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BULLETIN FLAUBERT n° 42 / 22 mai  2003



Rubrique unique pour ce Bulletin, entièrement consacré à l’actualité nourrie des ventes. On peut retrouver la plupart de ces notices en ligne sur http://www.auction.fr/ (taper "Flaubert" dans la fenêtre "Recherche rapide").
Pour votre confort, voici ces notices ouvertes et copiées/collées bout à bout.

VENTES

Drouot, 27 mai 2003. Vente Beaussant Lefèvre

A. Nicolas expert
http://www.beaussant-lefevre.auction.fr

Lot n°25:
FLAUBERT (Gustave). Manuscrit autographe intitulé Cabinet des fées & voyages imaginaires. - Féeries (analyses de). [Vers 1862-1863]. Au total environ 33 pp. sur 19 ff. in-folio, montés sur onglets et reliés en un volume, bradel demi-maroquin grenat à coins (Semet & Plumelle).
Importantes notes de lecture révélant l'intérêt de Flaubert pour la littérature merveilleuse.
Au début de 1862, ayant presque achevé Salammbô, Flaubert commença de lire la collection du Cabinet des fées. Il parcourut ensuite un grand nombre de vaudevilles, féeries et comédies, s'attachant à mieux connaître ce genre littéraire malgré la lourdeur d'un grand nombre des oeuvres qu'il recouvre, ce qui lui fait écrire aux Goncourt, le 12 juillet 1862: "Quel pensum! [...] On n'a pas idée du poids de ces fantaisies". De juillet à décembre 1863, il se servit de ces matériaux pour rédiger une féerie, Le Château des coeurs, en collaboration avec Louis Bouilhet et Charles d'Osmoy; cette pièce ne fut pas présentée sur scène mais parut dans La Vie moderne en plusieurs livraisons du 24 janvier au 8 mai 1880.
Cabinet des fées et Voyages imaginaires: Flaubert a relevé ce qui constitue la grammaire du merveilleux en littérature, indiquant notamment des cas d'inversion ("Le Monde à l'envers: les chameaux & les éléphants y sont très petits, les fourmis très grosses, etc."; "La reine a un harem d'hommes"), des associations d'idées ("Mon chat ayant fait disparaître la lumière en fermant les yeux..."), des allégories morales ("L'amitié s'oppose aux mariages: dès qu'on le marie, le génie tranquille fait place au génie inquiet..."), ou des scènes d'épouvante: "Ils (les vieillards) avaient de longues barbes qui descendaient jusqu'à leurs pieds et à l'extrémité de chaque brin pendait une dent de boeuf, ce qui faisait au moindre de leurs mouvements un cliquetis difficile à exprimer. Mais ce qui rendait cette vue plus hideuse était que la pesanteur de toutes ces dents ouvrait à ces vieillards la bouche avec tant de violence que leur grimace était au-dessus des plus horribles...". Il dresse par ailleurs des listes de noms exotiques et résume nombre d'anecdotes et récits représentatifs.
Féeries: pour plus d'une trentaine de récits fabuleux de la littérature populaire, Flaubert précise ce qui l'a marqué ou note un résumé de l'histoire. Il ajoute en marge droite des remarques critiques par lesquelles il livre son opinion personnelle: dans La Poudre de Perlinpinpin, "Rien de spécial, & nul emploi de fantastique... Cela pourrait faire plus d'effet si le meurtrier avait regret ou remord...". Il se montre souvent peu amène pour le manque d'imagination ou d'audace qui se cache souvent derrière des effets d'artifice: dans Les Quatre parties du monde, "Un chien devenu homme ressemble à un caniche... Pas développé, il aurait dû en garder les instincts...".
Provenance: succession de Mme Franklin-Grout-Flaubert (vente de Paris, 18 novembre 1931, n°116).
8 000/ 10 000 euros.

