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BULLETIN FLAUBERT n° 48 / 13 novembre 2003


VENTES

Hôtel Drouot, 18 novembre 2003

Vente Piasa, Thierry Bodin expert

[Toutes les lettres sont en 1 p. in-8 sauf le n°191, 1 p. in-12; toutes sont inédites, sauf la n°188.]

185. Gustave Flaubert. L.A.S., [Paris,] samedi matin [2 mai 1857, à son ami Jules Duplan].
"Il me fait deuil mon cher bon, de partir sans vous avoir dit adieu. Voici une Revue et un petit livre dont je vous remercie. Je vous ai attendu jeudi soir avec le citoyen Gleyre"… Ils se reverront vers le milieu de juillet: "Ne vous embêtez pas trop et pensez quelquefois à un vieux roquentin qui vous aime moult"…
450/500 euros.

186. Gustave Flaubert. L.A.S., Croisset, dimanche [mai 1865?, à Jeanne de Tourbey]. [Fac-similé.]
"Je ne savais plus où vous étiez ma chère et vraie amie quand Bouilhet m’a montré de vous un petit mot où il était question de votre esclave indigne." On lui a dit qu’elle était en Allemagne, dans le midi, "je ne sais où?", et il s’ennuyait de ne pas avoir de nouvelles
"de cette charmante personne qui a nom Jane de Tourbey. Comment va-t-elle? Ah! c’est moi qui l’embrasserai de bon coeur dans trois semaines! Elle serait bien gentille de m’écrire une longue lettre, elle qui n’est pas fatiguée d’écrire." Il lui envoie toutes ses tendresses…
600/700 euros.

187. Gustave Flaubert. 2 L.A.S., [Paris, février 1870, à son amie Jeanne de Tourbey].
> 4 h. [après le 12 février 1870] "Impossible, ma belle et chère amie! J’ai une extinction de voix complète, une grippe affreuse. – Avec fièvre. Je me suis donné trop de mal pour la représentation de l’Odéon. J’ai fait trop de courses! Je suis exténué"…
> Jeudi, 3 h. [17 février 1870] Il est malade et la remercie de sa sollicitude, mais il n’a besoin de rien: "Forget me serait inutile et les bonbons ne me serviraient pas." Il voudrait la voir, mais ne le peut pas "parce que je suis hideux avec mon emplâtre sous l’oeil. – Cela me forcera à manquer le mariage et le dîner du bon Troubat. Ma grippe se passe – et je me remets un peu de mon extrême lassitude." Il viendra la voir dès qu’il pourra se montrer. "D’ici là, mille tendresses, ma chère belle amie. Tout à vous corps et âme"…
600/700 euros.

188. Gustave Flaubert. L.A.S., rue Murillo 4, parc Monceau mercredi soir [10? janvier 1872, à Alexandre Dumas fils].
"Que devient votre lettre qui devait paraître dans un journal du Havre? pouvez-vous me l’envoyer? J’en aurais besoin – pour m’en autoriser. La mienne sera, sans doute, publiée dans le Nouvelliste vers le milieu de la semaine prochaine". Il lui rendra visite "dès que je serai un peu moins ahuri"… [La Lettre de M. Gustave Flaubert à la municipalité de Rouen au sujet d’un vote concernant Louis Bouilhet sera refusée par Le Nouvelliste de Rouen, et paraîtra dans Le Temps du 28 janvier 1872.]
400/500 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p.454.]

189. Gustave Flaubert. L.A.S., [Paris, vers le 20 février 1872, à Jeanne de Tourbey, comtesse de Loynes].
Il prie sa "chère belle amie" de ne pas oublier son protégé Jules Rohaut, qui "a écrit dans les petits journaux sous le nom de Jules Dementhe. Recommandez-le à vos amis les grands journalistes. C’est un garçon plein d’esprit – et qui peut rendre des services. Il est au courant de la boutique"… Il la remercie de la soirée de la veille: "Comme votre dîner d’hier était bon! Comme vous étiez jolie! Quelle bonne soirée! Comme je vous aime!"…
500/600 euros.

