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BULLETIN FLAUBERT n° 23 / 14 juin 2002


Evénement: vente du manuscrit Loys XI, 20 juin 2002 (voir ci-dessous)

VENTES

(< Eric Walbecq)

Vente Drouot, 19 juin 2002

Etude Ferri, experts Th. Bodin et E. Lhermitte.
Madame Bovary, Paris, Revue de Paris, éd. préoriginale, livraisons du 1er octobre au 15 décembre 1856, 1/2 basane verte, dos à 5 nerfs, reliure moderne.
Estimation: 120-150 Euros.

Vente CHRISTIE'S, 20 juin 2002, Paris

Christie’s France, 9 avenue Matignon, 75008 Paris, jeudi 20 juin 2002 à 10 h 30, exposition les 17-19 juin.
Tél 01 40 76 85 85. Fax 01 40 76 85 86.
Contact: Christoph Auvermann, 01.40.76.85.99, cauvermann@christies.com
http://www.christies.com
(< Odile de Guidis, Eric Walbecq)

Lot 71. FLAUBERT, Gustave (1821-1880). Loys XI. Drame. Manuscrit autographe signé. S.l. [Rouen?], février 1838.
Estimation: 220,000 - 300,000 Euros.
"Revenez donc, beau temps de ma jeunesse où je foutais en trois jours un drame en cinq actes!"
In-folio (315 x 225 mm). Reliure en demi-maroquin La Vallière à coins, signée de Canape et Corriez, dos lisse (éraflures sur le deuxième plat). 88 feuillets montés sur onglets: 1 feuillet de titre, 2 feuillets de préface et 85 feuillets de texte (foliotés par l'auteur de 2 à 85, deux feuillets numérotés 66, signatures de Flaubert sur le titre, à la fin de la préface et à la fin du texte, quelques taches d'encre). Encre brune. Provenance: Ex-libris docteur Lucien-Graux (vente des 11 et 12 décembre 1958, huitième partie, n°117bis).
PRECIEUX MANUSCRIT AUTOGRAPHE, AVEC CORRECTIONS, D'UNE DES OEUVRES DE JEUNESSE DE FLAUBERT LES PLUS IMPORTANTES. UN DES TRES RARES ENCORE EN MAINS PRIVEES.
"Loys XI est un drame incontestablement supérieur aux récits historiques que Flaubert avait composés deux ans plus tôt en empruntant à la manière de Dumas. Une documentation sérieuse et prolongée a fourni à l'imagination toujours puissante une matière sûre tandis que son intelligence passionnée avait acquis le sens de l'histoire." (Flaubert, Oeuvres de jeunesse, La Pléiade. Notice de Guy Sagnes, p.1310).
"Quand j'avais 10 ans, rapporte Flaubert, je rêvais déjà de gloire, et j'ai composé dès que j'ai su écrire" (Cahier intime,1840-1841). Passionné d'histoire, c'est tout naturellement dans ce domaine qu'il exerce sa plume. En 1831, il écrit son premier récit historique, Louis XIII. Il exploite dès lors ce genre avec constance jusqu'en 1838, date à laquelle il compose Loys XI. C'est à cette époque que "Flaubert semble avoir eu le sentiment d'être arrivé à la maîtrise de deux genres qu'il pratiquait depuis ses toutes premières oeuvres: le genre historique qui s'épanouit dans Loys XI, le genre allégorique, dans Smar" (Oeuvres de jeunesse, op. cit. Introduction de Claudine Gothot-Mersch, page LIII).
Cette pièce, qui compte un prologue, cinq actes et une trentaine de personnages, est le deuxième drame historique de Flaubert. Frédégonde et Brunehaut, rédigé trois ans plus tôt, est aujourd'hui perdu. Flaubert a seize ans quand il écrit Loys XI. Il est en classe de seconde et le règne de Louis XI est au programme d'histoire.
Sa préface, scrupuleusement datée Samedi 3 mars 1838 7 h et demi du soir, expose "l'enfantement" de ces quatre-vingt-cinq pages. Il tente d'y expliquer sa conception du drame historique sans y parvenir. Aussi change-t-il de ton, regrettant de ne pas avoir fait une préface "haute et sérieuse". Mais au fil de ces pages, les impressions qu'il donne sont d'un grand intérêt. Il y explique la méthode de travail qui désormais sera la sienne. "A mesure que j'étudiais son histoire [celle de Louis XI] le drame s'y fondait naturellement [...] Et quand je crus avoir assez travaillé, c'est à dire avoir lu pendant deux mois, je me mis à l'oeuvre." Ses sources furent entre autres les Mémoires de Philippe de Commines et l'Histoire des ducs de Bourgogne de Barante. Il prend aussi conscience des difficultés de l'exercice: "resserrez donc une grande figure dans les limites de cinq actes, vous la rapetissez et vous ferez rire". Mais telle n'est pas l'intention du jeune "poète" "amoureux des sévères formes de l'histoire". La personnalité de Louis XI, "mélange de tragique et de grotesque [...] était tentante [...] pour une imagination de seize ans". Sans doute avait-il à l'esprit l'image de ce roi que le romantisme, épris d'histoire médiévale, avait alors forgée. Flaubert ne pouvait ainsi ignorer le Louis XI de Casimir Delavigne (1832). Mais tandis que fleurit le style troubadour, sa vision du Moyen Age est différente: "Pauvre moyen âge es-tu heureux d'être aimé - moyen âge du XVIe siècle, des toques à plumes des mèches de cheveux noirs, des pieds de chaises tournés, des bahuts et des costumes Louis XIII." Tous ces détails, explique-t-il dans la préface, ne servent qu'à faire rire le "garçon de magasin amateur de mélodrames et l'épicier ivre des vaudevilles". Découragé, Flaubert ne se sent pas de taille. Arguant "l'ignorance du marmiton", il incite le lecteur à "laisser là ce modeste repas [...] et [à] fumer un cigare"...
Loys XI fut publié pour la première fois, en 1910, par Louis Conard dans les Oeuvres de jeunesse inédites. La trace du manuscrit ayant été perdue entre temps, c'est donc le texte de Conard que reprend la toute récente édition de La Pléiade. Il est vraisemblable que Conard ait eu connaissance du manuscrit qui, dans sa version corrigée, est conforme au texte qu'il publia. Le manuscrit comporte de nombreuses ratures, corrections et suppressions. Il s'en dégage une grande homogénéité qui témoigne de la verve avec laquelle le jeune et talentueux Flaubert a, en l'espace de quinze jours, brossé une pièce aussi aboutie.
EXTRAORDINAIRE TEMOIGNAGE DE LA GENESE DU TALENT D'UN DES PLUS GRANDS LITTERATEURS FRANCAIS.

