, avec l’explication des EPI, ces enseignements pratiques interdisciplinaires destinés à croiser des cours qui n’ont a priori rien en commun. Et les formateurs de suggérer que deux enseignants, l’un de sciences de la vie et de la terre (SVT) et l’autre de lettres modernes par exemple, pourront l’an prochain se retrouver à travailler ensemble autour d’un sujet commun: «Gargantua, Emma Bovary… mangent-ils équilibré ?» (sic). À l’énoncé de cet exemple érigé en modèle, Marie et tous ses voisins ont été stupéfaits. L’une des inspectrices a poursuivi la présentation du PowerPoint: «Vous pourriez mettre en place un exercice de réécriture de menu mangé par Gargantua, façon bio…»

Anniversaire

Le lundi 12 décembre 2016, Flaubert a eu 195 ans. Le compte à rebours est déclenché pour le 200e anniversaire de sa naissance.





Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Marie-Paule Dupuy, Olivier Leroy et Joëlle Robert. Il vous tiendra informés, selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement, veuillez vous inscrire à l'adresse suivante:
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