Lot n°26:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à sa "bonne Laure" [Laure de Maupassant. Paris], 2 septembre [1869]. 2 pp. in-8.
"La mort est plus forte que tout".
"Hélas, non! Je n'irai pas à Étretat. A peine si j'aurai le temps d'aller à Dieppe passer un dimanche. Je manque de parole à Du Camp, au père Cloquet et à Me Sand. Mais la mort est plus forte que tout. Celle de Bouilhet qui a bouleversé ma vie a dérangé mes projets de vacances [Louis Bouilhet est mort le 18 juillet 1869]. J'ai à m'occuper maintenant 1° de ses affaires, 2° de mon roman et 3° de mon emménagement rue Murillo. Toutes les douleurs se tiennent. Comme j'ai pensé à mon pauvre Alfred [le frère de Laure] dans ces derniers temps! mais quand je l'ai perdu j'étais plus jeune &, partant, plus robuste qu'aujourd'hui!
Je me sens très vieux & fatigué jusque dans la moelle des os...".
"Tu reviens sans doute à Rouen vers le commencement d'octobre? Je serai forcé d'être à Croisset, au milieu de novembre, pendant une huitaine de jours. Alors je pourrai te voir.
J'ai grand besoin de passer avec toi un long après-midi, au coin du feu..."
1000/ 1200 euros.

Lot n°27:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée [à Alexandre Dumas fils. Dieppe], "vendredi soir 11 heures" [10 mars 1871]. 1 p. in-8.
La guerre franco-allemande de 1870.
"Encore un accroc! J'apprends à l'instant que j'ai à Croisset 40 Prussiens (vous lisez bien, c'est quarante). Ils y séjourneront jusqu'à dimanche soir, or, comme j'ai besoin d'aller dans ce lieu empesté (& d'y rester quatre ou cinq heures) avant de me mettre en route, je ne partirai de Dieppe que lundi! Donc faites le voyage de Bruxelles sans moi, car je n'ose plus vous prier de m'attendre. Je vous ferais droguer jusqu'à mercredi, puisque je ne serai prêt à partir de Rouen que ce jour-là..."
Flaubert devait partir avec Alexandre Dumas fils pour Bruxelles, où résidait la princesse Mathilde depuis le début de novembre 1870. Finalement, Dumas rejoignit Flaubert à Rouen le 16 mars, et ils voyagèrent ensemble jusqu'à Bruxelles en repassant par Paris.
600/ 800 euros.

Lot n°28:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à son "bon" [Ernest Feydeau. Croisset], "mercredi soir" [novembre 1872, probablement le 15]. 3 pp. in-8 avec bordure de deuil.
L'oraison funèbre de Théophile Gautier.
"Comme renseignements sur Théo, adresse-toi à Olivier de Gourgot, un ami de son fils qui connaît à fond toute la partie bibliographique - quant à la biographie, prends les renseignements auprès des soeurs et d'Arsène Houssaye. Il y a une étude de Ste Beuve, mais tu la connais, sans doute.
Fais bien valoir qu'il a été exploité & tyrannisé dans tous les journaux où il a écrit. Girardin, Turgan et Dalloz ont été des tortionnaires, pour notre pauvre vieux, que nous pleurons. Moi, je ne me console pas de sa perte! Depuis que je sais que je ne [le] verrai plus, j'ai un redoublement d'amertume qui me submerge.
Un homme de génie, un poète qui n'a pas de rentes & qui n'est d'aucun parti politique..., il est forcé pour vivre d'écrire dans les journaux, voilà ce qui lui arrive. - C'est là, selon moi, le sens dans lequel tu dois faire ton étude. Quand on écrit la biographie d'un ami, on doit la faire du point [de vue] de sa vengeance. Je finirais par un petit remerciement à l'adresse du sieur Vacquerie".
Théophile Gautier était mort le 21 octobre 1872.
Avec un post-scriptum paillard.
"Il y aura encore de beaux jours pour notre belle Patrie! Ouïs cette anecdote que m'a narrée, tantôt, mon médecin de Croisset. Il venait d'être appelé près d'un moutard de 7 ans affligé d'un paraphimosis, résultant de masturbation exercée sur lui par une femme de 40 ans! Ladite villageoise recueille des petits malheureux dont elle fait à la fois des domestiques & ses godemichets, car c'est en frottant sur son clitoris, supposition du docteur, la guiguitte du pauvre gamin, qu'elle l'a élevé jusqu'à la grosseur d'une pine d'âne - que je te souhaite".
Ce passage n'a pas été reproduit dans l'édition de la correspondance de Flaubert donnée dans la Pléiade par Jean Bruneau qui n'a pas eu la lettre originale en main (tome IV, 1998).
1500/ 2000 euros.

