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BULLETIN FLAUBERT n°  85 /  18 septembre 2006



Alan Raitt
Nous avons appris par Catriona Seth le décès d’Alan Raitt, survenu le 2 septembre dernier alors qu’il séjournait au Portugal. À l’annonce de cette nouvelle, Julian Barnes a fait parvenir au Bulletin Flaubert le texte suivant:

Lors d’une réception à l’occasion de la sortie d’un volume de Mélanges qui lui a été présenté en 1998 (The Process of Art, Clarendon Press), Alan Raitt remercia tous les contributeurs et observa, mi-figue, mi-raisin, «Je sais maintenant quel effet cela me fera de lire ma nécrologie!» C’était une remarque typique, à la fois amicale mais déroutante et pleine de vérité. Il s’agissait peut-être même d’une allusion oblique au commentaire de Flaubert lors de l’un des dîners Polycarpe lorsque la couronne de lauriers placée sur sa tête glissa autour de son cou: «Je me fais l’effet d’un tombeau.» Maintenant qu’Alan est mort, il reste à ses amis et collègues à lire (et à écrire) ses notices nécrologiques. Il a beaucoup publié sur la littérature française du XIXe siècle, y compris d’importantes biographies critiques de Mérimée et de Villiers de L’Isle-Adam mais, toujours, comme s’il reprenait le chemin de la maison, il revenait à Flaubert. Au cours de ses dernières années il écrivit de plus en plus sur le Maître – Flaubert et le théâtre, Flaubert et la mentalité bourgeoise – et, au moment de mourir, il travaillait à un livre sur L’Éducation sentimentale. Dans ses lettres, il se plaignait souvent modestement à propos de ce qu’il écrivait ou venait d’écrire: «En relisant mon texte, je le trouve toujours de moins en moins intéressant» m’écrivit-il à propos de Flaubert and the Theatre avant d’ajouter, allègrement: «Mais j’ai un livre encore plus ennuyeux qui sort ces jours-ci chez Rodopi à Amsterdam…» Bien entendu, le texte même ne révèle que la fraîcheur caractéristique des approches et des aperçus d’Alan, du genre de ce que Flaubert fait toujours sourdre chez ceux qui ne se fatiguent pas de la littérature.
D’autres auront, le temps venu, et à l’aune universitaire, à évaluer l’énorme contribution d’Alan aux études flaubertiennes et à l’appréciation générale, en Grande-Bretagne et ailleurs, de la pensée et de la littérature françaises. Elle lui valut fort justement le Grand Prix du rayonnement de la langue française de l’Académie française et il se vit décerner le titre de commandeur des Palmes Académiques. Ceux qui l’ont connu, pour l’instant en tout cas, préféreront se souvenir de l’homme discret et bienveillant dont le soutien profita à des générations d’étudiants de français à Oxford et ailleurs. Pendant deux ans, au milieu des années soixante, il fut mon professeur à Magdalen College, Oxford. Quinze ans après mon départ, je lui demandai si je pouvais lui soumettre l’ébauche d’un roman auquel je travaillais. Il accepta et, avec le tapuscrit du Perroquet de Flaubert sous le bras, j’empruntai à nouveau l’escalier que j’avais si souvent pris et avec le même sentiment de trépidation et de manque de préparation que lorsque j’étais étudiant. La pièce n’avait pas du tout changé – même la cheminée électrique était restée comme dans mon souvenir. Il en allait de même d’Alan: le visage souriant sous ses sourcils touffus, la manière réservée mais directe, la réponse encourageante mais exacte à ce qui lui était soumis. Sa réponse à cette demande inattendue et tardive d’un cours particulier supplémentaire fut aussi généreuse, franche et utile que possible. Il lut le livre d’aussi près que s’il s’était agi d’une thèse. Six pages de notes serrées arrivèrent peu après, remplies de suggestions sur des pistes à poursuivre ou des gens à contacter. J’ai alors senti que, peut-être, j’avais réussi une épreuve universitaire mal déterminée autrement, et mieux, que lorsque j’étais étudiant. Depuis lors, j’ai souvent écrit sur Flaubert et j’ai imaginé, à maintes reprises, l’expression qu’il aurait – sourcils froncés d’un côté, sourire de l’autre – en me lisant. Pas plus tard qu’hier, je me demandais égoïstement ce qu’il penserait d’un texte que j’ai rédigé pour le 150e anniversaire de Madame Bovary: le jugerait-il trop effronté? y relèverait-il des erreurs? y verrait-il un attentat de lèse-Flaubert? C’est alors qu’est tombée la triste nouvelle de sa mort. Nous qui comptions sur ses connaissances encyclopédiques et sa réponse rapide à la moindre requête, nous allons maintenant devoir continuer, amoindris, sans lui.
Julian Barnes.

