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BULLETIN FLAUBERT n° 28 / 11 octobre 2002


VENTES

Livres

Catalogue n°47 de la Librairie Henner (75009, Paris)
(< Thierry Savatier)
Lot n°126, p. 137, avec reproduction photographique: Madame Bovary, E. O. en 2 volumes (1er tirage) dans un demi-veau blond de l'époque.
Prix: 10.000 Euros.

Site Internet de Bibliopoly, Librairie Lame Duck Book de Boston:
Le Candidat, E. O. demi-maroquin à coins moderne, couv. cons., avec envoi: "A mon ami Cordelier. G. Flaubert."
Prix: USD 3.500.

Autographes

Site Internet de Bibliopoly, Librairie Lame Duck Books de Boston
Lettre autographe dont voici le descriptif: "One side of an octavo sheet, begun horizontally and then continued vertically in the left margin; place and date illegible. Addressed to an unknown "vieux cheri", though internal considerations strongly suggest his closest friend, Bouilhet, Flaubert writes that he has returned after an absence and is looking forward to seeing this friend, suggests a possible time and notes a few complications - houseguests and some responsibilities regarding his nephew. He mentions a speech of which he has received a copy from the correspondent's friend and a book he expects to recieve from someone else. His postscript refers to a study of schools of drawing in which he is immersed."
Prix: USD 1500.
("Recto d'une feuille in-8 commencée horizontalement puis continuée verticalement dans la marge de gauche, lieu et date illisibles. Adressé à un "vieux chéri" non identifié bien que des considérations internes laissent grandement supposer qu'il s'agit de son ami le plus proche, Bouilhet. Flaubert écrit qu'il est rentré après une absence et qu'il se réjouit de voir cet ami, il propose un moment possible et note quelques complications: des invités en séjour et quelques responsabilités concernant son neveu. Il évoque un discours dont il a reçu copie de l'ami du correspondant et un livre qu'il s'attend à recevoir de quelqu'un d'autre. Son P.S. évoque une étude d'écoles de dessin dans laquelle il est plongé.") Prix 1500 dollars.

Vente Drouot, 18 octobre 2002
Bernard Loliée expert
(< Eric Walbecq, BnF)

21. FLAUBERT (Gustave). Naples. Museo Borbonico.
Manuscrit autographe, 54 p. in-4, s. d. [1851], sous chemise demi-maroq., étui.
5.000/ 6.000 Euros.
Précieux et important manuscrit, comportant de nombreux et longs passages inédits, ainsi qu'une vingtaine de dessins originaux jamais reproduits.
Accompagné de Maxime du Camp, Flaubert séjourna en février-mars 1851 à Naples, d'où il écrivait à sa mère, le 14 mars: Nous venons enfin de finir l'inépuisable Musée. L’intérêt qu'il prit à ces visites répétées est suffisamment attesté par l'ampleur de ces notes, qu'il rédigeait à l'hôtel, le soir, et qui forment comme un véritable catalogue du musée. Elles sont méthodiquement divisées en chapitres monographiques: Tableaux (9 p. 1/2); Paysages (4 p.); Peintures (4 p.); Peintures murales (4 p.); Portraits et Animaux (3 p.); Danseuses d’Herculanum (2 p.); Bronzes: 1° Nature - groupes chevaux. 2° Bustes. Collection de petits bronzes (9 p.); Marbres (8 p.). Tout cela est illustré de petits dessins originaux, souvent à l'encre bleue: proue de trirème, temple, pied de fauteuil, etc. Flaubert a, on le voit, voulu être complet. Ses descriptions de tableaux et d'objets d'art sont très précises et évocatrices, mais également enjolivées de commentaires personnels: Que c'est crâne! quel costume! quelle tournure!...Tableau très féroce et d'une vérité canaille… atroce croûte… A remarquer que dans tous ces bustes jamais la moustache n'empêche de voir les lèvres, ni la coiffure l'oreille.
Comparé avec le texte de l'édition critique des Notes de voyage établie par René Dumesnil (Les Belles-Lettres, 1948), ce manuscrit révèle quantité de passages restés inédits (un bon quart), marqués ici par un trait de crayon marginal. Nous nous bornerons, faute de place, à deux seuls exemples, assez édifiants: la rubrique Paysages (1 p. 1/2) a purement et simplement été supprimée dans l'imprimé! Et Danseuses d’Herculanum, qui ne fait que 6 lignes dans l'imprimé, compte en réalité 2 pages ici. . . La désinvolture et l'irrespect avec lesquels a été publié ce manuscrit de Flaubert, peuvent laisser rêveur. Donnons quelques extraits de Danseuses d'Herculanum:
4. Deux femmes dansant ensemble peinture malheureusement un peu altérée. Celle de gauche est vue de profil, celle de droite l'est de face. La première a une draperie jaune la seconde, verte - la saignée de son bras sur sa tête, elle met ses mains dans les mains de sa compagne.
5. de face, d'un ton blond, drapée en jaune - elle lève sa draperie jaune au niveau de sa tête, et de sa droite, l'écarte de la cuisse, le pied gauche est en avant, et le pied droit très rejeté derrière.
6. vue de profil gauche. Entourée d'une gaze glauque à franges roses le buste est d'un ton doré, couvert de [signes] de la gauche elle tient un tyrse, de la droite des épis.
7. elle joue des crotales de droite à gauche.
8. tout entourée & enveloppée de gaze jaune qui sur sa tête lui font [sic] comme un capuchon - le genou gauche dessiné sous la draperie
9. en vert, complètement enveloppée aussi - le bras gauche très porté en arrière soulève la gaze verdâtre transparente - la tête, en arrière levée au ciel, les cheveux roux sont partis au vent - la main droite écarte un peu la draperie de sa cuisse un rêve!
10. allant de gauche à droite - un tyrse de la main droite, une corbeille sur la tête. Le genou droit, un peu plié…
Ajoutons que la vingtaine de petits croquis qui parsèment le texte n'ont jamais été reproduits. La plupart des numéros de catalogue des pièces décrites, à chaque fois indiqués par Flaubert, manquent aussi dans l'édition en volume. Enfin, ces descriptions sont plus vivantes dans le manuscrit (ce sont des notes cursives avec beaucoup d'alinéas, presque sans ponctuation, etc.) que dans le volume, qui présente ces textes en paragraphes compacts et dûment ponctués, comme s'il s'agissait d'une rédaction définitive ou d'une autre version, certes plus rédigée mais considérablement abrégée. Il serait souhaitable que ce manuscrit puisse servir de base à une véritable édition critique, qui rétablirait le texte dans son intégralité et dans son allure même.
Vente Franklin Grout, Drouot,1931, n°203.
OEuvres complètes (éd. M. Nadeau), t. V, p. 463-500 (texte incorrect et très incomplet).