Lot n°29:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à un "cher ami" [Ivan Tourguéniev. Croisset], 30 juillet [1875]. 2 pp. 1/2 in-8.
Lettre pathétique.
"Ma dernière lettre était "lugubre", dites-vous, cher ami! Mais j'ai lieu d'être lugubre car il faut vous dire la vérité: mon neveu Commanville est absolument ruiné! Et moi-même je vais me trouver très entamé? Ce qui me désespère, là-dedans c'est la position de ma pauvre nièce! Mon coeur (paternel) souffre cruellement.
Des jours bien tristes commencent: gêne d'argent, humiliations, existence bouleversée.
C'est complet, & ma cervelle est anéantie. Je me sens désormais incapable de quoi que ce soit. Je ne m'en relèverai pas, mon cher ami! Je suis attaqué dans les moëlles! Quelles journées nous passons!... Nous ne pouvons pas vous recevoir maintenant! Et Dieu sait pourtant qu'une embrassade de mon vieux Tourguéneff me déserrerait le coeur!...
Depuis longtemps je n'écris plus à Mme Sand. Eh bien, dites-lui que je pense à elle plus que jamais. Mais je n'ai pas la force de lui écrire.
Il va falloir rassembler nos épaves. Ce sera long, que nous restera-t-il? Pas grand chose! Voilà le plus clair. J'espère pourtant pouvoir garder Croisset. Mais les beaux jours sont finis, & je n'ai en perspective qu'une vieillesse lamentable.
Ce qui me rendrait le plus grand service, ce serait de crever..."
Provenance: Collection Viardot (timbre sec).
4000/ 5000 euros.

Lot n°30:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à son "cher ami" [Ivan Tourguéniev. Croisset], "lundi 16" [août 1875]. 2 pp. 1/2 in-8.
Lettre poignante sur sa détresse matérielle.
"Comme vous êtes bon, mon cher Tourgueneff, votre billet de ce matin m'a fait du bien mais vous n'avez pas compris la situation! Il ne s'agit pas d'une perte d'argent" mais bien d'une ruine. C'est la ruine, complète, pour mon neveu Commanville, et pour moi, considérable. Ma nièce Caro abandonne tout ce qu'elle peut donner aux créanciers de son mari, & quand nous aurons vendu le reste, c'est à peine s'il nous restera de quoi vivre, très chétivement... Peut-être, moi, ne perdrais-je pas tout ce que je possède?
Le pire de ma situation, c'est que fort probablement il me faudra abandonner le pauvre Croisset où je vis depuis trente ans! Vous voyez que mon existence est bouleversée, mon cher ami, & que c'est un désastre complet. Je doute que jamais je puisse retravailler? & pourtant j'aurais besoin de travailler pour gagner de l'argent! Mais je suis impropre à quoi que ce soit. Ah! Si une maladie m'emportait, quelle simplification! Jusqu'à présent j'avais cru que la mort était le pire des maux; non! Le pire c'est de voir l'humiliation de ceux qu'on aime.
D'ici à une quinzaine, il y aura du nouveau. C'est à dire que l'on saura si la faillite sera déclarée, après quoi, j'irai sans doute à Concarneau, car j'ai besoin de prendre l'air! Depuis quatre mois ma pauvre nièce & moi nous vivons dans une solitude abominable, à cause des angoisses qui la remplissent, & il faut que je sorte d'un pareil milieu coûte que coûte. Ah! ce qui serait beau, ce serait de venir me voir là-bas, à Concarneau! Mais le voyage est long & je n'ose vous le proposer?..."
Provenance: Collection Viardot (timbre sec ex-libris).
4000/ 5000 euros.

