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BULLETIN FLAUBERT n° 39 / 1er avril  2003


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Les Dernières chansons

Une lectrice mélomane aimerait retrouver la partition musicale des Dernières chansons de Louis Bouilhet, préface de Flaubert, Michel Lévy, 1872. Des recherches ont déjà été faites à la BM de Rouen et à l'Institut de France, sans succès.

Réponse au Bulletin, qui transmettra.

Lettre inédite

Pour l'édition de la Correspondance de Flaubert, à paraître dans la Bibl. de la Pléiade, nous cherchons à localiser l'autographe de la lettre de Faubert à sa nièce Caroline, publiée dans l'édition Conard, t.VIII, p.48-49.
Voici le texte intégral de cette lettre, donnée comme inédite en 1930:
[Croisset]
Mon Bibi,
Quel voyage! Quelle chaleur! J'étais sur les bottes en arrivant à Croisset, et Monsieur s'est coulé dans le cornet une pleine cruche de cidre.
Après les gâteries de mon Loulou, Croisset m'a paru triste et aussi délabré que le vieillard de Cro-Magnon lui-même. Sais-tu ce que j'ai trouvé ici dans mon courrier? Une lettre d'une dame libraire qui désire acheter mes manuscrits… Il paraît que la plupart de mes confrères vendent les leurs. Qu'en dis-tu? Moi je suis indigné! Voilà que l'art se met en boutique. Oh! misérables! Où trouver une latrine assez vaste pour vous enfouir tous! Ton vieux saint Polycarpe a écrit à la dame en question une lettre de sa meilleure encre. Elle le laissera tranquille, je t'en réponds.
Maintenant je vais piquer un chien. Puis je me ferai préparer un bain. Après quoi, je reprendrai Bouvard et Pécuchet avec violence et travaillerai toute la nuit. Ces deux idiots, B. et P.donnent bien du mal à
Ta vieille bedolle d'oncle qui t'embrasse.
Je me suis commandé des pantoufles en velours chez Prout. On te les enverra. Quand elles arriveront, daigne me faire des bouffettes, tu seras bien gentille.

SUR LA TOILE

Site de René Pommier, Assez décodé, conçu par "un polémiste et un rationaliste, infatigable pourfendeur de fariboles".

Article "Phallus farfelus" http://rene.pommier.free.fr/Phallus.htm

"Mais on a beau être habitué à se voir proposer les modèles phalliques les plus insolites, quand, dans un article intitulé "La prodigalité d'Emma Bovary", M. Michel Picard nous invite à considérer comme un symbole phallique la jambe de bois offerte par Madame Bovary à Hippolyte, les bras nous en tombent.[…] S'il faut y voir aussi, avec M. Picard, la manifestation d'une imagination phallique, alors tous les unijambistes ne manqueront pas de se réjouir qu'il y ait des gens à l'imagination phallique, sinon personne n'aurait peut-être jamais pensé à leur fabriquer des jambes de bois."

VIENT DE PARAITRE

Professeur Dick Gustaveson, Flaubert père, Westport (Connecticut), Greenwood Press, (Studies in 19th-C. French Literature Series, n°24), 2003, 412 p.
75 $, ISBN 0-674-00332-2.

Compte-rendu par Sandy Dorcrussell (Département des Littératures romanes, Université de Berkeley)

