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BULLETIN FLAUBERT n°70 / 15 juin  2005


VENTES

(< Jean-Benoît Guinot)

20 juin 2005. Piasa Paris, Drouot-Richelieu

http://www.auction.fr

175. L.A.S., Jeudi 3 h. [24 janvier 1858, à Louis Bouilhet]; 1 page et demie in-8 (petite déchirure réparée affectant un mot).
«Je n'admets aucune observation sur le Desprez c'est idiot. Ne change pas un mot, pas une virgule. J'ai été Hindigné quand tu m'as écrit cela». Henri Monnier lui a écrit, le directeur de la Porte Saint-Martin [Marc Fournier] est venu le trouver, etc., et il aurait bien besoin de son ami, qu'il attend avec impatience. Il l'assure que sa réclame sera glissée dans le feuilleton de Théophile Gautier: «C'est la seule façon de la mettre dans le Moniteur. Je vais tâcher qu'elle soit aussi dans L'Entracte»…
Puis il évoque son travail sur Salammbô: «Carthage va déplorablement. Je me casse la tête pour trouver des détails & n'en trouve pas. Que devenir? je deviens triste comme un tombeau. Quelle sacrée idée j'ai eu là!»…
600/800 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.II, p.796. Extraits de ce catalogue plus «complets» que la publication Pléiade.]

176. L.A.S., [Croisset fin décembre 1860], à l'actrice et courtisane Jeanne de Tourbey, future comtesse de Loynes; 3 pages in-8.
Charmante et galante lettre de vœux.
«Que devenez-vous par cette température belle voisine? il m'ennuie de vous démesurément! écrivez-moi»… Il ne sait quoi lui souhaiter: «un cœur qui vous aime? Mais voilà trois ans que le mien gît, à vos pieds, comme un toutou et vous ne le prenez pas! - des amis? vous en avez! de la beauté? ce serait une injure»… Il lui souhaite «une queue - entendons-nous - une queue de monde qui tous les soirs aille depuis la Madeleine jusqu'à la Porte St Martin, sans compter les rues adjacentes. Afin que vous puissiez avoir des équipages à trente chevaux, des divans en plumes de colibris et que vous commandiez pour Fournier [directeur du théâtre de la Porte Saint-Martin] une paire de bottes à clous de diamants. Je souhaite encore que les fleurs de votre boudoir soient toujours épanouies, que vous ayez du soleil quand vous voudrez sortir - et qu'il souffle un petit vent frais à l'heure de vos migraines et mieux que tout cela: le contentement du cœur - le rire aux lèvres, un rayon intérieur sans brume. Après cet épanchement en style Claudin je n'ai plus rien à vous dire si ce n'est qu'il ne fait pas chaud dans ma solitude. La Seine prend des airs de Borysthène tout à fait désobligeants. - Au reste, je suis à Carthage, et j'ai tant de rideaux fermés entre le monde & moi que je ne vois guères les choses présentes mais je rêve aux Absentes, c'est-à-dire à vous, adorable créature que vous êtes»… Le temps lui donne envie de fredonner ces vers de Béranger, «notre grand poète national» (il remplace Rose par Jane):
«Jane tes mains sont de glace
Sur mes genoux prends ta place!
Chauffons nous! chauffons nous bien!», etc.
Il termine galamment: «Je vous les baise vos belles mains! - & les pieds aussi & tout ce que vous voudrez avec»…
1.500/1.800 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.III, p.130. Quelques mots supplémentaires par rapport à la publication Pléiade; fac-similé partiel dans le catalogue.]

177. L.A.S., [Paris, à l'actrice et courtisane Jeanne de Tourbey, future comtesse de Loynes]; 1 page in-8.
 «Chère belle voisine Il m'ennuie de vous démesurément. Serez-vous visible tantôt de 4 h à 6? Si le Fournier [directeur du théâtre de la Porte Saint-Martin] est en ce moment chez vous, veuillez lui rappeler que la cotelette du Desert l'attend tout à l'heure»…
300/400 euros.
[Inédite.]