190. Gustave Flaubert. 2 L.A.S., [Paris, juin 1872 et s.d., à Jeanne de Tourbey, comtesse de Loynes].
> Jeudi soir, 9h. [13? juin 1872]. Il viendra la voir samedi ou dimanche, et la remercie: "Comme le billet que je reçois est gentil et bon! Comme je vous aime! Oui, votre pauvre vieil ami a été fortement secoué. Il en reviendra! Mais c’est dur." Il baise "vos deux belles mains infiniment"… [Flaubert a été "secoué" par la mort de sa mère, le 6 avril.]
> Mardi, 2 h. "Je vous dis adieu, ma chère amie. J’aurais bien voulu aller vous embrasser mais je suis exténué et de plus j’ai un re-clou au visage"…
600/700 euros.

191. Gustave Flaubert. L.A.S., [Paris, ] jeudi [fin avril-début mai 1875, à l’éditeur Georges Charpentier].
"Homme occupé. […] Zola m’avait dit que vous tiriez présentement la 3e de Saint Antoine (est-ce vrai?) et j’étais venu chez vous pour vous dire de surveiller les corrections. Mais je n’avais pas besoin de la liste des dites corrections que je vous renvoie. De même Zola m’a dit avoir vu chez vous un article du Pays sur Salammbô?"… [La troisième édition de La Tentation de saint Antoine a paru le 17 juin 1875.]
300/400 euros.

192. Gustave Flaubert. 2 L.A.S., [mai-juin 1879, à Jeanne de Tourbey, comtesse de Loynes].
> Croisset, mercredi [14 mai]. Il n’est pas allé la voir, n’ayant passé à Paris que quelques heures, et "votre escalier m’a fait peur!" Mais il y retourne dans quinze jours, et compte y rester une partie du mois de juin. Il termine: "D’ici là, je vous embrasse bien fort – Votre vieil amoureux Gve Flaubert".
> [Paris] Vendredi midi [6 ou 13 juin 1879]. Il compte venir chez sa "chère belle" demain, "vous demander à déjeuner (c'est-à-dire m’asseoir devant votre table. Ne me donnez presque rien. – Ou autrement je pioncerais sur les bouquins, à la bibliothèque). Ce sera le moyen d’être seuls et de pouvoir un peu causer"…
600/700 euros.

Livres anciens, Catalogue n°12

Librairie Ancienne J. Marc Dechaud 10 rue de Chinon, 37220 Crissay sur Manse.
Tél/fax: 02 47 97 01 40.
(< Jacques-Rémy Dahan)

262. Flaubert (Gustave), Le Candidat. Comédie en quatre actes. Paris, Charpentier et Cie, 1874. 1 vol. in-16, demi-basane marbrée, dos à nerfs. Reliure postérieure. Couvertures imprimées vertes conservées. (3) ff., 165 pp. Exemplaire non rogné en gouttière et en queue. Edition originale peu commune. Envoi autographe signé de Flaubert "à ce bon Ludo [?]" (la fin du nom du dédicataire a disparu dans une brûlure circulaire). Fac-similé de l'envoi.
500 euros.

VENTES: LES PRIX

(< Jean-Benoît Guinot)

Stéphanie Hockliffe, Le Monde, 9 novembre 2003
Des lettres autographes d'écrivains à tous les prix

Marché de l'art. Si la correspondance d'Apollinaire a pu atteindre 60.979 euros pièce, celle de Zola ou de Flaubert s'acquiert pour moins de 1.000 euros. Six courriers de Céline sont mis en vente le 14 novembre.