Lot 69. FLAUBERT, Gustave (1821-1880). L'Education sentimentale. Histoire d'un jeune homme. Paris: Michel Lévy frères, 1870.
Estimation: 500-700 Euros.
2 vol. grand in-8 (225 x 145 mm). Avec les faux-titres. Catalogue de libraire relié à la fin du tome second. (Rousseurs, petit trou touchant les 6 premiers feuillets du tome second.) Reliure de Lavaux en demi-chagrin bleu-nuit à coins, couvertures conservées (restaurées), têtes dorées. Provenance: Ex-libris Paul Gaudin.
EDITION ORIGINALE de l'un des chefs-d'oeuvre de Flaubert. "Comment, aujourd'hui, ne pas reconnaître en cette oeuvre goethéene par son ampleur, un des livres capitaux de la littérature moderne qui a vu, par la suite, tant de copies de ce héros mélancolique. Certaines pages comme celles décrivant la rencontre des deux amants, à la fin du roman, comptent parmi les plus pures et les plus lyriques de toute l'oeuvre flaubertienne" Laffont-Bompiani). Carteret I, 268.

Lot 70. FLAUBERT, Gustave (1821-1880). Madame Bovary. Moeurs de Province. Paris: Lévy, 1857.
Estimation: 12.000-16.000 Euros.
In-8 (184 x 120 mm). Reliure en maroquin noisette, signée de Canape, triple filet doré en encadrement sur les plats, dos à nerfs orné, tranches dorées, doublée en maroquin rouge, plat supérieur de la couverture vert clair conservée. (Le plat inférieur de la couverture n'est présent qu'en fac-similé, sans le dos de la couverture.) Provenance: Ex-libris Paul Poiret (le célèbre couturier).
EDITION ORIGINALE. UN DES 78 EXEMPLAIRES SUR VELIN FORT RECENSES. Les exemplaires sur vélin fort sont imprimés en un seul volume et se distinguent du tirage ordinaire par une collation continue et par l'absence d'un titre qui se trouve généralement au début du tome second du tirage ordinaire. Ce chef-d'oeuvre, qui est en même temps le premier ouvrage de Flaubert, fut d'abord publié en livraisons dans la Revue de Paris en 1856. Très bel exemplaire d'une grande provenance. Carteret I, 263; Clouzot 66.

Catalogue de la Librairie Byblis (n°11, juin 2002)

(< Olivier Leroy)
Chaussée de Vleurgat, 282e, 1050 Bruxelles. Tél./Fax : 00/32.2646.86.60
FLAUBERT (G.) - Trois Contes. Un Coeur simple. La Légende de saint Julien l'Hospitalier. Hérodias. Paris, G. Charpentier, 1877, in-12 plein maroquin vert bouteille, dos à 5 nerfs à compartiments de filets et motifs dorés, quadruple filet doré d'encadrement avec motifs d'angle dorés sur les plats, double filet doré sur les coupes, bordures de même maroquin serties d'un jeu de 5 filets dorés, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées à témoins, couverture et dos conservés. (Ed. Klein).12.200 Euros.
EDITION ORIGINALE. Un des 100 ex. sur Hollande (n°44), seul tirage en grand papier avec 12 Chine (cf. Talvart, VI, p.8). Superbe exemplaire avec sa couverture jaune en parfait état. Ex-libris Jean Inglessi.

