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BULLETIN FLAUBERT n° 88 / 8 novembre 2006


Portrait inédit de Flaubert

À la suite de l’information concernant le portrait inédit de Flaubert (voir le Bulletin n°87), nous avons reçu des réactions de plusieurs lecteurs. Les voici.
Rappel: le portrait inédit a été mis en ligne sur notre site, grâce à l’aimable autorisation de Grégory Leroy, expert chez Artcurial:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/inedit-1846.php

Joëlle Robert
«Est-ce que l'on connaît le portrait que Louise Colet avait offert à Flaubert? Dans l'Album Flaubert de la Pléiade, aucun portrait de Louise Colet ne correspond à celui que l'on devine sur le daguerréotype de 1846. Mais il y en a sans doute d'autres.»

Matthieu Desportes
«Ma première réaction a été de me dire "Bah voyons!"... Et puis quand même, le doute... Pourquoi pas? Ce qui est intéressant, c'est la difficulté à "se représenter" Flaubert autrement que sous les traits du Vieux de Croisset, sans jeunesse possible. Un peu comme si on n’avait d'Hugo que le portrait du patriarche barbu... Amusant de savoir comment on se figure sa figure, comment on a figé Flaubert en nous. Qui plus est, ce serait aussi rafraîchissant d'avoir le portrait d'un Flaubert souriant, ou esquissant un sourire, loin de la pose sérieuse du "gendelettres".»

Geoffrey Wall
«Ravi de cette nouvelle image de Flaubert qui vient d'apparaître. Elle m'a révélé un Flaubert jeune, mince (et littérateur) que je n'avais jamais réussi à imaginer.»

Julian Barnes
«1) GF à 25 ans? Avec ce degré de calvitie? Et une figure si mince? Bien sûr, il est très difficile de l'imaginer tel qu'il était, entre le dessin par Desandré et la première photo (celle de Du Camp dans le jardin de l'Hôtel du Caire, ou celle de Nadar). Mais est-ce que c'est vraiment lui?
2) GF ne fait aucune allusion au fait d'avoir été photographié. Et on sait qu'il détestait la photographie. Et qu'il n'acceptait pas que Du Camp le photographie en Égypte sauf à une distance considérable. N'aurait-il pas fait une référence quelconque s'il s'était soumis à cette nouvelle invention si tôt?
3) Est-ce que l'écriture au dos de la photo est vraiment celle de GF?
4) La gravure représente-t-elle vraiment Louise Colet? (Si c'est le cas, le nombre de suspects est bien réduit.)
5) Quelle est la provenance de la photo? "Découvert il y a 15 ans à Paris". Oui, mais chez qui, et est-ce qu'on peut établir un lien - même lointain, même théorique - entre Colet et celui à qui la photo appartenait en 1990?»

Cécile Revéret, professeur de lettres
«Je me permets de vous donner mon humble avis sur le "portrait controversé" de Flaubert:
1° Il me semble avoir lu que Gustave Flaubert cachait à sa mère sa liaison avec Louise Colet. Il serait donc étonnant qu'il eût accroché au mur le portrait de sa maîtresse. On sait que Madame Flaubert, qui vivait avec son fils à Croisset, avait une forte emprise sur lui. Dans la lettre où il est fait allusion au portrait de Louise, Gustave F. précise que le portrait "est posé sur un coussin". On peut penser qu'il le sortait pour le regarder, certes, mais qu’il se gardait la possibilité de le dissimuler.
2° La photo elle-même.
Elle me semble très suspecte: Gustave Flaubert avait les yeux à fleur de tête. On dirait aujourd'hui, irrespectueusement, qu'il avait les yeux globuleux. Ces yeux globuleux, on les voit aussi bien sur les photographies de Mulnier et de Carjat que sur le superbe dessin qu'on a de lui lorsqu'il avait une vingtaine d'années. Or, l'individu photographié a les yeux enfoncés dans les orbites, avec des arcades sourcilières bien proéminentes.
Par ailleurs, mais ce détail est moins flagrant, la forme elle-même de la tête est différente. Gustave Flaubert serait plutôt brachycéphale alors que l'individu serait dolichocéphale.
Je ne vois quant à moi aucune ressemblance entre les portraits que l'on a de Flaubert et cette photo.»

Emmanuel de Roux a publié au sujet de ce portrait un article dans Le Monde daté du 31 octobre 2006.