Sujet de fascination, la correspondance des personnes célèbres suscite toujours beaucoup d'attention. Cet engouement s'explique par la multiplicité des intérêts liés à l'objet en lui-même. La missive passionne car elle est une pièce ancienne de collection, que l'on garde comme une antiquité à part entière ou que l'on préserve pour ses qualités artistiques et sa calligraphie originale. Elle est le témoignage indéniable d'une époque, de ses moeurs, de sa mentalité, elle renseigne et dévoile la vie quotidienne ou privée plus ou moins secrète de son auteur. Avec le temps, elle devient un véritable document historique.
En dehors de ces valeurs sentimentales, intellectuelles, historiques, l'aspect matériel est indéniable. La valeur marchande des lettres apparaît avec les premières ventes publiques dès les années 1830. Investir dans les lettres d'écrivain se révèle à la fois rentable et passionnant. Or le seul coup de coeur ne peut dicter la façon d'acheter. L'expert Alain Nicolas (auteur d'Autographes, Editions Maisonneuve et Larose, 54,88 euros) conseille au néophyte de s'adresser aux librairies spécialisées reconnues. En effet, choisir des lettres d'écrivain sur un catalogue aux prix fixés est plus facile pour commencer une collection que de chercher à s'approvisionner lors de ventes aux enchères, terrain privilégié des connaisseurs expérimentés.
Les courriers d'écrivain se répartissent en lettres ou pièces autographes, signées (les plus chères de toutes) ou non, en textes dactylographiés ou en écrits d'une autre personne. Plusieurs critères permettent d'estimer une lettre: son auteur, son destinataire (célèbre ou non), sa date (déterminante ou non dans la vie de l'auteur), sa longueur, la nature de son contenu, sa signature, son état de conservation. S'ajoute à cela la mode du moment, élément aléatoire capable d'augmenter ou de faire chuter les prix. En raison de l'unicité de chaque pièce et de la multiplicité des éléments divers présents, établir une cote de ces missives reste difficile.
La lettre d'écrivain permet de faire connaissance avec l'auteur, à ne pas confondre avec le narrateur de ses romans, surtout lorsque ceux-ci sont rédigés à la première personne. Certains auteurs célèbres sont des valeurs stables. La correspondance de Marcel Proust se négocie entre 2.000 et 8.000 euros. Sa missive adressée à Jean Rostand, mise en vente par l'étude Beaussant-Lefèvre, est partie à 6.500 euros, le 26 septembre. Comparativement, des lettres de contemporains comme Paul Eluard et Edmond Rostand ont été respectivement vendues à 780 euros (23 mai 2002, étude Piasa) et 150 euros (26 septembre 2003, étude Rossini).

Erotisme
Les dernières ventes montrent des prix variés pour des écrivains de même époque. Des lettres de Gustave Flaubert ont été acquises de 500 à 7.000 euros (27 mai 2003, Beaussant-Lefèvre), un courrier de Victor Hugo est parti à 1.200 euros (3 décembre 2002, Piasa) et un autre d'Emile Zola à 650 euros (11 décembre 2002, Piasa). Une lettre de George Sand a été cédée à 400 euros tandis qu'un échange entre elle et Gustave Flaubert s'est envolé à 7.500 euros (27 mai 2003, Beaussant-Lefèvre).
En outre, la rareté de certains écrits enflamme les prix. Les lettres de Pierre Corneille, Molière, Marivaux ou Rimbaud, entre autres, sont recherchées et convoitées, comme l'affirme Alain Nicolas, qui a établi une liste d'écrivains rares. Ainsi, une lettre de Rimbaud adressée à sa mère a été emportée pour 48.784 euros le 15 janvier 2001 (Piasa).
Mais la pièce la plus appréciée semble avoir été une lettre érotique de Guillaume Apollinaire, adjugée à 60.979 euros (26 mai 1999, Beaussant-Lefèvre). L'érotisme attire donc et accorde de la valeur supplémentaire, surtout si un ou plusieurs dessins illustrent le courrier sulfureux en question.

Tempérament inattendu
Six lettres autographes de Louis-Ferdinand Céline envoyées à Lucienne Delforge seront mises en vente le 14 novembre par l'étude Beaussant-Lefèvre. L'estimation de chaque pièce, de longueur diverse, varie de 800 à 6.000 euros. La fourchette de prix des pièces déjà vendues par lots ou à l'unité se situe entre 400 et 4.000 euros. Les lettres proposées ici s'éloignent de la vision pessimiste de l'écrivain, manifeste dans ses romans. Au lieu de mort, il parle de ses sentiments à la pianiste aimée. Belles, délicates, ces lettres d'amour sont aussi très rares.
D'une manière générale, à travers ces mots tracés sur le papier le lecteur cerne le caractère d'un défunt, et peut interpréter les signes par une étude graphologique afin de découvrir un tempérament inattendu. En somme, clé magique d'un monde secret, la simple lettre rend possible tout voyage dans le passé.




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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