AGENDA

Samedi 22 juin 2002, Caen et Pont-l'Evêque

Vernissage des expositions Magdi Senadji, Bovary.

13h 30: Artothèque de Caen, Hôtel d'Escoville, Place Saint-Pierre, 14000 Caen.arthotheque-caen@wanadoo.fr

17h 00: Espace culturel Les Dominicaines, Place du Tribunal, 14130 Pont-l'Evêque.
Tél. 02 31 64 89 33. centre-culturel-les-dominicaines@wanadoo.fr

Ces deux expositions durent jusqu'au 31 août 2002.
A l'occasion du vernissage, Magdi Senadji et Pierre Michon signeront Bovary, ouvrage publié par les Editions Marval. [Remarquable livre-photo, avec une préface de Pierre Michon, dont nous reparlerons en "Vient de paraître" d'un prochain bulletin.]

RECHERCHE

Charles Edmond

Réponse de Thierry Savatier:
"Quelques éléments de réponse à la question de M. X concernant Charles Edmond (Bulletin n°21) :
Je connais bien cette lettre, dont je reproduis le texte dans une note de ma biographie de madame Sabatier (à paraître). Le contenu est plein d'humour et il mérite d'être cité in extenso:

"Le porteur de cette lettre est un de mes très intimes amis et qui tourne la tête au nom de Flaubert. C'est un homme d'un talent admirable et qui vient de commettre dans la Revue de Paris un superbe roman intitulé Mme de Bovary [sic]. Or il est arrivé que ce roman, nullement politique, a pourtant déplu à Laubardemont. Mon ami est menacé de l'échafaud. Voyez cette tête; elle est si intelligente et faut-il qu'elle roule sous le glaive? Il vous expliquera son affaire et vous demandera un conseil... Mon Dieu ! Sauvez-le! Sauvez-le!..." (Catalogue d'autographes de la maison Charavay, lot n°41808)

Oscar de Vallée, magistrat à Paris, avait la réputation d'être un libéral ouvert aux courants artistiques. Il s'apprêtait, au moment du procès de Flaubert, à publier une "étude historique et morale" chez Michel Lévy - leur éditeur commun -, Les Manieurs d'argent. Dans ses Souvenirs d'un homme de lettres, Daudet le décrivait homme d'esprit et Barbey d'Aurevilly en parla dans la section "historiens" de son ouvrage Les Oeuvres et les hommes.
Charles Edmond, dont il a déjà été question dans le Bulletin Flaubert n°22, fut aussi secrétaire du prince Napoléon. On le compte parmi les relations de Théophile Gautier et les invités occasionnels de madame Sabatier. Lorsque la Présidente dut mettre fin à ses dîners et peindre des miniatures pour s'assurer quelques revenus, il devint l'un de ses clients. Une lettre de Flaubert (Correspondance, Pléiade, tome III, p.325) évoque un dîner organisé par ce dernier, auquel étaient invités: la Présidente, Charles Edmond et son épouse, Bouilhet, le comte de Saint-Foix, consul de France au Caire et les Goncourt.
Je pense qu'il ne faut pas chercher de Laubardemont en 1856... Il s'agit ici, sans doute, du surnom donné par Charles Edmond, soit au ministre de l'Intérieur Billault, soit, dans une moindre mesure, au procureur général de Paris, Félix Cordoën. Jean Marin, baron de Laubardemont (Bordeaux vers 1590-1653) était conseiller d'État, homme lige de Richelieu, chargé de la répression contre les places protestantes. Il fut à l'origine de la condamnation inique d'Urbain Grandier dans l'affaire des possédées de Loudun et, surtout, de celle de Cinq-Mars et de J. de Thou. Cette supposition se trouve renforcée par l'allusion de Charles Edmond à la tête et au glaive: en effet, lors de l'exécution de Cinq-Mars, le bourreau, inexpérimenté, dut frapper deux fois la victime de son glaive, si bien que sa tête roula aux pieds d'un spectateur. Laubardemont apparaît plusieurs fois dans l'oeuvre de Balzac (Le Curé de village) et dans celle de Victor Hugo (Les Châtiments). La pièce de Dumas et Auguste Maquet, Urbain Grandier, qui connut un certain succès en 1850, contribua à rendre cet intendant de justice célèbre auprès du grand public."




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01