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire de prime abord, cet ouvrage nouvellement paru ne concerne pas Achille-Cléophas Flaubert, le grand médecin rouennais que l’on a pourtant l’habitude de désigner ainsi pour le distinguer des autres membres mâles de la famille (et en particulier de son fils aîné Achille, lui aussi médecin), mais bien son fils cadet Gustave, celui qui entra en littérature en 1851 lorsqu’il commença à rédiger Madame Bovary. Cela est d’autant plus surprenant que cette dénomination de père ne s’applique absolument pas à ce que l’on sait de la biographie de l’écrivain et de ses idées sur la question (Achille l’aîné a quant à lui bien été le père d’une petite Juliette née en juin 1840 de son mariage avec Julie Lormier).
C’est là toute l’originalité d’un ouvrage qui, faisant feu de tous bois, dresse un panorama exhaustif, suggestif et convaincant de la question de la paternité flaubertienne, question étudiée successivement dans toutes ses dimensions. La deuxième partie de l’ouvrage s’intéresse ainsi au sentiment de la paternité dans la vie et l’oeuvre du romancier, par l’entremise d’une analyse serrée de la Correspondance et des textes romanesques. Après avoir rappelé l’opposition originelle farouche à toute idée ou éventualité de procréation biologique dont Flaubert s’est toujours fait l’écho ("Quel triste être sortirait de moi! Il ne voudrait seulement parler et demanderait à mourir avant d'avoir vécu", lettre à Louise Colet du 2 décembre 1846, Bibl. de la Pléiade, t.I, p.410), Dick Gustaveson met en balance le comportement quasi paternel dont l’écrivain a ensuite fait preuve à l’égard de plusieurs personnes, au premier rang desquelles, et pour des raisons différentes, se trouvent sa nièce Caroline et le neveu d’Alfred Le Poittevin, Guy de Maupassant. L’approche biographique est habilement complétée par un recours intelligent à l’oeuvre romanesque (attitude de Charles Bovary vis-à-vis de Berthe; de Frédéric Moreau face à l’enfant que lui donne Rosanette; de Bouvard et Pécuchet devant Victor et Victorine…), sans que jamais les textes soient "forcés", ce qui est toujours à craindre dans ce type d’étude.
La troisième partie de l’ouvrage fait quitter au lecteur le terrain de la critique biographique et thématique, et explore la notion de paternité (et celle qui lui est collatérale – de filiation) pour l’histoire littéraire. C’est sûrement le moment le moins neuf de l’étude. Il a cependant le mérite de brosser un tableau complet et synthétique de la question (rapport ambigu de Flaubert avec le réalisme et le naturalisme, prolongements jusqu’au nouveau roman puis jusqu’à la littérature contemporaine), qui sera sûrement très utile aux étudiants.
Mais la nouveauté ou – dirait-on dans un autre contexte – le "scoop" de l’ouvrage réside dans sa première partie. En effet, chaussant sa casquette d’historien et ses lunettes de détective, c’est-à-dire ici de compulseur d’archives, le professeur Dick Gustaveson livre à tous les connaisseurs de Flaubert – ou plutôt à ceux qui se pensaient tels! – une révélation de taille: l’écrivain, lui aussi, a bien été père, et cette fois-ci, il ne s’agit plus des supputations relatives à l’hypothétique rencontre, à Marseille, de l’écrivain (en partance pour l’Orient) et de Laure de Maupassant, neuf mois exactement avant la naissance du petit Guy…
