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BULLETIN FLAUBERT n°89 / 24 novembre 2006


PORTRAIT INEDIT DE FLAUBERT

Suite et fin

Pas d’acheteur pour un daguerréotype contesté représentant Flaubert
Un daguerréotype inédit daté de 1846, «unique portrait de l’écrivain Gustave Flaubert jeune», selon le catalogue, et estimé entre 40.000 et 60.000 euros, n’a pas trouvé preneur, samedi 18 novembre, chez Artcurial. Des spécialistes de l’écrivain avaient émis des doutes quant à son authenticité, estimant que le sujet photographié n’était pas le jeune Flaubert (Le Monde du 31 octobre). Des musées américains et le Musée d’Orsay, qui avaient manifesté leur intérêt, ont finalement préféré s’abstenir. – (AFP.)
(Le Monde, mardi 21novembre 2006, p.32.)

Le «portrait de Flaubert» snobé
Le clou annoncé de la vente d'Artcurial, samedi, n'a pas trouvé acquéreur: le daguerréotype censé représenter Flaubert jeune (Libération du 16 novembre), estimé entre 40000 et 60000 euros, n'a séduit ni les amateurs privés ni les acheteurs publics, apparemment peu convaincus de l'identité du modèle. (En revanche, un daguerréotype représentant un marin japonais naufragé sur les côtes de San Francisco en 1851 est parti à 45.000 euros, alors qu'il était estimé à 3.000.)
(Libération, mardi 21 novembre 2006)

VENTES

Catalogue Michèle et Etienne Bertran [novembre 2006]

110, rue Molière, 76000 Rouen
Tél/fax 02 35 70 79 96; etienne.bertran@wanadoo.fr.

222: Bouvard et Pécuchet, Lemerre, 1881, avec une lettre à Maupassant du [26 septembre 1878] (reproduction).
10.000 euros.
223: Le Candidat, Charpentier, 1874, avec envoi à Chincholle (reproduction).
1.000 euros.
224. L’Éducation sentimentale, Lévy, 1870, belles marges.
1.350 euros.
225. Lettre à la Municipalité de Rouen, Lévy, 1872.
335 euros.
226: Madame Bovary. Exemplaire rassemblant les six livraisons de la Revue de Paris.
2.500 euros.
227.Madame Bovary. Provincial Manners, London, Vizetelly & Co., 1886. Traduction par la fille de Karl Marx, Elenor Marx-Aveling.
2.500 euros.
228. Salammbô, Lévy, 1863, enrichi des 52 eaux-fortes sur papier de Hollande par Rochegrosse, destinées à l’édition Ferroud, 1900.
4.000 euros.
229. Trois contes, Charpentier, 1877.
1.400 euros.

Vente passée

Vente Piasa, Hôtel Drouot, 21-22 novembre 2006 (Thierry Bodin expert).
http://www.auction.fr/cp/piasa

163. Gustave FLAUBERT. 4 documents, 1849. Estimation: 2.000/2.500 euros.
Instructions pour la mission de Flaubert en Orient (1849-1851).
* Enveloppe portant de la main de Flaubert les mots: «Instructions ministérielles», avec sa signature et celle de Maxime Du Camp (33x23cm), sceaux de cire rouge et noire au verso.
* L.S. du Ministre de l'Agriculture et du commerce Victor Lanjuinais, 27 octobre 1849 (1 page et demie in-4, en-tête Ministère de l'Agriculture et du Commerce), à Flaubert. Le Ministre accepte volontiers sa proposition de recueillir dans les pays visités des informations ou documents utiles à son département, lors de la «mission scientifique en Égypte, Palestine, Syrie, Turquie et Perse» dont il est chargé. Il lui remet «pour vous guider dans vos investigations, deux notes rédigées au double point de vue de la législation et des faits commerciaux», ainsi que des publications du ministère sur les mouvements commerciaux de ces pays et leurs législations douanières.
2 cahiers manuscrits (17 et 5 pages in-fol.). Il s'agit des notes ministérielles mentionnées ci-dessus. La 1re, Voyage de Mr Flaubert en Afrique et en Asie. Instructions au point de vue de la législation commerciale, émane du Bureau des Législations étrangères, et définit trois groupes de pays avec une législation commerciale distincte: l'Égypte, la Palestine et la Syrie, avec les provinces soumises à la domination turque, et la Perse. Ce rapport reprend avec précision l'itinéraire prévu par la Mission, indiquant à quels points de frontière Flaubert doit passer, quelles villes il doit traverser, quels territoires il va explorer; il précise quelles pratiques douanières sont appliquées dans chaque cas, territoire par territoire. Flaubert a porté en marge six numéros, de 1 à 6. La seconde note, Voyage de M. Flaubert en Asie et en Afrique. Instructions au point de vue des Faits commerciaux, émane du Bureau des Faits commerciaux, et attire son attention sur une province particulière: «Dans le vaste itinéraire tracé à M. Flaubert, […] il est une contrée peu connue encore de notre commerce, […] c'est la Perse et, avec elle, les provinces de la Turquie asiatique qui l'avoisinent»; on donne d'utiles instructions et indications au voyageur...
On joint un feuillet double in-8 imprimé, avec itinéraire et instructions, du Caire à l'Azerbaïdjan; un diplôme de la Société Orientale de France, nommant Gustave Flaubert membre titulaire (14 août 1849); passeport arabe de Flaubert (très grand in-fol.); certificat délivré à Flaubert par le gardien du Saint Sépulcre à Jérusalem, le 17 août 1850 (obl. in-4, en partie impr. avec sceau, en latin).
Vente Franklin-Grout-Flaubert, Antibes 28-30 avril 1931, n° 16 (1°, 2°, et divers).