(Traduit par Catriona Seth.)
Texte original: http://flaubert.univ-rouen.fr/nouveautes/raitt.php

AGENDA

(< Martine Mesureur-Ceyrat)

Programme du séminaire de l’Équipe Flaubert, ITEM-CNRS
http://www.item.ens.fr/contenus/equiprojet/EQPaccueil.htm
(suivre: Flaubert > Séminaire)

VIENT DE PARAÎTRE

Articles

Aurélie Barjonnet, «Bibliographie de la critique allemande sur Flaubert, 1858-1984», 2006, [en ligne]
http://flaubert.univ-rouen.fr/etranger/all1858-1984.pdf
La suite chronologique de cette bibliographie (1985-2005) paraîtra dans les actes de la section Flaubert du Romanistentag: «Bibliographie de la recherche allemande sur Flaubert (1985-2005)», dans: Jeanne Bem, Uwe Dethloff (dir.), Aurélie Barjonet (collab.), Nouvelles lectures de Flaubert: recherches allemandes, Tübingen, Narr, à paraître en septembre 2006. Cette bibliographie sera précédée par l’article d’Aurélie Barjonet, «Flaubert dans la recherche, la presse et l'édition allemandes (1985-2005)».

Jacques Goetschel, «De Nietzsche à Flaubert: sous couvert d'impersonnalité», 2006, [en ligne].
fichier htm: http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/nietzsche.html
fichier PDF: http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/nietzsche.pdf

Martine Mesureur-Ceyrat, Bulletin bibliographique «Flaubert – Biblio 16».
Parutions de mai 2005 à mai 2006
http://www.item.ens.fr/contenus/equiprojet/EQPaccueil.htm
(rubrique: «Centre de documentation»).

Didier Philippot, «Éducation et ironie dans la première Éducation sentimentale», dans La pensée du paradoxe. Hommage à Michel Crouzet, Fabienne Bercegol et Didier Philippot (dir.), PU de Paris-Sorbonne, 2006, 32 euros.

RECHERCHE

Palmes dans Salammbô

Question d’Adrien Delcour.

Dans le chapitre IV de Salammbô, intitulé «Sous les murs de Carthage», au début du troisième paragraphe, on lit:
«D'abord ils [les Barbares] n'annoncèrent rien d'hostile. Plusieurs s'approchèrent avec des palmes à la main.»
Flaubert semble donc considérer que le fait d'arborer des palmes pouvait être un signe d'intentions pacifiques. Ce détail des palmes n'est pas dans la source principale du récit, Polybe. Quelqu'un peut-il me dire s'il existe des sources antiques d'un tel symbolisme des palmes? Le Dictionnaire des symboles, de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, ne voit dans les palmes qu'un symbole de victoire.

LECTURES

Gérard Genette, Bardadrac, Seuil, 2006
«Bonheur. On prête à Flaubert (entre autres) cette recette en trois points: être bête, égoïste, et en bonne santé. Évidemment, ça aide, mais en vérité le bonheur n’est pas un état, juste un sentiment. De là vient qu’on est toujours, par définition, exactement aussi heureux (ou malheureux) qu’on croit l’être: all sentiment is right» (p.48-49).