Lot n°31:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à son "vieux Bab" [Edmond Laporte. [Paris], "dimanche 1 h. de nuit" [8 septembre 1878]. 2 pp. in-8, estampille "EL".
Une intercession en faveur d'un ami: "Bardou [sic] sort d'ici, où il a dîné. Je l'ai pris, dans mon cabinet seul à seul, & lui ai reparlé de vous, en insistant le plus possible pour que ça en finisse. Voici sa réponse: je te promets que je pense à ta recommandation..."
Edmond Laporte, que Flaubert surnommait "el bab", expression arabe signifiant "la porte", était alors à la recherche d'un emploi. Flaubert s'était adressé à Agénor Bardoux, ministre de l'Instruction publique depuis 1877, qui allait bientôt intervenir en la faveur de Laporte et lui permettre de trouver un poste dans l'administration.
Le Château des coeurs: "Autre histoire, il s'engage à faire recevoir la fameuse féerie! D'ici à 8 jours, je lui donnerai le ms que je croyais à Croisset, & que j'ai retrouvé dans le bas de mon armoire depuis qu'il est parti. Si ça réussissait, ce serait une fortune pour votre géant [il se surnomme ainsi lui-même]... L'histoire de la féerie forcément va me faire aller souvent chez B[ardoux], & j'activerai votre affaire. Pas de nouvelles de d'Osmoy. Il a un enfant très malade. Comme il est en tiers dans "Le Château des coeurs", nous allons nous retrouver..."
Le Château des coeurs, féerie écrite par Flaubert en collaboration avec Louis Bouilhet et Charles d'Osmoy, ne fut pas présentée sur scène mais parut dans La Vie moderne en plusieurs livraisons du 24 janvier au 8 mai 1880.
L'oeuvre du marquis de Sade: "Enfin, j'ai trouvé un bonhomme qui possède toutes les éditions du Vieux! [Ce terme, entre Flaubert et son ami Laporte, désignait Sade.] Avec une lettre de recommandation, nous irons chez lui quand vous voudrez!".
Bouvard et Pécuchet: "Je continue à lire démesurément mais je n'avance pas! Parce que je ne sais comment présenter ma critique historique. Espérons que mon entendement se débouchera..." Flaubert évoque ici ses recherches pour le passage de Bouvard et Pécuchet consacré à l'histoire.
1000/ 1200 euros.

Lot n°32:
FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée [à Guy de Maupassant. Croisset], "mercredi" [22 janvier 1879]. 2 pp. in-8.
Extraordinaire lettre à Maupassant, son fils spirituel.
Sur le naturalisme, Zola, Daudet, Tourguéniev.
"Ma vie n'est pas drôle, mon cher ami, & cet hiver est particulièrement rude... Si je ne vais pas à Paris, c'est que je n'ai pas le sol. Voilà tout le mystère, & que je n'ai pas non plus de logement, puisque je laisse le mien à ma nièce... Parlez-moi de la pièce. Quand passe-t-elle?"
"J'ai lu les comptes-rendus de L'Assommoir dans Le Figaro, Le Gaulois, & La France... Je suis content du succès pécuniaire pour Zola, mais ça ne consolide pas le naturalisme (dont nous attendons toujours la définition), & ça ne pose pas notre ami comme auteur dramatique. A lui maintenant de faire une pièce, dans son système".
L'Assommoir de Zola avait été adapté pour la scène par William Busnach et Octave Gastineau, et venait d'être monté pour la première fois, le 18 janvier 1879 au théâtre de l'Ambigu-comique.
"J'ai vu que Daudet en avait lu une à l'Odéon tirée de Jack. Quels industriels que tous ces gaillards-là! Que n'en suis-je un moi-même! Mais le coeur me manque".
"Le pauvre Tourgueneff est recloué par la goutte. Allez le voir, vous lui ferez plaisir. Dans 25 jours, il part pour la Russie, où son frère vient de mourir..."
Flaubert évoque également les affaires politiques du moment.
8000/ 9000 euros.