178. L.A.S., Croisset Dimanche, [à l'actrice et courtisane Jeanne de Tourbey, future comtesse de Loynes]; 1 page in-8.
 «Quelle gentille lettre j'ai reçue, l'autre jour à Dieppe, chère & belle amie. Elle était comme vous. C'est tout dire. Vous faites bien de ne pas venir “au bord des flots” - puisque 1° il fait froid et que 2° je n'y suis plus. Donnez-moi des nouvelles de votre chère personne - que j'aime vous le savez - de toutes les façons […] Je vous baise les pieds, les mains & tout ce que vous voudrez»…
500/600 euros.
[Inédite. Cette lettre pourrait dater du [19 août 1866]: dans une lettre à la princesse Mathilde du 16 août [1866] (Bibl. de la Pléiade, t. III, p. 515), Flaubert annonce rentrer à Croisset un dimanche, et il mentionne la pluie qui tombe à Dieppe. Il y est resté une semaine, soit plus longtemps que lors de ses autres séjours, ce qui expliquerait qu'il y ait fait suivre son courrier. ]

179. Gustave Flaubert. Salammbô (Paris, Michel Lévy frères, 1863); vol. in-8 de [2 ff.]-474-[1] p., reliure demi-maroquin rouge à coins, filets dorés, dos à 5 nerfs orné de filets dorés, tranches dorées, couvertures jaunes conservées (Canape).Edition originale. Légère tache sur la première couverture.
On a joint une L.A.S. de Flaubert, Lundi soir [10 novembre 1863, à l'imprimeur Jules Claye]; 1 page in-8. «Si le tirage de la feuille 11 n'est pas trop avancé, y a t-il moyen p. 171 de retrancher un S “ils avaient l'air fatigués par de” c'est fatigué, fatigué se rapportant à l'air. Les épreuves ne portaient pas d'S, ce qui était bien». Il demande également d'intercaler une barre «entre Carthaginois & nouveaux Les Carthaginois-nouveaux. C'est un seul mot, il se trouve plusieurs fois»… [Ces erreurs, dans le chapitre vii, n'ont jamais été corrigées.]
Ex libris de Georges Canape.
1.000/1.200 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t. III, p. 260, à la date – correcte – du [10 novembre 1862].]

180. L.A.S., Croisset vendredi midi [19 août 1870, à Claudius Popelin]; 1 page et demie in-8 (traces de plis et de collage).
Guerre de 1870. Il demande des nouvelles. «La certitude où l'on est à Rouen que Paris ne bouge pas a redonné de la confiance». Ses parents de Champagne lui ont envoyé une lettre épouvantée: «Ils se disposent à déménager comme en 1815. - Mais nous n'en sommes pas encore là Dieu merci. […] La bêtise, l'inertie des autorités Rouennaises ne laisse rien à désirer. Par l'initiative de mon frère & de Raoul-Duval la ville va envoyer au ministère de la guerre un bataillon de 500 hommes qu'elle entretiendra à ses frais. L'ouvrier est comme l'Autorité il dort. ô abrutissement! Quel leçon, mon bon!»…
500/600 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p. 244.]

181. L.A.S., [Croisset] Mardi [16 avril 1872, à Jeanne de Tourbey, comtesse de Loynes]; 1 page in-8, deuil.
Il remercie son amie de sa lettre: «Vous êtes aussi bonne que jolie & intelligente! - je le sais depuis longtemps, & c'est pour tout cela que je vous aime». Il ne recommence à dormir que depuis hier: «je m'en tirerai, mais c'est rude!». Il la prie de remercier et saluer pour lui Ernest Daudet, et espère la voir dans le courant du mois de mai: «pensez à votre vieux fidèle […] qui est bien triste, et qui vous chérit».
500/600 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p. 513.]