«Bovary. Que Flaubert ait dit ou écrit “Madame Bovary c’est moi”, on ne le sait que trop, assez du moins pour mettre cette identification à toutes les sauces. Ce qu’on sait moins, c’est à qui il l’a dit, ou écrit, et pour cause: car ce qu’on ne sait pas du tout, c’est qu’il ne l’a peut-être jamais ni dit ni écrit. Je serais évidemment bien en peine de le prouver, mais j’attends depuis longtemps qu’on me prouve le contraire. Jean d’Ormesson, qui colporte comme tout le monde la phrase apocryphe, la parodie joliment en “Jean d’Ormesson c’est moi”. Je ne sais si Flaubert en aurait dit autant. Il m’arrive de dire “Frédéric c’est moi”, mais, contrairement aux apparences, ça n’a rien à voir avec Flaubert» (p.52).

(< Jean-Benoît Guinot)
Jean Echenoz, «Écrire c'est forcément bruyant»
«Il serait bien prétentieux de dire que la lecture de Flaubert peut permettre d'écrire. C'est idiot mais on peut avoir, au détour de certaines phrases de lui, l'illusion d'une connivence, une connivence imaginaire, voyez-vous, quelque chose comme une filiation rêvée qu'on se construit. Un oncle fou bien-aimé comme il y en a dans toutes les familles. Ce sont des espèces de sourires du texte, des petits sourires engageants, voilà. Pas des poses qui seraient surplombantes ou écrasantes, simplement de petits mouvements d'amour.»
Le Monde 2, 15 juillet 2006, p.10.

(< Catriona Seth)
Nicolas Sarkozy, discours de Marseille, 3 septembre 2006
«L’école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les grandes oeuvres de l’esprit, pour apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte rendu de faits divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter.» (Applaudissements nourris.)
Le Monde, 5 septembre 2006, p.10.

(< Marie-Hélène Desjardins, Jean-Benoît Guinot)
Courrier international, n° 827 - 7 septembre 2006
Article en ligne pour les abonnés:
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=65904
«Rouen n’a pas aimé Flaubert, hélas!
Entre la capitale normande et le grand écrivain, les rapports ont toujours été difficiles. Encore aujourd’hui, la ville lui préfère Jeanne d’Arc. Heureusement qu’il y a Ry… Rouen entretient toujours une relation tendue avec son fils le plus célèbre: Gustave Flaubert. Peut-être que son évocation des ébats entre Emma Bovary et son amant Léon dans un fiacre qui traverse Rouen est toujours considérée comme un scandale impardonnable. Il faut dire qu’aujourd’hui encore la Normandie ressemble à la description venimeuse qu’en a faite Gustave Flaubert: la pluie y tombe à verse et l’herbe y est omniprésente. C’est peu dire que Flaubert entretenait une relation ambivalente avec sa terre natale. Et, bien qu’il ait vécu la majeure partie de sa vie dans la capitale normande, ou plus précisément dans un hameau avoisinant, Croisset, Rouen continue d’entretenir avec lui une relation difficile. […]»
Martin Sommer
De Volkskrant, Amsterdam
http://www.courrierinternational.fr

SUR LA TOILE

Site du Centre Flaubert

Thèse en ligne
Diana Rînciog, Histoire et mentalités dans l'oeuvre de Gustave Flaubert (étude sur la Correspondance), Maison d'édition de l'Université de Ploiesti (Roumanie), 2002.
fichier PDF [985 Ko]: http://flaubert.univ-rouen.fr/theses/rinciog.pdf

Micro-chronologie de l’année 1879
Établie par Yvan Leclerc, revue et corrigée par Jean-Benoît Guinot. Cet outil de travail a été mis au point pour la datation des lettres du tome V de la Correspondance de Flaubert, Bibliothèque de la Pléiade, à paraître.
fichier htm: http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/chr79.htm
fichier PDF: http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/ch79.pdf

Mediterranees.net

(< Jean-Benoît Guinot)
Le site http://www.mediterranees.net/ met en ligne trois oeuvres de Flaubert
dans des éditions illustrées
: Salammbô, La Tentation de saint Antoine (1874) et Hérodias.

Sommaire: http://www.mediterranees.net/romans/index_oeuvres.html
Le principe de navigation est assez déroutant: quand on a sélectionné une édition de l'oeuvre, et que la page de garde s'affiche, il faut aller dans le menu de gauche et cliquer sur «sommaire» (ce n'est pas le sommaire du site ou de la section comme on aurait tendance à le penser, mais celui de l'édition choisie).
ex: http://www.mediterranees.net/romans/salammbo3/index.html




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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