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BULLETIN FLAUBERT n°  77 /  16 janvier 2006



VOEUX 1861
«Et puisque nous sommes dans le mois des compliments et des souhaits, je vous souhaite: quoi? Que peut-on vous souhaiter? Un coeur qui vous aime? Mais voilà trois ans que le mien gît, à vos pieds, comme un toutou et vous ne le prenez pas! – des amis? vous en avez! de la beauté? ce serait une injure. Quoi donc?
Je vous souhaite une queue – une queue de monde qui tous les soirs aille depuis la Madeleine jusqu’à la Porte-Saint-Martin, sans compter les rues adjacentes.
Afin que vous puissiez avoir des équipages à trente chevaux, des divans en plumes de colibris et que vous commandiez pour Fournier une paire de bottes à clous de diamants.
Je souhaite encore que les fleurs de votre boudoir soient toujours épanouies et que vous ayez du soleil quand vous voudrez sortir – et qu’il souffle un petit vent frais à l’heure de vos migraines et mieux que tout cela: le contentement du coeur – le rire aux lèvres, un rayon intérieur sans brume.»
(Lettre à Jeanne de Tourbey de fin décembre 1860?, inédite pour cette partie, à paraître dans le Supplément du t.V de la Correspondance, Bibl. de la Pléiade.)

1856-2006

La Délégation aux célébrations nationales a choisi de commencer à célébrer le cent-cinquantenaire de Madame Bovary en 2006, en prenant pour référence la prépublication dans la Revue de Paris. L’année 2007 est également retenue au calendrier prévisionnel du Ministère de la Culture, pour le procès et la publication chez Lévy.

Texte de présentation dans la brochure des Célébrations nationales 2006:
http://flaubert.univ-rouen.fr/nouveautes/mb_150ans.php

VENTES

Catalogue Thierry Bodin, Les Autographes, n°116, Noël 2005

http://www.lesautographes.com

116. Flaubert à Louise Colet, [Croisset] Dimanche [13 décembre 1846]. 4 pages in-8.
7.000 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.I, p.417-419.]

Catalogue Demarest, décembre 2005

autographes.demarest@club-internet.fr

151. Flaubert à Alice Pasca, lundi matin [fin août ou septembre 1868].
1.300 euros.
[En fait, la lettre date de 1875: Jean Bruneau la place au [5? avril]. Corr., Bibl. de la Pléiade, t.IV, p.918.]
(< Eric Walbecq)

Catalogue de la Librairie de l’Abbaye, n°324, [décembre 2005].

Abbaye-PINAULT@wanadoo.fr

46. Faubert à Tourgueneff, 3 juillet [1875].
2.150 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.IV, p.929.]

Catalogue Alain Nicolas, Les Neuf Muses, [décembre 2005]

muses@noos.fr

31. Madame Bovary, Michel Lévy, 1857
1.500 euros.

32. La Tentation de saint Antoine, Charpentier, 1874, un des 75 exemplaires sur hollande
700 euros.

Site de Roy Davids

www.roydavids.com
Cliquer sur «Literature» (à gauche), puis dans la notice sur FLAUBERT.

Autograph Manuscript by Flaubert of a poem entitled 'Les Lotophages' by his friend Alfred Le Poittevin, comprising fifteen four-line stanzas and six six-line stanzas and beginning 'Le vieil Eole enfin est rentré dans sa grotte / et les flots doucement expirent sur la côte...', 3 pages, folio, stamped at the foot of the first page 'Vente Flaubert’, no date. […]This manuscript, stamped VENTE FLAUBERT, was lot 9 in the sale held on 28-30 April 1931 after the death of Flaubert's niece, Caroline Franklin-Grout. The poem was published in Alfred Le Poittevin, 'Une Promenade de Belial et oeuvres inedites‘, 1924. It has subsequently been thought to be by Flaubert himself (G.M. Reeves, 'Gustave Flaubert, 'Poesies de jeunesse inedites', 1968. Flaubert is known to have copied other poems by Le Poittevin, but none are known to have come on the market.
£1,850
(< Marlo Johnston)

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Flaubert cite Hugo

Claude Cambe, d’Aix-en-Provence, a identifié deux citations de Hugo, l’une dans la correspondance, l’autre dans le voyage Pyrénées-Corse. Il a envoyé ces deux messages à notre Centre, avant de faire paraître le second dans Libération du 13 janvier 2006.