En février 1851, au terme de ce même voyage en Orient, Flaubert quitte la Grèce sur un bateau à vapeur pour se rendre en Italie. Il fait escale à Corfou où il rencontre une jeune femme qui a autrefois contribué à son "éducation sentimentale": Gertrude Collier (Gustaveson se fonde sur un passage jusqu’ici inédit du huitième carnet de voyage de l’écrivain, passage qui, on peut l’espérer, n’échappera pas à l’édition Pléiade des oeuvres complètes). C’est en 1842, à Trouville, que le futur romancier a fait la connaissance de cette jeune Anglaise née en 1820. Avec sa soeur Henriette, elles ont alors suscité en lui de tendres sentiments. En 1847, Gertrude est devenue Mrs Charles Tennant et, lorsque Flaubert la retrouve à Corfou, elle est déjà mère de deux petites filles: Alice (plus connue sous le nom d’Elsie), née le 3 septembre 1848 et morte sans descendance en 1930, et Blanche, née le 6 juin 1850 et décédée en 1855. Or d’après les documents inédits que procure le professeur Dick Gustaveson et qu’il a découverts dans le fonds Tennant conservé à Swansea (au pays de Galles), cette rencontre imprévue n’a pas laissé Flaubert insensible. Trois lettres de l’été 1851 (qui enrichiront sûrement l’édition Pléiade de la Correspondance) envoyées par Gustave à Gertrude prouvent en effet sans aucun doute possible que l’idylle s’est alors renouée. Et, plus incroyable encore, le voyage que Flaubert effectue avec sa mère fin septembre et début octobre 1851 en Angleterre n’avait pas pour but, comme on le croyait jusqu’ici, de vendre le fameux album d’autographes appartenant à Louise Colet: il s’agissait bel et bien de retrouver une belle amante (sans encourir les foudres de l’autre!). Une escapade secrète, sûrement loin des regards maternels, a alors eu des suites tangibles puisque le 30 juin 1852 est né à Londres un petit Charles "Tennant"! Or douze lettres de Gertrude à Gustave, écrites entre 1852 et 1854, et reproduites dans l’ouvrage, ne permettent pas de douter de l’identité du géniteur: le romancier est bien le père de Charles; mais celui-ci mourra en 1928 sans avoir jamais été mis au courant de ses origines par sa mère. Après 1854, plus aucune mention ou allusion n’est décelable dans la correspondance que les deux anciens amants - et parents! - ont continué à échanger sporadiquement jusqu’à la mort du premier d’entre eux.
Cette histoire, au premier abord rocambolesque, est étayée sur des documents et des recoupements qui ne laissent pas de convaincre. Toutes les biographies de Flaubert se trouvent donc aujourd’hui caduques, grâce aux recherches du professeur Dick Gustaveson qui annonce pour la rentrée prochaine, et c’est le moins qu’il pouvait faire, la parution d’un Flaubert – Biographie écrite à partir de documents entièrement inédits (chez le même éditeur que le présent ouvrage).
On regrettera pour finir quelques menues coquilles que la seconde édition du volume, attendue pour bientôt, ne saurait manquer de faire disparaître, ainsi que l’absence d’un index, surprenante dans un ouvrage de cette qualité. Il aurait été fort utile au lecteur néanmoins conquis par le sérieux et la nouveauté de l’étude.