Lot n°44:
MAUPASSANT (Guy de). Lettre autographe signée à une "chère madame et amie" [la nièce de Flaubert, Caroline Commanville]. S.l., [1880]. 1 p. 1/2 in-12.
Le monument à la mémoire de Flaubert.
"Le sous-comité se réunit vendredi prochain à 2 heures chez Tourgueneff. Comme il m'est impossible d'aller vous voir d'ici là, je vous serais infiniment obligé de vouloir bien m'envoyer un résumé de tout ce qui a été fait jusqu'ici... montant de la souscription, engagements pris, &c &c.
Hugo fait le mort. Tourgueneff lui a écrit et il n'a pas répondu. C'est le dit Hugo qui, par des prétentions et des chicanes indignes de lui, a arrêté les travaux du comité des Monuments à Mme Sand. Pourvu qu'il ne recommence pas..."
Flaubert était mort en mai 1880. Un comité s'était organisé rapidement pour ouvrir une souscription afin d'élever un monument à sa mémoire. Formé d'Edmond de Goncourt, Charles Lapierre, Tourguéniev, Maupassant, Zola, Cladel, Arsène Houssaye, Alphonse Daudet, il parvint difficilement à réunir une somme suffisante, et le monument ne fut inauguré qu'en 1890
1500/ 2000 euros.

Lot n°58:
SAND (Aurore Dupin, dite George). Lettre autographe signée à Gustave Flaubert. Nohant, 21 septembre 1866. 7 pp. 1/2 in-8, fente à un pli.
Joyau extrait d'une des plus belles correspondances de la littérature française.
"... Et toi, mon bénédictin, tu es tout seul, dans ta ravissante chartreuse, travaillant et ne sortant jamais?... Il faut à monsieur des Syries, des déserts, des lac asphaltite [mer Morte], des dangers et des fatigues!" Il s'agit ici d'une allusion à Salammbô.
"Et cependant on fait des Bovary où tous les petits recoins de la vie sont étudiés et peints en grand maître. Quel drôle de corps qui fait aussi le combat du sphinx et de la chimère!" C'est ici une allusion à un passage de la Tentation de saint Antoine.
"Vous êtes un être très à part, très mystérieux, doux comme un mouton avec tout ça. J'ai eu de grandes envies de vous questionner, mais un trop grand respect de vous m'en a empêché, car je ne sais jouer qu'avec mes propres désastres, et ceux qu'un grand esprit a dû subir pour être en état de produire, me paraissent choses sacrées qui ne se touchent pas brutalement ou légèrement.
Sainte-Beuve qui vous aime pourtant prétend que vous êtes affreusement vicieux. Mais peut-être qu'il voit avec des yeux un peu salis... Moi je présume que l'homme d'intelligence peut avoir de grandes curiosités. Je ne les ai pas eues, faute de courage, j'ai mieux aimé laisser mon esprit incomplet, ça me regarde et chacun est libre de s'embarquer sur un grand navire à toutes voiles ou sur une barque de pêcheur.
L'artiste est un explorateur que rien ne doit arrêter et qui ne fait ni bien ni mal de marcher à droite ou à gauche. Son but sanctifie tout. C'est à lui de savoir après un peu d'expérience quelles sont les conditions de santé de son âme. Moi je crois que la vôtre est en bon état de grâce puisque vous avez plaisir à travailler et à être seul malgré la pluie".
"Savez-vous que... nous avons eu... du beau soleil en Bretagne? Du vent à décorner les boeufs sur les plages de l'océan, mais que c'était beau, la grande houle... Pour le reste, c'est une fameuse balançoire que la Bretagne. Nous nous sommes pourtant indigérés de dolmens et de menhirs, et nous sommes tombés dans des fêtes où nous avons vu tous les costumes qu'on dit supprimés et que les vieux portent toujours.
Eh bien, c'est laid, ces hommes du passé avec leurs culottes de toile, leurs longs cheveux, leurs vestes à poches sous les bras, leur air abruti, moitié pochard, moitié dévôt.
Et les débris celtiques, incontestablement curieux pour l'archéologue, ça n'a rien pour l'artiste, c'est mal encadré, mal composé, Carnac et Erdeven n'ont aucune physionomie.
Bref la Bretagne n'aura pas mes os, j'aimerais mille fois mieux votre Normandie cossue, ou, dans les jours où l'on a du drame dans la trompette, les vrais pays d'horreur et de désespoir. Il n'y a rien, là où règne le prêtre et où le vandalisme catholique a passé, rasant les monuments du vieux monde et semant les poux de l'avenir..." George Sand venait de faire un voyage en Bretagne du 8 au 19 septembre 1866.
Elle évoque ensuite Le Château des coeurs, une "féerie" écrite par Flaubert, Louis Bouilhet et Charles d'Osmoy, et conclut ainsi: "Vous êtes ma première visite aux vivants, au sortir d'un ensevelissement complet de mon pauvre moi. Vivez! Voilà mon oremus et ma bénédiction. Et je t'embrasse de tout mon coeur".
6000/ 7000 euros.

