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BULLETIN FLAUBERT n° 76 / 12 décembre 2005


VENTE

(< Eric Walbecq)

Vendredi 16 décembre 2005, Paris

3e vente Pierre Berès, Drouot Richelieu
http://www.pba-auctions.com/images/catalogues/ventes_2005/pdf_2005/161205c_pba.pdf

369. Madame Bovary, Michel Lévy, 1857. Exemplaire de Lamartine sur papier vélin fort. Envoi: «à Mr de Lamartine/ offert par l’auteur/ son tout dévoué/Gve Flaubert».
30.000/ 50.000 euros.

370. Salammbô, Michel Lévy, 1863. Exemplaire de Jules Barbey d’Aurevilly, annoté et souligné (30 annotations et 70 passages, mots ou tournures de phrases soulignés). [Fac-similé d’un passage souligné et annoté. Devant cette phrase de Flaubert: «On en voyait avec des parasols à la main, avec des perroquets sur l’épaule», Barbey a écrit: «Robinson». L’article de Barbey sur Salammbô a été publié dans Le Constitutionnel le 19 novembre 1869.]
3.000/5.000 euros.
L’Education sentimentale, Lévy, 1870.
2.000/3.000 euros.

375. Trois contes, Charpentier, 1877. Un des 12 exemplaires de tête sur chine (exemplaire n°3). Joint un billet inédit, sans date ni destinataire.
12.000/16.000 euros.

378. Un coeur simple, 1887, exemplaire unique sur Japon.
10.000/15.000 euros.

VIENT DE PARAITRE

Articles

Matthieu Desportes, «Qui va à la chasse? Sur le saint Julien l’Hospitalier de Flaubert», Romantisme, n°129, 2005, «L’imaginaire de la chasse dans le second XIXe siècle», p.31-40.
Flaubert ne trouve pas trace des scènes de chasse dans le vitrail, mais dans La Légende dorée de Voragine. Prédications et chasse sont dès l’origine intimement liées: ce n’est pas la chasse qui mène au parricide; au contraire, «Julien est chasseur parce qu’il est parricide» (p.34). «"Mère-cigogne" et "Père-renard": parce que c’est par des correspondances animales que les parents se distinguent, directement ou par un réseau de signifiants, c’est en tant qu’animaux qu’ils se signalent comme proies au chasseur, et c’est comme tels qu’ils manquent d’être tués, puis le sont finalement» (p.37).

Corinne Iehl, «Le texte en son lieu: La Galerie Bovary», Sociologie de l'art, OPuS 7, L’Harmattan, 2005, «Littérature, Fiction/Réel», p.39-62.
http://sociologieart.free.fr/
Résumé: Il arrive que la littérature semble copier le réel. Mais il arrive aussi que les lieux ou les personnages de la fiction se redéploient dans la réalité locale. Il s’agit d’observer et de comprendre comment réel et fiction s’engendrent mutuellement, fabriquent un patrimoine culturel multiforme en inventant «le lieu» de la légende littéraire. De la saisie de l’événement par un lecteur ordinaire, aux comices miniatures de la galerie d’automates à Ry, aujourd’hui en Normandie, nous suivrons ce trajet du roman au mythe contemporain et le fil d’une mise en abyme de l’oeuvre d’art au chef-d’oeuvre d’artisan.

(< Noëlle Benhamou)
Pier Luigi Pinelli, «Une femme "savante" sous la loupe de Flaubert: Louise Révoil», dans Les Femmes illustres. Hommage à Rosa Galli Pellegrini, Publif@rum, n°2, revue en ligne de l’Equipe F@rum, Université de Gênes.

LECTURE

(< Joëlle Robert)
Madame Bovary ou les vertus de la pornographie
par Marcela Iacub


Libération, mardi 29 novembre 2005
http://www.liberation.fr/page.php?Article=341075

Parmi les multiples causes qu'on invoque pour s'expliquer ce mystérieux phénomène de climatologie sociale qu'on appelle «émeutes des banlieues», personne n'a avancé le fait que ces «sauvageons» passeraient trop de temps à regarder des films pornographiques.[…]
Le plus bel exemple de la logique de ces lois antipornographiques qui prononcent des interdictions pour d'autres raisons que celles qu'elles invoquent, fut le procès de Gustave Flaubert. L'intrigue de Madame Bovary semble construite à partir des justifications qu'on donnait au XIXe siècle pour interdire les outrages aux moeurs. On disait alors que c'étaient les femmes faibles (et non les jeunes garçons) qui étaient censées succomber aux récits pernicieux et ne pas tenir leur rôle de gardiennes de la morale familiale. Flaubert a mis en scène les justifications que l'on donnait à l'existence de ces lois. Emma Bovary lit des romans sans arrêt et veut vivre sa vie conformément à la littérature romantique qu'elle dévore. C'est ainsi qu'elle se met en quête de l'amour-passion, et tombe à deux reprises dans les filets de l'adultère. Elle paie très cher les frais de cette vie imaginaire et se suicide. Mais une femme mariée qui succombe au vice romanesque entraîne mort et destruction pour l'ensemble de sa famille. Son mari meurt quelque temps après, et sa fille devient une pauvre orpheline sans avenir.
Quelle meilleure illustration de ce que les censeurs donnaient comme justification à la loi? Et pourtant, Flaubert fut accusé d'outrage aux moeurs. A travers les aventures mimétiques d'Emma Bovary, c'était toute la littérature consommée par ce personnage qui pouvait continuer à agir sur les lectrices. Emma n'était pas un filtre, un «mauvais exemple», mais le seul fait de raconter son adultère le rendait pensable, imaginable, même s'il devait apparaître comme haïssable et dangereux à la réflexion, car Flaubert était assez bon écrivain pour en rendre les délices sur le coup. Flaubert dit ainsi aux censeurs : «Eh bien quoi ? N'est-ce pas là la justification de vos lois ? Ai-je fait autre chose que la mettre en scène, et de manière édifiante ?»
Mais non, mon bon Gustave: la justification de la loi n'est pas sa raison d'exister. Comme il est difficile de justifier les restrictions à la liberté de conscience, il faut toujours inventer des liens de causalité avec les actions délétères qu'elles sont censées produire, et non pas pour le seul fait qu'elles permettent de penser, de désirer, de haïr ou d'imaginer. C'est pour cela que les scènes dites pornographiques sont jugées hors de tout contexte, y compris lorsqu'elles sont intégrées dans un récit édifiant. Leur contexte n'apparaît que comme «prétexte», même lorsqu'elles intègrent des oeuvres d'art majeures. […]




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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