1. On se souvient peut-être de la question 36 (section «Club» du site), ainsi formulée:
«Les flaubertiens demandent d'où vient le vers, plusieurs fois cité par Flaubert ou par tel de ses correspondants [, et attribué à Hugo]: «Et maintenant, Seigneur, expliquons-nous tous deux». L'appel est lancé. J.-M. Hovasse suggère perfidement qu'il ne s'agit pas de Dieu, ni de Hugo, et que le vers est de Racine.» (Compte rendu du Groupe Hugo, séance du 16 octobre 2004.)
En fait, il s'agit bien d’un vers de Victor Hugo: il se trouve dans «Les deux côtés de l'horizon», poème XXXIII de Toute la Lyre (publié pour la première fois en 1842 dans la Revue des Deux Mondes).

2. C'est un (tout petit) mystère sur Flaubert enfin éclairci (sans mérite aucun). C'est aussi l'histoire de la puissance d'Internet et de l'intérêt de Google.
Les Œuvres de jeunesse, éditées par Guy Sagnes et Claudine Gothot-Mersch dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2001, comprennent le récit de voyage Pyrénées-Corse.
Le jeune bachelier, âgé de 18 ans, prend des notes sur tout ce qu'il voit et tout ce qu'il ressent pendant son voyage. A Bagnères-de-Luchon, le 15 septembre 1840, il profite d'un jour de pluie pour écrire. S'interrogeant sur l'utilité de coucher sur le papier ses descriptions et ses impressions, il remarque: «[…] Et puis, à quoi bon tout dire? n'est-il pas doux au contraire de conserver dans le recoin du coeur des choses inconnues, des souvenirs que nul autre ne peut s'imaginer et que vous évoquez les jours sombres comme aujourd'hui, dont la réapparition vous illumine de joie et vous charmera comme dans un rêve? Quand je décrirais aujourd'hui la vallée de Campan et Bagnères-de-Bigorre, quand j'aurais parlé de la culture, des exploitations, des chemins et des voitures, des grottes et des cascades, des ânes et des femmes, après? après? est-ce que j'aurai satisfait un désir, exprimé une idée, écrit un mot de vrai? je me serai ennuyé et ce sera tout. Je suis toujours sur le point de dire avec le poète:
A quoi bon toutes ces peines,
Secouez le gland des chênes,
Buvez de l'eau des fontaines,
Aimez et rendormez-vous.» (p.670)

Ces quatre vers ont intrigué les différents commentateurs. Le lecteur est renvoyé à la notice où il est précisé: «Pas plus que les éditeurs successifs de la Correspondance nous n'avons retrouvé l'auteur de ces vers, qui figurent aussi dans une lettre du 15 mars 1842.» (p.1450).
Grâce à Google, il m'a fallu en fait trois secondes pour retrouver le nom de ce poète: Victor Hugo himself dans le poème «Soirée en mer» des Voix intérieures.
Gustave citant visiblement de mémoire, voici le quintil original:
«A quoi bon toutes ces peines?
Pourquoi tant de soins jaloux?
Buvez l'onde des fontaines,
Secouez le gland des chênes,
Aimez, et rendormez- vous!»

Deux remarques:
C'est d'abord une confirmation que, pour le jeune Flaubert, mais tous les habitués de la Correspondance le savaient déjà, Hugo était véritablement une idole, au point de pouvoir citer de mémoire des vers extraits des Voix intérieures (publié en 1837). Dans une lettre à Ernest Chevalier du 24 juin 1837 (coïncidence: c'est exactement la date où Hugo signe la préface des Voix intérieures), il se déclare prêt à donner toute la science pour deux vers de Lamartine ou de Victor Hugo. Plus d'un an plus tard (13 septembre 1838), il compare le génie d'Hugo à celui de Racine ou de Calderon.
La deuxième remarque est plus prosaïque: qu'un modeste amateur comme moi puisse en quelques secondes dénicher une information que d'illustres commentateurs n'ont pas pu trouver m'apparaît comme une chose assez effrayante et en même temps assez réjouissante.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=351013




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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