Drouot, 27-28 mai 2003. Vente Piasa

T. Bodin expert.
http://www.auctionconsult.com/piasa

Lot n°651:
Gustave Flaubert (1821-1880). L.A.S., Croisset Jeudi [23 avril 1863, à Jules Rohaut]; 2 pages in-8.
Il a reçu ses deux articles. "Si j’avais moins de considération pour vous je vous écrirais une lettre pompeuse et poncive. Mais je me borne à vous remercier très cordialement pour votre protestation & pour votre sympathie. Vous m’avez vengé et vanté"... Lui faire des compliments, ce serait s’en faire à soi-même. "Or c’est une tâche dont vous vous êtes acquitté merveilleusement"... Il ajoute en post-scriptum sous la dictée de Louis Bouilhet: "Bouilhet actuellement étendu comme ung veau sur un divan & en train de vacher vous rumine mille choses agréables avec ses fromages respectueux".
450/500 euros.

Lot n°652:
Gustave Flaubert. L.A.S., Lundi 7 heures [mars 1864?, à Jules Rohaut]; 1 page in-12.
"Pas du tout! - Faites comme vous l’entendrez. C’est très bien superbe, excellent. Votre article m’a charmé & ému (sic) et si vous continuez à m’appeler Monsieur, je ne vous salue plus"...
250/300 euros.

Lot n°653:
Gustave Flaubert. L.A.S., Samedi 1 heure [18 avril 1868, à Jules Rohaut]; demi-page in-8.
""Une attaque trop vive" non! C’est tout le contraire! Ils veulent me nommer Président d’une future société de gens de lettres!"... Il l’attend lundi pour déjeuner.
250/300 euros.

Lot n°654:
Gustave Flaubert. L.A.S., Vendredi [18 février 1870, à Jules Rohaut]; 1 page in-8.
Invitation à la lecture de la féerie Le Château des coeurs (destinée au théâtre de la Gaîté): "MM. Boulet, Taigny & Hubert seront demain chez moi à 1 h. précise, pour entendre la lecture du Château des Coeurs. Voilà. - En êtes-vous?"...
300/350 euros.

Lot n°655:
Gustave Flaubert. L.A.S., Paris Lundi soir [février 1874, à Jules Rohaut]; 1 page in-8.
"Je suis pour le moment dans les dernières retouches du Candidat. Mon ms est à la Censure, on copie les rôles & j’entre en répétition vers la fin de cette semaine, donc votre serviteur est fort occupé"... Il aurait cependant besoin de lui pour un renseignement, et il l’invite à venir chez lui un matin. "Il s’agit (mystère:) de me découvrir un amoureux. - Jeune, beau et romantique!"...
500/600 euros.

Lot n°656:
Gustave Flaubert. L.A.S., Croisset près Rouen 8 juin [1874, à Jules Rohaut]; 1 page in-8.
"Duquesnel qui devait me donner, au bout de 8 jours, une réponse sur le Sexe Faible [la pièce de Louis Bouilhet] ne m’a pas encore écrit!!! Quelles jolies manières! quelles jolies manières! Mais le génie a des excuses, en soi. Je ne vais pas tourmenter Chennevières que je sais être maintenant fort embêté par le prix de Salon. Mais, vous qui faites partie du bâtiment des théâtres ne pourriez-vous pas me dire où j’en suis? Je voudrais être débarrassé de cette histoire avant de m’en aller en Helvétie"...
400/500 euros.