182. L.A.S., [Croisset] jeudi [22 mai 1873, à Philippe Leparfait (le fils adoptif de Louis Bouilhet)]; 1 page in-8 (petit manque marg.).
Il lui propose de venir à Croisset dimanche plutôt pour dîner que pour déjeuner: «J'aurai Georges Pouchet». Il travaille avec acharnement à la pièce de Louis Bouilhet: «Je travaille Le Sexe faible, comme 36 mille nègres. Ma journée d'hier a été de 14 heures. J'espère avoir fini le Ier acte dans une quinzaine». Il lui demande «à quelle heure ta binette soleillante apparaîtra sur nos bords (à cause de mon larbin)».
400/500 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p. 665.]

183. L.A.S., [Croisset] Samedi matin [6 juin 1874], à son ami Edmond Laporte; 1 page in-8.
A propos d'un voyage en Basse-Normandie pour la documentation de Bouvard et Pécuchet: «Je n'ai rien changé de mes projets… Donc en revenant de la Capitale, venez déjeuner ou dîner chez moi, à votre choix, afin que nous réglions notre itinéraire. Nous pouvons partir le 18 ou le 18 soit le mercredi, & être revenus ici le samedi «?…
400/500 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p. 807.]

184. L.A.S., Dieppe Neuville mardi 28 [juillet 1874], à Philippe Leparfait (le fils adoptif de Louis Bouilhet); 1 page et demie in-8, plus 3 lignes au verso (froissée et un peu salie).
[A sa mort, le poète Louis Bouilhet laissait une comédie à l'état de scénario, Le Sexe faible. Flaubert entreprend de mettre en forme cette pièce, travail qu'il achève fin 1873.] Il lui annonce que Le Sexe faible est reçu «avec enthousiasme» au théâtre de Cluny, dont le directeur Winschenck croit «à un grand succès d'argent». Le rôle de Paul sera joué par un jeune premier du Gymnase, et celui de Victoire par «une très belle cocotte ayant beaucoup de dentelles & de diamants, Melle Alice Regnault [la future épouse d'Octave Mirbeau]». Les répétitions devraient commencer en octobre, mais «si la pièce de Zola [Les Héritiers Rabourdin] a du succès nous passerons beaucoup plus tard - ce que je souhaite. Ce serait drôle si le Sexe faible réussissait en dépit de tout & de tous y compris Mr ton père»… Il l'invite à dîner à Croisset lundi et signe «ton vieux Gve Flaubert qui ne lâche pas le morceau - j'ose le dire»…
500/600 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p. 841.]

185. L.A.S., mercredi [13 juin 1877], à Alphonse Daudet; 1 page in-8.
Jolie lettre après l'article consacré par Julia Daudet, sous le pseudonyme de Karl Steen, aux Trois Contes dans le Journal officiel du 12 juin 1877.
«Voulez-vous me déposer aux pieds de Me Daudet, & dire de ma part à Karl Steen que c'est le plus lyriquement aimable des critiques (je n'ose pas ajouter intelligent - mais je le pense). De petits articles comme celui-là consolent de bien des choses. Je baise, avec reconnaissance & plaisir, la main qui écrit en mon honneur des lignes pareilles. & vous aussi, sur les deux joues, & le splendide môme [Léon], mêmement»…
600/700 euros.
[A paraître dans la Corr., Bibl. de la Pléiade, t.V.]

186. L.A.S., [Paris] mercredi soir [30 janvier? 1878, à Philippe Leparfait, fils adoptif de Louis Bouilhet]; 1 page in-8.
Au sujet de l'œuvre son ami Louis Bouilhet… «Je sais que Lemerre veut faire une édition des poésies de Bouilhet (mais il faudra s'entendre avec Lévy, pour Melaenis, etc!). Bardoux veut faire reprendre Mme de Montarcy à l'Odéon. - J'ai insisté pour Faustine aux Français. J'ai trouvé notre ministre exquis. Je suis réconcilié avec d'Osmoy»...
300/400 euros.
[A paraître dans la Corr., Bibl. de la Pléiade, t.V.]