Après la publication de l’article du Monde, et la communication anticipée des réactions de nos lecteurs, John Wood a envoyé deux messages à l’expert de la vente Artcurial, Grégory Leroy, qui nous en a fait part en nous autorisant à les reproduire:
“In terms of answering perspective buyers' concerns, especially those that might have been raised by the article, you might look at my 1994 article. As to the objection that Flaubert hated photography and would not have sat for a portrait, I deal with that in the first paragraph. "Flaubert's objections to being photographed by Du Camp, if we are to judge from his letters to his mother, seem to have as much to do with the weight he'd put on.." To Julian Barnes comment about the baldness and the leanness, on p. 352 of the article: he wishes he had met Colet 10 years earlier, describes how he had "looked like a young Greek," and how his hair fell on his shoulders back then. And as for Barnes on his leanness; he was not always the fat man we know from the late pictures. And then there is the Baudouin painting I mention on p. 355 in which he assumes a similar pose.”
”As for what we think was Flaubert's lack of interest in the daguerreotype, here is an interesting passage from Chapter 15 of Madame Bovary:
"At length, Charles, having shut the door behind him, asked him to make inquiries in Rouen concerning the price one would have to pay for a really first-rate daguerreotype. It was a surprise he had in store for his wife. A little bit of sentimentalism, a portrait of himself in dress clothes. But first of all he wanted to know how he stood as regards expense."
[«Enfin Charles, ayant fermé la porte, le pria de voir lui-même à Rouen quels pouvaient être les prix d'un beau daguerréotype; c'était une surprise sentimentale qu'il réservait à sa femme, une attention fine, son portrait en habit noir. Mais il voulait auparavant savoir à quoi s'en tenir» (II, chap. 6, éd. Claudine Gothot-Mersch, p.120).]
Is this not the very thing we have here in the portrait: "A little bit of sentimentalism, a portrait of himself in dress clothes… a surprise he had in store for his [lover]."

AGENDA

Mercredi 8 novembre 2006, 18h30-20h30, Paris, BnF.

Dans le cadre de ses conférences «Grands thèmes et grandes figures littéraires», la BnF propose:

«Flaubert: autour de Madame Bovary», conférence de Jacques Neefs, professeur de littérature française à l'université Paris 8 (Saint-Denis).

Site François Mitterrand - Grand Auditorium - hall Est.
Chaque conférence est suivie de la projection de documents audiovisuels exceptionnels issus des collections du département de l'Audiovisuel de la BnF et de l'Ina, puis d'une table ronde.
Entrée libre.
En partenariat avec Le Magazine littéraire et l'Ina.
http://www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/cultpubl.htm?ancre=conference_579.htm

Samedi 18 novembre 2006, de 9 à 18 heures, Poitiers.

Groupe d'Études du Matérialisme Rationnel. Fondation Gabriel Péri.
Le peuple dans la pensée conservatrice et réactionnaire.
Université de Poitiers, salle Jacques D'Hondt.

Programme:
Éric Puisais: Gustave Flaubert.
(< Jean-Benoît Guinot)

Mercredi 29 novembre, University of Birmingham.

Centre for European Languages and Culture (CELC, University of Birmingham).

Le séminaire «Flaubert and the Classical Ideal: Greece 1850-1851» aura lieu dans le bâtiment Arts, au 1er étage, salle 6.
L'intervenante invitée sera Dr Adrianne Tooke, de Somerville College, Oxford.
Ouvert au public. Contact: Prof Jennifer Birkett, j.birkett@bham.ac.uk.
(< Gillian Pink)

VENTES

Vente Genève, 12 novembre 2006, Galerie Koller, Margaux Green-Kalicki expert.

Autographes et Manuscrits. Collection Marcel Bergeon.
Catalogue au format PDF [624 Ko] disponible au téléchargement sur le site de la Galerie Koller:
http://www.galeriekoller.ch/shared/pdf/g39/g39_auto_low.pdf