164. Gustave FLAUBERT. Deux manuscrits autographes, Renseignements commerciaux sur l'Égypte et Caravannes, [octobre-novembre 1849]; 2 pages et quart grand in-fol. (Reproduction). Estimation: 2.500/3.000 euros.
Intéressants questionnaires relatifs à sa mission en Orient. [Flaubert partira le 29 octobre 1849 avec Maxime Du Camp pour l'Égypte.]
Renseignements commerciaux sur l'Égypte. «1° La douane de Boulac est-elle distincte de celle du Caire, n'est-ce qu'une seule et même douane - il avait été question de la supprimer - est-elle supprimée?» Quels sont les modes d'administration et de hiérarchie des employés des douanes, et quel est le dernier règlement? 2° Il s'interroge sur le commerce et la libre exportation de la gomme et du sené. 3° Il faut savoir s'il y a pour le transit un autre document que celui de 1823, et quelle est «dans la pensée du gouvernement Égyptien l'importance du transit. Celle du peuple lui est-elle favorable?» En appendice, il faut savoir ce qu'on pense «du Canal projeté entre la Méditerranée et la Mer Rouge, ou du chemin de fer à travers le désert». Suit la rubrique Monnaies: «Donner un tableau général le plus détaillé possible des monnaies usitées en Égypte et particulièrement au Caire, avec leur valeur équivalente en monnaie française, le cours du change et le titre réel de chaque pièce».
Caravannes. Nombreuses interrogations au sujet des mythiques caravanes, qu'ils vont en effet croiser et même suivre dans leur voyage. Une première série de questions porte sur l'origine, l'histoire, l'évolution des caravanes: «En résumé histoire succincte des caravanes anciennes, appuyer sur les détails de moeurs. - Ne pas se préoccuper des itinéraires, ils étaient les mêmes que de nos jours». Il s'intéresse particulièrement à la tradition orale: «y avait-il un genre de contes spéciaux appelés contes de caravannes. Donner une idée de cette littérature par une analyse rapide de deux ou trois de ces contes avec le nom des auteurs célèbres et la date de leur existence»… La deuxième série de questions porte plus sur l'organisation même des caravanes, sur leur régularité, leurs frais, les risques courus, leurs itinéraires, leurs marchandises; et quels pourraient être les avantages d'une relation commerciale entre la France et l'Égypte en ce qui concerne les caravanes…
Vente Franklin-Grout-Flaubert, Antibes 28-30 avril 1931, partie du n° 16.

165. Gustave FLAUBERT. P.S., Paris 3 avril 1858; 1 page in-fol., en-tête Au nom de l'Empereur des Français, vignette aux armes impériales, cachet encre Ministère des Affaires étrangères. Estimation: 2.000/2.500 euros.
Passeport de Flaubert pour son voyage en Tunisie sur les lieux de Salammbô (avril-juin 1858).
Le passeport est délivré au «Sr Flaubert, Gustave, homme de lettres allant à Tunis». Dans la marge, on donne son signalement: 36 ans, 1 m. 80 cm, cheveux châtains, front découvert, sourcils bruns, yeux saillants, nez moyen, bouche moyenne, barbe châtain, menton rond, visage ovale, teint brun; signe particulier: «une brûlure à la main droite». Flaubert a signé en bas à gauche.
Au verso, le passeport a été visé au Consulat général de France à Tunis le 21 mai 1858: «bon pour aller à Paris en passant par le Keff et l'Algérie».
Vente Franklin-Grout-Flaubert, Antibes 28-30 avril 1931, partie du n° 16.