ACTUALITÉ

(< Luigi Novarini, Rome)

"Après saint Antoine, saint Julien et saint Jean-Baptiste; je ne sors plus des saints", écrivait Flaubert en 1876. Et rétrospectivement, la citation prend un sel tout particulier… L’auteur, poursuivi en justice pour outrage aux bonnes moeurs en 1857, aurait-il été, en effet, jusqu’à imaginer qu’il avait, parmi ses plus fidèles amies, une future candidate à la sainteté?
Mlle Leroyer de Chantepie, avec laquelle il échangea entre 1856 et sa mort une cinquantaine de lettres – mais qu’il ne rencontra cependant jamais – vient en effet de faire "un grand pas vers le bon Dieu" après que sa Sainteté le Pape Jean-Paul II a avalisé le 26 janvier dernier sa Positio (ou procès verbal présenté par un postulateur aux théologiens, cardinaux et évêques de Rome).

C’est à des casuistes Québécois qu’on doit cette attention particulière portée à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie, native d’Angers qu’elle ne quitta jamais, de sa naissance le 31 octobre 1800 au jour de son décès, 88 ans plus tard. Sa profonde mystique, la chasteté et la continence de son existence avaient troublé et ému ses contemporains, au nombre desquels Gustave Flaubert, avec lequel elle entra en correspondance à la parution de Madame Bovary dans la Revue de Paris, en 1856. Auteure elle-même d’une trentaine d’ouvrages édifiants (on citera parmi ceux-ci la Lutte du coeur et surtout, son ouvrage posthume, et peut-être le plus représentatif de son style naturaliste sulpicien, Groupe de Martyrs), elle entretint à la fin de sa vie une intense relation amicale avec le père A.-B. Sagnier qui l’accompagna dans ses derniers instants. Polygraphe lui-même, le père Sagnier décrivit les derniers jours et l’agonie de sa confidente dans un petit mémoire édité par la Société des Antiquaires de l’Ouest, Larmes et sourires.
En 1951, un groupe de chercheurs en théologie en provenance de Québec entreprend une étude des oeuvres complètes de Mlle Leroyer de Chantepie, parue chez Perrin en 1893 et découvre le mémoire du RP Sagnier. Sous l’impulsion d’Émile Verron le groupe entreprend une enquête diocésaine, ouverte le 26 mai, en vue de placer Marie-Sophie Leroyer sous les auspices de Rome et lui obtenir le statue de "Vénérable". Les théologiens de la Congrégation de la Cause du Saint (CCS) trouvent un Postulateur Romain (ou rapporteur, instruisant le procès au nom de Sa Sainteté) en la présence du jeune cardinal Lamberto. L’instruction fut bloquée cependant à la mort de celui-ci, en septembre 1978. On attira alors l’attention sur les amitiés de la future béatifiée, notamment avec les scandaleux Gustave Flaubert et George Sand. Le nouveau Postulateur dépêché par Rome insista cependant sur le caractère particulièrement pieux des échanges de Mlle Leroyer, et des efforts discrets mais certains qu’elle employa pour orienter ces célèbres épistoliers vers le salut dans leurs correspondances respectives. Par ailleurs, l’écrivain angevin s’est trouvée tout récemment être au coeur d’ouvrages où son existence exemplaire était louée, chassant ainsi tout préjudice sur une réputation morale que des fréquentations littéraires peu accortes auraient pu ternir.

Le procès de Mlle Leroyer bénéficia en outre de la réforme du 25 janvier 1983, dite de la Constitution apostolique "Divinis perfectionis magister", par laquelle Sa Sainteté Jean-Paul II définit les nouvelles règles des procès de canonisation et de béatification, allégeant considérablement les procédures.
"Jeune Vénérable", Marie-Sophie Leroyer de Chantepie pourrait bien faire partie des prochains bienheureux, élus par le pape lors de la 116e cérémonie de béatification qui se tiendra à Rome dans un mois et sept jours, et devenir ainsi la 821e bienheureuse élue sous le pontificat de Jean-Paul II.

La CSS et le Centre Québécois suivent avec intérêt l’évolution de l’entrée en Paradis de "leur" sainte, et, envisageant l’avenir sereinement ont déjà proposé comme jour pour fêter son patronat le 23 février ou le 27 avril.

Ouvrage paru sur Mlle Leroyer de Chantepie
James Smith Allen, Poignant Relations: Three Modern French Women. Baltimore: The Johns Hopkins University Press, 2000. xiii + 270 pp. Notes, bibliography and index. $42.50 US. ISBN 0-8018-6204-3.

Communauté Québécoise de l’Enquête Diocésaine
7, rue Ste-Catherine
Case postale 380
S. - P.(Québec)
J0P 1X0
Tél.: (450) 265-3777

COMMUNIQUÉ

A la requête du Centre Flaubert et après avoir constaté l'absence de descendance directe, la Société des Gens de Lettres, représentant les intérêts de Flaubert et de Maupassant, a décidé, en application de la loi dite Yves Montand, de faire procéder à l'exhumation des corps des deux écrivains susnommés afin d'y prélever quelques molécules d'ADN. Les analyses comparées permettront ainsi d'établir ou de réfuter scientifiquement la paternité biologique, et de mettre un terme à une grave question qui divise les critiques depuis plus d'un siècle, et particulièrement les biographes. Pour compléter le matériel ADN, la Société des Gens de Lettres a préempté la mèche de cheveux passée en vente à l'hôtel Drouot le jeudi 27 mars 2003 (voir Bulletin Flaubert, n°38). L'exhumation du corps de Flaubert aura lieu le 8 mai 2003 (celle de Maupassant le 6 juillet prochain), cimetière Monumental, Rouen, à 10h 10 (itinéraire fléché à partir de l'entrée). Il reste encore quelques places, à retirer auprès du Centre Flaubert.




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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