Lot n°657:
Gustave Flaubert. L.A.S., Vendredi matin [juillet 1874?, à Jules Rohaut]; 1 page in-8 (petits trous marg.).
Préparation de Bouvard et Pécuchet. "Dès que vous aurez un peu de temps à vous pensez à moi. Vous m’avez promis des renseignements sur le métier de copiste! J’aurais besoin là-dessus des détails les plus longs & les plus explicites. - Car dans une quinzaine je m’en retourne à Croisset pour me mettre à la besogne". Il demande une note "où tous vos souvenirs spéciaux soient remués. Vous me rendrez, par là, un chouette service"...
500/600 euros.

Lot n°658:
Gustave Flaubert. 2 L.A.S., [à Jules Rohaut]; 1 page in-8 chaque.
Vendredi 11 h. Il l’invite à déjeuner en tête à tête, dimanche. "J’aurais besoin de renseignements que vous pouvez me donner. Connaissez-vous le personnel du journal Le Croque-mort?"...
Dimanche soir 9 h. "Eh bien! puisque vous n’êtes libre qu’à 5 h. 30 venez dîner chez moi demain lundi à 6 heures et demie. Je vous attendrai jusqu’à sept"...
300/400 euros.

Lot n°659:
Gustave Flaubert. L.A.S. "Gve", [Croisset] Mardi soir 11 [février 1879], à Maxime Du Camp; 1 page in-8.
[Flaubert, en glissant sur du verglas, s’était fait le 25 janvier une grave entorse avec fêlure du péroné; il dut s’aliter et souffrit beaucoup pendant plusieurs semaines.] Il décrit à son amis les progrès de sa convalescence: "Aujourd’hui enfin j’ai pu me lever! - & je ne me sers plus du plat-bassin!!! ce soir je dormirai sur le flanc [...] & demain, je recommencerai à travailler. On m’a fait une paire de béquilles! - mais j’aime mieux me mouvoir le genou posé sur une chaise que je pousse devant moi. Il se passera encore un grand mois avant que je puisse descendre mon escalier. - & il me sera impossible d’être à Paris avant le milieu d’avril". Le souvenir d’un certain Hazanin évoqué par Du Camp lui rappelle leur voyage en Egypte: "Ah! Pauvre cher vieux Max! C’était le bon temps! - J’en pleure, quand j’y pense". [Maxime Du Camp précise dans la marge: "Haçanin était un de mes matelots auquel j’ai remis la jambe qu’il s’était cassée à Assouan en mai 1850. Gustave Flaubert m’avait accompagné dans ce voyage".] Son isolement a de bons côtés: "Quant à la Politique, j’ai un avantage sur toi. Car ne voyant personne je n’entends pas dire de bêtises!"... Il lui demande de lui envoyer son "bouquin" par la poste, et termine: "Amitiés au jumeau et à toi toutes mes tendresses"...
1.000/1.200 euros.

Lot n°660:
[Gustave Flaubert]. L.A.S. de son père Achille-Cléophas Flaubert, Rouen 12 décembre 1838, à Charles Vacquerie au Hâvre; 1 page et demie in-4, adresse (un peu froissée).
Prescription du docteur Flaubert au futur mari de Léopoldine Hugo. "Je ne vous ai pas défendu le sirop de digitale d’une manière absolue, je vous ai dit de ne point en abuser"... Il pense qu’une saignée de bras sera utile, et lui recommande de bien suivre son régime...
200/250 euros.

Lot n°721:
Guy de MAUPASSANT (1850-1893). L.A.S., 20 novembre 1878, à Gustave Flaubert; 1 page et demie petit in-8 (cachet de la collection Thorek).
Il s’impatiente et s’inquiète au sujet de sa nomination au ministère de l’Instruction Publique, que lui avait promis le ministre M. Bardoux, un ami de Flaubert: "J’attends, mais j’ai peur d’avoir été encore, sinon oublié du moins négligé". Il demande à Flaubert s’il a des nouvelles: "Je vis dans l’anxiété. Mon bureau ici est un enfer"... Il n’est pas allé voir M. d’Osmoy, car Bardoux lui avait formellement promis que la chose se ferait sous quelques jours: "j’ai pensé qu’il fallait se garder de l’importuner inutilement"... Sa mère est à Paris "fort malade, et nous n’avons pu obtenir une visite ni de Potain ni de Charcot que nous avons demandés"...
On joint une note a.s. de la nièce de Flaubert, Caroline Franklin-Grout, 4 avril 1917 (1 page in-16): "A cette époque Guy de Maupassant était attaché au ministère de la Marine. Il attendait sa nomination à l’Instruction Publique"...
400/500 euros.