LECTURES

Entretien avec Jonathan Littell, auteur des Bienveillantes, Gallimard.
«Il y a des anglicismes dans mon roman! Et comment! Je suis un locuteur de deux langues et, forcément, les langues se contaminent entre elles. Il y a un magnifique travail d’Albert Thibaudet qui montre, chez Flaubert, l’influence des provincialismes normands sur la langue littéraire de l’auteur de Madame Bovary. C’était perçu au départ comme une faute, mais, à partir de cela, Flaubert a produit des beautés.»
(Le Monde des Livres, 17 novembre 2006. Propos recueillis par Samuel Blumenfeld.)

Dominique Noguez, Dans le bonheur des villes: Rouen, Bordeaux, Lille, Éditions du Rocher, 2006, 16 euros.
«[Rouen] est la ville de l’écrivain par excellence, le "patron", comme disait François-Régis Bastide, celui qui est un peu le président à vie (éternelle) de l’imaginaire République des lettres, le grand Gustave. […] Rouen est tout entière hantée par lui. Fétichisme ou hommage, j’ai acquis une de ses lettres. Ce n’est pas une de ces grandes et merveilleuses lettres à Louise Colet sur les affres de la vie d’écrivain, c’est, écho d’autres affres plus modestes, une lettre à la belle Jeanne de Tourbey, actrice et courtisane, qui fut, entre autres, la maîtresse du prince Napoléon, dit Plonplon, cousin de Napoléon III. Elle ne porte pas de date, mais les érudits la pensent du 17 avril 1860» (p.31). [Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.III, p.87.]

(< Joëlle Robert)
Alberto Manguel,La Bibliothèque, la nuit, Actes Sud, 2006.
«Par un tiède après-midi du XIXe siècle, deux employés de bureau d’un certain âge firent connaissance sur un banc du boulevard Bourdon, à Paris, et devinrent immédiatement les meilleurs amis du monde. Bouvard et Pécuchet (ainsi Gustave Flaubert nomma t-il ses deux héros comiques) se découvrirent, grâce à cette amitié, un but commun: la quête du savoir universel. Pour réaliser une telle ambition, à côté de laquelle l’oeuvre de Diderot semble d’une délicieuse modestie, ils entreprirent de lire tout ce qu’ils pourraient trouver sur toutes les branches de l’activité humaine, et de sélectionner parmi leurs lectures les faits et les idées les plus remarquables – entreprise qui, bien entendu, ne pouvait avoir de fin. Il paraît approprié que Bouvard et Pécuchet ait été publié, inachevé, un an après la mort de Flaubert en 1880, non sans que les deux braves lecteurs aient poursuivi leurs explorations d’un grand nombre de savantes bibliothèques spécialisées en agriculture, en littérature, en élevage, en médecine, en archéologie et en politique, avec des résultats toujours décevants. Ce qu’ont découvert les deux clowns de Flaubert, c’est ce que nous avons toujours su sans trop y croire : que l’accumulation des connaissances n’est pas la connaissance.
L’ambition de Bouvard et Pécuchet est presque devenue réalité aujourd’hui que tout le savoir du monde semble se trouver là, scintillant, derrière l’écran-sirène. Jorge Luis Borges, qui a un jour imaginé la bibliothèque illimitée comprenant tous les livres possibles, a aussi inventé un personnage à la Bouvard-et-Pécuchet qui entreprend la compilation d’une encyclopédie universelle si complète que rien au monde n’en serait exclu. À la fin, tel ses prédécesseurs français, il échoue dans sa tentative, mais pas entièrement. Le soir où il renonce à son grand projet, il loue un cheval et un buggy et s’en va faire un tour en ville. Il voit des murs de briques, des gens ordinaires, des maisons, une rivière, la place du marché, et il comprend qu’en un sens toutes ces choses sont son oeuvre. Il se rend compte que son projet n’était pas impossible mais seulement redondant. L’encyclopédie mondiale, la bibliothèque universelle existe, et c’est le monde même» («Un Espace», chapitre III, p.87-88).

VIENT DE PARAÎTRE

Articles

Yvan Leclerc, «Éloge de Corneille par Flaubert», dans Corneille des romantiques, textes réunis et présentés par Myriam Dufour-Maître et Florence Naugrette, PU de Rouen et du Havre, 2006, p.93-104.
Transcription diplomatique du texte de Flaubert, Trois pages d'un cahier d'écolier ou oeuvres choisies de Gustave F*** (1831-1832):
http://flaubert.univ-rouen.fr/oeuvres/ecolier.php




Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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