187. [Gustave Flaubert]. Elisa Schlesinger. L.A.S., Bade 14 mai 1855
[Gustave Flaubert]. Elisa Schlesinger. L.A.S., Bade 14 mai 1855, à Jules Janin; 3 pages in-8.
Charmante lettre du premier amour de Flaubert, qui lui inspira le personnage de Madame Arnoux dans L'Education sentimentale.
Elle écrit à Jules Janin pour lui demander un exemplaire de son livre La Normandie: «Cette fois, il n'y aura plus moyen de reculer; je vous somme de tenir votre promesse hélas déjà bien ancienne d'envoyer à une pauvre normande exilée sa chère Normandie. […] Comment auriez vous cette fois la barbarie d'un refus […]; je suis loin, je rêve de ma chère France et de ma Normandie en particulier le jour et la nuit, je me conçume en regrets et vous ne voudriez pas, vous mon cher ami d'autrefois, me donner la joie, le bonheur de passer quelques heures dans mon bienaimé pays? […] je ne veux pas l'acheter ce livre, je le veux venant de vous, donné par vous»… Elle aura une pensée pour lui à chaque ligne, lorsqu'elle le lira dans son petit jardin «planté de fleurs de France où je passe le quart de ma vie sous un [sic] tente française»… Elle lui donne ensuite des nouvelles de son fils, qui est le filleul de Janin…
300/400 euros.

Vente Ebay

Madame Bovary, édition originale, en vente sur eBay jusqu'au 18 juin

http://cgi.ebay.fr/ws/eBayISAPI.dll?ViewItem&item=6964153831
[Enchères à 1210 euros, avec prix de réserve supérieur.]

VIENT DE PARAITRE

Ouvrages

(< Noëlle Benhamou)
Soshana-Rose Marzel, L'Esprit du chiffon. Le vêtement dans le roman français du XIXe siècle, Peter Lang, 2005. 64,30 euros.

http://www.decitre.fr/service/search/fiche_detail.aspx?ean=9783039106134
Résumé
La mode est aujourd'hui considérée comme un domaine exclusivement féminin. Pourtant il n'en a pas toujours été de même. Après des siècles de mode partagée, le XIXe siècle voit ce moment de bascule qui écarte les hommes de son champ et le réserve aux femmes. Au même moment, la garde-robe exprime également le passage de l'ancien régime à la société bourgeoise et capitaliste, et devient l'emblème par excellence de la société de consommation. La littérature dix-neuvièmiste est un miroir particulièrement fidèle des péripéties diverses de cette histoire. Dans cet ouvrage, l'auteur examine le thème de la mode dans quelques romans-clefs des romanciers réalistes et naturalistes - Balzac, Flaubert et Zola - qui ont fait de la mode et du vêtement une partie intégrale de leurs œuvres. Cette analyse expose les deux directions principales de cette intégration: la fonction littéraire des vêtements, et d'autre part, le pouvoir de la mode à exposer les grands mouvements de pensée du XIXe siècle.


(< Jean-Benoît Guinot)
Louise Colet, Les Pays lumineux, éd. de Muriel Augry, Cosmopole, 2005. 18 euros.

http://www.decitre.fr/service/search/fiche_detail.aspx?ean=9782846300223
Résumé
Romancière, journaliste et poétesse reconnue, muse et maîtresse de Delacroix, Musset ou Vigny, Louise Colet fut au XIXe siècle une figure du monde des lettres françaises. La grande passion de cette érudite fut Flaubert, de onze ans son cadet, l'écrivain d'abord flatté par cet amour sans réserve, ne tarde pas à étouffer sous ce joug oppressif. Jaloux de son indépendance, il accepte en 1849 le voyage en Orient que lui propose Maxime du Camp. Vingt ans plus tard, Louise Colet se rend à son tour en Egypte, elle doit assister à l'inauguration du canal de Suez pour le journal le Siècle. Boudée par ses collègues qui fuient la muse vieillissante, Louise Colet décide de partir seule vers la Haute-Egypte sur les traces de son ancien amant. Outre l'évocation de la tumultueuse relation de Louise Colet et Flaubert, Les Pays lumineux est un témoignage vivant et poétique sur l'Egypte du XIXe écrit par une femme sensible à la beauté et à la sensualité des terres d'Orient.




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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