Lot n°168:
FLAUBERT (Gustave). La Légende de saint Julien l'Hospitalier. Paris, 1937. Grand in-4° en feuilles, sous couverture et étui de l'éditeur.
Six eaux-fortes par Robert BONFILS, sorties de l'atelier Paul Haasen.
Tiré à 25 exemplaires sur vélin de Rives, celui-ci exemplaire de collaborateur de M. Haasen.
Exemplaire comprenant, non justifiée, une suite supplémentaire des illustrations portant la signature de l'artiste.
Petit accident à l'étui.
180/ 200 euros.

Lot n°169:
FLAUBERT (Gustave). Madame Bovary. Paris, Ferroud, 1905. Petit in-4°, maroquin violine, large cadre de listels mosaïqués ornant les plats, fleurons aux angles, dos à nerfs mosaïqué, doublure de maroquin mauve ornée d'un large encadrement mosaïqué, gardes de moire brodée à motif floral, tranches dorées, couverture conservée, chemise et étui (G. Levitzky).
Compositions par Alfred de RICHEMONT.
Tiré à 810 exemplaires numérotés, celui-ci exemplaire nominatif sur japon comprenant, non justifiés, deux états supplémentaires des eaux-fortes, dont l'eau-forte pure. Joint: le prospectus.
800/ 1 000 euros.

Lot n°170:
FLAUBERT (Gustave). La Tentation de saint Antoine. Paris, Ferroud, 1907. Petit in-4°, maroquin lavallière, large encadrement de filets dorés et dentelle mosaïquée ornant les plats, dos à nerfs orné du même décor, doublure de maroquin rouge ornée d'une large dentelle mosaïquée, gardes de moire brodée à motif floral, tranches dorées, couverture illustrée conservée, chemise et étui (G. Levitzky).
Compositions par Georges ROCHEGROSSE, gravées en couleurs par Eugène DECISY.
Tiré à 350 exemplaires, celui-ci (n°14), sur grand japon impérial, un des 60 de tête comprenant deux suites supplémentaires de toutes les illustrations, dont une en couleurs.
Exemplaire enrichi:
- d'un billet autographe signé de G. Rochegrosse à l'éditeur Ferroud,
- d'un billet autographe signé d'E. Decisy au même,
- d'un tirage de l'illustration de couverture,
- de l'aquarelle originale signée de Rochegrosse (hors-texte p. 32-33)
- et d'un tirage sur chine d'un portrait de Rochegrosse au crayon.
1 500/ 2 000 euros.

L’Autographe S.A, Genève; catalogue 52, mai 2003

En ligne sur le site www.autographe.org, vente sur offres (enchères par correspondance jusqu’au 30 mai 2003).

L'AUTOGRAPHE S.A.
(R. SAGGIORI)
1, rue des Barrieres
CH-1204 GENEVE
Tel.: + 41 22 - 348 77 55
Fax: + 41 22 - 349 86 74
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N°89. À félix duquesnel, [Paris], samedi soir [2 décembre 1871].
Lettre à Félix Duquesnel l’invitant à ne rien décider pour ce qui est du costume de Mademoiselle Aïssé, personnage central de la pièce de Louis Bouilhet. Il espère en effet trouver à Rouen le vrai portrait d’elle (celui que possède son ami Clogenson): "... Il pourra vous servir de modèle. C’est un grand portrait à l’huile..." Quand aux autres costumes, il faudra attendre encore quelques jours les dessins d’Eugène Giraud. Inédite. Est. 2.000 francs suisses. Départ: 1.500 SFr.




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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