22. FLAUBERT (Gustave). La Reconnaissance de Sacountala. Drame sanscrit et pracrit de Calidasa. Manuscrit autographe, s. d. [1846], 52 pp. in-4 (titre compris), sous chemise demi-maroq. , étui.
6.000/ 7.000 Euros.
Important et très intéressant manuscrit inédit de jeunesse, qui semble n'avoir jamais été étudié.
Il se rattache à un projet qui occupa Flaubert dans les années 1845-46. Revenu de son voyage en Orient et ayant terminé la première Education sentimentale, il décida d'écrire un "conte oriental", qui se serait intitulé Les Sept Fils du derviche. De ce projet inabouti, auquel succédera La Tentation de saint Antoine, ne furent écrits que divers scénarios, publiés par J. Bruneau en 1973. À la fois pour se documenter et pour attraper le ton voulu, Flaubert se lança dans de vastes lectures orientales. Parmi celles-ci, la traduction par Antoine-Léonard de Chézy de La Reconnaissance de Sacountala, drame sanscrit et pracrit de Calidasa, publié pour la première fois, en original, sur un manuscrit unique de la Bibliothèque du roi, accompagné d'une traduction française (Dondey-Dupré, 1830). Telle est l'édition qu'utilisa Flaubert pour ce manuscrit et qu'il avait, en août 1846, demandé à son ami Emmanuel Vasse de Saint-Ouen d'emprunter pour lui à la B. N. (Plus tard, Maxime du Camp signalera ce même livre à Théophile Gautier, lequel, en 1858, en tirera le livret de son ballet L'Anneau de Çakountala. ) Le 20 septembre 1846, Flaubert confiait au même Du Camp: Je commence à être embêté de Sakountala. N'’y travaillant que le soir […] je trouve que cela n'avance pas vite.
Ce manuscrit, qui parait inédit, constitue non pas des notes cursives, mais un véritable résumé suivi, et presque une adaptation du célèbre drame indien. La comparaison avec la traduction de Chézy fait apparaître que de très nombreux passages du texte, surtout les dialogues, se trouvent textuellement recopiés par Flaubert, tandis que le reste se trouve résumé. Le côté romantique de l'histoire de cet amour conjugal avait dû séduire le jeune Flaubert: répudiée par son époux, le roi Douchmanta, par suite de la malédiction d'un mouni (sage), Sakountala se réfugie dans la solitude, où elle élève son fils Bharata. Revenue à la cour, elle est repoussée par le roi, qui refuse de la reconnaître. Mais elle retrouve l'anneau qu'il lui avait autrefois donné et rentre en grâce auprès de lui. Flaubert a analysé et résumé pas à pas le prologue et les sept actes du drame. En fait, il n'hésite pas à recopier très longuement les passages qui l'ont charmé, et même à transcrire en marge des notes expliquant certains mots sanscrits: Selon une note c'est le hinna, henné, couleur vermeille extraite du lawsonia inermis qui sert à colorer les ongles des doigts et des pieds. Quant aux yeux, c'est-à-dire au bord des paupières dont le trait est prolongé un peu au-delà de l'angle extérieur de l'oeil, c'est du collyre que les femmes asiatiques emploient… Visiblement, il a été très touché par la poésie du drame et par la vie qu'on y sent. À propos du prologue, il note: Dialogue entre le Directeur du théâtre et une actrice. Ils se font des compliments réciproques tout à fait dans le goût moderne. On a peine à croire que ce soit indien… Et la longueur même du manuscrit (51 pages) atteste avec quelles délices il se plongea dans ce drame oriental, qui le fascinait, et aussi avec quelle conscience il s'attacha à en extraire l'essentiel:
… Qu'elle est ravissante! Sur tous les points où voltige cet insecte léger, plus légère que lui, avec quelle grâce elle le chasse sans relâche!... Trop heureux insecte, tu peux donc dans ton vol effleurer l'angle de cet oeil à demi-fermé, où la crainte excite un tremblement enchanteur, faire entendre à cette oreille charmante un murmure semblable à ces petits mots furtifs d'un amant favorisé, puiser un torrent de délices sur ses lèvres divines dont une main délicate cherche en vain à t'éloigner…
Vente Flaubert, Villa Tanit, Antibes, n°35.

23. FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à Alphonse DAUDET,
datée Nuit de mercredi [21 novembre 1877], 2 p. in-12. 2.000/ 2.500 Euros.
Lettre sur Le Nabab.
Flaubert vient de lire le dernier roman de Daudet, Le Nabab. Le livre lui a beaucoup plu, mais, à son habitude, il dose soigneusement compliments et légères réserves: Eh bien, c'est bon! très bon! et ça m'a très amusé. La Fête du Bey et la mort de Nora sont des morceaux épiques. De cela, j'en suis sûr. On ne fait pas plus grand, on n'écrit pas mieux. J'adore votre Nabab - et sa femme (quelle vérité!). Montpavon est splendide! Bref, tous vos personnages sont "nature". On les connaît. L'action est bien menée. Ah! saprelotte! J’oubliais Jenkins! qui n'est pas le moins bon, C'est que la cervelle m'en saute! et les yeux me piquent. Réserves: Une seule chose m'a choqué: la digression sur le dimanche. (…) J'aime moins vos deux jeunes gens hommes que les autres personnages… Il le rassure cependant: …mon bon, vous pouvez vous frotter les mains et vous regarder dans la glace en vous disant "je suis un mâle!". Il lui demande de ses nouvelles, puis: Le bon Tourgueneff est repris d'un accès de goutte. Je n’ai aucune réverbération des autres amis. Moi, je pioche d'une façon insensée… [allusion à Bouvard et Pécuchet]. En réalité, Flaubert n'était pas aussi enthousiaste, et écrira le 8 décembre à Tourgueneff: Je pense absolument comme vous sur le Nabab. C'est disparate. Il ne s'agit pas seulement de voir, il faut arranger et fondre ce que l'on a vu.
Oeuvres complètes (éd.Maurice Nadeau), t. XVI, p.436-437.

Portraits

Vente Drouot, 17 octobre 2002
Alain Ajasse expert, ajasse@ajasse.com
( < Elisabeth Brunet, libraire à Rouen)
[Gustave Flaubert]. 4 portraits à l’eau forte, XIXe siècle. 200/300 Euros.
H. Toussaint. 2 états différents, signés dans la plaque et au crayon. En bas, la mention "Flaubert, Salammbô", 36x28 cm.
Une épreuve non signée représentant Flaubert jeune, 31x24,5 cm. En bas, la mention "Flaubert, Bovary". Tirage sur papier du Japon.
Une épreuve non signée représentant Flaubert âgé, 28,5x18 cm, auréoles en marge.




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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