Art. 1639: FLAUBERT Gustave. L.a.s. à Ernest Feydeau. S.l.n.d., 2p. 1/2 in-8.
Cette lettre a probablement été écrite à Croisset. Flaubert attend avec impatience l'arrivée de son neveu, mais aussi Victor [Hugo] et Théo[phile Gautier]. Lettre citée dans le t.II de la Pléiade, p.725.)
«Cher Nabouchoudonosor [...] je bûche comme un nègre. J'entasse bouquins sur bouquins, notes sur notes, mais c'est bien difficile mon pauvre vieux! Envoyez donc promener tous les conseils que l'on vous donne! les incertitudes que l'on a ne viennent jamais que d'autrui. J'espère bien, immonde neveu, que tu ne vas pas me faire mener une vie de galérien [...].»
[La lettre publiée dans la Bibl. de la Pléiade, t.II, p.725, datée [vers le 25 mai 1857], ne commence pas par «Cher Nabouchoudonosor», mais par «Aimable Nabouchoudouroussour». Le catalogue commet par ailleurs deux erreurs: Flaubert n'attend pas son neveu, mais il donne ce sobriquet à Feydeau, destinataire de la lettre; il ne s'agit pas de Victor Hugo, mais du critique Saint-Victor, qui se joindra à Feydeau et Gautier pour une visite à Croisset du 6 au 9 juin 1857.]
CHF 800/1200. (Euros 520/770.)»
(<J.-R. Dahan)

Art. 1677: SAND, George. L.a.s., à Flaubert, non cité. Paris, vendredi [31 août 1866]. 3p. in-8 sur papier à initiales.
Lettre pleine de tendresse de George Sand remerciant Flaubert de son hospitalité et du «cadre». Elle est citée dans Flaubert d'Henri Troyat, 1988, p. 241. [Lettre du [31 août 1866], Bibl. de la Pléiade, t.III, p. 524; Correspondance Flaubert-Sand, édition Alphonse Jacobs, Flammarion, 1981, p. 72.]
«[...] Et puis toi, tu es un brave et bon garçon, tout grand homme que tu es et je t'aime de tout mon coeur. J'ai la tête pleine de Rouen, de monuments, de maisons bizarres. Tout cela vu avec vous me frappe doublement, mais votre maison, votre jardin, votre citadelle, c'est comme un rêve et il me semble que j'y suis encore. [...] J'ai oublié de prendre trois feuilles de tulipier, il faut me les envoyer dans une lettre. C'est pour quelque chose de cabalistique.»
CHF 800/1200. (Euros 520/770.)

Samedi 18 novembre 2006, 20h30, Paris, Hôtel Dassault

Vente Artcurial.
Catalogue en ligne sur le site Artcurial: www.artcurial.auction.com

Anonyme, portrait de Gustave Flaubert, circa 1846.
Daguerréotype 10x8cm.
Estimation: 40000/60000 euros.

Jeudi 30 novembre 2006, Rouen, Hôtel des Ventes des Carmes, 14h15.

Wemaere-de Beaupuis.

Madame Bovary, Lévy, 1857, EO. Exemplaire sur grand papier vélin.
8.000 euros.
(< Eric Walbecq)

Catalogue Lardanchet

http://www.lardanchet.fr/ecommerce/anciens/index_anc_fr.htm

Madame Bovary, Michel Lévy, 1857, EO avec envoi:
«À Mr de Lamartine
offert par l'auteur
son tout dévoué
Gve Flaubert»

Envoi reproduit en pleine page du catalogue (non reproduit sur le site).
Accès direct à la notice:
http://www.lardanchet.fr/ecommerce/anciens/detail_fr.php?id=439

Idem, exemplaire sur vélin fort, seul et unique tirage sur grand papier, avec la suite des sept eaux-fortes gravées par le peintre Émile Boilvin, ici en épreuve sur hollande avant la lettre, pour l'édition de Lemerre de 1874.
Non répertorié dans la liste Lambiotte, il est à grandes marges.
Accès direct à la notice:
http://www.lardanchet.fr/ecommerce/anciens/detail_fr.php?id=418

VIENT DE PARAÎTRE

Édition

(< Matthieu Desportes, Jean-Benoît Guinot)
Gustave Flaubert, Le Dictionnaire des Idées Reçues, illustrations par Serge Bloch et Pascal Lemaître, Nathan, 2006.
http://www.nathan.fr/catalogue/catalogue_detail_familles.asp?ean13=9782092780701

Ouvrage collectif

Le Magazine littéraire, n°458, novembre 2006.
«Les vies de Madame Bovary. La nouvelle jeunesse du roman de Flaubert».
Dossier coordonné par Jacques Neefs.
Sommaire bientôt sur le site du Magazine littéraire:
http://www.magazine-litteraire.com

Deux de nos plus anciens abonnés, MM. Bouvard et Pécuchet, ont lu ce dossier. On connaît leur goût immodéré pour la précision scientifique, parfois vétilleuse. Ils nous ont adressé un long erratum, dont nous extrayons les remarques les moins anodines.

«Livre sur rien» et non «sur le rien» (p.3). Le chef d’inculpation exact de Flaubert est «outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs» (formulations différentes p.30 et 35, également erronées, sous la plume du même auteur). L’acquittement n’intervient pas en janvier 1857, mais le 7 février (date fausse p.30, exacte p.35, même auteur). Deux erreurs dans la citation de Flaubert recopiée p.32; lire: «on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur». Smar s’écrit désormais sans h final (p.33). Le Château des cœurs, rédigé en 1863, n’est publié qu’en 1880 (p.35). Difficile de dire qu’à sa mort Flaubert «entamait le second volume» de Bouvard et Pécuchet alors qu’il n’avait pas fini le premier (p.35). Le nom de l’avocat de la défense s’écrit Senard sans accent (p.35, 46). Le critique Albalat se prénomme Antoine, et non Pierre (p.36) [MM. Bouvard et Pécuchet suggèrent qu’il s’agit peut-être d’une confusion avec le célèbre rugbyman Pierre Albaladejo]. «Flaubert avait lu Kreutzer et Spinoza en veillant son ami Le Poittevin» (p.39): c’est Le Poittevin qui lisait Spinoza tous les soirs avant sa mort. «Ce qui est frappant, c’est que cette scène majeure de l’amputation n’était pas prévue dans les plans» (p.39): si, voir Plans et scénarios, ms gg 9, f°22 r°. «Même phénomène pour le fameux épisode du fiacre: on ne le trouve nulle part dans le scénario» (p.39): re-si, voir f°33 r°. «Sur le "réalisme" de Madame Bovary, les contemporains sont tous tombés d’accord pour un oui franc et massif» (p.44), à l’exception de plusieurs, dont Duranty, dans Le Réalisme (article en ligne ici:
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/madame_bovary/mb_dur.php).
Le nom du correspondant de Flaubert s’écrit Cailteaux et non Cailleteaux (p.45). Selon René Descharmes, la phrase «Madame Bovary, c’est moi» n’aurait pas été rapportée par Amélie Bosquet «à une amie» (p.53) mais à M. E. de Launay (information donnée ici:
http://flaubert.univ-rouen.fr/club/13rep2.php#reponse11).
Charles d’Osmoy, et non d’Ormoy (p.63). «Louis Bouilhet et Maxime Du Camp, ayant lu la catastrophe lyrique qu’est La Tentation de saint Antoine, conseillent, ordonnent presque à Flaubert d’écrire un roman simple. "Réaliste". Tiré d’un fait divers» (p.65): Bouilhet et Du Camp n’ont pas lu La Tentation, c’est Flaubert qui leur a fait la lecture à haute voix, et c’est Bouilhet seul qui lui a conseillé un sujet réaliste. «Ses deux amis ont fait office d’éditeur» (p.65): seul Du Camp. «Flaubert acceptait leurs remarques» (p.65): au temps de Madame Bovary, il n’acceptait que celles de Bouilhet, pas celles de Du Camp.
Enfin, MM. Bouvard et Pécuchet nous font savoir qu’ils auraient préféré lire le travail de recherche de Delphine Jayot (spécialiste reconnue du bovarysme), texte introuvable sur le site du Magazine malgré l’annonce en bas de la page 53, plutôt que l’article de vulgarisation qui en a été tiré.

Article

(< Jean-Benoît Guinot)
Bernd Stiegler, «Mouches volantes» et «papillons noirs»: hallucination et imagination littéraire: note sur Hippolyte Taine et Gustave Flaubert» in Études romanesques 10: “Photographie et romanesque”. Textes réunis et présentés par Danièle Méaux, Caen, Lettres Modernes Minard, 2006. 348p. 33 euros. ISBN 2-256-91109-8.
http://www.fabula.org/actualites/article15815.php

RECHERCHE

(< Gillian Pink)

A-t-on retrouvé le dossier des «renseignements pour L'Éducation sentimentale», vendu à l'Hôtel Drouot en 1931 (n°184 du catalogue)? Dans ce dossier se trouve vraisemblablement la lettre de Juliet Herbert à Flaubert concernant le Calves' Head Club (le Club de la tête de veau).




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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